Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

De la révolution

13 Mai 2015, 07:55am

Publié par pascal doyelle

Il s’avère donc, dans la vérité historique de la réalisation, que le libre avait autre chose à inventer que l’universel, que le libre est antérieur (ontologiquement) à l’universel (ce qu’est la preuve de Descartes) et qu’il a donc rendu réel autre chose que l’universel ; un monde à disposition. Dès lors le libre, cette structure totalement désarçonnée, sans repère aucun, s’ouvre partout en chacun comme un gouffre innommable. La structure déchainée réécrit instamment toute réalité approchante et s’alimente de cette folie qui n’a pas de nom, qui ne peut pas être nommée.

On a beau entendre combler le vide structurel de tel ou tel idéal, imagination, concrète consistance, la structure ne renvoie à rien. Parce qu’elle ne renvoie qu’à elle-même.

Le face à face comme redondance interne

Et elle peut tenir cette redondance de son être ; étant formelle, lorsqu’elle se rapporte à elle-même, elle s’occupe, se préoccupe, s’intercale de tout autre, toute l’altérité peut y prendre place. Et dans le face à face de la redondance structurelle, c’est le Un à-disposition qui s’offre. Soit donc la prédisposition de l’être pour ce qui existe.

L’au-delà de la révolution unique qui eut lieu

C’est d’une manière générale l’exister, ce qui veut dire l’ici-même qui se plante sur le sol réel, sur l’étendue, sur le donné là via le « là » du donné (soit donc l’être des grecs, ou le réel pour la conscience-de, tournée vers le réel même, le présent ici et maintenant, en tant que l’on veut ici et maintenant « ce qui est »), c’est l’exister qui s’hypostase et se surprend d’être en capacité de se vouloir. Mais comme cette sorte de volonté n’est pas le volontarisme, elle parait remonter plus loin, plus antérieurement, semble tout à fait vide sinon d’être assignée à sa tâche indéfinie de « vouloir », d’absorption même du donné, de transformation, de métamorphose. Et comme telle elle outrepasse ce que par raison ou conscience raisonnable, universelle donc, se posaient les bornes du vrai, du bien et du beau classique comme horizon généralisé tel que cela fut envisagé et qui a conduit tous les siècles précédant la révolution unique (d’où l’importance pour Nietzsche qu’il y ait différentes esthétiques, que l’esthétique soit la vie même, l’affirmation de la vie-volonté, son déploiement, dans sa mesure propre ou sa démesure et ce au-delà ou en-deçà de la volonté du seul beau classique, cad en fait rationnalistement conçu), ce que par conscient on entend, et ce à quoi cette « volonté » se soumet en tombant dans le volontarisme éclairé. L’antériorité de ce qui veut est mis en œuvre et expulse ce qui apparait alors comme construit et artificiel par-dessus la vague interne du réel et par lesquelles constructions l’antérieur se mord lui-même la queue, si il n’y prend pas garde.

Le seul à obtenir la vision saine de cet Un, est Nietzsche. Et de fait il intercale toute l’altérité, toutes les externalités, les extériorités dont il se voit capable entre le Un et le Un. Il affirme d’emblée toute la réalité, toutes les réalités, la multiplicité comme telle et telle ; Nietzsche conçoit si adéquatement la performance formelle du Un qu’il peut se permettre d’installer les plus grandes distances possibles dans un monde. Lorsque l’on parvient au Un lui-même, non pas l’objet « un » mais le Un comme agissant, comme mouvement, comme rapport sans cesse reporté, on sait la disruption qu’il provoque. Il parsème l’être partout, engendre et produit.

Le rapport unique comme uniface vide et formelle

Il est clair depuis le début que la conscience de structure se sait (elle sait qu’elle crée des rapports et qu’elle est elle-même le Rapport premier et source). Si cette conscience se rassemblait au sein d’un contenu, celui-ci se poserait là comme une chose, objet d’adoration, mais la philosophie pose un contenu incurvé, elle est pur rapport sans rien, et se sait comme telle et non comme objet, et pas même comme objet consistant de sa propre conscience de (soi) (puisque c’est le rapport qui se-sait , et aucun « soi ») ; ce face à face vide est l’exigence même ; celle qui emporte toujours encore plus loin.

