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instants philosophie

L’œuvre et le réel

19 Avril 2015, 11:58am

Publié par pascal doyelle

L’entière positivité de ce qui existe

La structure

La positivité entière qui installe notre être comme pointe de conscience articulée au réel, c’est cela qui est étrange et autre (et installe une dimension fantastique et science fictionnesque dans tout ce qui existe) ; rappelons que la conscience est formelle ; elle prend assise sur tel ou tel contenu (peu importe à ce point-çi) et déploie un « être » tout à fait structurel, formel, qui ne tient pas, ne colle pas à ce contenu-çi ou celui-là, une forme qui existe donc seulement en se déployant « à partir de » (tel ou tel contenu, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit un contenant ; elle est juste et rien que un mouvement, cad un rapport-à, ça n’est pas un super contenant qui serait identifiable, qui préserverait un super contenu en lui ; la forme n’est rien du tout, sinon le rapport et « conscience » est irréductiblement non définissable sinon comme telle ; « conscience », de même que l’être, l’exister, le « là », est uniquement pointé du doigt ; c’est « là », ça « existe », puisque tout le reste n’est que via d’exister, exister et conscience sont en eux-mêmes des Réels).

C’est pour cela que l’on nomme « conscience » comme « conscience-de » ; il y a toujours un rapport, elle est toujours conscience de quelque chose, mais elle outrepasse n’importe quel contenu et n’est assigné à aucun. Sauf celui-ci ; qu’il y a « réel ». le rapport de « conscience » à elle-même comme « conscience » (ce qui est conscience de ceci ou cela est évidemment conscience de soi comme conscience, même si cela se dit conscience de soi comme pensée, comme dieu, comme sujet, comme corps, comme langage, etc, toutes ces figures désignent la Même forme, qui est, elle, parfaitement vide), ce rapport de la structure à elle-même est absolument irréductible à quoi que ce soit (elle n’a aucune correspondance dans le monde, le corps, le donné, le langage, le moi, etc), et lorsqu’elle est activée (cad lorsque les grecs outrepassent le groupe-langage-monde localisé immédiat) cette forme exige.

Elle exige ce que sa forme même inclut ; elle l’inclut non comme un programme (il faudrait que la conscience-de soit un contenu, la « raison » par ex, un corpus constitué) mais dans l’activisme même de conscience ; qui veut que ici et maintenant cela soit réalisé, rendu réel, en cette exigence même. La pensée est exclusivement que l’énoncé, cad l’intentionnalisé, le visualisé dans le donné là, dans et par le corps, soit effectivement tenu ici même ; non seulement la pensée veut tous les éléments réunis, rassemblés ici même, mais l’œuvre, esthétique, va créer « cet objet radical » tel qu’il forme dans le donné là une unité formidable et précise, pareillement que tout le politique soit effectivement exposé ou que l’éthique conforme un comportement adéquat à la conscience que l’on porte. Ou encore que le christ expose totalement tout le vécu et passe soudainement outre, cad au-delà, du vécu, parce qu’il se dit lui-même le Vivant au-delà du vécu.

Ce qui se métabolise soudainement par la pensée, par la réflexivité, lance une articulation gigantesque qui permet que antérieurement se déploie une sur-intentionnalisation, une archi ou hyper ou méta (grecs, chrétiens, Descartes) ; ce ne sont pas des idéalités (à quoi voudrait les contraindre la raison raisonnante qui se soumet à l’exclusivité de l’épistémologie) mais des technologies qui requièrent la volonté, l’intentionnalité, la réflexivité de chaque conscience ; on ne pense pas si on ne pense pas, (sinon on tient un discours objectif extérieur qui en touche une sans bouger l’autre, on reste le même-moi, et on ne modifie pas sa conscience-de), on ne devient pas vivant si l’on n’est pas saisi de la résurrection (si l’on est chrétien), on ne comprend pas le doute-cogito si l’on ne voit pas qu’il est doute-cogito-infini-étendue-corps (c’est un ensemble lié parce que l’idée pour Descartes est la remontée d’une expérimentation effective du « là », de chacun sur la surface du monde ; l’idée est le rapport-à, et non une « idée en soi », cad une notion scolastique, pour faire court).

