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instants philosophie

La surface d'altérité

10 Juin 2015, 08:36am

Publié par pascal doyelle

On a pu chercher mille fois la compréhension de notre être, et l’on n’a rien saisi, mais quantité de perspectives se sont ouvertes si l’on maintient ces perspectives comme entames de l’exister.

C’est qu’il est absurde de croire que l’on pourra se détenir. Il n’est pas de solidification de notre être, pas plus soit dit en passant de solidité de la réalité ; il y a un présent qui devient. C’est le présent qui est réel, le reste existe ou « est » si l’on veut, mais est secondement.

Et cessant de croire que l’on puisse se solidifier, se figer en quelque « quelque chose » que ce soit, cela ne retire aucune des choses qui sont, elles sont simplement rétrogradées en seconde part. Et par ailleurs on peut alors comprendre les illuminations ; grecques ou chrétienne ou cartésiennes ou pro-actives (de Nietzsche, Heidegger et Sartre, l’illumination du pour-soi, qui est ce qu’il n’est pas et n’est pas ce qu’il est). Bref comprendre ce qu’il en est des mouvements ; des mouvements structurels. Et pourquoi on ne comprend la philosophie qu’en s’y existant.

Ceci anéantit qu’il y ait saisie (en terme d’objet) de la vérité ; c’est que l’on n’est pas selon la vérité sans être le réel. Et le réel on y est. On y est depuis les grecs, les chrétiens, Descartes et suivants. C’est le réel qui se réfléchit et qui non pas dénomme un objet, mais montre un exister. Parce que dans le réel il n’y a que cela ; un présent existant.

Il n’y a pas de regard externe qui connaitrait sans y exister. Tout regard objectif est lui-même pris dans la possibilité ; et on ne sait absolument pas du tout ce que veut la possibilité. Et pourtant notre effort est requis, appelé, sous-tend que la possibilité se réalise. Situation très bizarre, et qui admet tous les efforts ; aucun des efforts accomplis n’est sous estimable. Il faut reprendre tout ce qui de la réflexivité s’est voulu comme grec, chrétien et mono, cartésien et activistes existentiels et ontologiques, etc. Cela signifie que c’est tout l’ensemble qui (se) réfléchit. Le réel se retourne sur son existence, là, et se ré-élabore, ré-enroule la structure de conscience et son inscription dans le « là ». Ce qui se ré-enroule, se déplie non d'être déjà mais d'exister exclusivement comme présent.

S’il n’est aucun point de vue extérieur, c’est que le point de vue est interne, ce qui ne signifie pas intérieur. Autrement dit ça n’est pas, n’a jamais été un subjectivisme. Intérieur et extérieur se correspondent ; on a inventé qu’il existait une objectivité et on a cloisonné le sujet de l’objet, le subjectif de l’objectif ; tout cela est très bien, sauf que c’est une déclinaison d’un devenir qui jusqu’alors se tenait de l’interne du réel et de l’externe du réel. La pensée grecque est l’interne de l’externe, dieu est le christ (ou la communauté ou la loi) et on ne peut pas sans déroger prétendre que la pensée ou dieu ou le sujet sont des « intériorités ». ça ne correspondrait pas même à la réalité objective, pour le coup, parce que ces « entités » ont de fait ordonné la réalité humaine, l’humanisation, se sont rendues réelles, mais aussi que les penser en deçà de leur degré c'est ne pas les penser, c'est les interpréter d'un point de vue second.

Ce que l’on a divisé selon l’intériorité et l’extériorité est une version déclinée de la partition première ; sauf que la partition première ne divise pas ; elle inclut, elle abreuve, surabonde l’interne et l’externe. Et il ne fait aucun doute en ce cas que l’interne et l’externe continuent de jouer au travers de la division intérieur et extérieur. Nietzsche, Heidegger, Wittgenstein, Sartre et Lacan formulent la dite partition.

