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instants philosophie

Activation du Réel

21 Décembre 2015, 11:17am

Publié par pascal doyelle

L'absolu et le Un.

On a donc supposé que le réel est bel et bien donné, absolument et totalement, et que depuis le début il ne fut jamais quitté. Le réel, soit « ce qui est », ce qui prenait comme nom « l’être », le réel est intégralement réalisé. Comment en serait-il autrement quant au Réel ?

C’est la présupposition des pensées de l’absolu, mais qui transporte cette réalisation au-delà. C’est la présupposition des grecs, du christique, des cartésiens, et des pensées de l’altérité ; qu’au lieu d’être réalisé tout là-haut, il est réalisé ici même. L’exigence, l’exigence radicale est soudainement imposée ici et maintenant ; à charge alors de comprendre comment et ensuite pourquoi, pour quelle destination.

Mais comme la destination ne se signale que d’exister ici et maintenant, comme présent, il est clair que l’on ne peut connaitre cette destination que via et dans et par le présent.

C’est ainsi le chemin qui fut ouvert. Non plus de recueillir l’intention reçue de l’au-delà, de l’absolu situé par delà, mais d’élaborer l’intentionnalisation ici et maintenant. De sorte qu’il faut interpréter la raison, la rationalité comme relevant d’un effort plus grand ; la cohérence à éprouver ici et maintenant, statuaire grecque ou poésie, science ou philosophie, éthique ou politique.

On a creusé l’activité ; l’activité de l’intentionnalisation en ajoutant à tout langage les vocables distinguant les différenciations dans le monde, le donné, le vécu, le corps mais distinguant également la position de cette volonté, décision, attention portée au réel ici même ; il fallait positionner cette attention pliée vers le « là » donné de la réalité et du réel ; qui sont deux extensions différentes. C’est par l’activisme, qui ne reçoit plus l’intention divine et absolue, de l’au-delà, mais qui assume l’actualisation de l’effort ontologique (« être » signifiant que ici-même ça est, ou, pour nous, que ça existe), que l’on va tracer le cheminement ; dans l’ici-même des grecs (l’être) ou dans l’ici et maintenant christique (l’infini existe, sidération, dans le là du donné, ça a déjà commencé et c’est ici que l’agissement ontologique se développe).

On va le tracer, ce qui veut dire qu’il n’est pas écrit ; il sort de son propre travail, de son propre œuvre, son ouvrage, son instanciation, son exigence, son attirance ; la forme est ce qui ne peut naitre que d’elle-même. De son effort à exister. Enroulant inversement le temps.

Sauf si l’on s’imagine, se retient, se circonscrit dans le monde déterminé sous tel ou tel auspice. Remarquons que les grecs proposent un monde non déterminé … le monde unique universel est celui tiré de l’être, comme idée régulatrice absolue, absolument agissante ou participante ; la preuve en est que (malgré les annonces de Vérité définitive qui sont légion) de ce monde unique universel on ne tirera pas une vérité mais des quantités de vérités ; c’est que ce ne sont plus les contenus qui se garantissent, mais la forme des contenus. L’attention à être ou à exister a glissé de la synthèse automatique à l’attention aux conditions de l’attention. On remonte dans la structure de l’attention-à, au donné là d’une part et au « là » du donné d’autre part.

Et pour que ce système formel se maintienne il devait se délimiter, s’identifier lui-même ; il devait inscrire son être comme effort ; ce qui veut dire comme exister. Il ne se repose pas sur le monde donné là et perçu immédiatement dans l’effort partagé d’un groupe autour et par la parole commune s’inter-changeant les choses et les êtres ; au contraire il devait se maintenir comme effort individué, puisque c’est de l’actualisation qu’il s’existe et que l’on ne peut comprendre qu’en comprenant ; en activant que le donné, le vécu, le monde, le corps soient non plus supposés mais constatés. L’arc de conscience qui parcourait toute la réalité d’un monde donné localisé immédiat et parlé et communautaire, se resserre, se réduit, se cristallise, se recrée sur et par chacun et sur son effort d’actualisation.

Pour saisir la différence entre la précédente formulation du monde commun et la nouvelle interposée, séquencée, dispatchée entre chaque individualité, il faut utiliser la théorie, la pensée qui fut produite par cette actualisation nouvelle ; soit donc les grecs et le christique ; ayant à se faire exister, cette réflexivité (qui se re-prend selon une constatation du réel ici même en tant que le réel est l’absolument « là », l’être et par ailleurs le christique ayant à se positionner comme point externe au-delà de naissance/mort, par-dessus le corps, point-autre individuellement senti, éprouvé), cette réflexivité doit se re-marquer en sus, en plus du reste, se re-paramétrer, se cartographier (comme Descartes lancera la grande cartographie du réel selon le Point du sujet posé « là » à la surface du monde-étendue).

En un sens, ou comme manière d’interprétation, on peut dire que l’effort réparti sur le groupe humain, la communauté, la parole commune, etc, se trouve soudainement investi en et par chacun ; augmentant considérablement la potentialité. Il est bien évident qu’il faut penser cette situation tout à fait étrange et Autre ; et c’est précisément ce que l’on a nommé « pensée » depuis le début (restreignant la « pensée » à la nôtre, étant entendu comme on l’a dit que les autres pensées n’en pensaient pas moins mais selon un autre point ; celui de l’absolu réalisé, oui, mais par-delà).

Pour se positionner selon cette nouvelle attribution, une interface neuve est réclamée ; on a voulu moduler cette interposition dans un accord avec nos souhaits ; mais ce qui est arrivé à l’humain (quittant ses mondes clos) est bien plus redoutable ; ce qui est sorti de tout monde humain, est l’activation du mécanisme qui jusqu’alors créait ces mondes, caché ou recouvert ou n’osant pas se préciser ici même dans le monde « là », ni donc dans le « là » du donné. Ce qui est en effet tout à fait redoutable ; parce que si l’absolument est non pas au-delà mais ici-même, alors l’ici-même est parfait, intact, purement et brutalement réalisé, ce qui veut dire qu’il est le réel.

Encore une fois il ne s’agit pas d’interpréter ou d’oublier l’absolument en s’attachant seulement au monde ; il s’agit de trouver l’absolument dans le monde donné « là ». Autrement dit d’en assumer l’exigence définitive. Définitive parce que si l’absolu est le Un (et le Un parce qu’il est insécablement intégralement « là »), l’exigence est complète, intègre, déversée avec ravage sur le monde, le donné, le vécu, le corps, l’humanisation et la personnalisation. C’est de cela dont on est travaillé.

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