Ce qui se métabolise est ce qui affecte le corps ; le corps grec, le corps chrétien (et monothéiste), le corps cartésien, celui des méta et des grands sujets (oh combien le corps des grands sujets !). Ça modifie.

Ce qui modifie le corps est, radical exemple, l’esthétique ; l’esthétique est la re/présentation du corps, la transformation de la perception, la restructuration du corps en tant que percevant (Que perçoit-on ? Et comment perçoit-on ? Et pourquoi perçoit-on autre chose que l'immédiat par l’œuvre ? Pourquoi l'activisme de conscience depuis les grecs, les chrétiens, Descartes ajoute une autre dimension au monde du groupe-langage-immédiat ?) ; l’esthétique est (de même que la politique et l’éthique) une restructuration du corps, son dépassement, sa réduplication (d’une conscience à l’autre qui transmet la modification structurelle, intentionnelle, intense et émotionnelle), ce par quoi la conscience-de passe outre la définition communautaire du corps (ritualisé et pris dans le langage du groupe, le monde parlé du groupe, les échanges et la synthèse du groupe) ; autrement dit ce par quoi on obtient un accès au corps tel qu’il reçoit la structure de conscience et puisse mener sa propre expérimentation de la réalité et du réel.

L’esthétique plus que tout (ce qui bouleverse profondément notre être, c’est le rock et la pop, ça vient immédiatement au 20éme, ça surprend le corps lui-même et porte extrêmement loin) puisque cela réélabore ce que l’on attend de l’image qui devient idée par la mise en forme et idée au sens précis qu’elle a toujours recélé, en tant qu’intentionnalisation ayant pour finalité la construction (créée) de la réalité et du réel.

C’est à Descartes que l’on doit d’inventer, de repérer, de déplacer ce que idée signifie ; puisqu’il part de l’idée effective, l’effectivement réel, la conscience active qui se suspend et se reprend et se maintient purement en attente d’elle-même, il se convainc par cela même que ça n’est pas la pensée qui nous contient, que la raison d’être n’est pas dans la pensée, mais que la pensée est le moyen. D’une part. Et que d’autre part si la pensée n’est pas « ce qui est », alors cet être-çi, ce sujet, est un être non évident, un être qui n’est pas placé sur un seul plan, qu’il est décalé par rapport à lui-même, que donc l’être, le réel contient au moins un être qui est duplice selon lui-même ; l’être ne plus s’affecter d’un uni-plan, l’être se révèle divergent à lui-même et que c’est tel qu’il « est ».

Dès lors on ne sait plus caractériser l’être, et celui-ci ne fait plus l’objet d’une pensée grecque (qui du reste était elle-même entièrement secouée du dedans d’être saisie du pli de l’être, mais qui ensuite fut ratatinée, au sens où devenue la pensée de dieu, elle paraissait simplement « là », dieu conservant pour lui-même la réflexivité que les grecs creusaient dans la pensée métaphysique).

Si l’esthétique est inventée par les grecs (au sens non qu’ils la créent, mais qu’ils systématisent et que depuis on repère l’esthétique en dehors de toute ritualisation du groupe-langage-monde immédiat), c’est que puisque la réflexivité envahit le donné là, ça n’est jamais sans s’ouvrir sur et par le « là » du donné ; que toute œuvre creuse soudainement la réalité et que donc, donc (doublement) le mouvement structurel crée à la fois le donné là et le « là » du donné ; parce qu’auparavant il existait des mondes, chaque fois uniques, et que par les grecs c’est le « là » du donné qui engendre en son sein le donné-là ; l’être permet qu’il y ait un monde-cosmos. C’est qu’il existe une découpe entre l’être et le monde qu’il se produit un monde et l’être ; de même on pose la question de la vérité non pour qu’il y ait Une vérité mais la production de quantité de vérités, de systèmes, d’éthiques. C’est une absurdité de comprendre la vérité philosophique comme uni-plan ; c’est une réduction rationaliste et la pensée n’est pas la raison, mais est antérieurement à la raison (ce qui ne signifie pas que la raison soit secondaire, elle est juste seconde, comme on verra) et installe, instancie l’être et le « là » du donné et d’autre part le donné là et le monde (unique universel).