Ce qu’ils nomment antiphilosophie, est la mise sous tension de la division intérieur-extérieur dans une autre sublimation de la partition interne-externe. La compréhension négative de la philosophie (ramenée à une disposition subjective et les grands négateurs prenant cette subjectivité dans une « extériorité » mais une extériorité telle qu’elle est investie des pouvoirs de la partition interne-externe) leur permet de non pas fonder une extériorité valide (parce que l’extériorité nietzschéenne, heideggérienne, wittgensteinienne, sartrienne (l’historicisme) et lacanienne participent quelque part du grand délire, du même grand délire qui agitait les grecs, chrétiens et monos, cartésiens et suivants…), mais de dé-placer notre être dans l’externe. Et ce faisant d'acquérir de l'interne structure.

Mais si l’intériorité se posait face à l’extériorité, par contre l’externe ne se pose pas contre l’interne … L’interne (la pensée, dieu-le christ, le sujet) manifestent le mouvement de l’externe vers lui-même en tant qu’interne ; ce qui est le mouvement hégélien par excellence (mais qu’il résume, subsume comme concept ; en une fixité dont tout le mouvement est intérieur, la compréhension qu'il en a est inférieure à sa réalisation, comme toujours et pour tous).

Ce dont on s’est débarrassé ça n’est pas de la pensée, de dieu ou du sujet, c’est de la subjectivité ; ou plus exactement on l’a déplacée ; subjectivité fait partie de l’objectivité qui est elle-même (faussement) pensée (comme extériorité) par les antiphilosophies mais qui pensent de ce fait très exactement l‘étrangeté de notre situé en cet externe ; de même que fondamentalement les antiphilosophes parviennent à penser notre-être … Depuis Husserl, Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan, etc, on approche de notre-être ; et puisqu’il est placé dans l’externe (et que l’un et l’autre sont absolument formellement liés, contrairement à l’intériorité-extériorité), c’est l’interne lui-même qui se montre.

Et en ce sens c'est une sur subjectivité, autrement dit un point sur la surface du réel qui se-sait, comme point. L'externe ne noie pas l'interne, il le poursuit, crée encore plus de structure de conscience ponctuelle sur la surface du réel.

Puisque si il est une intériorité portée à la division par l’extériorité, il n’y a pas, n’y eut jamais de séparation sinon structurelle, entre l’interne et l’externe ; la séparation structurelle est une articulation, un mouvement, un rapport, et non une division (et en un sens c'est pire ; il faut porter l'articulation et le mouvement).

Nous sommes donc parvenus (en remontant à chaque fois l’interne à son degré, son niveau suffisant) à montrer le non montrable, le miroir dans le miroir, qui se voit lui-même ; nous sommes dans le commencement du saisissement de l’interne de ce réel tout externe. Il est clair que l’externe est décrit dans le faste et la surabondance et le suréminent de Nietzsche, Heidegger, Sartre (la pointe acérée, nue et articulée), le tortueux de Lacan ; et cet externe décrit tel une monstruosité, un délire, un enfer, une immanence désarçonnée.

Or pourtant puisque c’est notre être qui est dé-couvert/ inventé (les deux) par les grecs, etc, c’est le même externe-interne qui se manifeste ; il n’en est aucun autre. Les intuitions (structurelles cad arcboutées sur ce réel et notre être en l’être) et les constructions qui suivent au plus près les intentionnalisations de leur machinerie prodigieuses (de sorte que la métaphysique antérieure à l’ontologie cartésienne, la pensée antérieure au sujet, doit être retenue et tout entière prise) collent au plus exactement (n’étant ni intériorité ni extériorité, division seconde) proche de ce qui, arc réflexe surgi de la cervelle, s’arcboute au donné et au « là ».

Le grand externe est donc ce par quoi la réflexivité (la même que celle qui crée la pensée, se révèle par dieu-le christ, s’inscrit ici même par le sujet, se profusionne par les inhumains) peut s’étendre vers le donné là (le monde, fut-il connu par les sciences, l’histoire, l’acculturation et l’humanisation, l’Etat et le moi et son monde, etc) et vers le « là » ; le « là » et l’étendue cartésienne primitivement (ce « en quoi » nous sommes, mais de ce fait nous n’y sommes plus, nous y « existons », l’entame cartésienne est absolument existentielle, doutes affolants et délirants de la Méthode et Méditations). Mais décuplée.

