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instants philosophie

Nietzsche et Heidegger, la Volonté et l’Etre

16 Septembre 2015, 07:47am

Publié par pascal doyelle

Nietzsche et Heidegger partent de l’intuition et la construction ; intuition quant à ce qui est réellement et construction qui voit comme le constructivisme de la raison s’effiloche, bien que raison, sciences et démocratie galopent formidablement dans l’historicité, et que ça n’est pas tant la constatation objective de sa décadence (qui n’est pas constatable du tout) que son affaissement au cœur de l’intuition ; le réel est de toute évidence hors du cercle de la raison, de la rationalisation, de la naturalisation selon le donné, de l’humanisation et du moi, mais cela ne signifie pas qu’il faille envoyer le réel dans l’irrationalisme et Nietzsche et Heidegger n’agissent pas en ce sens ; ils veulent écarteler la conscience que l’on en prend.

Afin que précisément « conscience » reprenne le pas gagnant sur n’importe quel contenu et que le contenu ne soit plus lié à une adéquation. Ce qui est attendu, au tournant, au tournant de leur pensée, parce qu’alors ça pense vraiment (et ils le répètent à l’envie, et on se demande pourquoi, pour « quoi », en quelle signification ; parce que de fait ils délirent, l’un comme l’autre, mais délirent très précisément), ce qui est attendu c’est le changement de conscience ; et comme on ne peut plus nommer cela, ce mouvement, cet agissement, telle que « conscience » qui fait référence à tellement de contenus alourdis (pour Nietzsche) ou superficiels (pour Heidegger), alors on va nommer cela tout autrement ; mais n’oublions pas que l’on nomme « conscience » le rapport.

Le rapport du réel à lui-même.

On appelle cela « conscience » mais c’est « rapport » qui compte. C’est le rapport qui mène la danse. On a pu le figer dans la raison, domestiquant la pensée, dans le naturalisme qui écrase la dimension, dans le moi qui ratatine le sujet. Mais la révolte absolue va ramener sur le devant le Un, ce qui veut dire l’altérité.

Ils inventent ceci (en reprenant le grand réel de la pensée, de la dimension en plus, christique, en plus de tout vécu, et du retour inconséquent sur (soi), cartésien) que le Un est l’altérité.

L’acquisition de quoi ?

De l’ontologique existentiel. Il s’agit de prendre possession de notre être-là, être-le-là comme le dénommait Heidegger, ou, version nietzschéenne, l’auto affirmation non pas de « soi » mais de ce dont on est porté, soulevé, amplifié ou ratatiné.

Il ne dépend pas d’une certitude déterminée d’être qui l’on est, mais d’une certitude indéterminée ; et c’est en cela que l’on a besoin de tout ce qui a pensé, de tous ceux qui ont pensé au cours des temps. Il faut que la certitude demeure vide, mais vide signifie formelle (le néant n’a rien à faire avec quoi que ce soit, le néant n’est pas, par définition). La réflexivité se creuse du creusement des autres consciences ; la conscience structurelle n’aboutit pas à la découverte d’une vérité qui serait découverte là dans le donné, ou aplatie dans le monde, qui serait une dénomination exacte ou précise ; toute dénomination exacte et précise est produite dans le flux intentionnel ; et comme on a abandonné la position d’un absolu au-delà, c’est au-dedans du flux intentionnel que doit se dénicher la surface interne et externe à la fois de l’exister.

C’est pour cela que la vérité réelle, cad la structure, se montre si étrange et capricieuse avec Nietzsche et Heidegger ; qui songerait réellement à les prendre au sérieux tels quels ? Qu’est-ce que cette mysticologie heideggérienne ou cette flambée illuminée nietzschéenne ? Qui a pu rencontrer l’Etre par-dessous ou dessus les étants ou la Volonté de puissance ? Il est clair que ça ne dit pas ce que ça dit, que ça dit autre chose et surtout autrement que ce qui fut ; parce qu’il faut saisir ou être saisi (dans les deux cas l’humain reçoit autre chose que son contenu intentionnel, lorsqu’intentionnel est compris comme conscient et fait référence à la raison, plate, dont on a vu que grecque la pensée est toute autre et christique le déchirement intégral et cartésien la suspension du sujet d’une bizarrerie suprême).

