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instants philosophie

Ils nous pensent

19 Mai 2015, 08:02am

Publié par pascal doyelle

Nietzsche, Heidegger, Sartre

La structure s’est donc imposée au travers de toutes ses manifestations. Pensée, dieu-le christ, sujet.

Articulations monumentales qui orchestrent l’apparition de cet-être, la conscience structurelle, jusque dans ses trois dernières figures ; Nietzsche, Heidegger et Sartre.

Parallèlement et fondés sur le sujet cartésien, l’épistémologie de la raison, du naturalisme et du moi (soit donc ; le donné explique le donné, très kantiennement, et malgré qu’il en ait ; l’immanence est tout ce qui est ; le moi est la poursuite de l’humanisation comme personnalisation) se déploient mais refoule les articulations majeures qui pourtant lui ont ouvert la dimension.

C’est effectivement, c’est-à-dire réellement, que la structure s’est apparue à elle-même, et si il est impératif de récupérer ces configurations que furent la pensée, dieu-le christ, le sujet, c’est qu’en ces élaborations seules "ce qui est" est tel que cela est ; ce qui existe structurellement, s’exprime et se montre.

Habitant dans le monde des mois, de la raison raisonnable et du naturalisme, résumé à l’humanisme abstrait incapable de fait de se dépasser, de se rendre concrètement, ayant libéré le champ du monde donné là (sans être en mesure de reprendre le « là » du donné, limité à la réalité mais impuissant quant au réel), la structure se perd elle-même et Nietzsche, Heidegger et Sartre réinstallent l’inimaginable Un, l’être ou le sujet tel qu’externe à cet humanisme, à cet égotisme, à cette immédiateté. Que pensent-ils sinon l’altérité en tant que gigantesque et gigantesquement Autre ?

La structure ne nous a pas quitté, elle est seulement étouffée, et risque fort de réapparaitre destructrice et ornée de sa puissance mais rendue aveugle et assoiffée ; les configurations de la pensée, de dieu-le christ et du sujet permettaient non seulement de l’exprimer mais de l’élaborer, de la constituer et de s‘élaborer, de la poursuivre et de créer les tissages adéquats à son être impératif. Mais lorsqu’elle se confond avec le donné là immédiat, le corps du moi, la platitude (ontologique mais forcenée vers le monde et le corps) de la raison objectiviste (économisme, étatisme, technologisation domiciliée par l’économie, physiologie et pharmacopée appliquée, marketing et production industrielle de l’humanisation et de la personnalisation, que la micro-médiatisation se soit ajoutée à la mass médiatisation amplifie la contrainte), la structure qui n’est plus même représentée, de par sa puissance effondre le monde, écrase les mois, annule l’humanisation, cela même qui lui est au fondement ; elle est littéralement rendue aveugle et ne peut plus ajouter et augmenter à la réflexivité une élaboration qui porterait et approfondirait.

Sans l’approfondissement continué, la structure dévore toute la possibilité, en s’inversant parce que sa puissance est fondamentale et puissance au sens propre ; potentialité.

Au travers de la raison raisonnable, du naturalisme et du moi, le sujet est ce qui par en dessous agit ; mais il se cache et se démet de sa fonction ontologique. De sorte que l’humanisation, la personnalisation, le donné naturel et humain sont constamment soumis à l’autre, dissimulé. L’autre est originellement le sujet cartésien, mais celui-ci se dénommait tel, explicitement ; il exposait son exister. Lorsqu’il commence de se dissimuler, les discours prennent la place du sujet et se donnent comme étant les réalités elles-mêmes, et commencent de se substituer à votre conscience ; constamment d’autres, des sujets autres vous pensent, vous existent, vous déterminent ; vous déterminant, ils sont alors capables de manipuler votre réalité et de convaincre votre réel qu’il n’est que « cela » ; de la détermination prise en charge par l’économisme (libéral ou communiste), par la physiologie et la technologie (la pharmacopée), par l’étatisme et le chantage permanent de l’absence de pensée contre la nécessité écrasante des corps (enfermant les corps toujours plus avant dans la dépendance et la survie, alors que depuis longtemps notre capacité a dépassé la condition de survivance, et que ce maintien dans le nécessitarisme justifie abusivement une hiérarchisation à outrance des personnalisations).

