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instants philosophie

Créer le Bord du monde

14 Octobre 2015, 08:00am

Publié par pascal doyelle

La philosophie est alors le bord du monde tel que ce bord s’active et se rend vers lui-même. Ayant abandonné qu’il puisse exister une Synthèse de tout le donné, ce qui s’effectuait en chacun des mondes particuliers, nous nous trouvions dans l’obligation structurelle de créer la dimension ; sur le monde donné là entièrement horizontal, il y eut d’inventé la dimension verticale, ce qui ne doit pas, ne peut se comprendre autrement qu’en tant que Bord (transcendant) de ce monde (immanent), mais de telle sorte que la dite transcendance est-encore de ce monde même ; sinon ça n’aurait pas de sens.

Gardons la possibilité que le Bord du monde soit seul effectivement réel… Qu’il n’y ait en tout et pour tout qu’un tel Bord, dressé verticalement par-dessus tous les mondes (ou tous les univers si l’on préfère, toutes les sortes de réalités diverses et variées que l’Exister puisse installer).

Revenons sur le dit Bord, et considérons que sortant de tout monde particulier, nous sommes dans l’obligation, interne et propre à la structure de conscience (débarrassée de tous les contenus, non en ce qu’elle les exclut mais en ceci qu’elle s’aperçoit que c’est elle qui les produit, qui les crée) ; ou donc, grecque, que c’est la pensée qui pense et qu’elle pense actuellement, elle transforme l’absolu tout là-haut en et vers cet ici-même, et ce qui est ici-même n’est plus l’absolu, mais le Un ; le Un est insécablement lui-même et de toute évidence nous existons, donc le Un est radicalement proche, ou « plus proche que tout », nécessairement.

Toute la philosophie part donc du principe que tout est intégralement ici même ; sauf que l’on ne sait pas ce qui est « là », ni ce que c'est que le "là". Par ailleurs a transmutation de la pensée en raison aboutit à créer une épistémè tout à fait réduite ; ce qui est, c’est le donné ; ce qui veut dire la détermination. Tout le reste est rejeté, alors qu’évidemment il est au moins un être qui est en plus ; le sujet qui manipule cette détermination (et chacun en tant qu'il n'est pas sa vie, son corps, sa représentation ni présentation). Mais qui plus est il existe le présent. Le présent ne rentre dans rien du tout, puisque c’est le présent qui contient tout le reste ; par rapport au présent tout est un dépôt, une mémorisation quasi morte ; aussi gigantesque soit-elle (mais si le présent est le seul réel, il n’est rien d ‘autre que le présent, et tout est en comparaison un donné délaissé).

Ce que durant toute l’historicité on a nommé l’éternité, la pensée en tant que divine (puisque seule elle permet d’augmenter, pour les grecs, considérablement notre être, de passer outre non seulement le donné là immédiat, mais aussi le langage et le groupe, l’individuel limité et le localisé), ce que l’on a nommé dieu ou le christ, et toute la dimension Autre qu’ouvre qu’il y ait un Point de vue externe à tout le vécu (comprenant par là tout ce qui a lieu dans un vécu, cervelle ou monde compris), ce que l’on a nommé esprit ou rassemblement de toutes les possibilités de pensée et de conscience (Hegel bien sur), ou que l’on a incrusté dans tel ou tel opérateur du Un (la Volonté, le désir, l’inconscient, bref toutes les altérités, interprétables comme telles), tout cela manifeste l’unique immense dimension hétérogène.

Elle n’appartient à rien, sinon à elle-même ; il se peut qu’elle soit dieu ou volonté ou désir ou ce que l’on voudra. Dans toutes ses descriptions la philosophie essaie de cerner ce en quoi l’articulation, ici même, tient ; et de fait et évidemment il faut appréhender chacune des descriptions en ce qu’elle apporte telle ou telle caractéristique dont on peut en son exister propre retrouver les constatations.

Il faut clairement utiliser les explorations du donné là (philosophique ou du donné tout court des sciences, de la raison) mais aussi les potentialités ouvertes sur le bord, dans le « là » du donné (de l’être, de tout donné, de tous les donnés, antérieur à tous les mondes), toutes les anfractuosités ouvertes par chacun des équilibristes sur le Bord (qu’ils soient grands sujets ou les mois, Rimbaud ou quiconque, Descartes ou chaucn), et dont rien ne rend compte sinon la description qui en est faite.

