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instants philosophie

L'incrustation du monde

23 Mai 2015, 15:59pm

Publié par pascal doyelle

Se crée donc le gouffre considérable au dedans de l’humain, abime qui n’obéit à rien, pas même à soi-même, puisqu’il ne possède aucun contenu qui puisse le mesurer, et il suit son unilatérale possibilité.

On veut dire par là qu’au sein du groupe-langage-monde localisé, dans le monde particulier que produit toute humanisation, il est une articulation au réel qui n’appartient à aucune, à aucun monde, et que cette articulation a pu s’isoler et se représenter elle-même, et bien qu’aucune de ces représentations ne soit suffisante (l’articulation excédant tout par nature ; elle est rapport-à et à n’importe quoi, est autre radicalement) elle a pu s’élaborer d’une part selon les configurations (pensée grecque, dieu et christianisme, sujet cartésien et suivants, pro-activisme de Nietzsche, Heidegger et Sartre, mais aussi a pu se créer comme esthétiques, politiques, éthiques, idéels), et selon d’autre part ses figurations ; humanisation puis personnalisation au sein de l’humanisation, via sa représentation réduite de la raison, de la naturalité et du moi.

Ces figurations sont des effets de l’articulation radicale (cad à la racine) et cette articulation traverse tous les systèmes et toutes les réalisations, épuise les possibilités de l’apparition de son être, forme purement vide et sans rien, mais qui se définit vers, par et pour le réel. En ceci il faut remonter aux grecs pour séparer le donné là (le monde) et le « là » du donné (l’être dans la configuration grecque) ; ou donc pour nous la réalité (ou les réalités puisque l’on ne peut pas totaliser la réalité en une fois) et le réel.

Les systèmes comme les mondes humains autrefois, sont épuisés par l’articulation ; laquelle se vivait dans chaque monde-langage-groupe dans une activité synthétique qui concentrait l’activisme de conscience en tel ou tel contenu. Les grecs inventent que cet activisme se sépare de tout contenu et donc commencent de promouvoir le formel, par ex le principe de vérité (qui produit quantité de vérités) et non plus l’attachement identique à une Vérité totale et immédiate (perçue dans le monde à même le monde, le donné), de même que les chrétiens inventent la séparation interne à toute conscience qui se perçoit alors selon l’extérieur (maintenant la naissance face à la mort et donc adoptant le point de vue de l’au-delà, de fait et tout à fait logiquement ; cette perception autre que soi est fondamentale).

Cela revient à ceci ; nous avons quitté le principe de l’être pour celui de l’exister ; la forme est antérieure au contenu et aucun contenu ne peut remonter jusqu’à la forme ; mais il est possible de détourer, d’approcher, d’isoler cette forme et de la travailler pour elle-même. Ainsi chaque système de pensée est une telle approche mais aucun n’y atteint ; la forme de conscience est non atteignable mais cependant et évidemment elle peut non pas se saisir de soi (c’est impossible), mais être saisie de son être existant. Elle est dite existante en ceci qu’elle est rapport à et mouvement, et non pas en soi ou quelque essence quelconque (toute définition est quelconque par rapport à la forme de conscience) ; toute définition essentialiste ou toute fixation du mouvement est seulement une représentation qu’elle se donne d’elle-même. La philosophie est donc la possibilité d’être saisi par son être propre existant en acte ; la philosophie se présente comme technique toujours et forcément parce que l’activisme de conscience est une technologie inventée par le donné là, le monde, ou le réel, et on n’y pénètre pas sans travailler à la modification de cet activisme même.

Or l’activisme de conscience est ce rapport au réel et donc est antérieur à toute autre intentionnalisation ; les intentionnalisations, les humanisations, les personnalisations, les mondes, les groupes, les langages, les corps, les perceptions, tout est second (ontologiquement) par rapport au rapport unique et un ; il est unique et un en tant que formel et sans rien, aucune composition ne peut le « boucher », combler, satisfaire, représenter, c’est lui qui représente, c’est lui qui agit, à point nommé ; à point nommé parce qu’il n’est pas un super contenu qui les guiderait tous, mais une forme qui conclut ou invente ou délire ou oriente et désoriente ici et là, il admet toute la cervelle, tout ce qui s’y trouve, et soudainement la tord, redistribue, réactive, réactualise vers le réel, cad le rien-là-au-devant immensément existant.

Bien sur cette actualisation de la cervelle ne s’effectue que ponctuellement ; la conscience, notre être comme existant (cad qui n’existe qu’en acte et arc tendu vers le réel et le réel ici même, au Présent) n’est pas un contenu mais la tension ponctuelle.

