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instants philosophie

Explosion interne et implosion externe

27 Juin 2015, 08:01am

Publié par pascal doyelle

Les grecs découvrent la pensée. Évidemment quantité de pensées eurent lieu diversement et en d’innombrables sens. Mais l’attention de grecs ne se fixe pas sur l’objet de la pensée ; lorsqu’ils désignent l’être, il ne s’agit pas d’un « gros objet ».

L’être, cette hypothèse, fonctionne comme formule, vide ; la formule oblige à énoncer clairement, élément par élément et qu’ils soient tous constatables et que l’argumentation qui les ordonne soit ici et maintenant transparente. Il s’agit de vouloir ici et maintenant en une fois tout ce qui est. Ils extrapolent à partir et hors de la conscience commune et augmentent toute l’intentionnalité, celle qui n’est pas dite ni échangée ni parlée ni perçue dans le langage et la vie commune. Ils créent de nouvelles différences et de longs processus de différenciation. Tout cela existe en plus du donné, du connu déjà là, du partagé et exige de produire une intégralité de vocabulaire ; qui finalement l’emportera et imposera la révolution anthropologique généralisée.

Si l’on ne paramètre pas sa conscience selon la philosophie on ne perçoit pas le lieu et le moment de notre être situé. Parce que seule la philosophie délimite l’articulation de notre être au réel ; on a vu que la dite articulation ne peut pas être enfermée dans la caricature « intériorité » (subjectivisme)-extériorité (objectivisme), mais relevait de deux Bords du monde (qui n’en sont qu’un seul ) ; le processus ou procédé interne et le procédé externe ; Descartes clouant sur le sol donné là (l’étendue) le rond point en exposant notre-être comme étant "cet-être" ; un être-Autre très étrange (par suite de quoi cet-être sera l’objet d’une pensée ; de Kant à Lacan).

Il n’y a en tout cela rien de subjectif et c’est seulement une théorisation épistémologique (qui veut à tout prix expliquer le donné par le donné, sans s’enquérir de ce qu’elle considère comme étant le donné) qui comprend cette articulation selon les facilités de subjectivisme et d’objectivisme, simplifications en définitive inutilisables ; les grecs pensaient notre-être/dans l’être, le christianisme (et monos) l’hypertrophie interne sur le bord du monde (dieu-le christ). L’insuffisance de la dichotomie intériorité-extériorité (qui est réelle, personne ne songe à le nier, mais limitée) ne permettant plus d’aligner la compréhension au niveau où elle se situe, s’existe.

Tout ceci permet de réintégrer dans la pensée les bizarreries et les folies, les délires et les extrémismes, les dérives et les étrangetés de toute sorte. Parce que si notre être est cet-être, la cohérence est tout à fait autre que celle assurée par la raison, le conscient, la volonté. Mais contrairement aux contempteurs ; qu’il y ait un dépassement de la raison, du conscient et de la volonté, ne signifie pas que la cause soit en-deçà de ces effets (le monde, le donné, la naturalité, le langage, la sociologie, etc expliquant le réel) ; c’est bien plutôt qu’elle est au-delà, et au-delà au sens d’en-plus (ce qui se symbolisait jadis comme « au-delà » du monde donné immédiat, puisqu’effectivement l’activisme de conscience est structurellement le bord de l’immanence, et donc n'est pas l’immanence elle-même ; si il n’était que l’immanence nous ne serions pas là pour en parler, la percevoir, la constater, la réarticuler, etc).

Une connaissance explicative qui ne laisse pas de place au réel enferme totalement la structure dans le simple donné là étouffant ; autrement dit ne vous inquiétez pas parce que dans ce cas là on pensera à votre place, on ordonnera le monde, votre vécu, votre corps.

