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instants philosophie

L’incessant exister

6 Décembre 2015, 10:19am

Publié par pascal doyelle

Il est curieux que l’on attend de la pensée, d’une pensée, d’une idée, d’un contenu de conscience quelconque qu’il puisse résoudre cette conscience même … ou que ceci ou cela qui est signifié, le langage, l’inconscient, la physiologie, soit imaginé remplaçant cet arc de conscience (qui précisément constitue ces perçus et ces attentes) alors que ce qui doit être porté est non pas tel ou tel contenu mais la représentation que cette attention a d’elle-même, cette « conscience » ça n’est rien d’autre que « l’attention » a de l’attention elle-même ainsi que de son situé, dans ou sur le « là » du monde. Par quoi « conscience » est toujours sur le bord ou le fil du tranchant.

C’est bien ce que dit Descartes (avec son dressage de verticalité, droit sur le dieu Un très bizarre, et flottant par-dessus le monde-étendue, pointe sur la surface de l’être), ou Kant (avec ses histoires, trois fois, de nouménal et de structure transcendantale en plus de n’importe quelle pensée), ou Nietzsche (avec son auto affirmation de la volonté dans l’altérité la plus totale ; même notre « volonté » est autre en nous) ; que l’attention parvienne à se maitriser, à se retourner, et nul doute que lorsque les grecs inventent la pensée, il s’agit de faire pivoter les intentionnalisations les unes par les autres, afin que l’on puisse se saisir ou être saisi de cette diffraction de l’intentionnalité ; ce que disent les grecs, ils le montrent et ils montrent ce que redécouvrira encore Husserl ; c’est la Même Structure.

Et cela signifie ou comporte que l’on cesse de désirer, de suivre stupidement le désir, qui se nourrit de n’importe quelle partie du monde, du vécu, du corps ; ce qu’il trouve en somme ; tandis que la pensée, le retour de l’attention sur elle-même, s’alimente de ce qui n’est pas, crée ce qui n’est pas ; la pensée est sur le Bord du monde, de la réalité, du vécu et du corps parce que la pensée est la mise en variation de tout contenu pris dans l’élaboration existentielle et ontologique de l’exister. Elle n’existe qu’en acte et c’est pour cela que philosopher se produit avec plus que de la complexité ; avec la torsion de la pointe qu’est l’attention se retournant sur sa forme même, tournicotant sur sa propre base, et c’est bien la difficulté ; il n’a - ce repérage de « soi » par (soi) (on part toujours d’un moi, d’une identité, d’une nomination, pour la retourner et la réinscrire à partir du monde dans, vers, par, pour la Dimension) – il n’a aucun moyen pour simuler l’ajout qu’il engendre dans le donné monde, il doit re-signifier à partir de sa propre et seule évidence de structure.

Autrement dit si on ne saisit pas sur soi cette dimension, on ne la perçoit pas lorsqu’elle est nommée « pensée », sujet, dieu, altérité, un, etc ; on n’y voit que des mots ou que des chosifications ; alors que précisément c’est tout le contraire ; ce sont des mouvements (puisque tout est en mouvement, étant de toute manière emporté par le présent et ce puisque le présent il n’existe que cela, rien d’autre n’existe, ce que l’on nomme l’être en est juste le dépôt).

Par exemple on comprend bien que critiquer dieu ou le un ou le sujet par telle ou telle détermination, du langage à l’inconscient, d’une partie du monde ou d’un signifiant quelconque, est tout à fait ridicule. On ne dit pas que dieu est ou que le sujet est une réalité ou que le un est effectivement un « machin » qui serait « un » ; on dit que le rapport que signifie dieu ou le sujet ou le un ne peut être compris que par un rapport équivalent, de même force, de même puissance, et que comme cet un, ce dieu formulent ou signifient la limite, le bord de la pensée (tout comme le présent est le bord de la réalité, en ceci qu’elle existe) dieu, le un, le sujet, la dimension ou l’altérité (supposée par les proactivistes que sont Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan) ne peuvent pas être dépassés ; ça n’a même strictement aucun sens ; tout prétendu dépassement sera un recul ; il prendra une détermination pour le contenu de l’indétermination qu’est effectivement d’une part notre acte de conscience, d’attention et d’autre part le réel, le présent, l’exister.

Ce monde, les mondes humains au-dedans, les personnalisations, les univers, tout ce que l’on voudra, sont des variations du fait un et unique ; le présent pur et simple et excessivement brutal. Et une « conscience » est et n’est que le rapport que cet exister invente avec, vers, par, pour lui-même.