Ce qu’elle produit dans la cervelle doit être suivi tel que Husserl nous le présente en première main ; une projection interne qui utilise les éléments et les ensembles présents dans la cervelle, déposés en somme, mais revivifiés par l’activisme de conscience ponctuel. Tout l’ensemble de la cervelle en un sens est redistribué en et par les intentionnalisations ; la cervelle et ses masses et systèmes et cryptages demeurent, tels quels, et tout cela nous influencent constamment, mais il est un point d’attirance (renouvelée) externe qui force la complexité à se cristalliser ici et là ; il apparait clairement que la conscience étant une forme est Une et que ce Un lui indique que c’est point par point qu’elle s’élabore ; un tout pour la conscience c’est une reconstitution, une constitution intentionnelle point par point ou reliant quelques points qui l’existe. Tout est pour nous traversé du Un. De même que tout l’activisme de conscience se crée dans le présent ici même et reconduit, relance, renouvelle, réactualise, réactive à partir de l’expérimenté (et en concurrence du mémorisé, pour faire vite).

Le groupe-langage-monde localisé immédiat ne sont plus même structurant depuis que nous avons quittés les mondes humains synthétisés, de sorte que la vérité, la réalité, le donné, le corps ne se supportent plus des autres ; la vérité n’est plus le groupe – la Parole est remplacée par le Texte sacré et le texte sacré par les Œuvres, individuées. Accordant en somme qu’il est une expérience du donné là actuelle par chacun et redéployable vers tous, vers chaque « chacun ». Cette séparation est bien sur une douleur infranchissable, mais aussi l’occasion, les occasions indéfinies en nombre de l’expérimentation hors du groupe et donc bien plus précises et requérant un vocabulaire à chaque fois (de signes, de langages, de formes, de perceptions, des corps, des réalisations, etc).

Nous sommes donc dans la séparation et notre être est de fait absolument en chacun séparément ; de même que notre être est lui-même divisé et ce par nature, par structure ; une conscience ne coïncide jamais avec quelque contenu de conscience que ce soit, et pour la raison qu’il n’est aucun contenu, aucune réalité qui ne supporte la forme même ; elle est telle ; et pour cela on la présente comme existante. L’exister est l’ici et maintenant en tant que présent radical qui sépare tout mais aussi rend possible toutes les réalisations.

C’est donc de s’emparer du présent actuellement existant que l’humain s’est soudainement propulsé dans l’anthropologie nouvelle des grecs, des chrétiens et des cartésiens. Ce que l’on nomme « éternité » est l’actualisation totale de tout ce qui est en une fois de telle sorte que nous y soyons nous-même absolument existants.

Ce qui fut fait.

Inutile de se leurrer, tout cela n’est en rien un échec ; tout a été absolument et radicalement réalisé. En fait ce serait plutôt que nous nous sommes arrêtés nets, figés sur place et que nous n’avons pas continué l’entreprise structurelle du présent pur. Nous sommes demeurés fixés sur une formulation et sommes rendus à une inertie peut-être fatidique ; à titre d’exemple on dira que nous n’avons pas poursuivi la Révolution et nous nous sommes contentés d’aménagements (la réalité est plus compliquée que cela, mais le principe est celui-là). Ça n’est pas d’un excès de conscience mais d’une paresse de conscience dont nous nous sommes entourés, enfermés. Par contre tout ce qui fut structurellement rendu possible, s’est tout à fait et littéralement et dans tous les sens, réalisé. Il est absurde de pleurer et se plaindre de notre être ; nous sommes de fait et structurellement séparés, divisés, autres, et de plus radicalement autre ; ce qui veut dire que rien, nulle part, ne correspond à notre être parce que cet Exister "là" est purement sans rien … mais formel.

Les définitions de notre être selon le manque, le désir, le néant, le défaut etc, sont absurdes ; notre être est en-plus, est un excès, en réalité tout ce qui est, existe, ce qui veut dire est en surplus sur lui-même ; c’est au contraire l’extraordinaire, l’effroyable excessivité de « ce qui est » en tant que « cela », cette monstruosité, existe, qui nous terrifie. Remarquons que seul Nietzsche entre tous nous impose cette positivité fondamentale de tout l’existant ; il est le seul mais le seul moderne, parce que les grecs et les chrétiens plaçaient eux-aussi l’excès absolu au sommet de l’intentionnalisation, les machines intentionnelles grecques et la Vision selon le christ sont d’une perfection et radicalité indiscutables.

C’est seulement lorsque pensée, dieu-le christ et le sujet se transforment en raison, naturalisme et moi, que l’articulation se réduit et la tension s’inertie ; il fallait Nietzsche, Heidegger et Sartre pour relancer la Grande Articulation, leur pro-activisme pour que nous puissions renouer avec l’ancienne ambition, ampleur, folie, folie structurelle.

Le Un des grecs, le dieu des mono et le christ des chrétiens sont des folies structurelles qui menant si loin leur vision permettent de soulever la/les réalités. Tandis que la raison, le naturalisme et le moi pourtant si rabougris, permettent de pénétrer plus avant dans le donné même et pour cela à l’archi des grecs, l’hyper des chrétiens et le méta des cartésiens, suivent la densité et la matérialisation (matérialisation des « volitions », cad des intentionnalisations, avec son surcroit de précisons) de l’humanisation et de la personnalisation qui lui fait suite ; soit donc pour chacun, pour nous, l’incorporation.

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