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instants philosophie

La ligne de séparation du réel

26 Avril 2015, 09:29am

Publié par pascal doyelle

Ce qui est arrivé à l’humain, soit donc la passation des mondes clos au monde ouvert, n’est pas du tout une danse fluide et spontanée. C’est un choc, un heurt absolu, une rupture définitive.

On a cru pouvoir transiger en s’imaginant que la structure réelle qui nous est tombée dessus s’accordait avec le monde sous les formulations de la pensée, de dieu ou du sujet.

Mais d’abord si l’on y regarde de près, la pensée, dieu et le sujet sont eux-mêmes des configurations de déflagration ; ni la pensée, ni dieu et le christ, ni le sujet ne nous ont laissé tranquilles, bien enrobés dans tel ou tel cocon. Ces trois configurations furent en leur temps, en leur moment, d’effarantes révolutions, et il fallut inventer et enchevêtrer les créations pour combler, satisfaire à ces articulations gigantesques.

C’est que laissés à nous-mêmes nous nous enroulons dans le contenu, le contenu de conscience ; alors que c’est la conscience et ce comme structure (et non comme produisant un sens en son dedans) qui mène le jeu. C’est l’articulation au réel qui pousse notre réalité, et c’est la dite réalité humaine qui renâcle et s’use à suivre le rythme.

La pensée, dieu et le christ, le sujet sont des configurations de la structure de conscience qui vaut en et par elle-même, au point que la pensée, dieu/le christ, le sujet n’apparaissent que d’être voulus, investis, ressuscités du dedans de la structure qu’ils mettent en œuvre. C’est de les intentionnaliser qui les crée ou recrée. Mais si par ailleurs grecs, monothéismes et chrétiens, sujets et méta-sujets, offrent le surgissement de la structure de conscience en tant que celle-ci est cet-être qui nous anime, il devient fondamental de se saisir des fulgurations que, par leur puissance, la pensée, le dieu et le christ, le sujet saisissent.

Le pari est ici que les figurations que l’on distinguera des configurations (pensée, dieu-le christ, le sujet) les remplacent respectivement comme raison, naturalité et moi se tiennent encore de la triangulation antérieure et que ce qui agit par la raison, nature et moi ce sont la pensée, dieu-le christ, le sujet. Et comme on n’admet pas la pensée, dieu et le christ et le sujet tels quels (on ne peut pas revenir aux configurations passées), on nomme cette triangulation comme « technologies ».

La finalité est de soulever ce qui est en jeu dans les découvertes premières de ce surgissement de notre-être, de cet-être étrange, et ceci en-dehors au moins descriptivement des compréhensions, des manifestations, des représentations que cet-être a poussé au-devant de lui-même et on transposera donc la pensée, dieu-le christ et le sujet, comme technologies.

Parce que tous nous sommes des mois et qu'il faut élaborer la pensée, dieu-le christ, le sujet comme technologies ; le moi est la formulation essentielle et ce d’autant plus qu’il poursuit l’humanisation en la basculant dans la personnalisation (personne n’aurait envie de continuer l’humanisation sans qu’il y soit appelé lui, tel quel, en tant que personne concernée, et d’autre part l’humanisation fondée sur l’universel, ne peut pas prendre en charge ce dont le moi s’investit … c’est aussi technologiquement que le moi est le moyen de prendre ce corps, de le créer, de le présenter, d’assumer qu’il y ait une structure de conscience « dans un corps », ce qui est tout sauf évident, c’est une performativité, une concrétion, une extrême complication, et plus que cela, dont les mois font forcément les frais ).

Il s’agit donc de technologies parce que l’on prend le principe que le regard sur le donné est hors du donné ; la réflexivité n’est pas la réflexion de cette nature humaine sur elle-même. La réflexivité est en elle-même radicalement une structure, séparée de tout donné, de toute détermination, de toute expérience, de toute représentation et pour cela même si pensée, dieu et christ, sujet, sont des configurations, ce ne sont que des manifestations ; la structure en elle-même ne se manifeste pas, elle ne le peut pas, elle ne peut pas se traduire dans la réalité, elle doit se « contenter », se parfaire afin d’approcher, de déployer son être réel, sa dimension, qui n’est pas dans le monde mais sur le bord du monde (c’est pour cela que l’on pose la dimension réelle comme étant le bord du monde ; le bord du monde fait partie du monde, l’immanence est totale sauf qu’elle a un Bord et par bord il faut entendre simple ligne, limite à la fois externe et interne, en des conditions spécifiques évidemment qu’il faudra expliciter).

Ce qui ne peut pas et ne pourra jamais transcrire son être dans le monde, doit donc développer son énoncé, en propre, sur la limite du monde, du donné, du vécu, du corps, de l’humanisation, etc. C’est la poursuite de cette limite que produit la philosophie (qui a pris en charge le changement anthropologique non en le créant (il existe en lui-même, ce changement tout alentour de la méditerranée) mais en le décrivant et ce faisant il l’accélère plus ou moins et parfois plus que moins, la philosophie est la discipline qui nomme « ce qui arrive » à l’humain).

Autrement dit la limite n’est pas entre une intériorité et une extériorité ; tout est extériorisé, mais la ligne de cette extériorité existe et vaut en elle-même ; c’est donc en usant d’une certaine manière, et d'une manière certaine, de l’extériorité pour, à partir du donné-là, du monde, du corps, remonter vers la ligne.C’est une pure mésinterprétation qui comprend ces configurations de la pensée grecque, du dieu-le christ, du sujet, comme chosifiant la ligne du bord du monde, alors que partout pensée, dieu et le christ, le sujet sont des lignes passantes qui renvoient, toutes, vers le monde et qui, chaque fois, révolutionnent.

Mais, disions-nous, le moi, que nous sommes tous, et ceci universellement, ne se satisfait pas des configurations, de la triangulation, parce qu’il ne saisit, et à juste titre, que le résultat, le concret ou la concrétisation, la matérialisation ; il ne perçoit plus ce qu’il est originellement, puisque, pour le moi, l’origine est le donné expliquant le donné, le corps expliquant le corps, la psychologie expliquant la psychologie, l’économisme l’économisme, etc.

Sans en revenir à un originel qui se prendrait pour plus essentialiste que d’être le Bord, il faut par contre s’avancer sur le bord, la limite, la ligne du monde, mais qui est tout aussi bien et pour son compte également la ligne de séparation de notre réalité humaine en tant qu’elle est cet-être de conscience qui s’actualise et en tant que Une nous distingue et pousse aux distinctions, aux idées, cad aux rapports clairs et distincts, qui créent des « idées », des intentionnalisations, qui passent par le corps ; le corps fait office de séparé en étant hors-de-lui-même.Et il est hors de lui-même puisque la conscience-de est rapport au réel qui sort de la cervelle, elle est la reprise du corps, soulevé.

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