C’est que si dans un monde « normal », il est Une vérité, dans le mouvement grec, c’est une réalité à la puissance deux ; on est passé dans l’interrogation des conditions de monde, de l’humain, de la vérité, de la réalité (de même que par Descartes et suivants s'institue les conditions du libre et depuis les conditions du moi, Lacan exemplairement). De même les mois n’admettent que de vivre dans un monde non pas puissance deux mais dans un monde, une réalité simple ; parce qu’ils ne peuvent pas passer leur temps à s’interroger sur les conditions du monde dans lequel, déjà, ils doivent élaborer leur propre vécu (qui est déjà en lui-même réflexivité mais qu’ils doivent se cacher, ou ignorer).

Mais en même temps on comprend bien que les mois, ayant à ignorer le monde comme construit et leur identité comme bricolée (ils la prennent pour Une, comme synthèse), ces mois seront poursuivis de toute manière par la réflexivité qui ne peut pas ne pas les élaborer.

On reproche toujours à la philosophie de vouloir imposer dans le monde, une (soit disant) réflexion (alors qu’il s’agit de la réflexivité), mais en réalité la philosophie n’impose pas une réflexion dans la réalité, elle montre la réflexivité qui existe et a créé ce monde lui-même (la philosophie se charge de manifester le caractère retors, plié, second du donné là et c’est pour cela qu’elle pose le « là » du donné, soit donc l’être ou le réel, qui découple ce qui spontanément parait simplement immédiat, et si ça parait immédiat, et que l’on courre après le bonheur par ex, c’est que l’on ne se pousse pas au bout, à bout, jusqu’au bout du bout d’être) ; elle révèle que le monde n’est pas dans un état simple, mais qu’il est de son dedans réflexif.

Et ça n’est pas copier-coller « notre » duplicité (subjective) dans le réel, parce que le réel est de fait et énormément plié lui-même et en lui-même : il y a un présent (objectif). Le présent est le pli du réel ou plutôt le présent est le réel comme pli.

L’œuvre est ainsi ce par quoi essentiellement, structurellement se montre comme le réel est retors ou replié ; il manifeste la non évidence et oblige notre réalité a basculé dans la structure. Or cela ne va pas sans reprendre instantanément le donné là, le monde, le cosmos, la perception, le corps ; l’expérience est entière, intégrale et soulève le monde et le corps ; puisque la pointe articulée au réel se révèle par là sur-essentielle ; la découverte du donné-là par les grecs est du même mouvement que celle du « là » du donné ; c’est de s’inscrire soudainement dans un point.

Le point, contrairement au tout, est rassemblé dans le présent. Ça ne tend pas au sublime, mais à la précision. Ça s’engendre dans l’anfractuosité du moment, rassemblant non seulement la détermination mais le temps et l’espace ; qui sont dépliés. Mais comme l’espace et le temps ne sont pas dépliés dans la réalité (les choses existent dans l’espace et le temps, elles les concentrent), ce qui est dans la dimension de l’œuvre est le Créé. Le créé est en lui-même une dimension ; autrement dit n’obéit pas, n’obéit plus au donné-là ; il en redistribue les cartes. Elle n’est pas le reflet mais cependant emporte le donné-là par le « là » (qu’elle impose comme Une, et si ce un se disperse, se propage c’est qu’il est un Un qui n’est pas un « tout », c’est la logique du Un qui crée un rassemblement). Autrement dit le donné là est effectivement reporté mais porté par le Un de l’œuvre.

Pourquoi un tel Un de l’œuvre ? (Pourquoi un Nom ?) Parce qu’une œuvre est vers une autre conscience. Ce qui se rassemble n’a pas pour finalité de montrer le monde, mais de produire un Créé qui appelle l’autre conscience et qui consiste à engendrer dans l’autre conscience ; une œuvre vous saisit sur place, dans le « lieu » (le « là ») en lequel vous existez. Elle exige que vous rameniez le rassemblement de l’œuvre dans le « là » du monde. Ceci augmente votre conscience (ce qui veut dire aussi que ce mouvement décentré engendrera encore et encore en votre aperception du donné là et évidemment du « là » du donné), et oblige, ne serait-ce que pour y entrer, d’élever, de recentrer selon la saisie ("ce dont on est saisi", passivement, mais même passivement une-conscience est activiste).

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