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instants philosophie

La souffrance des mois

18 Novembre 2015, 16:18pm

Publié par pascal doyelle

Toutes les pensées ont ainsi non pas tenu pour vrai ceci ou cela, mais se sont servies de ceci ou cela afin de montrer l’activité propre de notre être en tant que cet être est un rapport.

De même que les idées ne sont pas des « idées » mais des intentionnalisations et les systèmes des machines intentionnalisatrices ayant affaire au monde, et élaborant par-dessus le groupe-langage-immédiatetés une architecture de structure, de même les pensées en imposant des dénominations ne figent pas et ne chosifient pas leur construction mais exhibent le mouvement même qui redimensionne l’intentionnalisation du réel ; c’est à partir de là, du réel, du bord du monde, que l’on expose le mouvement du réel.

Le dit mouvement ne peut pas se connaitre autrement. Il faut admettre que l’on se tient sur la pointe du réel et que cette pointe ne peut pas s’objectiver mais que c’est à partir d’elle que l’on a débuté et inventé et précisé l’objectivisation.

Sauf que ceci ; on ne peut pas objectiver la pointe elle-même et on doit avoir recours à une hyper objectivisation, laquelle est manifestée par la philosophie. Ce qui veut dire, exprimé autrement dans l’autre sens (de circulation), que chacun n’y a accès que par son « chacun » en propre. Il est évident que par exemple on ne philosophe pas sans modifier la pointe de notre être, cad l’attention, et que c’est précisément ce report qui est explicité, cent fois approchantes, par toutes et chacune des philosophies.

Si l’on se demande ; mais alors il faut être ou devenir « philosophe » pour s’atteindre soi-même (dans la forme qu’est la structure). Il faut repenser à ce que nous disions de la succession à l’humanisation (qui se charge de vouloir réaliser dans l’humain la forme de l’universel, par l’Etat, le droit, le vrai, le bien , le beau, etc), à savoir succession qui crée l’impératif de la personnalisation ; la forme du Moi est la continuation de l’humanisation, entamée par l’universalisation mais approfondi ; chacun doit réaliser, rendre réelle la structure dans la densité de son-corps (on note « son-corps » parce que c’est un corps susceptible de supporter la bizarrerie d’être conscience de (soi) ; qui est une gageure et une douleur et une absurdité et une impossibilité, qui cependant doit se créer, se produire). Bizarrerie qu’est la pointe extrême, qui est forcément extrême puisqu’elle est la pointe de notre être ; qu’est l’attention à exister par quoi on reprogramme, pour ainsi dire, la cervelle, et tout ce qui s’y trouve, autant que possible cela va s’en dire et d’une manière tout à fait spécifique, on y reviendra.

La reprogrammation s’effectue exclusivement sur le bord de notre être, et doit lourdement constamment reprendre ce qui dans une cervelle est déjà programmé ; or cependant une cervelle crée de nature un arc de conscience vers le réel. dans une cervelle l'arc de conscience apparait, mais un arc de conscience est un Rapport à (soi), et de cela est ingérable.

Et donc le projet philosophique qui consiste à faire Exister, ce qui s'est décidé extensivement et grec, intensivement et chrétien, et dimensionnellement, cartésiens et suivants ; à faire Etre ce qui Existe et c'est cela qui est une impossibilité ; c’est pourtant ce qui est tenté, et en vérité la seule voie possible. Et ce projet se réalise non en tant qu’il impose la pensée (grecque), la dimensionnalité-autre (christique), la méta dimensionnalité (Descartes, Kant, Hegel, Husserl), mais ce qui ayant eu à se traduire dans le monde, le donné, le vécu, s’est inventé comme raison (remplaçant la pensée), naturalité (se substituant au dieu-le christ) et le moi (en lieu du sujet). Et c'est ce qui fut voulu par Nietzsche, Heidegger, Sartre ou Lacan ; que la dimensionnalité de l'Exister (dont on ignore tout) traverse l'être et s'y retrouve.