Le sujet dissimulé pense à votre place ; mais plus encore il intentionnalise en substitution. Ce n’est pas assez que de se limiter à une critique de la pensée remplaçante, ce serait demeurer dans le point de vue, avéré mais limité, de l’universelle révolution. Si l’on dit que l’on intentionnalise à votre place, cela signifie que l’intention de l’autre dissimulé s’engendre dans la racine même de notre être ; antérieurement à votre pensée de vous-même, il s’impose dans l’image que vous vous produisez à être (et qui du coup est produite extérieurement, Debord) ; et c’est pour cette raison que l’empire du visuel et de l’audible vient effacer l’écriture et la lecture intentionnelle.

L’écriture et la lecture intentionnelles sont à la fois et plus que la lecture et l’écriture ; en ceci que l’intentionnel est « ce qui intentionnalise », au sens grec d’archi intentionnalisation, monothéiste et chrétien d’hyper intentionnalisation, et cartésien et suivants de méta intentionnalisation. L’astuce est simple ; au lieu de réfléchir tout oblige à percevoir.

La réflexivité grecque, mono et chrétienne, et du sujet ouvrait la perception (permettant de percevoir plus que le langage et le groupe, découvrant qu’il existait un monde donné là et augmentant la réflexivité sur le « là » du donné, l’être, l’étendue, le réel, la structure du sujet, etc). Et le monde de la raison, du naturalisme et du moi amplifient et profitent de cette augmentation considérable, fondamentale, mais embarqués dans cette amplification se fascinent, s’obnubilent, s’enfoncent dans le Percevoir non pas limité mais limitatif (c’est une fonction voulue et objet de paramètres définis) ; jusqu’au percevoir qui ne réfléchit plus. Et ce qui ne se réfléchit plus se répète, indéfiniment ; recycle constamment, est dans la constante de recyclage, se heurte à son propre mur. C’est que non seulement il faut convaincre les mois qu’ils ne sont que cela, (cela qui nait et qui meurt), mais de plus le programme de raison, naturalisme et moi ne sait pas passer outre et n’en a pas ou plus la ressource, le ressort, l’architecture ; il a tout abandonné et ne relève plus du tout la possibilité ontologique ; ne soulevant plus le donné, c’est le donné qui l’enterre.

D’autre part les mois ne seraient pas en mesure de se ressaisir comme pensée, dieu-le christ ou sujet (ils n’en sont plus structurellement capables) mais aussi ils savent au moins ceci que l’immanence est « tout ce qui est » … sauf que l’on doit ajouter ; excepté le Bord du monde qui est transcendant.

Le bord est nécessairement et de fait transcendant, étant en plus de tout le reste. Le moi serait bien en peine de concevoir que le Bord de la réalité (réalité à laquelle il se condamne) est radicalement plus essentiel que tout le donné-là réalisé. Le bord est la racine de ce qui est, mais un radicalisme très étrange et effarant ; de ce qu’il existe un présent. Et que c’est lui qui mène la danse.

C’est ce que Nietzsche, Heidegger et Sartre imposent (puisqu’ils énoncent, expriment, formulent, littéralement, comme formules logiques, et se fondent sur un anti ou non humanisme, avéré par Nietzsche et Heidegger, et Sartre épingle l’humanisation et la décortique) et ils creusent toutes les figurations, puisqu’ils sont, eux, les effecteurs de réflexivité radicale, et lancent leurs configurations pro-actives ; la pro-activité fait suite, reprend le méta intentionnel cartésien et suivants. On ne peut pas philosopher si l’on n’enfourche pas les cavales.

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