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instants philosophie

Nietzsche, Heidegger, Sartre -3

23 Mai 2015, 09:33am

Publié par pascal doyelle

L’ancien idéal, la résolution supposée, consistait à prévoir que nos intentionnalisations confluaient vers un contenu ; à partir de ce contenu toutes les consciences étant d’accord ou succombant à l’évidence ou au raisonnement, le vrai, le bien et le beau s’installaient sur le monde.

Par le contenu essentiel, ou essentialiste, la forme de la conscience était égale à sa détermination ; elle se contemplait dans le miroir et le miroir était le contenu lui-même.

Mais il se trouve que le miroir excède les contenus ; cela n’annule pas les contenus mais les rapportent à la forme. De sorte que c’est la conception que l’on se crée du miroir qui se cherche. Nietzsche, Heidegger et Sartre tentent de représenter « cela » qui est le miroir, en remplaçant qu'il soit un miroir, le condamnant à l'aveuglement. Et d’une manière qui ne correspond pas encore à une analyse, qui éprouve la situation incompréhensible, qui se tient encore pour repère de la pensée du contenu, qui ne se lâche pas encore dans le grand dehors, qui tient encore par le contenu parce que c’est spontanément que l’on produit un contenu en lequel on croit.

Il est apparent que Nietzsche, Heidegger et Sartre essaient de remonter par delà la croyance structurée, et de manifester cela même qui produit une telle fascination ou un tel enfermement. Aussi les lit-on afin de se convertir à l’antériorité ; et si ils se représentent cette antériorité sous des dénominations aussi absconses ou absurdes ou hétérogènes ou entomologistes, c’est que cette antériorité bien qu’elle ait donné naissance à la pensée, dieu et le sujet, la raison, la naturalité (soit l’immanence) et le moi ( contenant déjà l’humanisation du moins en principe), cette antériorité est une incompréhensibilité radicale.

Cela revient à dire que le Un (nommons cela ainsi) qui précède, est une puissance telle que par comparaison à ses configurations (pensée, dieu, sujet) ou figurations (raison, naturalité ou moi) il est un excès maximum. La puissance nietzschéenne, l’Etre infigurable heideggérien, la structure sèche sartrienne qui nous cloue sur la table de vivisection immergé dans l’historicité et la masse naturelle créent mais a contrario et utilisent inversement le noyau de l’essence, du sens, de dieu, du sujet, alors même que leur création s’instancie du sujet, du Un, du donné là, du « là » du donné.

En comparaison Husserl qui analyse plus et mieux qu’aucun autre notre être dans sa structuration, garde quand même par devers soi l’idéal d’un contenu dont la phénoménologie reste et demeure la propédeutique ; voici comment se produit, se crée le sens et par cette technique nouvelle on parviendra à mieux saisir en quoi ce contenu consiste.

A l’inverse Nietzsche, Heidegger et Sartre interrompent le cours des choses ; il est alors un temps d’arrêt qui soulève, suspend, rétribue tout autrement que selon l’espace ou le temps, la matérialité ou la nécessité de la détermination, soit donc la différenciation nietzschéenne, l’unificaiton mystagogique heideggérienne et la matérialisation sartrienne. Mais on s’en aperçoit de même par Marx ou Freud ; il est question d’une soudaine ouverture par-delà le noyau idéal qui alimentait jusqu’alors la pensée. Et le doute ou le dégout ou le refus ou la révolte envers ce noyau.

On a vu comme le regard s’est tourné vers le donné là en « oubliant » le « là » du donné (vers la réalité en absentant le réel) et comme le réel revient en pleine face par les existentiels et les ontologiques (comme possibilité inouïe ou comme « là » monumental ou comme réel froid et externe de Sartre, autant dans sa présentation de l’en soi que dans le découpage insensé du pour soi), et que le regard objectiviste et objectal s’origine du sujet (cartésien, puisqu’il n’en est qu’un), et que même il est possible de comprendre l’objectivisme à partir de la motion subjective qu’est l’objectalité ; expliquant pourquoi la science est utilisée par l’économisme, pourquoi l’Etat se transforme en marionnette de l’économisme, de l’idéologie du corps ; les mois se conçoivent au final en tant que corps s’absorbant dans ces finalités là, puisque le moi ne s’objecte pas que sa finalité est la structure et non le corps ; le moi ignore qu’il est du sujet, l’objectivisme absente le sujet, les théories négatrices nient le sujet.

