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instants philosophie

La considération d’exister et la grâce

23 Avril 2015, 10:51am

Publié par pascal doyelle

De la liberté antérieure d’exister

La liberté ne consiste pas dans le cloisonnement tout à fait étrange qui imagine le choix entre oui et non, blanc ou noir, A ou B, à installer un hésitation entre deux options, mais d’abord à prendre tel problème qui nous confronterait à un tel choix et à le reformuler, modifiant les conditions même d’exercice de la décisions, qui de ce fait ne laisse plus tenir la liberté dans une « décision » mais plus encore non pas à se soumettre à tel ou tel problème mais le libre permet de créer, produire, inventer de nouveaux problèmes, non rencontrables dans la réalité donnée, et ouvrant tout à fait totalement à d’autres réalités. Et enfin la liberté n’est pas une décision parce qu’elle est de l’ordre de la grâce, de cette technologie puissante que le christianisme a inventé.

Autrement dit, il est une incompréhension classique de la liberté qui soumise à la pensée qu’elle prendra bientôt pour la raison, ne peut imaginer que notre être libre n’est pas de s’affadir dans une conformité à l’universel, et que la pensée n’est pas le reflet de la nature, du donné, mais que la liberté est d’invention. Descartes délimite explicitement que la Méthode est la méthode pour inventer la conscience que l’on n’a pas encore… bien qu’il n’aperçoive pas évidemment (on ne peut pas tout en une fois) toute la portée de sa performance ontologique, quoii que ... Or que la liberté soit d’invention nous est beaucoup facilement appréhendable puisque c’est ce que nous accomplissons constamment ; non seulement comme inventions d’acculturations en tous sens, mais d’inventions technologiques ou idéelles, ou politiques ou éthiques, etc. Pareillement les mois s’inventent et sont dans la logique existentielle de se produire eux-mêmes un minimum, un tant soit peu, et que l’on est un moi uniquement de se sortir du mauvais pas natif, si l’on y parvient jamais.

« Notre seigneur nous apprend par ces paroles combien l’homme est de noble naissance par sa nature et combien est divin ce à quoi il peut arriver par la grâce » Maitre Eckhart

Ceci illustrant le problème de la grâce, seule justificatrice par dieu, et donc apparemment inaccessible à nos œuvres ; on ne peut pas provoquer la grâce qui est issue de la décision de dieu seul. Mais prévisualisant parfaitement ce qui, du libre pur, est agissant. Parce que bien que nous devions y « arriver » par notre effort, ce sera « par la grâce » ; ce qui est absurde. De même que l’on « est divin » mais sans l’être déjà, encore, jamais, sinon d’y tenter par autre chose que les œuvres et qui est comme une prédisposition intérieure qui permettra éventuellement que la grâce s’y obtienne ou nous tombe dessus. Descartes en est au fait puisqu'il prévoit même que dieu puisse connaitre notre libre décision.

Tout cela est proprement absurde, mais confondant.

C’est que la liberté même, en soi, interne, structurelle, ne s’acquiert que via un détour invraisemblable et pas du tout certain et sans effet apparent immédiat et que c’est autre chose qui est en jeu. La prédisposition est littéralement pré-disposition. Et on ne sait pas, en aucune manière, comment s’y prendre ; ce qui veut dire que la liberté est à ce point précise et réelle qu’elle ne se saisit de soi que d’être saisie dans le moment de la réalisation, à condition que cette réalisation soit pré-disposée antérieurement.

Cela revient à ceci ; il faut obtenir une idée-image de soi, alors peut-être seulement « cela » arrivera. Une idée-image hors temps, qui occupe tout l’espace et tout le temps d’un vécu, ou plus exactement qui n’a rien à voir avec le temps et l’espace, la détermination et le moi, mais peut-être avec le corps … ce qui est très étrange et nous renvoie de fait à Eckhart, au corps du christ (que l’on y croit ou non, ça n’est absolument de cela dont il est question ; il se peut que le christianisme soit une révélation ou qu’il soit une hyper technologie, qui fait suite à l’archi technologie des grecs et précède la méta de Descartes et compagnie). Et qui pose la question ; qu’est-ce que c’est que ce corps ?

Et ça n’est pas un hasard puisque tout moi, toute personnalisation humaine, s’interpose en l’interrogation de son corps existant. Le moi est une telle interposition, interface entre le corps et le corps, le moi est cette interface. Il est une ligne de partage interne et recélée, et qui communique sans doute aucun par le sujet de l’inconscient mais aussi dont la ligne de scission remonte très loin dans l’historicité, dans la logique de ce déploiement structurel. Le moi est ici même ce qui pense, grec, ce qui s’intensifie, par dieu et le christ, ce qui se relance en interne par la réflexivité cartésienne, et est ce qui se matérialise, se rend matériellement incarné ou si l’on préfère s’incorpore tels les mois et ce dans l’humanisation généralisé et son empire de raison, de naturalisme (le moi est déjà autre chose dans l’humanisation que l’humanisation seule … le moi, chacun des mois est très bizarre et bizarrement organisé).

