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instants philosophie

L'archi, l'hyper et le méta ; l'historicité philosophique

6 Avril 2015, 12:20pm

Publié par pascal doyelle

L’archi est inventé, créé, découvert (dé-couvert, annulant ce qui le couvrait) par les grecs comme pensée, soit donc comme élaboration intentionnelle (idée) de machines intentionnalisatrices (les systèmes), se chargeant de démontrer le monde en tout ce qui, dans le monde, n’est pas perçu (ni par le corps et l’immédiat, ni par le groupe et le langage commun, par définition) mais ne se saisit que par la pensée qui ajoute au monde des différences et augmente notre être (notre être dépend de la pensée qui est le foyer actif, l’ardeur du cosmos constituant le monde dispersé ou troué, comme cosmos et pensée animant le monde, le donné là, et son immanquable corolaire ; le « là » du donné, l’être, le réel).

L’hyper est inventé, créé, découvert ou révélé (comme on voudra) par le christianisme qui arcboute instantanément tout donné en un seul au-delà de tout vécu (le vécu, la « vie », l’existence) est l’aperçu gigantesque qui englobe tout le perçu, tout le pensé, tout l’imaginé, tout le ressenti, selon le monde et le corps donné là, et bascule tout cela en une fois en une re-naissance ; par là le christianisme atteint la racine même ; non seulement le vécu de chacun, mais le Vécu lui-même, la Vie, y compris le monde créé et aperçu dans l’immédiateté. Tout est « sous la vue » d’une autre conscience.

Dans les deux cas, c’est la Même réflexivité archi et hyper, extensive et intensive (universelle et singulière, intense, puisque par la re-naissance on est appelé tel quel et entièrement et au-delà de entièrement), de sorte que grecs et chrétiens s’interpolent et s’engagent l’un par l’autre d’un seul mouvement.

C’est ce mouvement d’outrepassement (du monde donné là et du vécu comme Vie et entièreté du donné là) qui se nomme réflexivité ; mais contrairement à sa « traduction » affaiblie (de la pensée comme raison, du sujet comme moi, de l’être, du réel et du là du donné comme naturalisme généralisé), la réflexivité n’est pas la réflexion (de notre nature humaine sur elle-même) mais est en soi une structure en plus (de tout monde humain, de tout vécu, de tout donné, de tout contenu) et dont les mondes humains, l’humanisation ou la personnalisation sont les effets.

La réflexivité est la conscience-de (qui n’est pas le conscient, dont le conscient est un effet), soit donc cet être autre et étrange qui s’extrait de tout monde humain et de tout Vécu, et qui étant réflexivité, se-sait et prenant conscience de sa spontanéité, se-sachant tel quel (sous d’abord la conscience de l’être, du réel, puis de la conscience indéfiniment réelle, dieu, puis du sujet qui se re-tourne vers lui-même et crée son être comme rapport pur et simple, pur et dur), entame instantanément toute sa potentialité ; d’où qu’il sera plus tard, bien plus tard, connu comme puissance (potentiel en soi).

L'abysse

La réflexivité n’est pas du tout chose raisonnable … c’est une porte ouverte abyssale. C’est le mécanisme (né de et par la cervelle qui s’exporte dans le donné là, vers le réel) qui broie et absorbe et épuise les mondes, les mondes humains et les personnalisations (ce qui intéresse n’importe quel moi). C’est une sauvagerie, d’autant plus puissante qu’elle requiert intrinsèquement la Cohérence dévoratrice, qui ne laisse aucun répit ; c’est ici et maintenant que cela doit se réaliser, se rendre réel. Les grecs ou les chrétiens ou Descartes sont les impératifs absolus ; la radicalité même. L'être réel systèmatiquement voulu.

Ce dont on a voulu pallier l’intransigeance. En s’en protégeant mais aussi en usant de sa potentialité en réduisant le donné là au monde rationnel, le sujet fou structurellement au moi, dieu et l’être en une épistémologie faible, le là du donné à la détermination. Le mouvement de se préciser, de fouiller et ramener le détail, d’assujettir le donné à la mathématisation, à l'objectivisme est nécessaire, mais il n’est pas « ce qui est » d’une part et d’autre part entraine une limitation (tout à fait légitime et valide mais en son ordre seulement) de notre être, qui de ce fait éclate, éclate du dedans, du dedans (non de son «intériorité »), du dedans structurel. Rendant impossible de maitriser la rationalisation, le moi ou la nature humaine qui ignorant sa fondation structurelle ne peut pas par ses efforts de raison, de psychologie ou de science atteindre cela même (structurel) qui existe antérieurement au monde, corps physiologique ou psychologique, langage. C’est la même logique de pensée de l’objet, selon l’objet, qui empêche de passer par-dessus (compte tenu de toute l’objectalité que l’on voudra, que l’on trouvera), et de doubler la raison par la pensée, la réflexion (de la nature humaine sur elle-même) par la réflexivité.

