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instants philosophie

Le mur existentiel

30 Mai 2015, 09:19am

Publié par pascal doyelle

A partir de notre état de moi nous nous trouvons dans la nécessité pressante et de plus en plus astreignante de non pas se réfléchir (soi) mais de réfléchir très communément le donné ; de se vivre dans le donné comme une partie du monde. De telle sorte que les finalités du moi puissent trouver dans tel monde humain leurs correspondances. Et ces correspondances passent par les autres ; puisque le monde appartient aux autres, qu’il n’est aucune possibilité d’atteindre le monde, le donné, mais aussi le vécu et le corps lui-même sans en passer par les autres (à moins de vouloir, d’intentionnaliser le sujet, la pensée ou dieu-le christ et encore est-ce dans une certaine configuration de (soi).

Mais le moi n’est pas celui qu’il est, tel quel, naturellement ; le moi est déjà une réflexivité ; il s’acharnera à trouver dans la réalité les finalités « naturelles » qui sont supposer le rendre adéquat à son identité, perçue comme éternellement ou naturellement destinée ; l’identité destinale est le principe du moi, par lequel il peut considérer comme réglée son articulation. Mais c’est cette articulation (qui n’est pas réglée du tout, qui est même l’irruption énorme qui désinstalle toute détermination, toute question-réponse en quoi consiste la pression du monde humanisé sur chacun) articulation qu’il va rechercher au travers de ses vécus. Mais l’articulation est la structure antérieure fondée sur chaque conscience-de, et ne trouvera pas dans ses débouchés vécus, mondains et dans les réalités, ce qui s’adresse structurellement ; il n’est que le structurel qui puisse porter le structurel.

Pour nous les extases majeures reviennent à Nietzsche, Heidegger et Sartre. Mais celles-ci sont en repli sur les fondements de l’historicité, de sorte qu’ils sont obligés de repenser cette dernière, et les articulations qu’ils proposent outre de montrer l’altérité absolue de tout, ne parviennent pas à réarticuler notre être, au même degré que la pensée, dieu-le christ, le sujet imposaient.

Et si l’on adresse au structurel on sera habituellement renvoyé aux anciennes formes et pour nous essentiellement ou suressentiellement (cad structurellement) en tant que pensée grecque ou archi intentionnalité, en tant que révélation chrétienne (ou monothéistes par ailleurs ; le christianisme n’est pas un monothéisme) ou hyper intentionnalisatrice ou en tant que sujet ; cartésien et suivants, puisqu’alors il s’agit du méta intentionnel. Qu’il s’agisse du méta intentionnel signifie qu’il ne peut pas être, s’exister sans un effort intellectif … Le méta comme sa dénomination l’indique, est volontairement qui il est, en tant que retour-sur ; si on pouvait admettre la pensée, (dans un effort considérable mais limité à quelques intellectuels, relevant de l’intellectif lui-même, cad de l’élaboration intentionnelle qu’est la pensée, qui surajoute au groupe-langage-monde localisé sa propre expérimentation du donné là et du « là » du donné), et si il était possible de croire, d’avoir foi en le Corps du christ, qui manifestait extérieurement un processus interne hyper intentionnalisateur, par contre il est un temps, méta, qui réclame que l’on ait la conscience que l’on est.

Ce qui définit le méta ; Descartes, Kant, Hegel (Spinoza et Leibniz ayant affaire à l’autre invention-découverte cartésienne ; l’étendue et l’étendue-corps). On comprend bien que tous les citoyens d’un Etat ne peuvent pas actualiser la pensée cartésienne, kantienne ou hégélienne.

Aussi le méta est au fondement de la Révolution (de la constitutionnalité des sociétés, qui inclut son universalité, qui la réabsorbe essentiellement), Descartes ne lance pas que chacun soit raisonnable (c’est Kant), mais que la pensée, soit donc la raison elle-même, s’origine en un être-étrange ; c’est cet être étrange, qui ne correspond à rien dans le monde et n’a affaire, au fond, qu’à dieu, et pour cela la position « infini » est résolument une incompréhensibilité bien autrement redoutable que sa régulation ou régularisation dans les philosophies du doute ou les antiphilosophies, qui évacuent le problème, qui repoussent dieu et l’indéfiniment réel (ce que veut dire l’infini, puisque l’infini est une position et non pas un réel ; dans le réel on n’obtient que l’indéfini, le « ce qui se force à être renouvelé indéfiniment », soit pour Descartes la volonté, aussi bien comme suspension dans le doute, et donc suspension ontologique de notre structure, que comme volonté indéfiniment réitérée, sceau ontologique de dieu en nous). Aussi la Révolution n’est pas tant que chacun soit raisonnable (version universaliste, le vrai, le bien, le beau, et on retrouve la formule kantienne, qui ne règle rien du tout) mais que chacun soit libre ; ce qui considérablement plus sauvage et brutal.