La contestation que nous subissions le noyau idéal et que l’intentionnalisation s’y satisfasse, en même temps que de nier le noyau idéal, oublie la structure, mais la structure revient (elle est de fait notre être même) et Nietzsche, Heidegger ou Sartre continuent de réactiver la structure (par la Puissance, l’Etre ou la Révolution, l’universel humain, et au final la nature humaine contre quoi pourtant Sartre bataille) et ce en réaffectant le structurel ; on animait le noyau intentionnel en et par une articulation structurelle, et veulent y suppléer ces trois-là puisque la structure s’est dégagée du noyau, que celui-ci s’est intégralement exposé, exprimé, (par Hegel), et que radicalement nue la structure est à même le réel.

Nietzsche, Heidegger et Sartre explosent en plein vol d’écarteler le sujet ; ils tombent sous leurs propres coups, mais dans ces plongée dans l’altérité ils en apprennent de notre être dans l’être réel, parce qu’en effecteurs de réflexivité ce par quoi ils anéantissent le sujet (dieu, la pensée, etc) ils le relèvent en le confrontant à l’immense « là » du donné, n’oublions pas que Sartre, si cartésien, disperse toute intériorité sur le monde, ou plutôt dans l’éclatement du sujet jeté sur le monde, le donné, le corps ; il faut prendre au sérieux le début de l’Etre et le Néant ; il remplace l’ancien noyau par une implosion de la structure de conscience.

Or dans le même mouvement de réflexivité, on ne peut pas décemment et objectivement annuler l’architecture grecque, chrétienne et cartésienne (archi, hyper et méta), au nom du seul pro-activisme de Nietzsche, Heidegger et Sartre ; tous, depuis le début, appellent notre être à exister. Ce qui se tenait, si fermement, comme noyau d’être, contenu essentiel et suressentiel (par la pensée grecque archi articulée et la gigantesque conscience de notre être, chrétienne) et qui permît de mettre au jour par les grecs le donné là et le « là », par les chrétiens tout le vécu et l’activité de suréminence (de dieu, du christ et de tout corps transcendant son immédiateté et sans laquelle opération technologique rien n’eut été possible ; on ne colle plus à son immédiateté par quelque facette que ce soit, le regard est diffracté radicalement), par Descartes et sa seule et unique position ontologique (ramenant le discours métaphysique des grecs ou de dieu à une structure plantée sur l’étendue, mais une structure qui les contient), ce qui se tenait si fermement est en trois fois basculé dans l’altérité du « là ».

Différenciation (que provoque la Puissance), unification (que suppose le Sens de l’Etre), matérialisation (d’une conscience qui n’est plus « rien », littéralement). Et ce qui donne comme Altérité devient instantanément soif de l’Altérité, encore plus d’altérité. Rappelons que cette altérité est perçue, envisagée, visualisée, admise, désirée à partir et par le sujet … c’est lui qui rend-là et objective l’immédiateté du monde non humain. C’est ainsi une vigueur et une soif internes au regard de conscience (du sujet) qui se montre à elle-même le délire, la folie, le désordre, l’impitoyable et le surhumain. De même que l’objectivisme (de Freud, Marx, des libéraux ou des communistes, des sciences et de l’étatisme, etc) et l’objectalité (de la psychologisation ou du marketing) s’imposent à partir du regard inerte du sujet absenté, ignoré ; sauf que par Nietzsche, Heidegger ou Sartre c’est ce sujet lui-même qui est confronté à l’altérité et qui de ce fait, de ce fait même, doit instantanément se délivrer.

C’est en tant que pur regard aveuglé par l’altérité de ce qui est, que le sujet réintègre son Exister. Un exister intégralement métamorphosé par ces trois visions du monde certes mais aussi du « là », des réalités mais plus encore du réel, comme immensité autre.

De là cette terreur fusionnelle d’inconnu ou d’extase ou de lucidité pure que ces trois grands sujets (qui s’aventurent intégralement dans l’altérité) créent en notre lecture.

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