L’idée-image est renvoyée tellement dans le lointain structurel, mais c’est de la préciser selon son inaccessibilité qui prédispose ou non, ou plus ou moins ; plus elle s’exile lointainement plus forcément elle est libre et s’exile et se fait face, et plus elle se saisit non pas des grosses identités que l’on agite constamment de son moi, mais se saisit cette idée-image hors temps, plus elle est précisée sur des détails, des signes, des limites ou illimites, des schémas ou des diagrammes ; son élancement externe, c’est cela qui l’ex-siste. Elle rejoint par là les prédispositions tout à fait non temporelles et hors de ce que du vécu on attend.

C’est quand même ce que, par en dessous, signifie Descartes. Il prend bien son temps d’expatrier son être et de revenir toujours incessamment de « tout là bas », lointainement, et si il prend de se tirer de dieu, on imagine bien qu’il prend également de se tirer de son corps insituable, de l’étendue à perte de vue, de la décision abrupte de dieu d’être ou de ne pas être, et qu’il dé-couvre le roc ontologique, l’affleurement de l’ontos, la présence de la structure qui tout en ayant le choix d’être ou non, se conformera de fait à la radicalité, au radicalisme de son activisme, et que « exister » suit impérativement la décision d’exister parce que c’est le Même. Ressource de la grâce.

De sorte qu’il n’est aucune contradiction bien que ce soit incompréhensible. Descartes, ou les grecs lorsqu’ils tiennent absolument à la pensée du cosmos : ayant acquis la racine (cela antérieurement à quoi il n’est rien et qui ne peut pas se relativiser, mais qui est pour lui-même néanmoins relatif … à soi, en quoi consiste l’absurdité de l’astuce, de l’illogicité parfaite).

La vérité est qu’il ne faut pas redescendre et commencer de choisir selon le donné, la détermination et la concrétion de la réalité ; parce que cela indispose. L’indisposition est l’impossibilité de revenir au Même, soit donc à la structure, la difficulté de naitre une seconde fois, une seconde fois constante. Parce que la structure est le seul recours, la médiation radicale, à la racine ; ce par quoi on ne dispose pas dans le monde, mais se prédispose selon le choix de la préexistence.

Ce qui peut paraitre bien éthéré. Mais c’est du mouvement épuisant de la structure antérieure que l’on est que l’on se pousse ou non ou plus ou moins ou comme çi ou comme ça à être. Il y eut un moment, caché, de décision d’être et acceptant ou non d’être, d’être comme-çi ou comme-ça … ce qui n’est pas un sens caché, mais une manière d’admettre l’exister. D’aucuns regrettent infiniment d’exister. C’est bien ce qu’essaie de traduire Nietzsche, mais il relève lui-même de toute la tradition qui est nôtre, ces moments de préexistence foisonnent dans notre pensée partagée.

Il revient à notre-être de s’envoyer en l’air antérieurement au donné, au monde, au vécu, antérieurement à la nature, à la raison et au moi, mais aussi antérieurement à la pensée, à dieu et au sujet. La pensée, dieu et le sujet sont là afin d’expatrier l’être selon … le Un, mais la pensée, dieu ou le sujet renvoient à la décision interne, n'existent pas sans vous. C’est le Un qui préconditionne et en ceci que le Un n’est pas, est impossible et pour cette raison il sera. Si Descartes pro-pose au-devant de lui-même dans la suspension intentionnelle de son être, ramené enfin à la structure antérieure à la pensée, s’il propose la générosité, c’est le principe antérieur à l’existence qu’il se choisit. Mais l’on n’est pas obligé de se fixer sur un mot, la réalité est que dans le vécu on choisit, invente, crée, une pré-existence bien enfouie quelque part, qui servira sans cesse de repère et de repaire pour notre être de structure ; ce par quoi il reste ouvert à sa propre dimension, n’est pas absorbé par le donné, le vécu, le quelconque, de même que depuis le début la pensée des grecs, le christ des chrétiens, le sujet cartésien, de même donc que tout sujet se-sait.

Le se-savoir est non exprimé (mais est « ce qui est recherché », l’articulation activiste qui nous pousse, ce que tente d'isoler la philosophie) ; il est un geste antérieur au vécu ; ce par quoi le vécu ne fera pas ce qu’il veut de nous, ce par quoi on résistera et s’opposera, on contournera, ce par quoi on ajoutera au vécu, venu on ne sait de où, lieu insituable, qu’il ne faut pas avouer parce qu’alors cette dimension tomberait dans le monde (de toute façon on ne peut pas l’avouer, mais par ailleurs on peut le livrer au monde… on risque constamment de tomber) Cette réserve antérieure est imprescriptible et doit être examinée dans le silence, la nuit, le recueillement, la tentation, la possibilité cachée, et quantité d’autres antériorités à être. Et ce retrait qui n’entre pas dans le monde, si il le veut, peut se travailler, se parfaire, se creuser, se torturer.