Et il faudra longtemps pour que l’on puisse à peine commencer de prendre en considération la signification, la capacité, la puissance de cette liberté, ou plus exactement de cet être-libre. Et par ailleurs il faut se demander pourquoi est-ce librement que nous ayons produit un monde invivable (non tant individuellement, quoi que les mois deviennent fous, mais collectivement).

Devant la nécessité interne de la structure de devoir exister visiblement devant elle-même et d’en passer par le méta,(l’auto compréhension de son être étrange), en un sens tout s’est effondré. On a cru ou voulu croire qu’en réalité l’anfractuosité structurelle qu’est notre être, cet-être étrange, pouvait très bien se retrouver dans le monde ; s’expliquer comme raison et non plus pensée, comme naturalisme et sa variante humaniste, et comme moi d’un corps-langage quelconque. Qu’il suffisait d’arranger la rationalisation et si la réflexivité était simplement réflexion (ce que croient tous les objectivismes et les objectalités), retour sur elle-même de notre « nature humaine », cela comblerait le vide, le creux, la distance, la rupture.

Ceci devait permettre la réintégration dans le donné, de la réflexivité, laquelle est en fait littéralement Autre et incompréhensible (si ce n’est par sa propre voie unilatérale qui réclame que l’on s’adresse structurellement à (soi), technologie très difficile pour un humanisme et une personnalisation). Ainsi la mass médiatisation a joué et joue encore le rôle de réintégration du structurel ; à se voir, percevoir là au-devant dans des images (des sons, des récits, etc), peu à peu le méta est censé s’incruster, et s’incorporer… Mais il y eut une autre forme d’intégration du méta et constitué par les idéologies ; elles étaient bel et bien, cad dans l’effective réalité des volontés et des corps, la supposée incarnation du méta, de la réflexivité se voulant activement et non plus passivement, réelle ; la formulation du méta est dans le cas de l’idéologie, la révolution (serait-elle communiste, nationaliste, libertarienne, etc).

Une autre réintégration et au fond la plus essentielle, aboutit au corps ; ce qui veut dire au moi. Le moi est largué dans un monde donné là, avec son corps, et qu’il se débrouille pour trouver une métabolisation, métaphorique et aussi littérale, de la structure et qu’il puisse supporter la résolution qu’il inventera de sa présence, de son absurde et incompréhensible existence. Qu’il y ait dans chaque corps une conscience qui se-sait, est une absurdité totale et qui n’a aucun sens (et pour cause ; elle Est le sens, en ceci qu’elle l’existe ; elle ne le trouve pas, puisqu’elle l’existe ; ou donc inversement tout ce qui fait-sens est précédé d’une antériorité dépourvue de sens, d’une structure, d’un mécanisme).

La conscience qui se-sait est toujours déjà bien plus vaste et ample que n’importe quel donné là, y compris ce-corps ; une conscience-de s’adresse à toute autre chose que les choses, les êtres, les objets, les pensées et les manifestations ; certes il faut impérativement acté la distinction entre les configurations (bien plus puissantes en un sens, que sont la pensée, dieu-le christ et le sujet) et les figurations (bien plus efficaces, que sont la raison, le naturalisme ou l’humanisme ou le moi-langage), mais ce ne sont que des manifestations de « ce qui n’a pas de nom » parce que tout à fait autre que n’importe quelle dénomination ; on ne sait pas du tout ce que cosncience-de signifie ou porte ou suppose ou implique ou promet.

Et elle est bien plus vaste en tant que cette ampleur est ressentie, perçue, appelée, cherchée, et se glisse dans le corps lui-même ; il n’est rien de plus proche de l’articulation de conscience au réel que le corps. C’est évident, ça l’a toujours été, des grecs ou du christ, ça nous devient évident dans les déboires du moi et son bricolage ; et c’est une insatisfaction, une angoisse, une exigence, une incompréhensibilité complète qui nous creuse du dedans ; le dedans sans dedans que l’on ne représente pas, que l’on ne nomme pas, qui est non pas infra nomination, mais en plus et supra nominatif ; le Un est en-plus de tout le reste et non à l’origine. Le Un est « ce qui sera » mais il n’est nulle part visible ni saisissable dans le monde, le donné, le vécu ou le corps. Il fallut le Corps de dieu pour le porter à ex-sister, ou est requis le décrochage cartésien de tout le donné (qui est tiré évidemment de l’incorporation du christ absolument éberluante, mais Descartes distancie infranchissablement toute la précédance, par le doute, qui n’est bien sur pas seulement la propédeutique à la connaissance ; ce qui se joue cartésiennement est une distanciation généralisée de toute réalité, et le doute est une suspension ontologique, de même que l’infini est tout autrement qu’un appel à « dieu » mais est l’actualisation de l’indéfiniment réel, ici même ; c’est pour cela que Descartes tient si fortement à toutes ces procédures … parce qu’il voit bien qu’il réinstalle la réflexivité, et passe de la métaphysique, des discours, à l’ontologie, ici et maintenant, en tout ici-et-maintenant, n'importe lequel ici même).

