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instants philosophie

Vision

12 Avril 2015, 14:51pm

Publié par pascal doyelle

Puisqu’un moi est né d’abord de l’humanisation généralisée, puis ensuite, bien plus tard, lorsque les conditions de technicité et de productivité le permirent, né de et par la personnalisation (d’après quoi souvent on hurle qu’il existe une production de la personnalisation, une production industrielle des mois, mais enfin on ne demande pas mieux, puisque par là se réalise l’acquisition de soi par le moi, sans les dites différenciations entre chacun nous ne parviendrions pas à nous détacher, nous distinguer, et d’ensuite récriminer et même croire en une plus belle, jolie, distinctive personnalisation, un super moi ou un moi « authentique », que voulez-vous qu’il y ait de plus que de tels mois réalisés effectivement dans l’historicité ? N’est-ce pas le rock et la pop, puis le dépassement de la mass médiatisation par la micro médiatisation qui nous permit d’être ?),

Puisque compte tenu de tout cela et des récriminations de mois bien dodus, bien replets, il n’est plus aucun autre choix pour chacun que de se mordre et se déchirer du dedans.

La structure de conscience ayant engendré l’universel et l’humanisation, entretemps la mass médiatisation, la représentation de tout ce beau monde par quelques canaux, elle, la structure, en vient à ajouter encore par-dessus l’humanisation générale, que chacun puisse élaborer son Vécu, en quoi on se perd en cent mille illusions, toutes retournant au bercail, à l'indigence du moi.

De même que l’humanisation posait l’hypothèse d’une nature humaine générale, (ou que la science expliquait évidemment le donné par le donné, le constatable par le constaté, en circuit fermé, répliquant la cohérence de la pensée, depuis l’origine la pensée ne valide que les idées effectivement agissantes, on comprend le compréhensible, pas l’incompréhensible), pareillement le moi a tôt fait de retomber sur ses pieds et de chercher dans sa vie active sa nature propre spontanément « soi ».

Il est clair que ça n’existe pas, que le moi est essentiellement un bricolage, un arrangement, et que de destin, de prévision destinale de soi, d’essence éternelle, ça se peut ailleurs dans le ciel (pourquoi pas ?) mais ici même, de trop y croire, ça s’effiloche, ça se disperse, ça se perd. Et non comptant que la vie en général vous en déchausse ici et là, c’est du dedans que la conscience-en-un-moi travaille, cad torture cette représentation qu’est son moi ; or une conscience structurelle ne se reconnait en rien, n’obtient jamais aucune correspondance entre son être et quoi que ce soit en quelque monde ou quelque vécu que ce soit ; une conscience de structure ça n’a rien à voir avec quoi que ce soit. Ça existe. Ou donc ; ça Ex-SistE, ça passe la barre, c’est une Sauvagerie-Sans-Nom.

Sauvagerie entendons nous bien, structurelle. Elle ne s’amuse pas essentiellement à dépiauter les corps. Parce que pour elle violenter les corps, ce serait redescendre de sa structure et que des corps, elle s’en fout. La dite sauvagerie est, comme vu, structurelle ; et c’est pour cela qu’elle risque bien de s’en prendre instamment au moi, à l’humanisation, à la pensée, à dieu, etc. Elle en veut plus. Elle veut plus de structurel.

Plus que la pensée, l’idée, le dieu, et plus que le sujet (ou plus exactement le sujet est précisément « ce qui s’en prend à la structure » et tente impossiblement de remonter le cours de la structure, mais passons … ou alors … avançons, rapidement ; la structure veut le pur miroir au fond de tous les univers ; qui viendra réengendrer ces univers à nouveau et restructurera l’ensemble de toutes les réalités ; le Un-qui-n’existe-pas ; et elle le veut parce que justement il n’existe pas, c’est coton).

N’empêche que là maintenant, ayant acquis que nous sommes des mois (ce qui est super essentiel, ce qui était imprévisible lorsque l’Etat qui s’attendait à universellement des personnes raisonnables, et se retrouve avec des idiots hallucinés), ça travaille, ça continue de travailler, de torturer du dedans.

Ça ne veut pas dire qu’il faut cesser d’être heureux, satisfaits, épanouis, etc. ça veut dire que c’est autre chose qui nous suit. Et c’est cette trouée interne (à la structure, sinon on parlerait d’intériorité, l’intériorité vaut pour un contenu, la personnalité par ex, ici la trouée est « externe » en ce qu’elle est interne à la structure, cad insituable et accompagne le moi partout et n’importe où, elle s’agite quoi), cette trouée interne qui gravite et cherche, fouineuse, exubérante ou dépressive, incohérente ou prophétique ; la structure qui a créé la pensée (ou son mode réduit la raison), le dieu (ou la nature naturaliste), le sujet (ou le moi) n’est pas bien « raisonnable » … qui cela étonne-t-il vraiment ?

Le problème est que la structure (de conscience-de qui ne s‘attache à aucun contenu et passe au-delà de tous) est ingérable pour le moi, la raison ou le naturalisme (l’épistémologie réductive, dont Kant malgré lui dresse la description par ex). la structure était distribuée et envoyée dans/vers/ pour son altérité par la pensée, grecque, le dieu christique et le sujet cartésien. Mais impossible se saisir la structure pour le réductionnisme ; le réductionnisme s’est constitué afin que la structure puisse creuser, exploiter, extraire le monde donné là, les corps, les langages, les identités psychologiques, etc ; c’est son but, sa fonction, dans le Grand Diagramme. Mais il se heurte au Mur, du réel.

Il voudrait interpréter le Mur selon ses propres critères ; naturaliser la sauvagerie ontologique, laquelle est infiniment plus rusée que le réductionnisme, et l’envoie dans des délires plus ou moins malsains ou abominables ou d’une manière générale (selon la généralisation de l’universalité, de l’humanisation) vers un idéal, une idéalité humaine et personnelle, dont on souffre considérablement, dans la mesure où ça n’est pas l’humanisation ou la personnalisation qui travaillent la réalité humaine ; ça, ce sont des effets. La Cause est bien autrement ardue et impossible.

Si ça n’était pas impossible, ça n’existerait pas. C’est parce que l’impossible doit surgir qu’il existe un présent. Sinon à quoi servirait le temps ?

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