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instants philosophie

De l'exister, l'effroyable Exister

7 Juin 2015, 13:00pm

Publié par pascal doyelle

Nous sommes donc l’effet d’un mécanisme, celui de pur rapport de la conscience comme structure au réel, donné « là ».

Tant que l’on n’aura pas dénoyauté, extrait, isolé ce mécanisme il se représentera en un autre que lui, mais se représentant en un autre que lui, il nous détournera de cette structure réelle et nous laisse croire en une détermination de notre nature ; or elle ne l’est pas. Et subissant une détermination, laquelle est toujours quelconque, toute détermination nous pousse dans le monde, le donné, le corps, ou plus exactement le monde, le donné et le corps dans leur réalité.

Or la structure, notre être, n’étant aucun des rapports réalisés (sinon nous ne serions pas le rapport en lui-même), se perd de fait et immédiatement dans le monde en se soumettant à quelque détermination que ce soit. Il est clair que tout monde humain essaie par mille moyens de nous en convaincre, mille détours mais également spontanément nous sommes ce dont nous avons conscience en oubliant aussitôt que rien, quoi que ce soit ne correspond à notre être, lequel se destine autrement et ailleurs. Nous sommes sur le bord du monde et non en quelque partie du monde.

L’indétermination, la fameuse indétermination dont on aimerait nous convaincre qu’elle revient à une belle âme extravagante ou velléitaire. Mais l’indétermination est cela même qui crée le Un, Dieu ou le sujet. Si nous cessons de désigner le Un, nous tombons dans le monde et plus précisément quelques uns nous y poussent qui se dissimulent dans les théories, les idéologies, les représentations, et comme l’image est devenue la pensée, c’est au travers des images que l’on succombe ; image puisque tous étant des mois, ils sont leur corps. Et l’image détourne profondément la structure jusqu’aux fibres nerveuses, le long du nerf optique, dans la surface de la peau. Ça n’est pas une apparence superficielle, mais la structuration même de la conscience vers le réel, ce qui signifie vers tout, vers tout ce qui est, tout ce qui se présente et se présentera.

C’est bien en cela que l’on s’aperçoit à quel point nous sommes trop peu intelligents, d’une lourdeur terrifiante et probablement suicidaire, parce que nous rendant compte de notre bêtise, nous désirons finalement disparaitre. Un système tel que la démocratie devrait fonctionner à peu près correctement, en coordination et en projets régulés et auto régulés. Mais notre puissance de réflexion est si faible qu’il nous est impossible d’intégrer dans les conduites individuelles des complexités et des prévisions. Et donc les conduites personnelles s’engagent spontanément et immédiatement dans la hâte. Et spontanément et immédiatement se régulent comme elles peuvent en suivant bassement les pauvres finalités données stupidement, celles que l’on admet sans y réfléchir, sans considération, aveuglément.

Alors par-çi par-là il est bien un peu d’intelligence et d’intellection, et on en profite de celles là, on en use, mais comme de moyens dont les fins s’abaissent dans le monde, donné, corps, vécu ; les moyens intellectifs sont pliés en vue de fins bovines. Et on peut bien compliquer le corps, lui coller des images de « soi » ou d’objets, ça reste le pauvre corps, truffé de pseudopodes qui tâtonnent. Un monstre quoi.

Chaque moi, astuce géniale, y trouve son compte en ce qu’il se rétribue d’une sorte de mini amour propre. Et comme quand même ça se voit bien que tout ce déballage est morbide, on lui fournit ou il quémande un surplus de représentation, une sur consommation, encore un petit peu de faire valoir. Le système capitaliste et libéral est juste le non-système, celui du laisser aller, du laisser faire, l’absence d’intelligence, la réduction de l’intellectif à d’autres finalités très basses, son irréflexion ne mérite évidement pas qu’il reçoit la dénomination de «système », c’est un bricolage mais auquel tout moi, toute personnalisation participe activement ; parce qu’aucune structure réelle ne s’instancie ni dans les mois, les corps, ni dans la représentation ou les objets. Le défaut est interne. C’est-à-dire partout, puisque le centre manque et non seulement s’investit dans le n’importe quoi, le tout venant, le donné là, bêtement, mais surtout le centre est terrifié de se faire face, de s’affronter, de s’assumer.

Et le centre est « ce dont partent les lignes vers le bord ». La structure de conscience est sur le bord du monde, c’est le monde qui s’effondre sous l’attirance mortifère des lignes du centre qui est affaissé, affaissé et n’a jamais pu, su se relever, se soulever, le bord sur quoi nous sommes posés, nous dévore du dedans. Puisque notre dedans est dehors. Mais nous nous obstinons à nous représenter nous-mêmes comme un dedans. Il n’y a pas de dedans, et donc pas de représentation et donc pas d’objets et par conséquent pas de désir.

Le dedans sans dedans (qui est réellement pourtant un « dedans » mais purement sans rien, de fine structure) nous est une terreur sans fin, sans terme (et bien sur, puisque ça n’a pas de bornes, « ça » est le bord lui-même ; un bord n’a pas de borne, il l’ESt). Ne pas comprendre cela c’est dresser encore et toujours des pyramides, des comblements, des représentations et croire que ces représentations existent. Elles n’existent pas, elles sont « là », elles sont de l’être, le dépôt de l’exister, les dépositions de la structure. Se tenir dans l’exister est bien plus adorable. Se tenir sur le bord.

Le bord remonte toujours comme une vague sur tout ce qui est (déjà là), comme la vague unique qui revient et reprend encore plus loin, et l’être, le donné, résiste (il est déterminé), tient à lui-même, croit en lui-même, mais la vague est antérieure, bien antérieure ; en vérité elle est si étrange … qu’elle n’a pas d’âge ni de distance ; elle est le sans âge, sans distance qui secoue toujours constamment par le présent qu'elle est, elle secoue tout-ce-qui-est, déposé là.

Pour cela le présent n’a pas de « délimitations », il est et il n’est que lui, rien d’autre avant ou après, rien d‘autre antérieurement ou postérieurement à son exister pur. Mais rappelons que le présent n’est pas la succession des points (qui passent), mais le point unique qui a toujours et sera toujours « là ». Depuis le début il n’y en a qu’un seul. Qu’il soit formel, (cad sans rien), veut dire qu’il peut indéfiniment se multiplier.

Mais cependant il ne faut pas en conclure qu’il est le néant, ça n’a pas grand sens ; le néant c’est ce que littéralement ça dit ; rien. Or on est tout à fait à l’opposé ; ça est, ça existe et puis ça se dépose comme être. il eut été curieux que l’être, (cad ce qui est vraiment) puisse n’advenir que comme être (le dépôt) ; il fallait pour que ce qui est vraiment soi, s’joute à lui-même l’exister ou plus exactement que l’exister soit ce qui est vraiment et qu’il dépose ici ou là de l’être, diversement, sauvagement et de manière visiblement désordonnée et sans « penser ». Ça est, signifie que c’est intégralement tout l’exister en tant que ça produit des quantités d’êtres. Les quantités d’êtres sont réellement, mais en fait seul le bord, l’exister existent.

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