Le rapport à (soi)

Les amplifications de la pensée grecque, de la réflexivité chrétienne, du sujet cartésien envoient très loin et suréminemment de très haut la structure vers le réel ; ce qui est acquis structurellement est depuis le début non pas absolu mais bien plus fondamental que cela, est radicalement la base même de notre être. Lorsqu’apparait dans un monde, dans une réalité un être conscient de soi, il se crée au sein de toutes les choses qui sont des identités un être qui est non pas une identité mais un Rapport. « Conscience » veut dire « rapport à (soi) ». Et puisque cet être est un rapport, il ne peut pas disposer d’un « soi » et donc il est noté rapport à (soi) ; c’est le rapport même qui est le « soi », et non pas une identité qui viendrait combler (au deux sens de remplir et satisfaire) le rapport.

On a pu monter en épingle une telle identité prise dans le rapport comme étant l’essence de celui-ci parce qu’alors (les grecs puis les chrétiens puis en partie Descartes) il s’agissait de créer et d’augmenter le dit rapport ; ce que l’on entendait comme pensée doit être recompris comme machines intentionnalisatrices, et les systèmes comme machineries ; le tout fondé sur le mécanisme de conscience sortant de tout monde particulier et par « conscience » uniquement le rapport (vide) n’ayant affaire qu’à ce point « là », le réel.

Dans le rapport il n’est rien et aucune identité ; ça ne signifie pas qu’il n’existe pas une « nature » humaine, (corps, cervelle, langage, monde humain, etc) mais que ce qui joue réellement (cad modifiant la réalité de cette nature humaine y compris) est en plus de la nature humaine et de chacun des mondes humains ; modifiant la réalité humaine à partir de l’exigüité de l’acte de conscience articulée au réel, comme Rapport unique (et donc universel ; tout être humain est articulé par le « haut » vers le réel donné là et donné « là »), mais aussi en plus de modifier, créant sa propre dimension.

Tous les effets de toutes les humanisations sont donc unifiés par un rapport qui n’unifie rien du tout, qui est purement l’activisme au réel, et qui dépose tous ces effets dans le monde, le corps, la cervelle, le langage, le relationnel, etc. Une cause minimum pour un maximum d’effets, qui engendre tous ces effets (les humanisations et les personnalisations, etc) ; cause minimum parce que ce doit être une cause sans-rien, sans contenu, sans programme, qui fait uniquement office de renvoi, et ce report (qu’est le rapport conscience-réel) bien loin, étant sans contenu, de n’avoir aucune réalisation est cela seul qui se réalise ; la conscience qui est le rapport au réel, pose un point intentionnel dans le donné là et point qui attire et repousse, organise et désorganise, oriente et désoriente constamment en jouant sur les dépôts dans le corps, la cervelle, le langage, le relationnel, les mondes humains et les personnalisations.

Et donc si vous cessez d’intentionnaliser, vous dégénérez. Si vous orientez comme çi, ce n’est pas le même que si vous orientez comme ça. Le (ou les) principe d’organisation de votre intentionnalisation vers le monde, le vécu, le corps, votre cervelle, le relationnel humain, personnalisation et humanisation, c’est cela, ce principe, tel ou tel principe, qui définit ou précise votre liberté.

Votre liberté ce qui veut dire ; la capacité de vous tenir au plus haut de votre être ou de vous dégrader. Sachant que la dégradation est peut-être le moyen d’acquérir de la hauteur...

Parce que ce qui se joue n’est pas le conscient, et que la philosophie n’aboutit pas, ne se clôt pas sur une connaissance (un conscient, une "volonté"), mais sur un savoir ; le savoir que l’on est saisi par le Un de la pensée grecque, dieu-le christ ou le sujet ou l'Altérité et que ces structures manifestantes représentent une articulation mais ne sont pas l’articulation. Tout est lancé afin que la structure de conscience se sache elle-même comme savoir de (soi) (en quoi on ignore ce qu’est le (soi) ). Mais il est bien évident que l’on ne parvient pas à cette séparation de cet-être (hors de tout) si l’on n’épuise pas les parcours qui se sont usés à détourer cet-être ; de même que l’on n’est pas conscience de but en blanc mais ayant acquis un corps, une cervelle, une humanisation, une personnalisation sans doute, un langage, relationnel, monde, etc ; la « conscience » est le chapeau qui vient-en-plus ; mais une fois acquise elle s’existe. De même on ne parvient pas à dessertir cet-être, cette articulation si l’on ne maintient pas les efforts structurels de la pensée, de dieu-le christ, du sujet, de l'Altérité.