Comme la philosophie est la discipline qui se charge d’exprimer, de représenter ce qui est arrivé à l’humain (à savoir le passage de mondes de synthèse, un par un, chacun pour lui-même, au monde donné et donné « là », unique et donc universel), par-delà les contenus énoncés c’est l’activisme, qui y préside, qui constitue la trame ; ce qui se nomme architecture ; architecture de la pensée grecque qui élabore toute la possibilité du Retour sur le monde donné là à partir du là (de n’importe quel donné) et expose toute l’intentionnalisation possible, mais aussi architecture à partir du christique (nommé tel pour le désengager de n’importe quelle église) qui ouvre la dimension-autre (posant le Point externe qui permet de se saisir de tout vécu, de tout ce qui est au monde, le point non-né, ou né par l’esprit comme l’interprétera Hegel plus tard).

Supposer une telle structure (qui débarque dans l’humain et révolutionne tout monde vers le seul qui soit donné « là ») revient d’une part à réunifier tous les mondes humains (en caricaturant il est une version qui pose l’absolu là-haut ou ailleurs ou tout-autre, et une version qui veut trouver ici même l’articulation du Un, qui est sur la piste de l’anfractuosité, du décalage, de la non coïncidence en nous), et d’autre part de suivre la ligne de division ; lorsque les grecs nomment l’Etre ou le Un, les chrétiens le christ ou dieu ici même, Descartes la suspension du sujet ou Nietzsche l’auto affirmation de l’altérité, tous divisent le donné, la réalité, entre d’une part le monde et l’exister.

Ce qui signifie que nommant le Un on divise, qu’invoquant le christ on divise, appelant le sujet on divise. Le christique crée des quantités de consciences (qui certes sont toutes tournées vers le christ mais le christ justement nous renvoie, nous retourne), le Un crée quantité de pensées (il n’est pas attaché à telle ou telle pensée, ce qui serait vraiment contreproductif, et effectivement il y eut quantité de systèmes, de machines intentionnalisatrices), le sujet engendre quantifié de sujets, et ce sont bien des sujets impossibles (Rimbaud est fabuleusement impossible, et pourtant il a eu lieu) ; qui ne parviennent pas à remonter la structure, à reprendre par les contenus de conscience, les identités, les réalités, à reprendre cette structure de conscience (puisqu’elle ne peut pas remonter jusqu’à son surgissement radical et nu dans la cervelle).

Puisque c’est à une structure réelle et active que l’on a affaire, elle n’est nullement différente si elle est hindouiste ou grecque ou nietzschéenne ou cartésienne ; c’est toujours la Même. Il n’est pas cinquante manières d’être notre être, d’être « cet-être » (tel que depuis Descartes on peut le désigner ; il est posé « là », sur le monde, sur l’étendue). Il n’y a aucune contradiction entre l’organiser comme Brahma ou Bouddha ou Allah ou Dieu juif ou christ ou infini cartésien ou volonté nietzschéenne ; non parce qu’il faut tout mêler, mais parce qu’il faut tous les distinguer (en chercher à chaque occurrence les raisons, les distinctions, les opérations, les finalisations, ad il s’agit de s’en offrir les différenciations et non de tout réunir abstraitement). Et que la philosophie se concentre en propre sur le moment ou le lieu de décalage (ou de calage a contrario) que joue notre être donné là, et, disent les grecs, notre être articulé au « là » lui-même.

Autrement dit on croit comprendre l’occident en amenant sur le devant son unification dite abstraite et lourde, alors que visiblement l’occident s’est jeté à corps perdu dans les distinctions et les divisions ; annulant même la Vérité (contrairement à ce qui s’emploie à toute force dans les dénégateurs), puisque le principe de la vérité engendrera quantité de vérités on n’ a plus besoin d’un contenu qui resserrerait la structure puisque c’est la structure qui est mise au jour, extraite, isolé et non plus ce qu’elle produit ; il n’y a plus des mondes, tous séparés, mais un monde donné là ; il n’est plus de groupe et de parole communautaire puisqu’il est des individualités une par une, etc).