Nietzsche comme affirmation de la forme pure

Et parvenu à ce point (c’est un point, un point ici même de présent qui se pré-voit sans se connaitre, qui n’entre en aucune connaissance, qui est ce par quoi on connait mais n’est jamais lui-même, présentable ni représentable, et c’est pour cela qu’il est la soif auto immune qui se propage et cela même qui se partage au sens de la réduplication ; d’une conscience à l’autre la forme se-sait et se répercute), parvenu à ce point le gouffre est ouvert sans aucun recours et il doit s’assumer ; l’assomption nietzschéenne est l’acceptation ontologique et existentielle de la toute-présence de ce qui est absent mais qui tient. La typologie nietzschéenne veut dessiner les cheminements interne de la tension ; le plus ou le moins de tension, le pro-activisme qui ne sait comment s’y prendre pour être. Il ne fait qu’exister et se déverse de la source de l’exister ici et maintenant et ici même ; il se retient de se dire qu’il « est » parce qu’il existe, et ne cesse de sortir de.

On s’engage donc dans le caractère absolument formel de l’existence ; qui ne peut référer à rien ; qui est à soi-même sa règle, mais étant forme sans rien, on ne sait de quoi elle est la règle. C’est entièrement comme surface déversant, là au-devant, sans arrière fond, sans fondement, uniquement tournée vers le donné-là, le monde, à partir du « là » du donné, sa face unilatérale (il n’y a pas de contre face, de contrefort ; l’antériorité est toute là).

La forme sur le Bord du monde

Mais cette forme est. Elle existe, elle est un réel, autrement dit relève d’une description sauf qu’il est très étrange de décrire un réel qui est antérieur à toutes les réalités, un réel sans épaisseur, strictement unifacial, qui est obligé de déplier cette uniface, fut-ce illusoirement, mais même illusoirement le dépliement effectue une architecture de ce qui n’en possède aucune ; autrement dit ce dont il est question c’est de fabriquer une visualisation de « ce qui voit » et qui est strictement impossible, excepté qu’effectivement il s’élabore un réel dépliement de l’unisurface de conscience.

Il n’est pas, donc, d’intériorité de la conscience structurelle, elle est tournée vers le donné là, tout entièrement, sans antériorité (et pour cela dès la pensée, le christianisme et Descartes, c’est cette surface qui affleure dans le monde, le donné, le vécu, et évidemment le corps dont on comprend bien alors que la surface de conscience se colle quasi instantanément à la surface du corps), mais ce repli sur le bord du monde, du donné peut se complexifier et tisser ses fines élaborations. Ce qui aboutit à des contenus retors ; dont l’archétype sont les idées, les systèmes (puisque la philosophie réfléchit sur cette articulation étrange mais dont il est quantité d’autres contenus qui se présentent par ailleurs, comme éthiques, esthétiques, politiques, idéels, etc, la philosophie étant seulement la théorie de « ce qui arrive » en tous domaines à l’humain). Et toute manifestations qu’elles soient configurations (pensée, dieu-le christ, le sujet) ou figurations (raison, naturalité, le moi ; le donné expliquant le donné et le moi opérant une réflexivité, déjà, dans l’humanisation), toutes les manifestations sont, par rapport au Rapport, des symptômes, des signes, des indications, des orientations, mais ne sont pas le Rapport lui-même ; le Rapport se tient uniment seul vers le réel.