Autrement dit ; les dérivés (la raison plutôt que la pensée, la naturalité plutôt que dieu, le moi plutôt que le sujet) se situent intérieurement à l’articulation vide/pleine et réelle (qui ne relève pas de l’intériorité-extériorité, mais du plot, posé là, sur la surface de « ce qui est », l’étendue, constitutivement interne/externe, sur le Bord du monde qui est et n’est pas du monde).

Si notre être était un contenu, élevé, soit donc la raison, le beau, le bien, l’universel ou l’identité d’un moi assuré, ce serait relativement sinon simple du moins clair. Or notre être n’est pas un contenu, et on ne sait pas, on ne connait pas l’horizon intentionnel du bout du bout. On sait cependant ceci ; que la structure existe effectivement comme telle et qu’elle n’a besoin de rien pour se tenir. Que donc ça n’est pas le Sens qu’elle va chercher, mais la signification ; non pas le Sens tout fait et bien connu ou reconnu, mais la signification qui s’en va dans le monde, le corps, le donné, le vécu, la cervelle, le langage, en tout ce que cette fois ils possèdent d’altérité (il ne s’agit plus du langage, du corps, du sens en tant qu’humanisés, personnalisés, encadrés, universalisés, conscients, etc, mais de tout cela en tant qu'iinhumanisés) et que travaille la significaiton, fut-ce au détriment du sens. L’orientation ou la désorientation que cause l’accès de conscience, l’excès de réel, sa soif interne provoque une aspiration extatique qui use du langage, du sens, de l’humain ou du moi, du monde et du vécu ; il n’est rien de mieux que de présenter cet appel interne par l’extase, et par quoi on recolle aux pro-activistes délirants Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan, etc ; il est des quantités d’extases (des grands sujets esthétiques, éthiques, politiques, idéels), mais en philosophie il s’agit de détenir les plus extrêmes et externes ; les hypostases de consciences telle que donnée là dans le réel.

Si l’on parle d’extase éthique ou esthétique ou politique ou idéelle, ce ne sera plus dans le même sens qu’auparavant ; sens couvert par l’universel, parce que l’universel s’est réalisé comme Etat et Liberté universelle. Or ça n’est plus de liberté universelle dont il sera question, mais du libre individuel ex-centrique, une plus grande vérité encore (que les proactivistes chercheront dans l’altérité nietzschéenne, heideggérienne, sartrienne, lacanienne, etc). Comme disait Nietzsche il est le grand psychologue ; une éthique, esthétique en l’occurrence, plus lointaine et excentrée, une plus grande conscience que ne le laissait préjuger le conscient et la raison et l’Etat et le monde naturaliste plat et l’humanisation. Une éthique esthétique, mais on sera dans l’obligation d’opérer des mélanges (éthique et politique sartrienne, pensée et esthétique poétique heideggérienne, etc), des approfondissements, puisque la formulation de la conscience en pensée ou plus exactement en universel n’y suffit plus ; et donc c’est autre chose qu’une éthique esthétique que Nietzsche, autre chose qu’une pensée poétique que Heidegger.

ayant affaire à notre-être même en tant qu'il est devenu cet-être à la racine (qui se déploie ensuite selon les domaines éthiques, esthétiques, etc ou les régions d’humanisation ou de personnalisation). La philosophie n'a pas répété le même contenu, elle a creusé par en-dessous la structure du bord du monde.

