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instants philosophie

Le monde est philip-k-dickien

18 Avril 2015, 08:00am

Publié par pascal doyelle

L’effondrement intérieur

Que l’articulation gigantesque se soit dissoute dans le flux du donné-monde (de la raison raisonnable, de la nature humaine naturaliste, du moi et de l’humanisation fadasses) ne peut aboutir qu’à l’effondrement ; le vivant, la vie (ces ressources-là) ne suffiront pas à soutenir l’existence (qui s’ex-siste en plus du vivant). Si la vie, grecque, ou le vivant, chrétien, ont pu se porter à être, à exister, c’est qu’ils s’étaient lancés dans une immense entreprise, et s’imposaient en capacité de créer en interne leur possibilité, puisqu’ils lançaient un arc de cercle formidablement lointain par-dessus le monde et le vivant. Mais depuis que l’on restreint la réalité à n’être que ce donné, il ne trouvera pas en lui-même la puissance nécessaire à se re-créer.

Le donné reproduit, au mieux, le donné, mais ne le transcende pas. Or c’est de mener la grande transcendance que les grecs créèrent et les chrétiens dépassèrent la réalité en lui assignant le réel.

Le réel, pour nous, pour notre être ou plutôt cet-être qui est en nous, doit s’alimenter en la tension unique, exclusive, qui exporte fondamentalement notre structure ; non telle partie du donné, telle composition en nous, en notre réalité humaine, mais la pointe structurelle qui sort de la cervelle ; la pensée ou dieu ou le christ ou le sujet cartésien et son infini interne, ou le méta sujet qui renvoie son miroir transcendantal ou sa négativité effrayante, sont en mesure de supporter ce rapport exclusif. Mais lorsque l’on se définit soi comme n’étant qu’une composition de parties, qu’un bricolage donné dans le monde là immédiat, on ne voit pas, on ne voit plus pourquoi l’on existe, on se contente de vivre, de se satisfaire de vivre en et de ce corps, à l’intérieur du corps et l’on en mourra, et de ce corps en s’en nourrissant, ou dévorant les autres corps. Le corps occupe, usurpateur et simulateur, le point de vigilance et tord, ramène les finalités à ses tendances propres, enroulent les intentionnalités vers la masse donnée là, les réorientant petit à petit, insinuant le vivant métabolique. L’excès structurel, l’arc tendu vers le réel est absorbé par le dedans.

Ce qui n’excède pas, tombe.

Le plus dangereux, le plus épouvantable aussi, est que si notre être est articulation au réel et que celle-ci nécessite une archi, une hyper ou une méta connexion au réel (les grecs, les chrétiens, les cartésiens, cad ceux qui ont admis, volontairement ou non, la forme du sujet impossible), lorsque s’affaisse la connexion, la désarticulation gangrène du dedans ; elle démétabolise littéralement les cervelles. La désarticulation les déconnecte du réel et les cervelles s’enroulent sur, en elles-mêmes ; elles cèdent à leur rêve intérieur éternel et négligeant, dans leur velléité d’exister, elles se replient sur la vie, sur le vivant seul, se nourrissent au lieu de se dépenser.

Le rêve intérieur des cervelles est ignoble, lorsque cèdent les articulations vers le réel, s’affaiblissent et s’inversent, qui étiraient la masse intérieure vers l’altérité, par le formel de notre être de conscience. Etre de conscience qui, rappelons-le, est un arc réflexe qui sort, réellement sort de la cervelle et se tient au réel, par des points d’attirance, d’ancrage, plantés très loin dans le donné-là du monde-étendue et ce par le « là » de l’être, du réel ; c’est qu’il y ait une position méta-ontologique "réel", grecque puis chrétienne (ou monothéiste), puis ontologique tout court, lorsque Descartes s’en empare et plante le sujet sur la surface étendue du monde, Descartes qui ramène la métaphysique à l’ontologie d’un être spécifique et spécifiquement « là », c’est qu’il y ait une méta-ontologie qui crée ces points d’ancrage sur le réel, de telle sorte que la conscience s’arcboute dans le réel, hors de la cervelle.

Lorsque disparaissent ces points d’ancrage, la cervelle retourne vers elle-même, son ignoble rêvasserie intérieure, gouvernée au plus proche, ce qui veut dire par le corps comme dévoration, nourriture et putréfaction. Les animaux conservent spontanément leur apparaitre au monde, c’est instinctivement qu’ils perçoivent leur propre corps et que celui-ci est dirigé vers le monde donné là. Mais un être humain dans la désarticulation, dans la suppression des points d’ancrage, des points d’attirance, perd cette surface du corps liée à la surface du monde (surface autonome qu’il n’a jamais ressenti du reste, l’humain a remplacé la surface du corps au contact de la surface du monde, par une image-idée qui à la fois lui permet d’en saisir le donné et de modifier, d’interfacer avec elle-même, la surface humaine est modulable), l’animal est dans l’apparescence, mais pour l'homme c’est une intériorité en dégradation, un monde philipkdickien qui finit par absorber l’apparaitre et se nourrir de tout ce qui passe à sa portée, portée qui se restreint, se rétrécit de plus en plus irréellement. A moins que, au-delà du philipkdickien, ce délire intérieur se termine dans le ventre écœurant des dieux fous, aveugles ou stupides de Lovecraft, singeries des divinités repoussantes.