Or Volonté et Etre ne sont pas amenés par hasard ; mais en substitution de l’intentionnalité et de l’exister.

La volonté nietzschéenne est une intentionnalisation, un système, un mécanisme imaginé supérieur d’intentionnalisation du donné, en tant qu’elle ne sait pas ce qu’il fait. Qui est dans un rapport non pas même immédiat, mais instantané à lui-même et à ce qui est-là. Et ce rapport instantané ne peut pas prendre place dans ce que l’on entendait jusqu’alors par « conscience » parce que par « conscience » on entendait le conscient. Le «ce qui a deux faces », d’une part celle qui parle et d’autre part « ce qui est dit », et qui étaient censé se dire adéquatement « dans » ce qui est dit, alors que pas du tout ; ça n’est pas le même qui dit et cela qui est dit ; mais alors qui est celui qui dit ? Nietzsche répond.

D’autre part, Heidegger voit bien que le « là » du donné est bien plus grand que tout donné, que tous les donnés viennent se suspendre dans le « là » ; mais si le là n’est pas un donné, et que l’on ne peut user d’aucun donné pour le dire, qu’est-ce que le « là » qui ne peut pas se dire, que l’on ne peut pas viser, que l’on ne peut ni vouloir, ni percevoir, ni saisir, ni être-avec ; sinon le néant en un sens bien précis ; le néant qui permet de dire (cad de vouloir, de percevoir, de saisir, etc) et qui relève d’un passage vers lui-même, lequel passage doit bien être pensable, à condition d’inventer une autre Pensée. Et ce passage ne peut pas être raisonné, ni même exposé là (en quelque donné que ce soit), et donc c’est cela « penser ». Monstrueuse philosophie qui suit ce que l’on nomme ici le retour.

Le retour de la structure d’attention à ce qui est, tel que parcourant toutes nos possibilités (de perception, volonté, esthétique ou politique, etc), retour qui veut remonter à son origine (et pour cela Heidegger ne peut advenir qu’après Husserl) ; mais qui veut se penser comme retour, ou ramené à l’ici-même ; qui surajoute et invente qu’il existerait un plus grand contenu, un supra contenu de tous les contenus, ce qui ne peut se dire que comme un Contenant. Comme Heidegger part du principe que ça n’est justement pas la volonté, la raison ou la perception qui donnent l’Etre, alors ça vient par-dessus et par suréminence, qu’il nomme autre que raison, volonté ou perception, qu’il nomme Pensée, et qui n’est pas plus humain ou personnel et qu’il n’a jamais, littéralement jamais, abordé ainsi ; il faut créé une nouvelle « catégorie » qui n’en est pas une, une discipline qui ne fut jamais nommée ou explorée. Et il ne parvient pas à le dénommer (il fait des « ronds de jambes », constamment), parce que le retour est le Bord du monde, et que le Bord est « ce à partir de quoi on pense », mais que l’on ne peut pas penser, sinon à élaborer la structure de ce Bord sans contenu.

Et surtout, astuce, que le dit Bord n’est pas un Contenant …

Et tout cela est donc « relativement » exact ; ce ne sont pas des révoltes « pour rien », contre la raison et la volonté et l’humain et la personne humaine ; ce sont des révoltes qui tapent juste et précisément ; ils agissent là où se détournent toutes ces configurations et figurations (passons outre qu’ils mélangent les configurations, pensée grecque, dieu le christ dimensionnel et sujet, d’avec les figurations de la raison, la naturalité et le moi). Ces révoltes se détournent vers une Antériorité ; c’est ce qui peut être nommé Antériorité. Et détournement qui a besoin à ce moment là de s’inscrire selon ces bizarreries de l’Etre et de la Volonté.

