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instants philosophie

L’exister (comme présent brut) est le réel

7 Octobre 2015, 08:06am

Publié par pascal doyelle

On se trompe si l’on croit que la philosophie, c’est-à-dire la pensée, a pour finalité de composer un discours qui rende compte, sous l’apparaitre d’une connaissance, de « ce qui est ». La philosophie est l’activation de ce qui n’ a pas de nom, et que l’on traite ici comme « conscience » mais qui doit être lu plus généralement comme étant « le rapport à (soi) » ; étant entendu que le (soi) est entre parenthèses puisque l’on ne sait pas ce qu’est ce Rapport ; on nomme « conscience » ce qui diffère de ce qui n’a pas de rapport à soi ; qui est donc une chose d’une part ou d’autre part un être vivant, ayant un rapport, tout à fait réel et absolument non identique aux choses, ayant un rapport à son milieu ; un animal vous connait. C’est évident.

Il vous connait et vous reconnait ; c’est une honte infâme ce qui leur est imposé. Mais ça n’est pas un rapport à (soi), et la preuve en est que nous parvenons effroyablement difficilement à assumer un tel rapport à (soi)… ça n’est pas du tout simple et « naturel » puisque précisément ce rapport à (soi) est de se tenir, sans raison, Autre-que-soi ; il n’est aucune composition dans ce rapport et pourtant il se distingue absurdement de lui-même. Il n’est aucune distinction sinon l’acte lui-même de « se poser ». Ce qui rend notre exister absolument incompréhensible.

Mais donc, il est vrai que la connaissance est effet de l’articulation suréminente qui eut lieu lorsque les grecs décidèrent de vouloir ici même l’absolu ; le Un est ici et maintenant (et non pas ailleurs) mais cela veut dire que le Un est effectivement ici et maintenant, qu’il explose littéralement la réalité par en-dedans ; que d’une part ce qui est, est parfaitement et intégralement « là », et que d’autre part le Un est ce qui crée, produit, engendre l’Altérité partout existante. Que la réalité est insufflée du Un, ou que l’exister constituera toujours le fond de la réalité ; ce que l’on nomme le réel est le pur présent, le simple point diffractant toute la détermination. Et ce qui vient d’abord « là au-devant » c’est le fait brut de l’effectif exister.

Il n’est pas de connaissance de la réalité ponctuelle, du donné, parce que d’une part l’universalité est relative à une conscience qui universalise (cad qui tisse des rapports et que les rapports sont des liens entre des contenus) et d’autre part plus loin parce que le donné, la réalité est prise dans le « là » lui-même, l’exister, et que ce « là » est unique.

Technologie du Point d’existence

Il n’est pas seulement unique en chaque point ; il est unique dans et par tous les points. Tous les points du réel ne sont qu’un seul point. Étant donné que comme ce point unique est formel (non composé en quoi que ce soit, il est le présent et rien que), cette forme peut explicitement se déployer en une indéfinité de points ; ce que l’on interroge ça ne consiste pas en une nature composée, mais c’est le fait-même de l’exister qui est proposé.

Remarquons ceci ; on a défini le présent comme étant cela seul qui existe, et en tant que tel il faut admettre comme fait-même que le réel, ce qui est vraiment, est « en cours ». Que le principe de ce qui est réel est d’exister en instance de devenir ; on ne peut en aucune manière prédéfinir « ce que cela sera » et il n’est aucun point de vue externe à l’exister (parce que l’exister est le seul point de vue existant réellement).

Autrement dit nous voici sur le seul présent, dont chacun est, immédiatement en un sens et instantanément en un autre sens, l’actuelle présence, et ce seul présent est ce qui splitte totalement, jusqu’à la racine, ce qui est. Ou donc l’être, soit le dépôt de l’exister, peut bien s’entasser autant qu’il veut, l’exister est toujours en plus et radicalement autre, radicalement parce que l’exister est la Racine même de tout ce qui est, fut, sera.

Le présent, soit ce qui accompagne chacun partout constamment sans qu’aucune discontinuité ne soit perceptible en aucun sens que ce soit, ni ne soit distinguable de quelque manière possible, le présent est l’arc instantané qui produit, crée, réalise tout ce qui est.

Il est clair qu’il ne faut pas entendre « crée tout ce qui est », l’être, selon la composition, mais selon la forme (ce qui doit être inventorié encore). La non substantialité de ce qui est, de l’être, sa faiblesse et son passage, viennent de ce qu’il se tient de la forme seule (l’exister).

En une perspective donc il n’est rien que le présent et cela seulement ; il est instantanément actuel en tout. Ou plus exactement il est l’actuel pur qui résout tout ce qui est, en une fois. Littéralement étant indistinguable de lui-même (et de quoi que ce soit) il n’est qu’un seul présent.

