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instants philosophie

L'altérité vivante

3 Juin 2015, 08:35am

Publié par pascal doyelle

L’être de conscience vient en plus de tout le reste. Il obtient mille et une manières et logiques et potentialités dans le monde pour propager son interruption.

Son interruption est la possibilité de créer une dimension qui n’est pas dans le donné là, qui est en plus du donné, de même que de fait toute conscience est externe au monde, autre que le vécu, autre que le corps.

Ce point externe se situe sur le bord du monde, du donné, du vécu, du corps ; dans le réel il s’offre comme présent. Toute articulation de conscience est ainsi arcboutée dans l’actualité de son activité ; ce qui se déploie depuis les grecs, les chrétiens (et monothéismes), Descartes et suivants (et révolution) est l’attachement à l’effectivement intentionnalisateur. Effectivement.

Husserl clôt le méta-intentionnel (qui nait suite à l’archi des grecs et à l’hyper des chrétiens et s’est constitué comme réflexivité sur cet être de conscience, par Descartes)) et recommence alors par ce pro-activisme de Nietzsche, Heidegger et Sartre ; ils se distinguent par ceci ; l’altérité est absolument ce dont on part. Altérité non plus d’un monde mais d’un univers ; la présence brutale et sauvage du monde comme univers, et ceci non seulement naturel mais également du monde humain dans sa diversité incompréhensible ou dans sa violence inouïe, et tout autant de par son absurdité existentielle, sa mort prochaine, son corps poisseux, ses psychologies dépenaillées, etc.

Evidemment le passage qu’ils effectuent du monde (dont on pouvait supposer ou espérer qu’il se régule, par la pensée, dieu, la raison ou l’humanisme, la personnalité ou le sens de l’histoire) à l’univers les obligent à se concevoir comme absolument autres que les autres ; ils innovent tellement qu’ils ne peuvent pas ne pas répudier toute la précédance ; il faut qu’ils parviennent à dégager l’étrangeté et l’absurdité et l’horreur ou la stupidité du donné là.

On a vu qu’ils s’égarent en comprenant la précédance et les autres philosophies comme illusion et compensation et comblement du vide et sens réducteur du non sens effectivement « là » et qu’ils assènent la profusion ou le surhumain ou le mystérieux repli de l’être sur lui-même. Les grecs, les chrétiens et Descartes et suivants ont au contraire (apparemment) creusé radicalement à même notre être spécifique et inventé, créé, découvert, révélé, éprouvé, ont incarné le creusement de notre os, de notre ont-os ; l’être ontologique (qui se-sait ici et maintenant la forme sans contenu par Descartes) mais aussi l’être métaphysique (qui veut intentionnaliser totalement le monde, le donné, le perçu), ou cette formulation d’une ampleur radicale que fut la théo-logie christique (qui prend tout le vécu, tout le corps, tout le donné-monde en tant que créé extérieurement par la décision et l’hyper intentionnalité de dieu, non pas réinventant mais inventant littéralement le Corps).

C’est donc de plus loin que nous venons, plus loin que le pro-activisme de Nietzche, Heidegger et Sartre, et plus loin que la matérialisation (qui est la matérialisation, la concrétisation de l’intentionnalisation, et poursuit ces articulations que furent la pensée, dieu-le christ, Descartes et le sujet) en tant que respectivement la raison, le naturalisme et l’humanisme, le moi et l’humanisation généralisée. Les configurations (pensée, dieu et sujet) ne pouvaient pas pénétrer et se renouveler dans le monde sans ce mouvement de matérialisation (qui doit être compris inversement ; il matérialise la structure de conscience, et non pas la structure « spirituelle » qui se perdrait dans le donné là, bien qu’effectivement en oubliant qu’elle fut une articulation radicale, elle s’oublie et ne sait plus relier ses intentionnalités, qui se défont et s’emplissent de finalités basses et pauvres, mais il faut affronter la bassesse et la pauvreté, et en cela le spectacle que l’on se donne de tout le monde qui est, est le jugement dernier, pour ainsi dire).

(Le surhomme et l’homme du ressentiment, l’éternel retour sont le jugement dernier pour Nietzsche, de même l’être et le sens de l’être de Heidegger, ou la révolution et l’exigence de conscience pour Sartre, pareillement le spectacle mass et micro médiatique que nous nous donnons de nous-mêmes, nous juge et nous transit)

Si l’on ne pense pas les grecs, dieu-le christ et le sujet comme relevant de l’invraisemblable articulation formelle de conscience prise dans l’acte même de l’être, du réel , du « là », sur-prise par l’acte réel, on ne comprend pas comme l’étrangeté de Nietzsche, Heidegger et Sartre sont effectivement la même dureté, sauvagerie, abomination, explosion, surabondance, suréminence qui est née dès le début. Et grecque et christique et cartésienne et nietzschéenne, heideggérienne, sartrienne.

Sans comprendre cela on se retrouve plongé dans l’univers donné bêtement là, immergé dans un océan de déterminations débiles ou étouffés dans une historicité dépourvue de toute direction et emplie de massacres divers et variés.

Il s’ensuit donc que ce qui est originellement est d’une part l’univers et l’altérité intégrale dans laquelle nous existons et d’autre part cette articulation sauvage, et autre elle aussi, qui a pris le pas sur les mondes particuliers mais aussi sur les humanisations, qui est cause des manifestations grecque, chrétienne, cartésienne, de naturalisme et de l’activisme des trois derniers. Articulation qui s’est créée comme grecque, chrétienne et mono, cartésienne et suivants, et tombe à nouveau nez à nez par Nietzsche, Heidegger et Sartre en un arc de cercle identique à l’étonnement des grecs et et au renouvellement du monde et du corps chrétien, face à tout le donné et le « là », l’historicité massacrante et l’univers insensé, le moi bricolé dans un vécu et un corps absurdes.

L’articulation grecque, chrétienne, cartésienne parvient de la même dureté à avancer plus avant dans la description du donné monde et du « là » du donné, qui contient tous les mondes ; le monde grec de la pensée vivante (qui est la vie de ce monde, la vie amplifiée et proliférante des systèmes qui sont systèmes de perception dévoilant ce qui ne se voit pas), le dieu suréminent et à ce point sidérant et qui s’incarne malgré sa toute puissance une absolument autre dans le donné là et en ce corps, l’incompréhensible sujet cartésien suspendu et hors champ, ouvrant opératoirement la réalité sur son pli interne de conscience dans le pli externe du présent (de l'acquisition cartésienne de sa structure). Tout cela n’a rien de facile ni d’illusoire ; c’est la difficile ontologie qui s’élabore.

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