C’est uniquement ensuite, bien plus tard, ayant acquis la révolution, la séparation individuée, la liberté, le moi et l’humanisation, que l’on a voulu annuler, détruire, et mésinterpréter les grecs et le christique et le sujet, etc, non parce que l’on entendait délivrer le monde de ces architectures, mais parce que l’on regrettait que ces architectures rendent impossibles les mondes clos ; le monde clos heideggérien ou nietzschéen ou marxiste ou rationaliste qui tous se replient sur la Vérité d’un contenu ; que ce contenu se nomme raison en remplacement de pensée, ou naturalisme contre dieu ou moi contre le sujet, la fonction revient au même ; on insupporte la division, la distinction, la différenciation radicale que les architectures créèrent dans le donné, le monde, le vécu, le corps. Nietzsche, Heidegger et Marx et Freud succombent dans leurs avancées mêmes (qui sont vraiment des avancées par ailleurs), et se fourvoient en croyant que telle ou telle vérité, tel ou tel contenu s’imposerait extérieurement à la structure de conscience.

En somme les contenus qu’ils découvrent ne remplissent pas la structure ; l’universel humain de Marx se perd dans un pseudo contenu scientiste, la volonté nietzschéenne appliquée et tenue hors de l’individualité n’offre aucune politique et aucun humanisme tenable, pas plus que l’appel et l’engouement heideggérien, et le repli de Sartre sur le communisme tombe à plat. Il faut le dire ; aussi proactifs de l’altérité soient-ils, ils accumulent les absurdités.

Mais pareillement de n’avoir pas continué la révolution, de l’avoir paralysée, gelée sur place, le libéralisme se disperse dans un état du monde absolument caricatural ; son idéal, celui là même qu’il voulait rendre-réel, littéralement, plie sous son propre poids délirant. Les mois deviennent fous si aisément.

La ruse structurelle (comme la ruse hégélienne, c’est la même)

Or pourtant et bien que nos héros et révolutionnaires ne chérissent rien tant que la résolution de tout en une universalisation, une unification, une horizontalité, la structure est toujours forcément active depuis que les grecs l’activèrent, et quand bien même nous regretterions les temps bénis lorsque nous faisions corps avec le langage, le langage avec le monde, le monde avec le groupe, etc, c’est d’arrache pied que la structure travaille, œuvre et perfore les contenus ; aucun contenu ne tient et tous les contenus sont les effets de ce déploiement dimensionnel ; la vérité est tout à fait valide mais moyen d’une forme de conscience, raison, science et droit subissent le devenir de l’incrustation de chaque verticalité de conscience, une par une (la fameuse liberté, égalité, fraternité, par ex), le désir même que suppose le marketing et diverses formulations scientistes, n’est qu’un symptôme indéfiniment (et répétitivement, très répétitivement) réinstallé (afin de maintenir les mois comme constructions dynamiques qui dévorent le monde, ou les autres, ou le corps, ou leur corps, etc).

de sorte que bien que se réfugiant ou se visualisant dans un regret de la Vérité (aussi pleine d'Altérités soit-elle), ces la structure qui use de l'Etre, de la Volonté, du Langage ou de la science, afin de découper plus encore la réalité prise dans l'arc du réel.

On notait la ruse hégélienne, c’est la même ; mais la philosophie bien qu’explorant et partant en quantité de directions, ne se trompe jamais ; elle file droit sur sa cible, comme la flèche lancée depuis 25 siècles.

L’être réflexif qui fut embrayé alors est une structure ; elle agit ou réagit en tant que structure ; si l’on se perd à croire qu’il est question d’idées ou de systèmes, on n’y comprend rien du tout ; mais étant structure elle cartographie son lieu ontologique, et ceci de A à Z, et pour les corps des pieds à la tête. Et si il s’agissait d’un contenu ou d’un super contenu, d’une « Vérité » (serait-elle universelle ou serait-elle de raison ou de science, ce que l’on pourrait attendre encore longtemps, l’équation mathématique qui nous expliquerait qu’un présent réel il y a, non pas comment il est, parce que cela peut se trouver et mille fois, mais quelle est sa fonction) il devrait se dérouler et par exemple il faudrait être marxiste ou nietzschéen ou chrétien ou ceci-cela, mais il n’est nul besoin de s’en tenir à quelque doctrine que ce soit ; la structure est parfaitement nue, vide et absolument formelle (seul ce qui est formel est absolu, le reste, cad tout, est du bricolage).