Il est un seul instant unique qui déploie toute sa performance dans toutes les réalisations (cad dans toutes les réalités, que ce soit cet univers ou éventuellement tous les univers, toutes les réalités) ; depuis le début de ce monde, de toutes ces galaxies il n’est qu’un seul et même Instant unique ; cet instant-çi est le même instant que lors du big bang (ou quoi que ce soit qui en tienne lieu).

De même cet instant çi est ce point-çi ; tous les points de l’espace sont un seul et même point unique. Rappelons qu’étant purement formel (le fait d’exister pur et simple) il supporte naturellement et logiquement toute dispersion et toute multiplicité ; il est même antérieur à toute multiplicité (qui ne se valide que d’être nommée, distinguable ; l’exister est rigoureusement indistinguable, y compris de lui-même).

Lorsque les grecs se décident à instancier ici même l’absolu, c’est toute la puissance du Un, de l’exister unique, qui s’embraie à notre être et commence de le démonter. Puisque l’on n’invoque pas le Un sans effets …

Et ce faisant démonte tout ce qui est ; en une seule fois puisque le réel est tout aussi bien toute cette réalité (on ne peut plus se sustenter de l’absolu tout là-haut ; si le un est ici, il est bel et bien effectivement l’altérité qui séquencie le monde, et tous les mondes et qui commence de tout distinguer de la pensée possible ici et maintenant ; un raisonnement ne tient que si tous les éléments sont intégralement et complètement convoqués ici même dans la visibilité, la cohérence du réel est supposé dans la cohérence de la pensée, qui elle-même aura pour effet la raison, et tout ce que l’on voudra adjointer). Sauf que la dite cohérence n'est pas celle de l'Ordre ou du Sens... elle n'est pas ce que l'on attendait, espérait, désirait.

Il ne s’agit pas de dire que le présent dans sa petitesse est cette ridicule ponctitude vide, mais que le présent dans sa petitesse immensément métamorphosable est lui-même le déploiement de tout le reste, de tout ce qui comme monde ou mondes, réalités ou choses, êtres ou pensées ou langages, ou corps, que le présent dans sa petitesse est l’engendrement radical qui existe antérieurement à tout et que de fait tout ce qui existe est réductible au seul présent lui-même, d’un certain point de vue, qui est évidemment le seul. On peut même ajouter que le présent parce qu’infiniment petit est le réel, non mesurable, non composable, non distinguable.

Et par conséquent totalement (puisqu’il n’a pas d’épaisseur), totalement Autre.

Il n’est rien de plus Autre, et abominable, que le présent comme Exister (ou plutôt l’exister comme présent, mais c’est équivalent, c’est le Même).

On dira que l’on ne peut pas le penser, c’est l’objection qui revient toujours ; or pourtant on n’a jamais pensé que cela. C’est à partir de « cela », cette horreur radicale (ou cette merveille insoupçonnée pour les grecs), que l’on a commencé de penser ; c’est d’activer cette pure et simple et brute évidence que « cela est » (autrement dit l’exister est) qu’il leur est venu de déployer totalement (et comment ; puisque cet un est la Racine même, l’antériorité de toute détermination, en tant que les grecs, qui s’instancient comme pensée, cad archi intentionnalisation, ne distinguent pas l’antériorité et la postériorité, de l’exister et de l’être, comme par exemple dieu simulera l’antériorité de la décision de tout créer et sa conséquence le monde et les hommes).

De lier soudainement l’articulation même (que le rapport à nous-même est arc bouté sur « ce qui est effectivement ») que le Un commence de tout découper, jusqu’à plus soif.

Il est donc un lien radical entre notre être et l’être, entre l’activisme de conscience et le réel, entre le rapport (que chacun est-avec soi, cad le rapport que chacun est avec le rapport qu’il est, forcément puisque ce rapport se-sait, par définition et exister même) et l’exister. Les grecs n’avaient pas tort de postuler instantanément (la structure de conscience, réflexive, se prenant elle-même pour cible se-sait, sa certitude inentamable, et se communique immédiatement son exister ; de cela on ne peut rien dire sauf que ça déploie tout le renouvellement continué de son se-savoir formel, renouvellement qui sera explicitement le fait christique, le christique ça renouvelle intégralement) de postuler l’indivision de notre être et de l’être, de la conscience arc réflexe de la cervelle arcbouté au réel même.

Mais il est net que cette indivision est une division absolue ; que c’est parce que notre être est un, formellement, qu’il lui est possible d’envisager le réel ; que donc la division ou l’altérité est intégralement ce qui agit.

Par ailleurs lorsque l’on dit que le réel est l’altérité, on veut dire que par-dessous toutes les différences données du monde et toutes les distinctions en pensée, il est une discipline intrinsèque au réel ; il ne se répète jamais. Il est en chaque point absolument Un. Ce qui signe la folie interne au réel, au présent, à chaque point de l’espace. Le réel est sa propre rupture constante.

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