Historicité

Ayant acquis le sens de l’interne (la pensée, dieu-le christ, le sujet), ayant réalisé l’universel (Etat et acculturation universelle), ayant relancé la réflexivité sous la nouvelle épistémè (raison, naturalité et moi remplaçant la pensée, dieu et le sujet), et pour les quelques uns qui se sont aventurés comme sujets effroyables, non humains, inhumains, autres ; le sujet étant impossible, il remonte sans cesse vers sa structure de conscience, mais celle-ci surgit nue et sans rien de la cervelle vers le réel, revient sans cesse parfaitement identique en sa forme, sans composition elle est insituable et incompréhensible et engendre une étrange souffrance, ou extase, ou un décalage effarant de l’être, interne à l’être même, à l’exister, c’est une dimension qui n’est pas de l’ordre du visible puisqu’elle n’apparait que dans l’interstice de conscience ; la conscience interstitielle est dans le passage interne et externe, qui sont le Même tout en étant distincts. Cette extatique distinction est au dedans de la conscience ; qui veut à toute force se remonter comme sujet et atteint ainsi des passations structurelles, littéralement les anti-intentionnalisations ex-tatiques de Nietzsche et Heidegger, emplies d’altérité et de puissance et d’in-distinction, de « ce qui ne peut pas se nommer », mais dont une conscience ayant commencé son sujet peut être saisie.

Comprenons que la philosophie n’entend pas se laisser faire par une dimension ésotérique et que par conséquent elle donne les noms (étant enchainée à la cohérence qui définit et délimite elle ne peut pas se perdre dans l’innommable); elle nomme la dimension, ici en l’occurrence comme Altérités nietzschéenne et heideggerienne, l'histoire sartrienne de l'exigence du pour-soi, ou l'explosion interne lacanienne. La multiplicité animée et unifiée mécaniquement nietzschéenne et l’indétermination comme réunion dans le « là » heideggerienne. Soit donc l’a-intentionnalité et la sur-intentionnalisation. L'exhibition sartrienne du squelette structurel de Sartre et le gouffre ouvert de Lacan dans le moi et l'humain.

Mais rappelons que la description des altérités n’est pas équivalente à l’extériorité (qui s’opposait à l’intériorité, la nature ou le donné opposés à la subjectivité, au personnel) ; les altérités sont l’objet d’une intuition orchestrée, cad sont saisies ou ce dont on est saisi (en tant qu’Autre nietzschéen ou heideggerien ou sartrien ou lacanien, etc) et orchestrée intellectivement ; comme positionnement ontologique ; par laquelle position c’est la constitution de « ce qui est » comme Autre et radicalement Autre.

Évidemment le basculement selon l’ontologie externe tisse des liens ou des contre liens avec les intitulés qui précédèrent (l’antienne de la mort de dieu, du sujet, de la pensée, etc, alors que tout cela est encore effectivement et radicalement la structure même sur le réel), avec la structure interne produite par la pensée, dieu-le christ, le sujet qui sont déjà eux-mêmes des altérités sous l’égide extatique de l’articulation interne ; interne à la structure (en tant que le Bord du monde se déplie) et que l’externe nietzschéen, heideggérien, sartrien ou lacanien sont issus absolument (cad formellement, puisque seul le formel et le vide de la structure sont « absolus », n’étant pas composés) des manifestations antérieures. L’impression de rupture est mille fois accentué (entre l’interne externe et l’externe interne, pour ainsi dire par facilité) mais la pensée (la réflexivité qui s'en prend à l'intentionnalisation selon l'archi, l'hyper, le méta et le pro) explose notre réalité (en lui imposant la structure), de même dieu-le christ, ou le sujet ; qui ne sont pas des unifications, pas des synthèses (comme dans le cas des mondes humains chaque fois séparés et autonomes), mais des explosions structurelles qui découpent le monde, divisent notre être, articulent par-dessus les contenus et les déterminations ; c’est le formel qui architecture vers le réel.

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