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instants philosophie

Modifier l'attention à exister

28 Octobre 2015, 09:59am

Publié par pascal doyelle

D’un point de vue général on dira donc que l’on découvre/invente l’être, étant entendu que l’être désigne le réel et que celui-ci ne peut pas être reporté dans un discours, mais qu’il n’est accédé que par une conscience ; une conscience posée « là » sur le réel, qu’aucun discours, aucun contenu ne recouvre.

On a pu, évidemment, produire des discours partiels sur des objets localisés, mais aucun ne recouvre la totalité du réel. Sauf la philosophie et en ceci ; qu’elle n’introduit pas au Tout, mais au Un. Le Un étant ce qui découpe le réel (et notamment le découpe en réalités distinctes).

L’arc qu’engage la philosophie est celui de la réflexivité ; du Un sur lui-même, ce qui veut dire non pas "un" comme chosifié mais comme diffracté, il est un rapport non un être, un exister et non une détermination ; non de la réflexion (le report du donné vers lui-même, qui vaut mais ne vaut que objet par objet, localement) mais la réflexivité. La réflexivité crée sa propre dimension et comme cette dimension n’a aucune représentation disponible dans le monde, le donné, les contenus, les représentations d’une part et comme elle est l’arc vers le réel, elle usera des signes afin de se signifier, de signifier son rien, sa forme, sa structure ; et l’accrochage absolu (parce que formel, cad vide et purement structurel) s’instruit par l’instant et le présent brut ; ici et maintenant est appelée la cohérence ; soit donc la cohérence du retour vers l’activité de conscience, d’attention qui doit dans la re-présentation qu’elle opère sur sa position, sur son exister ici même, qui doit retrouver ce qu’elle perçoit, au sens le plus immédiat et instantané (selon le donné et le là du donné), et comme ça n'est pas, ça doit exister, autrement dit être créé (les grecs, les chrétiens, etc, créent le cheminement lui-même, qui n'est pas dans quelque monde humain, quelque langage que ce soit, puisque c'est l'activation du structurel qui recherche son expérience, empirie donnée dans le "là").

La formulation consiste donc à créer un discours qui se retourne dans la conscience qui le lit, l’exécute, le re-produit et percevoir si oui ou non ce discours prototype fait-exister en vous la conscience active adéquate. Le discours prototype est celui qui courre sous les énoncés ; sous la pensée kantienne courre la structure du sujet reprise de Descartes et avancée sur la surface du réel d’une part et de la réalité d’autre part ; cela simule l’articulation entre la forme et le contenu, l’interne du bord de la réalité et l’externe du bord du monde ; et c’est cette articulation qui doit être retrouvé par quelque conscience qui s’introduit dans le circuit onto-existentiel ; en assumant de modifier la conscience qu’il a, de placer et déplacer son attention.

Alors que dans la réflexion l’objet change, mais la conscience demeure identique ; on peut encore être un Moi dans l’activité scientifique, ou dans le droit, on n’est plus tout à fait un Moi dans la philosophie, on est un sujet, soit donc la structure impossible qui tente de se remonter, de se re-parcourir par le dedans sans dedans, sans représentation mais qui suit les lignes que Plotin, Descartes, Kant ou Nietzsche ont relevées.

Modifier le rythme de l’attention c’est pénétrer dans le sacro saint ; on se situe alors à la limite même de ce qui est, qui nous soit accessible ; il ne s’agit en aucune manière, a priori, de réaliser une sorte de révélation, mais de vérifier sur son propre agissement structurel, sur sa propre intentionnalisation que le graphe de Descartes ou de Nietzsche correspond à l’aperception instantanée que l’on existe au moment même de son activité ; c’est physiologiquement que la pensée modifie le corps mais pas seulement le corps physiologique, mais le corps tel qu’il se place sur le donné (objet du désir de l'autre corps, c'est ce qui travaille à même), dans la réalité et sur le réel, au milieu des déterminations (affectant, modifiant donc le traitement de l’information) et à la surface du réel, sur le plan uni, uniforme, unanime du là ; le là existe partout où le « là » est effectivement ; en chaque présent-point. L'unanimité de chaque point n'aplanit pas, chaque point révèle et pousse à exister.

Les grecs modifient l’attention d’exister, comme le christique, le cartésien, etc. Si l’on ne parvient pas à remonter la mécanique dont nous sommes issus, on répétera les mêmes structurations ; ce qui existe, ce qui s’active, ou non, et s’active comme ceci ou comme cela, est la pointe extrême arcboutée sur le réel (qui n'a aucune référence), et cette articulation dépend d’elle-même ; de ce qu’elle envisage vers le donné, dont on a dit qu’il comporte à la fois le donné là (le monde, les choses, la détermination, la réalité) et le « là » du donné (le réel, le fait d’exister, le point, le présent). Et qui n'est écrit nulle part, et n'est pas plus déjà écrit dans le moi ; le sujet (impossible) dans le moi crée et recrée sans cesse par son attention activée au réel.