C’est cette structure nue qu’a prise en chasse la philosophie. Elle scanne et peuple la forme non déterminée qui précède toutes les déterminations ; elle peuple, augmente le bord du monde de tours et retours, de formulations vides mais archi ou hyper actives ou pro (l'être ou dieu ou la volonté) et de formes. Le présent est une telle non-détermination. La conscience est une telle non détermination (sinon elle serait incapable de parcourir les déterminations en tous sens, ni d’inventer cent mille variations d’une intentionnalité).

Si la dite structure qui s’extrait de tout monde particulier et donc de tout contenu, ayant à développer l’architecture de cette structure, et de cartographier sa dimension, existe selon son mode propre, nous furent dans l’obligation de déployer une description adéquate de cet être réel, aussi réel que n’importe quoi mais qui visiblement n’appartient pas au monde ; et comme on ne peut le supposer transcendant au sens d‘absolu (au-delà) sinon les éléments nous manqueraient, il faut ainsi le placer comme Bord de ce monde ; de même que la conscience est le bord de ses contenus ; intouché, intouchable et revenant constamment nue et sans rien, arc réflexe se produisant dans la cervelle et arcbouté au réel (qui « contient » les réalités, il les contient comme un Bord non comme un contenant, ce qui risquerait fort de déplacer le problème, ce contenant se simulant comme un super-contenu, tandis que Bord veut dire : forme).

Les descriptions qui firent feu de tout bois usent de toutes sortes de représentations qui puissent signifier cette structure (mais aucune ne lui correspond ; pensée, dieu, sujet, matière, volonté, etc) bien que certaines soient plus proches de ceci ; qu’elles conservent la formule formelle, pour ainsi dire, vide et sans rien. Dieu est une telle formule vide et inconcevablement puissante (d’où ses diverses utilisations philosophiques), mais pour les proactivistes il fallait inventer des représentations capables de montrer l’Altérité (du Un) partout agissante ; l’Etre heideggérien et la volonté nietzschéenne, la structure sartrienne (le « je » devient une formule) et la para-description du moi lacanienne.

Les représentations, ces installations de la volonté puis de l’Etre n’y sont pas pour rien ; l’Etre est le retournement, la Volonté est l’antériorité de cet-être (que nous sommes) par rapport à notre être ; que nous sommes également ; « ça veut » en ceci que l’intentionnalité est antérieure à l’intentionnalisé, alors que pour tout moi, tout conscient ce sont les contenus qui valent, aussi est-ce une tout à fait réelle transmutation des valeurs ; les valeurs affectées à la volonté antérieure ne sont pas les mêmes que les valeurs assignées au conscient, à l’énoncé ; Nietzsche opère et continue la même métamorphose que Kant, qui tente d’atteindre la description structurelle (qu’il nomme transcendantale, visant à valider que nous ne sommes pas les contenus, mais que les contenus, aussi élevés soient-ils, sont pris-dans une architecture formelle).

La contradiction consiste en ceci que les valeurs de la volonté antérieures ne doivent pas contredire les valeurs du conscient ; parce que ce qui est acquis selon la réflexivité, et qui aboutit à l’universalité, doit être conservé par les performances postérieures créées tout autant par et selon la réflexivité, qui est bien plus étendue que le conscient ; la conscience n'est pas le conscient mais "ce qui est avant" (ce en quoi s'engage Sartre et son négatif Lacan). La philosophie, la pensée dresse intégralement la verticalité de la dimension formelle ; depuis le début. Et si pour acquérir certaines caractéristiques cette réflexivité (subissant et admettant dans sa chair la loi du Un, cad de l’Altérité pure et brute) doit se nier elle-même, elle s’y oblige parce que c’est précisément sa nature ; d’ajouter du Un, de la dimension, de l'Autre.

Les mêmes étranges valeurs antérieures sont recherchées par Heidegger ou Sartre ou Lacan. Ce qui se travaille (la dimension en plus, celle qui est toujours en-plus, étant de l’exister même ; l'exister est en plus de l'être) doit s’obtenir sans que rien dans le monde, le donné ou le vécu ne lui signale sa structure ; et doit créer, de ce qui se nomme créer à même le structurel, créer et déplier ou amplifier le Bord du monde.

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