La conscience-de que l’on est, n’est pas le conscient, et ne peut pas s’épuiser dans le monde, la vie, le corps, ni même dans ces figurations ou configurations infiniment précises que sont la pensé, le dieu-christ ou le sujet ; la conscience-de, qui est seulement le rapport-à (à quoi que ce soit, et pour lequel tout le reste défile sous les yeux) existe évidemment pour elle-même ; elle est conscience d’être en capacité de conscience, de tisser des rapports et qu’aucun en particulier n’épuise, ni ne remonte dans cette structure. Si rien du monde ne peut l’atteindre (puisque cette structure ne s’atteint pas elle-même, elle surgit dans/vers le réel, hors de la cervelle), il est néanmoins possible, comme la grâce, de remodeler l’aperception que l’on en a.

On en est à la fois l’effet, et quelque peu d'un certain biais inaudible, la cause secrète, mais rien qu’un peu, et le peu qui dépend de nous c’est pourtant cela qui l’oriente ou la désoriente, à condition que l’on en soit saisi, passivement, (et c'est un lourd travail ou une soudaine surprise) en être saisi et non pas la tenir en dépendance ; elle ne dépend de rien, pas même d'elle-même puisque non composée, n'ayant pas de parties pour faire pression sur elle-même, elle est une surface unilatérale, tournée d'un seul côté. C’est pour cela que la grâce est à la fois selon notre effort et pourtant existe en elle-même parfaitement libre (de vous tomber dessus, mais on y reviendra).

La reconsidération de cela qui n’a pas de représentation est apparemment impossible, et c’est impossible effectivement… Mais pourtant ça est, ça existe, et ça devient. Il est possible de naviguer dans le retrait antérieur à tout monde, de pousser à être cette structure, d’orienter ou de réorienter cet être séparé de tout. Chacun, toute conscience a retenu un ou deux mots, quelque règle invraisemblable, un geste, une position du corps, une échancrure dans l’immanence du donné là. Mais pourtant il arrive que l’on abaisse le degré de possibilité de la technologie interne de la structure que l’on est, que l’on éloigne la possibilité de la grâce.

Il est évident qu’elle prît différentes mais aussi d’étranges formulations. La nausée de Sartre ou le soleil de Camus, c’est à ce moment là de l’historicité humaine et quelques-uns nomment soudainement cette instanciation comme existence, existence du réel, mais la grâce, le saisissement impossible, impensable, inépuisable de la structure fut bien tournée d’astuces et des ruses soudaines de l’atteinte dans et de la structure vers le réel. La structure n’a pas, aucun visage, aussi interfère-t-elle selon son interruption imprévisible. Elle est la racine qui apparait ici ou là, qui perce ou disperse le sol, l’étendue.

Puisque les grecs, puis les chrétiens, et la suite, prennent fait de la structure de tout être humain, de toute humanisation, de toute représentation, de tout aperception du corps, l’éthique est aussi la politique, la politique l’esthétique et l’esthétique l’idéel, et la réflexion qu’est la philosophie sur la réflexivité en actes (en de multiples actes qui se déploient partout dès lors) est aussi tout cela ; l’évidence interne de la structure se parcourt et renvoie au Un de son activisme. Il n’est qu’une seule structure préalable et les mondes se déploient, jusqu’à ce qu’elle-même, en personne, prenne le pas, se sache et se connaisse.

C’est ce qui est arrivé à l’humain ; la structure de conscience s’est saisie elle-même et a commencé de produire sa dimension propre (comme pensée et sur-intentionnalisation grecque, comme dieu et christ et hyper-intentionnalisation, cad intensité, comme réflexion méta de la réflexivité sur elle-même comme Descartes, Kant ou Hegel, puis creusant plus loin encore parmi les grands sujets, et finalement cherchant à se matérialiser selon les mois, soit donc la formule universelle de l’existence humaine) . Et comme dit, depuis le début cela a affaire avec l’être, le réel. Ou, comme le révèle le christ, « c’est déjà commencé ».

Il faut parfois prendre au pied de la lettre ce qui est dit et retenu. Nous serions alors déjà enroulés dans la dimension qui se déploie. Et nous sommes alors à mille lieues de l’horizon rétréci de la raison raisonnable, du naturalisme du marché ou de la nature humaine, du moi psycho-linguistique, qui voudraient que « ceci soit achevé », donné là. En réalité ça a à peine commencé.

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