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instants philosophie

Le monde comme corps généralisé

16 Mai 2015, 17:58pm

Publié par pascal doyelle

Des configurations du réel et des figurations momentanées

La philosophie (qui prend en charge de réfléchir ce qui arrive à l’humain et ce qui modifie intégralement l’humanisation cessant les mondes particuliers et créant la dimension intentionnalisatrice dans le monde unique universel) se déroule donc en trois temps ; la pensée, grecque, la réflexivité chrétienne (et monothéiste), le sujet.

L’archi est grec, l’hyper est monothéiste-chrétien et le méta est cartésien, kantien et hégélien.

A la suite du méta (post Kant et Hegel, qui réordonnent l’un le sujet et l’autre l’historicité, découvrant plus avant la suspension du sujet cartésien par Kant et l’introjection de la conscience dans le constitution de la pensée, par Hegel (la conscience creuse, comme négativité et comme conscience et phénoménologie au sens hégélien, creuse à chaque fois le concept, tout comme Descartes découvre/invente que la pensée s’origine dans le sujet, qu’il est une dimension antérieure à la pensée), à la suite du méta donc ... tout retombe, mais afin de mieux et plus encore se préciser ; on conditionne l’épistémologie nouvelle, par la raison (qui n’est plus la pensée), la naturalité (qui remplace dieu), le moi (qui se substitue au sujet). Ni Spinoza ni Leibniz ne savent quoi faire de l’étendue cartésienne (comme tout le monde du reste), ni Kant et Hegel comment situer l’être de conscience, suspendu à jamais, hors sol, autre, radicalement autre, du sujet de Descartes (le sujet n’est en aucune manière une substance close sur elle-même, caricature des caricatures).

A L’opposé, raison, naturalité et moi créent un monde complet ; le donné expliquant le donné, le moi obtenant ses objets et se définissant strictement par le désir (de ces/ses objets), la société humaine entièrement conditionnée par ses objectivités et ses objectalités, le moi se restreignant à un corps-langage. Ceci compile la totalité des causalités, des systèmes, des contraintes, des déterminations dont on s’affecte. Et lors même que cela est faux, le programme de l’objectivisme (étatisme, technologisme, économisme, tous enfourchent le même principe, penser à la place des autres consciences, et annihilant qu’il y ait des sujets), ce programme occupe tous les médiations, toute la représentation, toutes les professions, toutes les technostructures, etc ; de sorte que même faux, il s’impose en toutes les consciences.

or il n'est pas si faux et mensonger que cela. Pourquoi aurions-nous tant et tant investi dans la représentation de nous-mêmes ?

Objectivisme et objectalité créant un monde clos, étouffant, sans plus aucun interstice dimensionnel, ramenant chaque moi hors de son sujet, coincé entre la naissance et la mort, diverti par ses désirs, que naturellement il surinvestit et comme la structure même du désir demande autre chose que ce qu’elle obtiendra dans le monde ou selon le vécu, les mois s’abîment, au deux sens. L’objectivisme absente la dimension structurelle, l’objectalité nie le sujet, les théories (négatrices des « anciennes illusions », proclamant cent fois la « mort de la métaphysique », du sujet, de dieu, de la pensée, etc ) les théories nient la conscience (on tentant de déployer le plus souvent des ontologies directes, de la vie, de la multiplicité, de l’Etre heideggérien ne se supportant plus lui-même, ou de la matière ou encore dérivées des sciences diverses et variées, les maths par ex).

Les anciennes configurations (la pensée, dieu-le christ, le sujet) maniaient une articulation retorse et en mouvement(s), et entièrement mouvementée et délirante au yeux du moi raisonnable limité, mais certaine et alimentant la tension la plus incroyable ; de la multiplicité à/vers/pour/par l’Un (quelle que soit sa manifestation en quelque système métaphysique grec ou théologie ou ontologie et méta que ce soit). Mais alors ayant exprimé l’articulation invisible et Autre, celle-ci était reconnue et inscrite dans les descriptions, tandis que refoulant l’articulation, la raison, naturalisme et psychologisations, les théories négatrices, l’antiphilosophie sont absorbées par la structure ; le moi est dévoré par son sujet qu’il ignore, l’universel se pense encore selon la fadeur de la raison et ses contenus en aval qui ne remontent jamais vers l’amont, comme une connaissance détachée, creuse, l’antiphilosophie ne cesse de broyer du noir ; toutes ces positions laissent intouché le moi, qui ne varie pas de lui-même, pas d’un iota, qui a cessé de devenir structurellement, qui s’enclot dans ses déterminations objectivistes ou objectales ; l’universel lui-même se répète sans jamais parvenir à s’étendre puisqu’il part d’une épistémologie restrictive et inerte ; l’économisme règne puisque l’économie est l’idéologie du corps-langage.

A l’inverse de ce repli constant, la pensée, dieu-le christ et le sujet s’obtenaient par conversion. Il était requis d’entièrement modifier l’intentionnalisation, de virevolter la conscience pour acquérir la dimension réelle, celle arcboutée au plus loin et en retour vers le donné là ; le « là » du donné, dieu, le un, le sujet suspendu cartésien, permettaient de soulever le donné là, le monde, la réalité, le corps, le vécu.

