Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

Du christianisme

27 Mai 2015, 15:46pm

Publié par pascal doyelle

Propagation de la structure

Il y eut donc la foudre qui frappât le sol et l’onde s’est déversée comme l’océan. Dans le monde dispersé de la méditerranée se délimite une seule patrie ; le corps. Le corps du christ.

Ce qui crée la plus grande séparation de tout qui fut jamais et indiquant le chemin de la réunion, la réunion médiée, recréée à vif ; que le christ sépare chacun de tout ce qui est et de tous les autres, mais qu’ils soient alors tous en tant que chacun réunis en et par la conscience indéfiniment réelle unique, dieu, par l’intercesseur magnifiant son corps.

De la naissance à la mort, tenues au-devant, là au devant de chacun, diagonalisant notre réalité et ouvrant la dimension hyper réaliste de notre vue, indépendamment de toutes les anciennes attaches, restructurant intégralement et installant ce par quoi on ex-siste ; la conscience de (soi). Par-dessus les groupes humains, leur centration, s’ex-siste cela même qui est pour lui-même le seul réel, et que l’on n’acquiert que de s’en détourner pour être saisi du dehors ; la conscience d’un seul qui admet, accepte, aime en son regard. L’au-delà de notre réalité est matérialisé en et par un regard au-dehors, qui littéralement nous tient en sa vie ; c’est nommément et réellement (les deux) que le regard du christ s’est intégré intérieurement partout ; montrant comme la réalité ne se concrétisait pas de telle ou telle vérité ou monde humain, mais d’un seul.

Ce par quoi le christianisme sera contourné (mais non pas aboli) consiste en ceci ; la réintégration encore plus avant du regard externe se transformant en regard interne cartésien (rappelons que Descartes est un marqueur, il exprime parfaitement ce qui ex-siste multiplement dans le monde, le devenir réflexif qui avance dans, par et au travers de l’humanisation-personnalisation). Le mouvement consistant à ramener ici même encore plus précisément ce qui est manifesté par le christ ; la reconsidération de tout ce qui est.

Car de même que le christ crée le nouveau corps, pareillement dieu a créé, tenu à distance, exposé le monde ; il est une unilatéralité intégrale d’exposition et de concrétisation, la recherche interne à la structure révélatrice de suréminence de la réflexivité sur toute réalité déterminée donné là, la survivance, littérale, de la conscience sur ses contenus. Les mouvements, les déplacements structurels qui suivront demeureront à l’intérieur du cercle réflexif ouvert par le christ ; par le christianisme on se tient sur le bord de la réalité, ce qui veut dire dans le réel (en tant que bord). Tout se déploie ainsi « là » au devant et les consciences abandonnant le monde et l’ancien corps (qui les divise et ploie leurs finalités vers le donné là, vers la détermination, qui abime l’intentionnalisation selon telle ou telle partie du monde, non seulement prenant telle partie pour le tout, mais aussi s’effaçant comme conscience dans le tout qui s’imposerait au Un et la conscience perdrait alors qu’elle soit Une au profit d’une conception, d’un système, d’un monde limité), les consciences toutes séparées, s’étirent une par une vers l’infini, (cad l’indéfiniment réel), et par ailleurs l’infini les rassemble toutes selon leur nouveau mode d’être ; l’exister.

La pensée grecque qui aime le monde rencontre son Autre part ; et des deux elles s’articulent par Descartes en une fois ; en renouvelant la totalité de la conscience de (soi) il réinstalle la pensée en tant qu’esprit ; pour lui individuel, pour Hegel comme concept du concept, mais c’est Descartes qui l’emportera puisqu’ayant délivré chaque conscience de tout contenu et présenté l’articulation même de soi à (soi).

(L’autre part du (soi) étant inconnue, non exposable, non démontrable, la conscience ne se perd pas dans le contenu ; le concept, hégélien, ne contient pas la conscience et la connaissance n’est pas la raison d’être de la conscience ; c’est le concept, l’idée, le système qui est moyen pour-une-conscience ; l’être de conscience ne se stabilise pas dans la raison ; mais l’excède)

Le christianisme crée l’architecture de conscience, l’intentionnalisation complète de la tenue à distance et sa résolution (que cela soit une découverte, invention ou révélation importe peu ici ; l’effet est rendu réel dans toute l’historicité) dans et par le point d’attirance qui synthétise tout en une fois par le christ ; la dispersion a cessé et l’unification se révèle comme absolument structurelle, par-dessus les contenus (monde ou vécu), sustendu par la foi en ce Corps.

Une liberté qui serait attachée aux parties du monde (et donc aux désirs ou volontés selon le monde) se perdrait immédiatement, s’est déjà perdue ; le libre est radical et radicalement libre ; il est sa propre loi, mais il Est cette loi. C’est la mise en place du système formel en sa racine même ; celle qui n’appartient pas au monde, au corps immédiat, aux groupes mais se crée à partir de sa propre et seule intentionnalisation. Selon le Corps.