Pour le moi cela signifie que son corps est le signe vers le réel

La raison, la naturalité ou le moi adoreraient se stabiliser dans un objet ou une identité qui remplirait la surface unie, tournée d’un seul côté (il n’existe pas d’autre face, qu’une seule, et c’est pour cela que la philosophie tend le miroir au miroir, ce qui est absurde mais créateur d’une interface difficile mais réelle) qu’il puisse se colmater d’une identité ou donc qu’il puisse déterminer ce qui n’est pas déterminé. La raison transforme la pensée, qui, elle, déplie l’uniface, en production d’objets (idées, systèmes, puis naturalité ou donné pour remplacer l’articulation dieu-le christ, corps-langage pour se substituer au sujet, lequel n’est en aucune manière le sujet monolithique, mais est le retour, impossible, vers l’arc de conscience vers le réel et qui recrée cet être en l’actualisant impossiblement, mais le retour, lui, est, existe et déploie sa propre dimension).

Révolution

L’invisibilité de l’unisurface de conscience, est ce qu’affronte le moi, cette corporéité, et cherche via, dans, par le moi une incorporation ; que le moi obtienne un corps suffisamment subtil qui puisse suivre les minces délinéaments de conscience, et c’est en ceci que l’arrachement à la nécessité du corps, en refusant la violence d’une part et d’autre part en régulant la dépendance physique, physiologique qu’est l’économie (qui pèse comme un couvercle), lesquelles dépendances nient que l’uniface de conscience puisse tisser ses devenirs.

On remarquera qu’hypocritement, dans nos sociétés complexes, plus ou moins, au travers de mille aménagements, mille sparadraps sur la jambe de bois, grosso modo il faut bien subvenir aux nécessités sociales, socialisantes, et au fondement communistes (puisqu’il est non seulement impératif, mais de fait une réalité que le partage soit effectif, sinon les gens s’engloutissent ou tout simplement meurent, libéralisme et communisme sont deux idéologies qui séparent ce qui dans la réalité effective existent communément), c’est donc afin de préserver d’une part une hiérarchie économique (qui est bien plus qu’une lutte des classes du coup, qui est une dispersion et une complexification de la lutte des classes, une complexité qui engendre un tout autre monde que celui de la séparation stricte) et d’autre part afin d’économiser sur l’ensemble des corps et de capter la richesse en pseudo redistribuant, en colmatant ce qui devrait s’ordonner, d’organiser tout autrement.

Vers l’infini et au-delà

Pareillement la faiblesse de la conception rationaliste du monde, non pas le défaut de raison (qui n’est pas à remettre en question) mais son impossibilité de dépasser le découpage non écologique, de la réalité, son impuissance à élaborer les concepts globaux, mais aussi les restrictions de la dépendance des sciences par l’économie (qui est l’idéologie du corps compressé, annulé comme surface, délimité en tous sens, absorbé et focalisé par ses objets limités, vers toujours plus de limitation mentale, jusqu’à ce que les mois n’aient plus pour objet à découper que leur propre corps, révélant la vérité profonde de leur articulation abstraite), sa dépendance de décisions hors raison et donc déraisonnables, d’investissements de la richesse commune privatisée jusqu’à l’absurde, sont un seul et même effet d’inconception du réel, de sa division en réalités séparées parce que les consciences s’existent dans leur oubli en séparations sans le corps-invisible ; n’étant pas visible la conscience ne croit plus qu’en ces visibilités, les images dans le miroir mais sans miroir pour les soutenir.

Ce qui aboutit en somme à l’impossibilité de concevoir les idées qui permettraient de formaliser non seulement la multiplicité des mois, des vécus, ce qui est une chose, mais tout autant qui ne parvient pas à penser ce qu’humanisation signifie (deux siècles de retard dans la pensabilité); parce que si l’on ne comprend pas ce qu’est la personnalisation ni non plus, antérieurement encore, l’humanisation qui eut lieu, on ne peut pas agir ou décider, puisque l’on triture simplement le donné là, le monde en l’état, une ratatouille, ou le moi comme corps donné immédiat et infranchissable tant que l’on demeure dans la divisibilité non conceptuelle de la rationalité, laquelle est bel et bien étatique, économiste, technologiste, qui se réalise intégralement telle qu’elle est dans son idée, (tout se réalise toujours intégralement) mais l’on se heurte à l’infranchissablité qui origine sa conception même.

Commenter cet article