Autrement dit c’est ainsi que la réflexivité, le mouvement de retour sur notre être par lui-même, s’est propulsé dans le donné là. Et que donc chacun, chaque moi, via l'universalité mais continuée et approfondie et creusant à même la chair, est installé comme saisie de « soi ». Ce qui, on l’a dit, est impossible. Mais qui est tenté et qui inquiète, absolument, tous ceux qui s’y retrouvent engagés. Chaque moi est le sujet inquiété, angoissé, éperdu, rendu fou ou douloureux et qui ne comprend rien à rien, puisque le moi dans son idéal, sa projection est poussé à croire qu’il peut être ce qu’il pense ou imagine être, dans le monde, le vécu … Or il est comme tout ce qui existe ; il n’Est pas, il Existe.

C’est ainsi que la réflexivité inaugurée comme pensée, dieu-le christ, le sujet, s’est investie et s’est emparée du monde, du donné, du vécu, du corps. En croyant qu’elle est la raison, qu'elle est la naturalité, aussi bien la nature que la nature humaine, et qu'elle est le moi, humanisé d’abord et personnalisé ensuite.

Si elle croit qu’elle est un tel moi, c’est qu’elle doit assumer la densité ; la densité prend la succession des deux autres formulations de la réflexivité (de l’extraction de la forme « conscience-de » hors de toute synthèse de monde humain d’un groupe donné là dans on monde localisé et immédiat et par une parole isolé, séparé, de son extraction dans une élaboration en-plus, archi intentionnalité des grecs, hyper intentionnalisation des chrétiens et monos, méta intentionnalisation à partir de Descartes qui propose notre être comme étant cet-être, déposé « là » sur l’étendue du monde) ; en plus de l’extensivité grecque, de l’intensité dite chrétienne (mais plus techniquement comme dimensionnelle, et plus encore comme dimensionnalité-Autre, incompréhensible en soi ; le point externe par lequel on ‘se’ perçoit, au-delà de tout donné-vécu-monde, le point au-delà, qui dépose un « corps » ici même dans le monde ; d’où le christ), il est la densité ; l’assumation par quelqu’un de l’investissement qu’est l’attention, la conscience-de, l’intentionnalisation, et ce dans-un-corps.

La douleur est intacte qui nous forge du dedans, du dedans sans dedans ; de la forme même de conscience que l’on a, et que, de ce fait, l’on est, que l’on ex-siste. Et c’est effectivement de faire sortir l’attention de son chapeau ; ça ne peut exister que sans raison, étant à soi même sa propre finalité étrange qui n’est pas du monde ; et ceci non seulement pour les grandes créations ou les grandes inventions et productions, mais tout autant de ce qui doit se tirer du moi, de la personnalisation humanisée, ou plutôt de l’humanisation personnalisée ; de là qu’il soit crucial de creuser dans la re-présentation de « soi » ou de (soi) (selon que l’on se risque du corps ou du structurel). Ça n’est pas seulement l’humanisme qui aurait du se développer, mais littéralement et dans les corps ou dans l’attention à exister la personnalisation et au-delà ; ce sont les raccourcis qui se devaient d’être des courts-circuits que sont les mass et micro médiatisations et les mass et micro médiations ; que la médiation ait dérivé en médiatisation figure la réflexivité au cœur des mois (et donc de leur humanisme incluant l’universel en plus de la singularité individuée).

Cela revient à ceci ; par la représentation l’humain affronte le jugement dernier ; ce par quoi il admet ou non l’exister (et si non se réfugie dans le fantasme d’être, d’être ceci ou cela et non pas d’assumer la structure, la forme, le réel). Il se peut qu’il ne l’accepte pas et qu’il s’effondre. Mais ce qui vaut universellement est d’une certaine manière encore plus cruellement déchirant pour chacun ; c’est par l’universalisation que chacun devrait trouver secours et recours, plutôt que de s’abimer dans la délaissement et les dissolutions de l’universalité dans la privatisation à outrance (parce que c’est l’outrance de la privatisation qui rend aveugle et concrètement stupide, idiot) et que la privatisation est la boucle indéfinie et épuisante qui recycle le moi, l'humain, la naturalité.

Autrement dit il manquera au moi, au naturalisme et à la raison à la fois l’objectivité de l’universel (cad la pensée) et la singularité (à savoir le sujet).

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