En comparaison de ces survenues toutes très bizarres, le monde du moi, le monde raisonnable, naturaliste et humaniste paraissent de telles réductions, qu’ils deviennent étouffants et complètement dépenaillés, tout de guingois, et les mois des collages, à la 6-4-2, des enfermements, des bricolages.

La récupération de notre être (cet-être étrange)

C’est en ce sens qu’il faut impérativement récupérer, reprendre à son compte, réactiver, réanimer la « super vie structurelle », les anciennes manifestations. Les configurations de la pensée, de dieu-le christ, du sujet. Parce qu’à ce moment d’autrefois lorsque s’effacent les mondes humains particuliers, chacun dans leur parole du groupe d’un monde localisé, bien au chaud, les consciences sont soudainement face à face à leur puissance structurelle ; les grecs, les chrétiens et Descartes en son moment propre (et déjà méta) affrontent sans protection le structurel ; les configurations, les manifestations qu’ils en inventent, créent ou qui se révèlent à eux s’imposent par leur puissance divine (grecque ou mono et chrétienne). C’est en cela que ces structurels se nomment « un ou vie divine de la pensée » ou « dieu et infini ».

Sans aucun doute nous avons gagné en précision et concrétisation en ajoutant au savoir (de cet-être/dans l’être) les connaissances et les acculturations, mais grecs, chrétiens et Descartes assurèrent l’apparition en propre de la structure-sans-rien et purent déployer de but en blanc la spontanéité réflexive. Or on remarquera ceci ; c’est le cas actuellement de chacun des mois… chaque moi est de pleine face confronté à la source structurelle même qui lui travaille le corps. Il est une proximité, et ontologique, qu’il faut acquérir ; n’étant pas donné là dans le monde, le vécu ou le corps (contrairement au moi raisonnable ou non, humaniste et naturaliste, qui imagine que tout est à la disposition de la main ou sous les yeux).

Et si il est possible de récupérer notre être au travers des configurations suressentielles, c’est que les grecs, le christ ou Descartes manifestent bien éloignés de la critique naturaliste, qu’il existe une dimension en plus qui n’obéit pas, qui n’obéit à rien, qui est antérieure à la réalité, au monde ; qui se joue hors de la temporalité et de la spatialité, qui coupe la temporalité par le temps et plante l’espace en chaque point, qui énormise l’instant unique existant, qu’il n’y en ait qu’un seul et qu’il ne nous quitte jamais.

La réduction rationaliste et naturaliste croit que les grecs pensaient un Objet et que le christ était un imaginaire ; ils étaient en réalité des articulations engouffrant le donné immédiat et le corps vers un renouvèlement instantané, et un renouvèlement du monde et en la renaissance du corps (retournement instantané du Regard).

On n’y retrouve pas un humanisme au fondement, mais l’humanisme et la raison étaient inscrits comme parties, et les articulations elles-mêmes sont non pas des suppositions ou des imaginations, mais des inscriptions agissantes dans le donné et le monde, via l’être et le réel. Hors de ces articulations, il devient impossible d’agir sur ce qui ne se représente pas ; l’archi grec, l’hyper chrétien et le méta cartésien prenaient en charge ; étant innommée l’articulation est dans le monde, le vécu et le corps en cette espèce de déchainement interne, inconscient, aveugle, sourd ; elle veut traiter par la raison, l’humanisme et le moi ce qui est non accessible par cette voie. Il ne s’agit pas d’annuler la raison et le monde, mais de récupérer l’entièreté de notre exister. Or cela ne va pas sans remodeler l’universel, le cadre humaniste universel naturaliste ; parce qu’il est évident que si il faut reprendre à son compte les articulations internes de la structure, il est impossible de les copier ; il est nécessaire d’en retrouver la source, de lui permettre de se déverser, de concrétiser à nouveau son archi, hyper et méta, son extensivité, son intensité, son intellectivité.

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