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instants philosophie

L'exister nu, le ravissement

29 Juillet 2015, 15:31pm

Publié par pascal doyelle

L’humain croit ainsi se saisir de lui-même en administrant sa « conscience » en croyant que c’est de lui dont il s’agit, de lui dont on parle, qu’il en est le nœud caché ou le sens.

Et le voici pleurant toutes les larmes de son corps que son idéal ne corresponde visiblement pas du tout à quelque réalité que ce soit et encore moins au réel . et on a vu que « conscience » est un mécanisme, radical et absolu (cad formel et sans rien pouvant donc se permettre d’exister parfaitement et absolument) et que l’humain ou donc le moi, la personnalité, n’en sont que des effets, et ce par quoi ce mécanisme inventorie ce monde-çi (ou quelque autre en lequel il serait tombé par ailleurs).

« Conscience » est ce dont nous sommes le jouet, les instruments, et ne désigne du même coup pas du tout un quelconque contenu ayant sens, mais sans pour autant que ce non-sens se transmute en inconscient, matérialisme ou langage ou quoi que ce soit du même genre ; c’est un mécanisme mais « de conscience ». il est dans l’univers un être (au moins et que l’on sache) qui est un rapport à soi et son être ça n’est pas du tout un « soi » quelconque mais c’est cet être le rapport lui-même ; un rapport qui a rapport à lui-même et c’est cela, et non une identité, qui le constitue.

Inutile également d’en appeler à quelque figuration comme la « volonté », l’énergie ou une spiritualisation pêchée ici ou là ; le mécanisme de conscience est ce qui nous emporte et de deux choses, l’une ; on l’accepte ou non. Mais de toute manière le mécanisme nous précédera, puisqu’il existe avant nous-même.

Lors donc ce que l’on prenait pour le plus humain, soit la « conscience », et à quoi on opposait la matière, l’énergie, le corps, l’inconscient, la lutte des classes ou le structuralisme des systèmes, est ainsi comble du retournement, cela même qui n’est pas humain. Du tout.

La « conscience » n’est aucun contenu en quelque sens que ce soit ; ce qui fut déjà entraperçu par Sartre soit dit en passant, lorsqu’il se soustrayait à Husserl et annulait le grand délire heideggerien ou tout au moins l’ignorait.

De là que « conscience » est une pure sauvagerie ontologique, parfaitement d’équerre pour ainsi dire avec le désordre et le gaspillage généralisé qu’est un univers, espèce de grand machin délirant, débauche d’énergie en trop, trop plein et qui plus est sans doute un des univers parmi quantité d’autres en nombre indéfini, qui se jette par-ci par-là et réalise ou en réalise pas des mondes, des êtres vivants ou des êtres conscients. Indifférents univers déjetés.

De là également que quels que soient les identités dont on se peuple, les mondes humains, ou les mois, les humanisations ou les personnalisations, le mécanisme de conscience retombera lui sur ses pattes (à moins que notre inaptitude à le manœuvrer nous auto détruise ou nous pourrisse définitivement, longue agonie d’un semblant de civilisation abandonnée au fond de l’espace). On peut se vouloir grecs ou chrétiens ou cartésiens ou révolutionnaires ou nietzschéens ou lacaniens, c’est le mécanisme qui se cherche et trifouille dans tous les sens qu’il occupe successivement.

Le seul qui ait admis que ça ne possédait pas de sens humain, Nietzsche (bien qu’il ait substitué à « conscience », qu’il prenait comme cartésienne ou kantienne ou chrétienne, etc, selon les cas, substitué alors par volonté ou énergie ou force, bref une notion passe-partout indistincte et neutre) nous indique clairement l’impératif du choix ; ou l’on est pour, ou l’on est contre.

Si l’on est pour, on s’embarque pour le délire intégral du réel et c’est tant mieux. Sinon on sera écrasé par la puissance du mécanisme et incapable de résister à sa lucidité (une « conscience » mécanistique ça prend conscience-de ; un point c’est tout) et l’on se bousillera la cervelle et tout ce qui va avec.

Les identités débiles (à 90%) dont on s’embarrasse, qu’on y croit dur comme fer, nous étoufferont et n’ayant plus du réel à mordre mais perdus dans nos remplissages mentaux de la forme (que l’on prend pour un vide ou un « désir d’être», cette blague, on n’a aucune idée de ce que désir d’être signifie) on investira dans les contenus du monde, de l’humain, du moi alors que ces contenus ne sont pas susceptibles de supporter la tenaille, le travail, la torture, le déferlement du mécanisme de conscience ; au lieu de se tenir sur le Bord du monde, on se repliera au-dedans, caché dans un pseudo monde, une pseudo réalité.

« Conscience » est un mécanisme sans faille, mais souple, indéfini, bizarre, voir étrange, insoupçonnable (puisqu’il voit avant que l’on pense et il pense avant le langage et les idées, et précède le corps, fétu de paille), hiératique, incertain, et pour cela parfaitement adapté au donné là du monde cinglé et incontrôlable ; mais il crée. Il crée ses propres pas l’un avant l’autre, il se précède puisqu’il articule au « là » immédiatement saisi, et on y existe à la traine ; il ne sait rien du tout auparavant et pour cela il est intégralement libre, n’ayant aucun contenu a priori, et quant aux contenus a postériori (il en existe des quantités et des quantités, humaines mais aussi naturelles) il les maltraite et les rejette dans la mémoire réemployant tout l’être donné par l’exister actuel incommensurablement réel. Les mémoires (cad l’être qui est) sont pour lui des fonctions, des paramètres et non pas la substance ; l’exister n’a aucune substance.

Mais c’est l’exister qui est. Le reste c’est du dépôt.

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