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instants philosophie

Spectacle de ce qui nous est donné

3 Novembre 2015, 10:28am

Publié par pascal doyelle

Nous sommes ainsi encore gouvernés par la ligne de mort. La ligne de mort est ce vers quoi nous contraint toute définition naturaliste de la réalité ; tout aboutira à un conflit et la mort de l’autre soldera celui-ci. Si l’on veut abolir, terminer la ligne de mort, son emprise, il faut requérir une dimension en plus ; soit un horizon.

Le réalisme a voulu promettre et tenir un tel horizon, mais ne définissant pas notre être dans la dimension en plus, il a usé de déterminations et toute déterminations revient à s’imposer dans le donné, le monde, le vécu, le corps. Soit donc notre propre mort ou la mort de l’autre ou les deux.

Les pensées du doute ont raison de ne percevoir au travers de tel ou tel énoncé qu’un symptôme ou une illusion ; mais les pensées du doute remplacent l’énonciation par une autre et ramènent, c’est un fait, une ligne de mort encore plus dévastatrice que celle « naturellement » admise ; puisque leurs énoncés sont créés d’une espèce de méga pensée, qui sous des couverts d’hyper réalisme (pour contrer le réalisme de la raison, de la naturalité communément ou scientifiquement admise, du moi humanisé, entrainant leur haine de la démocratie, du commun, du peuple, de l’ego, etc, on ne compte plus leurs détestations diverses et variées), ces mégas énoncés trinqueballent une plus énorme dose d’irréalisme, de folie, d’illusion, de rêve ou de rêvasserie, d’authenticité ou de spontanéité insituables, irréelles, réanimant les vieux, bien plus vieux cadavres de la cervelle engluée dans son éternité. Il n’y a pas de Volonté, pas de Désir, pas d’Universel pur, pas d’Etre supra réel, pas d’Authenticité.

Pareillement le libéralisme, fondé sur la fameuse « nature humaine » (soit donc la réflexion comme retour sur elle-même cette nature humaine, et non pas sur la réflexivité qui, elle, dresse sa dimension, qui n’appartient à rien de ce monde, de ce vécu, de ce corps, et s’instancie dans l’exigence pure et brute ; la réflexivité est sa propre différence, distinction, une altérité fondée sur le décalage dru et sans détermination (et donc formellement absolu) entre soi et (soi) ),

le libéralisme donc recycle imperturbablement les mêmes imageries, la surenchère quant au moi, l’humanisme s’effondrant dans la vanité de ses pseudo attributions, et comme aucune, aucune, de ses déterminations ne sort du monde, du vécu, du corps, tout y revient ; et cela aboutit nécessairement à la mort ou à l’exploitation des autres, mécaniquement pour ainsi dire, ou alors pour chacun à la dégradation « intérieure » du moi, folies et autres auto destructions et en tous cas abaissement des finalités, qui relèveraient autrement du sujet-impossible, aux finalités du moi, aimantées dans et par ce-corps, le corps constituant la dernière finalisation possible dans le monde ; ça revient, pour chacun, en tant que corps, comme la fameuse jouissance inutile, inutilisable, nourrissant, parait-il, un désir fou ; la vérité étant qu’il n’y a rien du tout de ce côté.

Tout cela tourne salement en rond. Pour que l’on cesse, un peu, de se cantonner à cette catégorie du moi, il faudrait qu’il puisse se soutenir d’une consolidation de son être structurel dans l’universel humain ; or l’humain universel est définit comme « nature humaine » et non pas comme universel réel et effectif ; en somme l’universel est utilisé (comme moyen) d’une identité (commune ou individuelle) qui plie celui-ci à ses finalités, qu’il trouve ici et là dans le monde donné, et le monde n’a qu’un seul sens ; la mort.

Supporter l’universel réel cela signifierait continuer la révolution ; à savoir que l’universel parvienne jusqu’à l’individuel et qu’il cherche ou lui ouvre les conditions de son sujet (le sujet étant de par son réel même impossible, sinon il ne serait pas sujet). Ce qui veut dire partage de la richesse (et non pas des richesses, c’est différent) et communauté des ressources. Ce qui ne signifie pas communisme, mais régulation des privatisations.

