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instants philosophie

De la couillonnerie du cosmos

11 Juin 2015, 09:01am

Publié par pascal doyelle

Serions-nous plongés dans les ténèbres et dans l’horreur ? Oui. Mais nous sommes les enfants du monstre. Ce à quoi l’on parvient est le stationnement sidérant devant ce qui est, en tant que cela « existe ». Lorsque Sartre annonce cette existence il remodèle instantanément le réel.

De l’étonnement des grecs à la sidération des existentiels, en passant par le regard écarté du christianisme (nous nous percevons extérieurement), c’est d’une part que notre dedans tout en existant na pas de dedans, et que d’autre part le réel double les réalités, il est un grand dehors intégralement Autre.

Serions-nous plongés dans les ténèbres et dans l’horreur ? Oui. Mais nous sommes les enfants du monstre. Ce qui veut dire que notre ressort interne peut relever et soulever la sorte insensée de logique monstrueuse, peut-être, avec un coup de pot. Allez savoir ce qui peut arriver. D’un seul coup, l’éclair.

Il suffit de regarder objectivement l’état de folies et de massacres qui nous reviennent en propre, et de comparer à l’opposé la quantité phénoménale d’appels à l’intériorité et à l’absolu (etc), qui en constituent le repli, pour se convaincre que tant que l’on ne parviendra pas à dessouder notre être de notre être, il ne parviendra pas à la maitrise de sa possibilité. Autrement dit on sera toujours entrainé par la folie monstrueuse de l’univers démesuré et cinglé, par cette logique et cette violence et alors même que nous ne sommes pas de ce monde ; fils du monstre sans aucun doute, mais en quoi ces enfants là devraient-ils suivre la banalité de la souffrance et de la mort ?

La difficulté et l’inanité des appels à l’intériorité et à l’absolu (toutes sortes d’absolu, en tous genres) c’est leur impraticabilité ; on a beau loué le seigneur ou s’immerger dans le Un, ça ne change pas grand chose, quoi que quelque part ça réduise les frais, peu ou prou ; ça organise parfois la débilité et au moins maintient une certaine distance et, comme vu, une réflexivité ; la pensée, dieu-le christ et le sujet (le citoyen ou le moi acculturé ou l’esthétique, etc) installent ici et là des possibilités, nous séparent du monde, des intérêts de bassesse, des finalités immédiates et supplée notre incapacité à porter de plus concertantes et permettent d’envisager, un peu, une redistribution, des rôles, des vies, des pensées, etc.

C’est la mise à plat qui est recherchée, et à partir de cet étalement à l’inanité des absolus (bien peu pratiques) se manifestera clairement la vanité des attentes, désirs, espoirs, envies et volontés toutes très habituelles, naturelles ou humaines ; tout cela c’est du caca et ne mène qu’à la mort, à la détérioration, à l’oubli, la lenteur et l’affaissement sur « soi-même », le ratatiné.

Comme bien vu par Sartre il n’est de Vivant que le minuscule écart de conscience tendue à vide et qui n’est rien d’autre que ce mécanisme là. Le reste c’est du monde, de la masse, de la mémoire qui s’embrouille, des tissages de miroirs qui s’effilochent. Ça clôt, littéralement et dans tous les sens, tout ce qui fut auparavant.

Evidemment non. Mais quand même… ça remet et ça recadre bien. Comme Rimbaud qui solde intégralement sa vie en une Saison recollectant et des Illuminations potentielles ou virtuelles. Ça remet les péchés.

Qu’il n’existe qu’une toute petite articulation de rien du tout (le mécanisme-conscience) qui surgisse dans l’océan ténébreux de l’univers (qui est vraiment du n’importe quoi fastueux et stupide, une sorte de cinglerie de gaspillage, éhonté) est plutôt très curieux. C’est là-dessus que l’on s’ébaubit. Pas étonnant somme toute que l’on ait voulu lui donner Sens. Que l’on ait postulé que c’était fait exprès. Que tout le déluge de délires matériels avait pour but, finalité, unité, cette articulation là.

Les tarés du cosmos

Ça n’est pas sûr. Enfin disons que si l’on prend diverses races dans l’univers (à supposer), il se peut qu’il existe de gros couillons qui ne valent rien. Qui se montent la tête et s’y croient parvenus alors qu’ils n’ont que succombé au monstrueux. Qu’ils n’aient pas défendu leur peau, littéralement leur peau, leur corps. Emmitouflés dans la stupidité et sans clairvoyance du tout, à se gargariser de leur « supériorité » alors qu’ils furent (c’est inscrit dans les annales galactiques) les pauvres loupés, ratés, les idiots de service.

C’est quand même bien grave tout ça. Parce que ça ne doit pas être si compliqué. Ou alors peut-être que ces idiots-là obtenaient une utilité dans le grand concert des races universelles ; par exemple bien calibrement perturbés (c’est visible) ces idiots là performaient à fond en représentant leur dinguerie spécifique dans des Œuvres, des Esthétiques, des acquisitions de l’Absolu, des illuminations ; ils seraient, intensément délirants, à la gonflette, de petites usines à fabriquer des enluminures, pendant que les autres races plus pragmatiques ou lucides (ou comme l’on voudra), s’employaient à étendre leur vie, leur durée, leurs physiologies, mais eux, les idiots, non, pas du tout ; ils se broient à s’enivrer de créer des « trucs », dans le déploiement universel, qui font jolis ou qui étonnent ou peut-être rien que des facilités marrantes.

Enfin on peut tout imaginer. Mais ça ne rassure pas.

Pour revenir au déchainement universel de toutes les forces délirantes du cosmos, qui est vriament un sacré merdier invraisemblable, une monstruosité, un déferlement de puissance qui vire à la lourdeur impardonnable, qui va nous tuer, quand même, pour de bon, enfin quoi nous assassiner (ça ressemble fort à un complot cette histoire de l’univers), il n’y a pas de raison de laisser faire. Enfants du monstre, soit, on n’a pas eu le choix, mais devrions-nous en rester là ?

C’est donc très curieux cette apparition d’un machin conscient de soi. On se demande à quoi ça sert. Dans le renversement qui eut lieu, le silence des espaces infinis et tout ça, il devint de plus en plus intenable de considérer le sens, mais au vrai il vaut mieux dire l’organisation de ce bazar. Ça n’est pas organisé du tout, c’est cafouilleux. Alors donc à quoi peut-il servir le machin conscient de soi (ce qui lui plante les épines) ?

L’idée commune est que le machin conscient ajoute de l’ordre. Mais au vu de l’état des choses, ça ne colle pas trop. Disons qu’ajoutant de l’ordre, il se massacre néanmoins bien plus efficacement que jamais, et se délaisse et s’exploite et se rend siphonné, et par ailleurs n’est pas capable de prévoir ses propres effets ou plus exactement lors même qu’il en trace les courbes, s’enferre et court à la mort, « Cours à la mort !! » Il faut croire qu’il veut bien ça ? Qu’il a décidément trop honte et préfère s’annuler. Que le grand univers m’engloutisse dans l’oubli des races abandonnées !

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