Lorsque les grecs commencent de penser (de penser que le un est ici et qu’il doit être désarticulé afin d’assumer le un) ils créent la machinerie qui opère un tri des intentionnalisations (la pensée), mais ces intentionnalisations il faut d’abord les créer (elles ne se trouvent pas dans le langage, puisqu’elles réfèrent à une expérience ici même du donné, du monde, du vécu et du corps (qui s’amplifiera avec le christique)). Rappelons que la différence entre cette pensée et la pensée ailleurs consiste à ramener ici même l’absolu en le transformant vers le Un ; insécablement ici et maintenant, puisque de fait nous sommes, nous existons, donc le Un est ici, et pas ailleurs, ce qui implique donc que la modification qui aura lieu ici et maintenant de la conscience que l’on a, on l’est. Et cela aura épaisseur ontologique, jouant notre « âme » en somme, qu’elle se réalise ou pas face à elle-même ; qu’aurons-nous éprouvé, ressenti dans ce corps, décidé dans ce vécu, imaginé ou perçu dans le court laps de temps (plutôt que de supposer notre être dans l’absolu, étant entendu que l’une voie ne retire pas la seconde)?

Pour cela il faut avancer dans la technologie effective de l’auto définition que se donne la structure de conscience en considérant ceci qu’elle se différencie d’elle-même en s’incluant ou excluant de la présence du donné là, du monde, des choses, du corps, du vécu, etc (de la perception, du langage, ou en modifiant l’intentionnalisation, toutes les passations qui furent effectivement reconstruites ou créées par la pensée selon la présence du Un, de la découpe).

Ce sont ces expérimentations prototypiques de conscience (qui a contrario de la conscience qui cible l’absolu hors ou ailleurs qu’en ce monde, ex-siste cette sortie de la structure dans le donné même, à la fois le donné là du monde et le « là » du donné) qui sont consignées dans les descriptions, techniques voir touffues, de la philosophie ; et comme c’est une structure telle quelle qui s’est extraite du système « monde particulier » qui courût jusqu’alors, il en est rendu compte dans la philosophie (qui est la discipline qui se charge du chiasme, du décalage, de la distance, de l’altérité du un) mais elle bat son plein tout aussi bien en éthiques qu’en politiques, qu’en esthétiques ou idéels (les maths pour les grecs), et tout autant en humanisation qu’en personnalisation (celle des grecs mais qui ne trouvait pas sa description, celle des chrétiens qui reprennent le corps-vécu, celle des mois qui s’inventent par-dessus la révolution universaliste-humaniste).

De cela on peut comprendre que la philosophie qui s’attache à comprendre «ce qui est arrivé à l’humain » (la sortie des mondes particuliers), à la fois décrit et accélère, les deux, le mécanisme ; elle en rend compte mais possède elle aussi sa réserve, son impossibilité de « tout dire » ; puisqu’elle renvoie la compréhension non dans l’explicitation intégrale d’un discours exposé et exposant mais dans l’activité de conscience de chacun, du lecteur.

Néanmoins, la technologie même de description va pousser aussi loin que possible la compréhension de l’activisme de conscience ; puisque la compréhension est précisément, et n’est que, ce retour sur « notre être » (transformé par Descartes en cet-être, posé sur le « là » du donné) ; il est dans l’impératif de se décortiquer ; d’exposer avec logique et rigueur sa tenue, son comportement intentionnel, son activisme de conscience.

De ceci les circonvolutions très étranges de la pensée, de la philosophie ; les suppositions représentent ou tentent de représenter ce qui ne peut pas s’imaginer, se concevoir, se percevoir ; puisqu’il s’agit des passations non représentables entre cet-être (la conscience-de, le rapport-à) et ce présent (qui contient toutes les déterminations mais n’en est aucune). Les configurations (pensée; christique, sujet) ou figurations (raison, naturalité, moi et humanisme), la transfiguration esthétique du corps-perception, d’une part ou antérieurement en d’autres mondes la refiguration qui s’impose lorsque l’on positionne l’absolu au-delà (il vient nécessairement non pas du donné ou du là, mais de la transcendance intégrale) ; mais tous doivent permettre de se saisir ou d’être saisi par l’articulation dont la structure ne peut pas être dite, mais qui doit se dupliquer en chaque conscience.

Comme ça ne se représente pas, et que pourtant il existe une telle structure de conscience, il faut en passer par deux stratégies ; d’une part la réflexivité même, la pensée comme délimitation, exploration, création de concept (cad de machines, outils) qui ouvrent la dimension (décrite très pointilleusement par la philosophie), et d’autre part l’acculturation ; ce à quoi elle aboutit est le moi, la personnalisation, ayant au préalable acquis l’universalisation, l’humaniste humanisation (qui est fondée sur l’universel, mais s’emploie immédiatement par la raison inscrite oui, mais chacun pour soi-même ; en tant que raisonnable, universel, chacun se retrouve apte à juger, décider, autonome et libre, et non pas assujetti à une « raison » étatique, scientifique, technologique, morale, etc).

Le réalisme raison-naturalité-moi n’avait pas tort de vérifier comme la réflexion est le retour vers le donné, en supprimant la possibilité de la réflexivité (Kant, qui la rétablit par ailleurs, dans le structurel), mais si l’on ne parvient pas à atteindre à nouveau la réflexivité (en re-prenant les configurations ; la pensée, dieu le christ, le sujet, ou comme il s’en dégageât devant le réalisme la pensée de l’altérité, Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan, etc), on ne sera pas en mesure à partir du réalisme de remonter dans le structurel ; le structurel ne s’attrape pas via le monde, le donné, le vécu, le corps.

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