C’est uniquement et exclusivement à partir d’une telle conversion que l’on peut ensuite et en seconde part reconsidérer le monde ou le corps ou le vécu ou les contenus ; on se tient de fait et selon l’historialité même, selon le devenir interne à la structure, dans et devant le monde, le corps, le vécu, le donné, et que l’on tient à distance les contenus ; les contenus de conscience ; demeure donc intégralement externe la conscience-de. Et si l’on se plaint de cette externalité structurelle, c’est que l’on n’a pas compris que la distance (entre tout et tout) crée la possibilité qu’il y ait. Qu’il y ait une réalité, un donné là, un monde, les autres, le corps, le temps et finalement l’exister même. Sans cette séparation à la racine structurelle, tout cela n’apparaitrait pas.

De là cette incompréhension totale en laquelle le moi, cette personnalisation qui suivît et qui a poursuivi l’humanisation (à fondation universelle), dans laquelle il se noie ; le moi est assujetti à un contenu. Il croit coïncider avec « qui il est ». Son absence de bonheur se transforme en insatisfaction du corps (à laquelle il remédie diversement, soit par absorptions diverses, soit par transport d’images de lui-même incessant, y compris des images perturbées de son corps, de son vécu, de son identité, de son rapport à ce corps-là ou au corps des autres, etc), alors que son acte de conscience ne s’adresse pas au corps ni au monde, ni aux autres, ni à quoi que ce soit ; son acte de conscience réclame une autre sorte de passage ; soit donc la transformation du désir de contenu à la forme même de tous les contenus ; le non attachement aux contenus n’étant pas, pour nous, pour ceux qui sont assujettis au christianisme, ou qui reçurent l’empreinte adéquate du moi (donc tout le monde), n’étant pas une évasion vers l’absolu, mais étant l’invention par et en ce point existentiel du corps, renouvelé.

On sait bien que l’on a toujours su l’absolu, on l’a connu partout et en tout efficace ; mais le christ se signale de ceci ; qu’il est ici et maintenant et qu’il est ce-corps-là. Ce qui rompt toute dépendance d’une part comme l’absolument réel l’exige, mais de plus permet de recréer. De recréer la présence à et en notre être, mais entendu comme exister ici même.

Dès lors il était impossible de ne pas amener la structure de conscience vers encore plus de précisions ; ça n’est pas l’infiniment réel, c’est le détail de l’infiniment réel. La pénétration dans et par le donné de l’acte lui-même ; comme pour les grecs qui inventent le « là » du donné et expose le donné là du monde, le corps ici même est ce qui expose tout le vécu, ce qui veut dire ; tout.

Mais le christ si il est la Règle radicale et absolue, n’en demeure pas moins le report vers Dieu le père ; le christ instaure le Corps et lie considérablement l’actualisation de conscience à ce Corps-çi, annulant tous les mondes humains particuliers, mais il n’entame pourtant pas l’individualisation, l’hyper individualisation ; il la contient en germe, en possibilité. De sa capacité de transcendance se crée de fait le Corps comme Bord du monde, certes, mais essentiellement ou suressentiellement (cad structurellement, de forme sans contenus) le Bord du vécu ; à partir de ce point totalement externe, c’est tout le donné là du vécu qui se soulève ; et en ce sens, comme il est dit (et contrairement à ce qui traine ici et là), le christ aime et anime le corps dans sa transcendance d’exister ; l’acte de conscience, libéré et renouvelé dans le Corps, se trame dès le début comme structure agissante dans le corps cherchant sa transformation autre.

Le drame est si puissant, la puissance est à ce point gigantesque (de la structure qui se radicalise et arrache de l’immédiateté cette conscience, chacune, une par une) qu’elle se fascine évidemment de sa capacité ; et il n’est pas encore trouvé, découvert, inventé, créé, creusé dans l’os même de la structure qu’elle est ici et maintenant l’agissant lui-même ; Descartes plante le clou mais on voit bien qu’il ne l’opère pas n’importe comment … On ne peut pas prendre un fait du monde, ou un ressenti du vécu, ou une identité du moi, ou un contenu quelconque en général pour marquer le creusement de la structure par elle-même ; parce tout repérage selon le monde, retombe dans le monde et n’est acceptable de la structure que le structurel lui-même.

Nietzsche, Heidegger et Sartre recherchent une telle inclusion qui soit suffisamment énormissime et qui contienne l’universel, cad pour eux qui soit plus ample encore que l’universel, de même que Dieu-le christ maintiennent une articulation (organisée, orchestrable, multi dépliable dans le monde, créé, et le vécu, renouvelé par le Corps du christ, hyper intense et hyper intentionnalisé et intentionnalisable qui nourrira des siècles d’approfondissements) bien plus considérable que celle des grecs ; la pensée grecque sera réinscrite dans le christ.

Le challenge est donc immensément complexe ; que l’incrustation de tout ce qui est (le monde, tout le monde qui est, et tout le vécu, toutes les humanisations et personnalisations) soit acté dans la structure et ayant force, puissance égale à cette structure ; sinon elle ne se tiendra pas de vive voix, elle ne sera pas acte et actualisation effective de sa puissance d’être, soit donc comme on sait maintenant de sa puissance par delà l’être, d’Exister.

Commenter cet article