On voit donc la difficulté qui veut s’imposer de repenser bien plus précisément qu’autrefois, et peine horriblement à se préciser, à recadrer l’être dans l’Etre, les contenus dans un grand Contenant, l’intention (de vivre, de percevoir, etc) dans une hyper intentionnalisation renommée ; l’épouvantable arrachement que Nietzsche et Heidegger affrontent et mènent intensément. Fut-ce au prix de dénier aux énormes précédents leurs vigueurs et altérités propres (les grecs, la dimension autre christique et le retour sur (soi) cartésien sont, absolument, des radicalismes forcenés, tout autant).

Mais là où Nietzsche et Heidegger placent un surcroit, aussi exigeant et autre soit-il, ça reste une effigie ; parce que le plus beau est que cette antériorité n’est pas un supra contenu Contenant (qui réclamerait une supra pensée, qui n’aurait plus rien à voir avec la « pensée » et encore moins la raison, et encore moins l’humain) ni un simulacre d’intentionnalité (qui permettrait de pénétrer dans l’intentionnalisation et ceci autrement et selon une autre logique ou description ou typologie); et ce qui se manifeste selon telle ou telle représentation (raison, naturalité ou selon l’altérité Etre et Volonté) n’est pas représentable sinon qu’il est nommable comme Forme.

L’être, c'est-à-dire les étants, est bien pris dans plus grand que lui, mais ça n’est pas l’Être.

Et l’intentionnalité est bien prise dans un contenant plus étrange, mais ça n’est pas la Volonté.

Ce en quoi est pris l’être, c’est l’exister,
et ce en quoi est prise l’intentionnalité, c’est la structure formelle de conscience.

La structure est antérieure aux intentionnalités ; qu’il est plus complexe et retors et plus distinctif de « décider quelque chose » que de simplement le vouloir consciemment (Sartre), que la décision (d’être ceci ou cela) est bien plus retournée et autre, et qu’elle creuse « quelque part » dont on n’a pas l’accès conscient mais qui n’est pas pour cela non plus une causalité (qui somme toute ne serait décrite qu’objectivement, Lacan dresse la cartographie, mille fois dessinée, du trou noir incessant qui creuse toute la technologie, effarante déjà en elle-même, qu’est le moi humain, et qui se double encore d’une troisième dimension invisible et radicalement autre ; il dresse la cathédrale noire et la théologie négative du moi, l’inverse de Sartre, de qui il se tient ).

Suivant son projet et sa charge originelle, la pensée, la philosophie initie constamment l’Antériorité ; ce qui se déplie comme pensée grecque, dimension (par le christ) et retour sur (soi) cartésien, est repris par Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan, et l’ensemble du mouvement escalade la structure roide du pli sur le Bord du monde, du donné et du vécu.

Si l’on s’étonne que le simple pli prenne tant de formulations, c’est qu’il ne faut pas oublier que le pli est le Bord, antérieur à toute réalité. Il crée autant qu’il veut, et il veut autant qu’il peut. Or il peut à partir de la racine même, à partir de l’antériorité, autrement dit il peut tout ce qui est.

Et que l’on n’imagine probablement pas même au milliardième, alors même que la structure est au plus proche ; où voulez qu’elle soit, sinon « ici »…

Ce qui se soupçonne comme hyper intentionnalisation est ceci que la conscience n’est pas le conscient (et que donc elle n’est pas non plus irrationnelle, tout en n’étant pas rationnelle) et que d’autre part le réel n’est pas ceci ou cela, mais parce qu’il est l’exister même antérieur à tout l’être (le présent n’est pas le « résultat » de tout le donné, il est ce qui produit tous les mondes).

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