Heidegger et Nietzsche

Il faut l’engouement de Heidegger, massif et impénétrable, la folie nietzschéenne du Un à l’état pur, le pur mouvement, pour accorder un temps les violons. Ceux-là éclatent tout sur leur passage ; on y retrouve la dureté et l’invincibilité de la totalisation métaphysique des grecs et la plongée ontologique de Descartes et suivants, réunies en une fois dans l’avancée sidérante et non humaine.

Accordant un temps les violons mais un temps seulement ; si ils intuitionnent et perçoivent bien le clivage métaphysique (de la pensée) et ontologique (de la structure du sujet), ils perdent en route ce clivage et réassènent de vieilles entourloupes, plus âgées encore que la pensée grecque ou que le christianisme, une sorte de mythomanie, et l’un et l’autre adjointe à l’effondrement dans la poétique (mais la poésie ne prétend pas philosopher, tandis que les philosophes prétendent poétiser en plus de philosopher, de même que d’autres prétendent mathématiser : il ne faut pas confondre les genres…)

C’est l’anti humanisme qui s’impose en deux coups magistraux ; refusant la réduction épistémologique de la raison, de la naturalité et du moi. Mais oubliant dans le même temps que la strictement identique folie structurelle animait du dedans tous les systèmes archi-grecs, hyper-chrétiens et méta-cartésiens. Nietzsche et Heidegger éprouvent irrésistiblement le besoin de reconsidérer l’historicité en remontant aux grecs, en démolissant le christianisme, en réinterprétant inhumainement les devenirs.

C’est en cela que Heidegger et Nietzsche, aussi clairvoyants soient-ils en première phase, se perdent ; ils ne comprennent pas que la pensée grecque, les systèmes grecs, et la pensée, la réflexivité chrétienne, théologies et mystiques, sont des technologies radicales ; au fond Heidegger et Nietzsche se simulent comme présocratiques ou comme le crucifié, de même que d’autres marcheront à l’imitation de Descartes (lequel est unique et inimitable ; il fixe et non pas fige, la description de « celui qui existe » comme sujet, une fois pour toutes les autres ; nier l’historicité, croire que ceci ou cela apparait par hasard, les vérités apparaissant ici et puis là, au petit bonheur (Badiou) ou par oubli ou par ressentiment, est absurde).

L'archi et l'hyper et le méta

L’étrangeté et la divinité de la pensée qui s’unifiaient dans les systèmes grecs, la soif hyper réaliste du christ (et des monothéismes) qui épuisent en une fois n’importe quel vécu, qui outrepassent le corps, comme dieu outrepassait la société juive, c’est une flèche interne qui s’impose en notre réalité humaine qui ne peut pas se combler puisque la flèche pointe vers la finalité et ce qui était exprimé par les grandes configurations n’est pas du tout relevé par les figurations à disposition de la raison pour un moi, de la naturalité pour l’économie ou les Etats, du corps donné là pour les sciences et les psychologies ou analytiques du langage ; la configuration expressive du Un, du système formel, du libre réel, est bien trop à l’étroit dans les encadrements fixistes : le donné n’explique pas l’exister.

Le corps du monde

Dans la même logique restrictive de l’épistémologie actuelle, il devient impossible de penser à nouveau l’universel tout comme le libre et le réel ; la vérité est que le moi, l’humanisation figée et les dogmatismes conjoints s’attachent à la détermination, ce par quoi ils se connaissent. Puisque par ailleurs il n’est aucun moyen de connaitre objectivement ce à partir de quoi il est une raison, un naturalisme et un moi humanisé ; il faut donc interpréter l’énorme production de représentations, de circulations d’informations et d’objets, d’exposition du donné humain, l’approfondissement des déterminations (par les objectivismes et les objectalités, les étatismes et les économismes, les sciences et les technologies, les théories comme jusqu’alors les idéologies), les interpréter en tant que « le spectacle que l’humain se donne » de lui-même afin de se juger sur pièces.

Et il faut comprendre une telle interprétation comme créant les conditions de la coordination généralisée (qui correspondent à l'essence même de la démocratie cachée, comme convocation ou positivement appel de toutes les consciences structurelles) de toutes les sociétés humaines en cours, actuelles (qui ne sont plus des mondes particuliers, séparés, mais des organisations constitutionnelles), les unes par rapport aux autres, dans l’exposition généralisée, mais aussi admettre l’image que chacun, chaque moi en retire. Si les sociétés diverses mais toutes méta organisées (via essentiellement la colonne vertébrale d’un Etat et d’autre part dorénavant via la dite mondialisation, qui est un processus général de mis en jeu et qui va jusqu’à atteindre chacun, puisque l’économisme est l’idéologie absolue du corps, engendre cette pénétration externe de l’intériorité même de la formulation de chacun en tant que moi, personnalisation qui poursuit l’entreprise d’humanisation), si les sociétés ont commencé de se coordonner généralement, dans la généralité même, l'universel réel hégéliennement parlant, et s’attachent jusqu’aux corps eux-mêmes, c’est que l’on ne peut pas convertir les consciences … il faut qu’elles se convertissent par elles-mêmes et d’elles-mêmes ; qu’elles reprennent leur image-corps, qu'elles soient cette exposition, spectacle, jugement. Qui peut retentir comme jugement dernier.

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