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instants philosophie

Dieu et Facebook

20 Août 2015, 09:06am

Publié par pascal doyelle

Avant que l’on invente le moi, la personnalisation (évidemment il y eut toujours des « mois », mais non pas l’institution d’avoir un moi, une personnalité, n’étaient autorisés à nourrir une personnalité que les rois ou les prélats, ça ne s’était pas démocratisé, ils subventionnaient Mozart ou Michel-Ange, l’esthétique appartenait au moins dans leur intention de pouvoir, à un ordre) toute conscience était renvoyée à une unité transcendantale ; c’est que régnait l’uniconscience de dieu, et bien que par le christ ce mouvement tournant soit enchâssé au plus profond de l’acte de conscience (prenant même une simple admonestation moralisatrice, alors que c’est tout autre chose qui se joue).

Mais l’uniconscience de dieu oblige à se parfaire selon la sainteté et la ressemblance ; il faut Descartes pour marquer que c’est ici que commence toute conscience et pas ailleurs et que l’approfondissement de conscience avance bien plus loin que la conformité au regard unique. Méfions nous cependant que la conscience réflexive cartésienne contient l’obligation envers dieu, envers et par l’infini (comme dénommé alors)et qu’elle contient et vaut parce qu’elle la dépasse du dedans ; la simple mention que la volonté en nous est le sceau de dieu, que nous lui sommes semblables par cela seul, annule tout autre périmètre ; et cet écart, ce seul écart se montre également par les descriptions étranges des automates dans la rue, ou de la folie potentielle ou de l’horreur dickienne du malin génie, ou la bizarrerie de la troisième substance corps-esprit (qui sera en fait l’intentionnalisation, trop rigoureuse d’Husserl mais qu’il faudra augmenter par le détour de la psychanalyse), de la fantastique réduction du donné à l’étendue-monde, de la suspension incompréhensible de notre réflexivité hors de tout.

Ça n’est pas que l’uniconscience de dieu empêcherait on ne sait quelle personnalisation de surgir, c’est que l’activité de chaque conscience est ontologiquement d’une sauvagerie inouïe d’une part (et qu’il lui fallait un garde fou, de cette folie structurelle qui pouvait se rendre inhumaine) et que d’autre part l’ontologique conscience est un vide formel, et ne sait pas ce qu’elle peut proposer au monde … elle doit y travailler et créer son monde, son donné, son vécu, son corps, et donc sa personnalisation ; il n’y a que les mois d’aujourd’hui si habitués déjà à leur identité (ils en naissent directement ; leur structure de conscience qui est vide et formelle, est nommée instantanément comme étant un-tel, Jean-Pierre Dupond), pour croire qu’ils sont spontanément et naturellement « eux-mêmes ». Ça n’existe pas, ça se crée, s’invente, se produit, s’imagine, se désire, et sans le rock et la pop, le cinéma et tous nos imaginaires et images, et nos récits, nous ne saurions pas comment vivre un tel moi, nous constituer une identité.

Et au fondement de toute personnalisation, il reste et demeure l’uniconscience de dieu. Ou si l’on préfère le Regard, la perception transcendante externe, qui bien sur est une Intentionnalisation Autre.

On peut bien croire ou éprouver que Facebook est dieu, le regard de dieu ; pourquoi pas. Le regard sera toujours là, comme il le dit lui-même (et FB et dieu … et restera toujours gratuit). Jusqu’alors on obtenait bien le regard de dieu en s’absentant jusqu’au dedans de Marilyn ou de Marlon, d’Elvis ou des Beatles. Que l’on soit passé de la mass médiatisation à la micro médiatisation.

Qu’est-ce que cela produit qui nous cause ? C’est qu’au lieu d’être attaché au regard de la communauté (les dieux grecs ou la tribu d’il y a 10 000 ans), le regard de l’uniconscience, dieu ou facebook , est plus précis ; il est peut-on dire intériorisé, mais cette intériorisation est opératrice de quantité de distinctions ; distinctions inaugurées par Montaigne ou instituées par Descartes ; l’accélération du mécanisme de conscience qui commence avec les grecs et les chrétiens, c’est la performance même de l’activisme de conscience.

Il y a toujours une conscience Autre. C’est inscrit dans la structure même. L’impossibilité où nous sommes de définir pour chacun de nous la dite conscience Autre est une incompréhensibilité tout à fait effroyable ; la déréliction, l’absurde, l’étrangeté, l’angoisse, et donc au fondement la position si radicalement illogique et insaisissable que nous perdons par cela même l’acte propre de conscience ; on en sait plus de quoi et comment et par quoi et par où prendre conscience.

Mais comme la conscience Autre est inscrite dans la structure même, elle revient toujours intégralement. Inutile de chercher à la contraindre ou l’annuler ; toute conscience est déjà en chacun le mécanisme absolument et radicalement Autre. Une conscience c’est toujours en articulation et prenant appui sur l’autre point.

C’est bien de l’illusion des mois, (et de la raison et du naturalisme) que de croire à la spontanéité de notre réalité « humaine », « naturelle », authentique ou ce genre d’angélisme ; substituer à l’arc de conscience qui est intrinsèquement Autre, une sorte d’évidence qui n’est pas, nulle part et en aucune manière pour nous, pour chacun d’entre nous. Nous sommes assujettis à l’Autre parce que « conscience » est de toute façon en nous un mécanisme autre et autre que tout.

Il n’est pas Autre en ce qu’il faudrait l’assigner à un dieu quelconque, ou une idéologie bavardage, mais en ce qu’il n’est assignable à rien ; il est purement et simplement et donc brutalement Autre. Il ne correspond à rien. Et c’est pour cela qu’il est la dimension même, la seule.

C’est bien ici qu’il faut opérer la distinction ; notre conscience n’est pas la nôtre. En rien. Et il dépend de chacun de choisir de continuer à la considérer comme étant « la sienne » ou alors qu’elle existe en soi. Dans l’ensoité de la bizarrerie.

Qu’il y ait par devers chacun sa conscience-Autre, le Point alternatif qui soulève tout le reste. Le point incompressible, le regard qui regarde, dont le percevant même redistribue les données, réorchestre immanquablement, dont on ne sait rien (puisqu’on l’est), qui ne sait rien lui-même (puisque formel), actuellement toujours, strie ou lame qui divise, interstice qui se glisse par-dessous, par-dessus, entretemps ; c’est par facilité que l’on se présage, en réalité il suit les méandres il interpénètre entre chaque conscience prise déterminée. Mais sa puissance (qu’il ne soit rien) est sa faiblesse ; il va se tordre constamment par le connu,, le déjà là, le reconnaissable, s’infléchir, et il dépend de quelque accélération ou ralentissement de son rythme qu’il se saisisse ou soit saisi par les possibilités du détour d’une phrase, de l’alignement des signes, de l’interposition d’un corps.

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