Retrouvant la réalité délirante du doute cartésien (qui simule essentiellement la mort mentale visionnée de Philip K Dick, si l’on y songe) ; cela même que le cavalier, le guerrier résolu avait su repousser en affirmant l’impensable (le « ce qui excède la pensée » et lui autorise son impossibilité décidée et voulue, assumée et de puissance pure, le dieu qui décide par volonté que cela soit, dont la décision se doit d’être à elle-même limpide et créée pour tout dire), l’impensable qui lui servit de fondation (raison pour laquelle le cogito est antérieur à la pensée ; le cogito requiert une « pensée antérieure à la pensée », soit donc une structure).

En reniant par les théories de la nouvelle épistémologie auto proclamée, en ignorant le sujet dans le moi et en annulant ou absentant l’être et le réel et le un par l’objectivisme des sciences et l’objectalité de l’économisme (qui est quasi exclusivement la mise sous pression du corps, l’économisme règne parce que le corps absorbe la conscience et le sujet via le moi et son image-idée irréelle), l’articulation sur-essentielle s’effondre ; sur-essentielle parce que c’est une aberration de considérer la pensée comme soit illusoire soit prolégomènes à une raison raisonnable ou raisonnante et parce que c’est une absurdité de nier le sujet, la structure de conscience en la métamorphosant en parties, compositions et décompositions.

L’articulation, grecque, chrétienne et mono, le sujet, méta ou grand sujet, tendaient l’arc réflexe tout au travers de toute la réalité, arc de cercle arcbouté sur le réel ; la compositionnalité des mois, de l’humain et de la réalité donné immédiate, érigée en principe unanimement validé, c’est la soumission de chaque conscience aux autres, aux consciences-autres ; celles qui théorisent l’étatisme, le scientisme, l’économisme, la psychologisation des consciences.

Et ceci ça n’est pas renier la science, la raison ou le moi, c’est repousser leur exclusivisme, leur emprise totale sur la réalité non seulement mais sur le réel.

Autrement dit les investisseurs décident de l’avenir, leur économisme est la masse des corps et ils sont dans l’impossibilité de renouveler leur vision, parce que de vision ils n’en ont pas (ce qui ne signifie pas que ça ne réalise rien, mais que le réalisé ne remonte pas jusqu’à augmenter le structurel, "ça" fait retour sur le donné, pas sur le structurel ; par ex le moi finit par ressembler à ce qu’on produit pour lui, parce que par principe le moi est déjà une portion du donné et n’en sort pas, qu’il aurait pu en sortir si il ne se conformait pas à la production, et c’est en partie ce qui fut tenté mille fois, le moi a combattu, mais le principe opposera toujours le joug qui ramènera au donné et non au réel). C’est un donné là qui veut le donné là, ça tourne en rond, ça ne peut pas imaginer autre chose parce que ça n’imagine pas autrement la réalité ; une réalité sans réel.

L’articulation structurelle se signale de ce qu’elle retombe toujours dans les mains du donné là, qu’il lui faut sans cesse réinventer ; ce par quoi la structure domine les contenus et non pas se réfère aux contenus pour se définir ; il ne convient pas au Un, à la forme, à la structure de se confondre et la confusion c’est ce qui est originairement au principe de la nature humaine naturaliste, de la raison et des théories (opposées aux pensées), et du moi, des personnalisations et des humanisations.

Confusion parce que ce qui est théorisé ou organisé ou présenté objectivement et objectalement, selon le naturalisme généralisé (le donné explique le donné, le vivant retourne au vivant, alors qu’il retourne à la mort) est théorisé et organisé et présenté d’une conscience-autre (qui admet la vision extériorisatrice comme principe) sur et finalement contre et en écrasant l’autre conscience, la structure de chacun. « C’est théorisé » comme si la représentation était effectivement le présenté même qu’est la réalité (puisqu’aucune représentation n’est disponible de la réalité que cet objectivisme, et aucun autre désir de cet objet que l’objet lui-même du désir, en quoi l’objet pense le désir et non l’inverse).

Ce que présentaient la pensée grecque, le christ (et monothéismes), le sujet et son corrélat radical la révolution, étaient des technologies internes à chaque conscience, ça n’était pas une vision angélique ou autogérée ou illusoire, ni même allégorique et mythologique, c’était le recours. Le recours est la médiation (le christ par ex est le médiateur, le sujet cartésien est absolument le médiateur, cad celui sans lequel on ne peut rien, sans lequel le donné retombe dans le donné, dans les irréalités effarantes du doute, y compris des pensées du doute, celui sans lequel il n’est pas même citoyen d’un Etat, etc), le recours étant la médiation est la logique externe qui pliera le donné en son hyper-sens, archi-sens, méta-sens, au lieu de s’effondrer dans le monde, le donné, la mort et la pauvre ambition qu’est la finalisation selon le corps, l’économisme, l’étatisme, l’objectivisme qui graduellement, petit à petit, spontanément (puisqu’ils sont-du-monde, et s’imposent dans le donné même, déterminations par déterminations), grignotent l’articulation structurelle, qui, elle, est effort parce que forcenée. Et qui ce faisant arrache.

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