L’infini (en fait la structure) posé sur l’étendue aboutit au concept d’un donné absolument là ; l’approfondissement de notre être est la recréation par le donné et dans le donné externe. Profondément inhumain. D’une part on continuera de remonter dans la structure de conscience (qui deviendra de moins en moins le conscient mais n'en cessera pas moins d'inventer la structure-conscience qui est autre que le conscient) et d’autre part le donné là mêlé du « là » du donné, permettra de tenter cent fois de passer outre que le donné soit pensable ; et la pensée cherchera de l’aide dans les sciences, les intuitions, les corps, les multiplicités, les mathématiques, les esthétiques, etc.

Ce qui constituait autrefois le noyau de la pensée était son contenu ; le contenu et le système créaient la réalité, et ce effectivement, machines intentionnalisatrices qui nous permettaient de voir, de percevoir le donné et le là (sans lesquelles rien de tout cela ne serait acté). C’est la même machinerie sauf qu’elle a étendu son expérimentation. Descartes engrène dans le penser l’activisme du sujet et l‘étendue du donné. Si la machinerie est conservée (sinon on ne pense pas), les explorations, les lancés bergsoniens pour ainsi dire, sont projetés de plus en plus loin et au dehors. Le penser s’est profondément renversé, de sa base, et ne perd jamais sa réflexivité dans le réel, sans l'atérité.

Si l’on reprend l’image de la pyramide ; les mondes humains fonctionnaient comme pyramides, dont la base dans un monde localisé immédiat, se construisait vers la pointe de synthèse ; les grecs inversent la pyramide qui repose sur la pointe, laquelle ne cesse d’écrire. Mais dans le renversement à partir de Descartes (qui est un marqueur et non l’unique représentant évidemment), l’évasement vers le haut de la pyramide inversée se confond avec le donné monde. Lorsque la pointe écrit, qui ne contient rien et se ré-écrit (dans le déchirement acté de son activisme cartésien), c’est le monde donné là, qui parait et si l’on a cru d’abord que ce serait le monde (d’un sujet), il s’est avéré que le monde donné là est aussi le « là » du donné …

Et ceci est l’externe. Que l’on a à paramétrer, à penser et si l'étendue peut être objectivité, le "là" de l’étendue est ontologique, ce qu’est le « là », soit donc l’étendue découverte et marquée ontologiquement par Descartes. Par rapport aux grecs le problème est le même, la machine (le penser) est la même, et le donné là (monde cosmos) et le « là » du donné (l’être, le réel) sont les mêmes. Le cercle s’est par contre élargi. Ce qui est entré dans le cercle est de plus en plus autre, y compris notre être qui s'expulse de plus en plus loin.

Lorsque les grecs pensent c’est selon l’autre, les chrétiens et les monothéismes se dirigent vers et par l’autre, Descartes expose cet autre très étrange ; notre être, qui de ce fait n’est plus le nôtre ; qui est devenu cet-être, ce mécanisme, et qui fera l’objet impossible mais réel de notre attention ; la conscience comme n’étant pas le conscient, de même que la pensée n’est pas le sujet ; Descartes essaie, tente de penser un sujet, par-dessus et indépendamment de la métaphysique, de la pensée des contenus, mais ce faisant il explose ce que « penser » signifie ; ça deviendra une réflexivité immanquable, à laquelle n’échapperont pas Kant et Hegel (et les idéalistes qui veulent se saisir de l’absolu esprit, ce qui est beaucoup plus que la pensée métaphysique et qui courent partout autour de la certitude de l'esprit mais qui n'a aucune autre certitude que le lâcher sur le donné là monde, dans le "là" étrange et autre) ni Husserl ou les pro-activistes Nietzsche, Heidegger et Sartre. Et la dite réflexivité est la torsion de l’externe vers l’interne ; c’est une nouvelle structure qui se recherche depuis les grecs, et livrée à l’altérité de l’externe, et qui n’est pas en tant qu’interne une intériorité ; à chaque fois ce sera l’interne précédent qui sera qualifié d’intériorité en fonction d’une externalité, d’une altérité, (les dieux multiples par rapport au dieu unique, le mythique et la pensée, le vieil homme et le nouveau corps, etc), mais c’est parce que tout va se retournant comme un gant.

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