Les monstrations de la réflexivité

Or la réflexivité elle s’est montrée mille fois ; il ne faut pas croire qu’invoquant la réflexivité ou la pensée ou le sujet (que contient tout moi) cela s’adresse dans le vague ou l’infini insituable … ça a déjà eu lieu et s’est déjà réalisé ; pensée grecque et chrétienne, sujet cartésien et grands sujets qui suivirent, délires effarants des mois ou exposition intégrale des causalismes (de toutes les sciences, y compris humaines) montrent les articulations ; ça ne montre rien d’autre ; ça a travaillé effectivement (avec des résultats, des effets, des possibilités) à ce mouvement et de ce mouvement bine plus conséquent qui est d’un seul tenant. Ce que l’on juge comme inadéquat à notre maitrise possible (en jugeant selon les critères limitatifs de l’humanisme naturaliste, de la raison rationaliste, du moi psycho quelque chose), ce sont en réalité nos racines ontologiques qui sont niées, oubliées, refoulées, par lesquelles il y eut entre autre le rationalisme, l’humanisme, le psychologisme.

Le monstre

La réflexivité avant de se démontrer, est en elle-même un monstre (l’engendrement monstrueux de l’univers effroyable) ; lorsque l’on passe de la démonstration (en quoi les grecs trouvaient le moyen de répercuter l’archi intentionnalisation du monde, de démultiplier les intentionnalités dépassant le langage et le groupe, l’immédiat et le localisé, le corps donné et animant de la divine réflexivité, la pensée est divine) à la monstration, ça n’est pas une réduction de l’ambition ; parce que originellement les grecs creusent à même la réflexivité arcboutée sur le réel (le là du donné) et emportent la réalité (le donné là, devenu monde unique universel pour notre-être effectivement actif, et non recouvert par des contenus, qui donc rapportent les contenus à une archi intentionnalisation, attendant l’hyper intentionnalisation chrétienne).

Lorsque Descartes inaugure que cet être là se-sait et qu’il est épouvantablement noyé dans les suspicions, les doutes, les folies, les délires, les préludes au cogito (le pseudo monde philipkdickien des irréalités virtuelles qui engouffrent la conscience de la conscience) qui dresse en une seule fois que c’est ici et maintenant que « cela », cet engendrement structurel du sujet existe (celui impossible qui veut impossiblement remonter dans la structure-source qu’il est de s’articuler en toute actualité, en tout présent ici même, au réel, de l’étendue du monde), il augmente radicalement que l’archi et l’hyper se créent selon et par et dans la méta-réflexivité.

Si Spinoza et Leibniz s’en prennent à l’étendue (qui est impensable depuis qu’elle est matériellement étendue et non pas idée, notion scolastique de la forme idéelle de la matérialité brute), Kant, Hegel et l’idéalisme allemand s’engouffrent dans le différentiel de conscience ; ce par quoi la subjectivité est subjectivisme, l’esprit qui se sait ; la pensée, outre l’intermède kantien qui décrit au plus loin la différence entre la conscience et son être (la structure et la source), la pensée ne peut plus se nommer autrement qu’esprit. L’esprit est devenue à ce moment la pensée (jusqu’alors tenue objectivement) comme sujet. Non seulement l’étendue est devenue un problème absolument majeur, mais de plus qu’il y ait un différentiel intentionnel entre soi et (soi) est proprement confondant. Tous voient bien que ça ne résout pas en objectalité, en objectivisme (du concept) ou en objectivité (des sciences). Il faut attendre Husserl pour saisir comme ça se structure intérieurement en conscience (il admet encore que cela forme une intériorisation-extériorisante du Sens) ; ou Heidegger que cet être est posé là en son « être-le-là », dans l’ouvert du donné là, arguant d’un monstrueux « là » du donné (dont le rassemblement est confié au Sens de l’être, mais un Sens a-humain, comme celui de Nietzsche était sinon inhumain du moins surhumain, tous deux frôlant ou s’effondrant dans l’inhumanité).

Mais même cela nous est devenu étranger, puisque l’on a annulé (prétendument) le différentiel conscience/conscience (sauf Sartre qui plante carrément qu’elle est, toute une, bizarrement un mécanisme), et remplacé et l’étendue incompréhensible et le différentiel par des objets. Moi, raison humaine, humanisme et étatisme, naturalisme technologique ou économique, libéral ou communiste, épistémologie limitative (de résoudre tout ce qui est en objets, en détermination et non plus d’activer les structures intentionnalisatrices fabuleuses finement tissées par-dessus la réalité vers le réel, de sorte que l’on se perd le nez dans les seules réalités aveugles, rendues aveugles et sourdes).

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