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instants philosophie

Le Moi se noie

15 Avril 2015, 08:13am

Publié par pascal doyelle

Les anciennes puissances technologiques de la pensée

Le moi est à ce point immerger dans son monde donné là, et qui de plus est le monde des mois, hyper centré sur ces unités défaillantes mais nécessairement pressée de cacher cette défaillance, de se dissimuler, qu’il n’aperçoit plus du tout qu’il est né de et par les anciennes articulations gigantesques.

Le moi ne sait pas qu’il vient de la pensée, du dieu incorporé ou du sujet cartésien. Il croit qu’il nait dans les choux ou parmi les fleurs, quelque chose dans le genre, dans l'irréel destinal du sens qu'il serait. Il aimerait une sorte de naissance mentale de son corps, qu’il soit affecté en soi d’une identité ; alors il rêve la paternité ou la maternité ; il brode bien puissamment un cocon significatif, qui n’existe qu’à peine.

La déliquescence que cela produit, cette mollasserie dans le monde, cette bouche aveugle et au fin fond noire et délirante, est entretenue de toutes, absolument toutes les images qui recentrent constamment la formule du « moi », du « moi-même » comme unique réel, et impossibilité pour ces personnalisations d’en sortir ; ce qui veut dire impossibilité de penser. La dernière mise en œuvre d’autres possibilités revenait à l’idéal "révolutionnaire" des années 60, transcendant, tellement transcendant et si peu formulé mais précédemment encore les idéologies fonctionnaient comme systèmes, comme machines systématiques, marxisme ou socialisme (réel et non de simple dénomination) et comme jadis les systèmes philosophiques ou équivalents, dont l’une des manifestations fut celle des Lumières, ou les immenses acculturations chrétiennes, catholiques, protestantes, etc.

Impossibilité de penser veut dire également que l'on délaisse les finalités du monde aux autres, aux investisseurs qui possèdent l'avenir, ils le possèdent déjà, au comptant.

La confusion accompagne la prégnance, la pesanteur d’un donné là unique affecté de son moi-même, puisque tout cela eut pour effet total d’imposer un seul monde en auto composition. Ça n’est pas un monde parmi d’autres qui s’est imposé, c’est l’unique monde total et intégralement donné là, naturaliste, immédiat, composé des corps d’identité psychologique ayant pour fondement, pour logique l’aperception finalisée comme biologie, état du Vivant. Le vivant sans esprit, lié au donné là et supprimant le "là" du donné, immanent intégralement et qui ne voit plus comme il est né dans la transcendance du Bord du monde, dans la structure.

Mais ce serait trop simple ; en réalité l'esprit est interne au moi lui-même, il y travaille et c'est pour cela qu'il agite le corps du mort.

Ce qui se montrait par le christianisme (de la naissance à la mort et au-delà) en se coupant de sa racine méta-ontologique, nous enferme dès lors entre ces deux murs infranchissables ; naissance d’une part et mort d’autre part, et enclos ce-corps-çi, et pour toute totalisation le Vécu.

Et ce Vécu au lieu de se révéler, littéralement révéler, comme Sens, se rend compte qu’il n’est que composition, hasardeux, bricolé, effondré sur son être logique dont la finalisation entreprise uniquement comme donné là, n’obtient plus aucune ouverture, le donné retourne au donné, le monde au monde, les mois aux corps, et tout cela disparait. Il se trouve ici ou là des compostions heureuses et tant mieux, ou malheureuses ou terriblement idiotes ou délirantes, bref tout ce que l’on voudra mais cela demeure des compostions, de bric et de broc.

Ça n’est pas cela, des compositions, que l’on est venu chercher.

Le plus comique, somme toute, est qu’il existe bel et bien une autre orientation et que notre historicité en est pleine à ras bord, mais comme le moi suit sa perspective naturaliste, composite, (et qu’il se plaint régulièrement que l’on produise des personnalisations, qu’il existe une production industrielle de mois humains, bel et bien effective et concertée comme telle, on les fabrique, puisqu’ils sont de toute manière des fabrications, structurellement), le moi ne perçoit plus les anciennes origines.

Pour lui « anciennes origines », ce serait comme des mythèmes, des mythomanies, des mythologies, le retour des dieux par gros temps de crise, des choses de ce genre, ou une vacuité nirvanique, ou une part rêveuse du monde et de la vie. Mais nos racines originelles sont autrement chiadées… ce sont des structures, des élaborations méta-ontologiques, ce sont des technologies puissantes et orchestrées, des possibilités effarantes et effrayantes, des ouvertures alambiquées qui non pas plongent dans l’idéalité, mais creusent à même le réel, qui prolongent le réel, assumant sa cohérence et poussant plus loin dans l’achèvement et l’impossibilité qui, pourtant, est voulue décisivement. Des articulations, en tous les sens du mot.

Mais le moi se désire, lui, sous la formulation d’une synthèse ; il est une synthèse du divers, une unité idéalisée ou maltraitée, du coup, par la réalité, par sa propre vie, par l’historicité, par l’organisationnel des mondes. Il ne comprend pas que l’accès aux technologies puissantes anciennes est non de l’ordre de la synthèse (qui est une auto production hâtive), mais de l’ordre du réflexif, de « ce qui ne cède en rien à quoi que ce soit ». Qui veut ici et maintenant la cohérence active, animée par l’agissement réflexif assoiffé du réel. Ici et maintenant cela se veut, pas ailleurs ou autrement.

Les mois s’effondrent depuis toujours, depuis le début d’eux-mêmes, dans l’irréalité de la cervelle, du corps pesant et on va continuer à le réduire de plus en plus à des matériaux composites, expliquant le donné par le donné suivant la logique réductionniste, la nouvelle épistémologie depuis deux siècles qui remplace la pensée par la raison, dieu par la nature donnée là, le sujet par le moi.

Or la conscience-de, la structure, n’est pas de la cervelle, elle est ce qui sort de la cervelle pour toucher le réel et sitôt qu’elle en a le gout, elle serre la mâchoire et ne lâche plus sa proie. Et cette distance entre la conscience-de sortant de la cervelle et le réel, est incompréhensible pour le moi qui ne se situe que par les contenus de la structure, et non pas remonte dans la structure elle-même, de sorte que le moi est constamment réabsorbé par la cervelle et son rêve intérieur irréel, celui qui ne sait pas le réel, qui ignore et en laquelle cervelle vaporeuse le moi se rétroactive, non temps et non espace.

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