Réguler les privatisations est autrement complexe que décréter le communisme dont on ne sait pas du tout ce qu’il signifie ; à qui appartiennent les réalités dans un supposé communisme ?? À tous, à chacun, à personne, tout cela ne veut rien dire du tout. Il faut que les réalités appartiennent, sinon elles sont littéralement insituables et cela n’a jamais existé, mais que cette appropriation soit régulée (entendons par là que ce qui revient à l’Etat est soumis à Regard, de tous et de chacun, et que l’Etat est assujetti aux individus ; ce qui implique ceci ; on produit non pour produire, engendrant indéfiniment une machine, mais à partir de chacun ; à chacun doit être prévu la sureté réelle et non son esclavage salarié ; il faut doubler l’économie irrégulée par une économie attribuée).

Mais ce qui veut dire qu’en lieu et place des finalités si « naturelles » il est exigé que soient définies, explicitées, fouillées, replacées des finalités dépliées, manifestées, et que chacun (de par soi) et tous (dans la coordination représentative générale, ce qui se nomme démocratie) pensent … Qu’ils sachent où conduit ceci ou cela, plutôt que laisser glisser les actes, les activités, les décisions, les investissements, les projets au petit bonheur la chance (cad selon le plus fort et le recyclage du nécessitarisme qui est l’effet de la ligne de mort). Pour cela, en raison de cette absence de pensée, nous vivons dans un monde qui aux trois-quarts ne signifie rien, rien du tout ; ça « tombe » dans le monde, là, ça s’effondre et se gaspille en pure perte. On passe notre temps dans la dissolution subjectivement et objectivement cela nourrit une machinerie non pas intégralement mais aux trois-quarts absurde et sans pensée.

Aussi bien les ressources que la richesse, la nature que les mois eux-mêmes, l’humain que l’universel se dispersent sans aucune vérité ; ce sont juste des déterminations (et interprétés voulument, goulûment comme telles) et les déterminations se dissolvent (ça ne sert qu’à cela somme toute) les univers eux-mêmes disparaissent dans le néant.

Le goulûment est l’affectation de l’intentionnalité (qui se tient du structurel qui-n’est-pas, qui se tire de lui-même) à la jouissance du corps ; évidemment un corps non pas physiologique seulement, mais le corps travaillé, torturé, enfermé en quelque sorte par le maniement rendu absurde de la conscience agglutinée à un contenu (forcément quelconque). N’ayant pas de manifestation (en propre et articulée) l’activisme de conscience se retourne contre le corps et épuise, mord, déchire le corps ; et on aura beau chercher les causes de cette macération intérieure, en fait la cause est la bizarrerie qu’en un corps il y ait un arc de conscience (qui comme on l’a vu sort de la cervelle, est ce qui, dans la cervelle, sait le réel, ce que la cervelle en soi ignore ; elle rêve). Le goulûment est la soif débile qui définit notre structure par le désir ; désir de quoi ?? Notre être structurel ne désire pas ; il faudrait qu’il soit précédemment un quelque chose qui attendrait sa satisfaction ; or il n’est rien sauf forme d’exister pure et brute qui nait ici e maintenant dans le présent continuel.

Ça n’est pas de tout cela que l’on nait. On ne vient pas du monde pour y retourner, ce qui ne veut pas dire que l’on sache de « où » et pour « quoi ». On nomme ce lieu le Bord du monde (ou du donné ou du vécu ou du corps) ; le Bord n’est pas dans le monde.

Le problème étant que le Bord n’a pas de réalité. Et pour cause ; il est « ce qui se tire de lui-même », qui fait-exister ce qui n’est pas, par quoi l’exister (l’im/possible) est en plus et autre que l’être (ou donc il n’existe que de l’altérité, puisque l’être tombe dans la dissolution, constamment, tandis que l’exister s’instancie).

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