Et cela ne veut pas dire que l’on sache ce que « cela veut » … On n’en sait rien du tout. L’exister est la dimension qui coupe transversalement toutes les réalités, tous les univers, si tant est qu’il y en ait plusieurs ou une infinité ; on ignore où il se continue et comment et pour quoi. Il se peut que ce soit la dimension située par les anciennes pensées ; celles qui positionnaient l’absolu au-delà, pourquoi pas ? Et il se peut également que le présent mène à de toutes autres considérations et une altérité bien plus redoutable et inhumaine ou surhumaine, comme dit l’autre ; ils le devinent Nietzsche et Heidegger … Ils voient bien, suivant leur pensée tout à fait autre et la plus autre possible, que ça n’est pas un simple « fait » ; c’est le fait lui-même, le fait unique et invariable et purement formel ; qu’est-ce que la « volonté » ou « l’être » ? Sinon des formules équivalentes à l’être grec ou dieu le christ ou le sujet ? Excessivement abstraites et formulatoires pour ainsi dire. L’agissement, dont chaque conscience est le retournement (« conscience » étant par Nietzche et Heidegger non plus associée au moi, mais ayant en elle-même un fonction suréminente ; leur défaut est de se passer de l’individué et une « conscience » n’existe que une par une, sinon elle ne serait pas du tout ; elle n’est pas une fonction universelle (comme Volonté ou Etre) mais un retour à chaque fois radicalement vide et un, il n’y a aucune raison qui explique, qui différencie ma conscience d’elle-même … et pourtant Autre elle l’est, la réelle distinction est purement formelle).

C’est sur le lieu du retournement et que l’on qualifie si hâtivement de « subjectivisme » alors que depuis le début la pensée, la philosophie (mais donc aussi les autre pensées anciennes approchant l’absolu comme position au-delà et non comme Un ici même, ce que commencent les grecs et que el christique reprend), depuis le début la philosophie est d’une précision infaillible ; puisque ce ne sont pas des « idées » mais une structure qui s’active et décrit son entourage métaphysique (grecque, la surintentionnalisaiton par dessus le langage de tout groupe humain), dimensionnelle (christique, le point-autre au-delà du vécu, qui re-perçoit toute la réalité et le corps), méta intentionnelle (cartésienne qui transforme notre être comme étant cet-être posé là sur l’étendue, et kantienne et hégélienne et husserlien, etc, jusques et y compris le lieu étrange immergé dans l’altérité des proactivistes) ; métaphysique, existentiel et ontologique est la prolongation instantanée de la même structure activée depuis le début.

Si l’on cherche en quel lieu cela se déroule, se déroule constamment, imperturbablement, c’est dans le présent même. Non seulement tout près de nous, mais avant même que nous soyons, ontologiquement antérieur à notre surgissement (au surgissement de la cervelle d’un arc de conscience vers le réel).

Ça n’est donc pas un hasard ou un désespoir, ‘est selon, si l’attention s’est précipitée, au sens tout aussi bien chimique, sur l’évidence de l’ici même existentiel, ou si le sujet se démène diablement sur son moi et son corps (le symptomatique Désir érigé en signifiant de ce qui ne peut se représenter ; aucun contenu ne remonte le long de la conscience qui l’a produit) ; c’est de ceci que l’arc de conscience ayant épuisé toute la variation selon la pensée de l’intentionnalisation, toute la méta structure qui permet qu’il rende compte de lui-même (Descartes, Kant, Hegel, Husserl), tombe nez à nez avec le donné « là » tout à fait autre et étrange ; dont il cherche à soutirer la logique nietzschéennement, heideggeriennement, sartriennement et lacaniennement ; ça se rapproche, investi toujours de la même rigueur. Identifier ce qui a lieu, ici et maintenant, valant pour chaque arc de conscience ; où qu’elle soit, quelle qu’elle soit.

C’est en ce sens qui l’on dit « ça ne s’est jamais trompé », ça ne peut pas se tromper. Ça explore c’est certain, ça vadrouille puisque c’est la possibilité même du bord (unique) du monde que cela découvre, investit, crée et élabore. En ceci on ne connait pas d’abord, on expérimente le plus subtil, le plus distinctif, on varie l’intentionnalisation sur le Bord de la réalité (et c’est cela la pensée) ; on n’attend pas une connaissance (qui est effet et non cause) mais on porte l’attention sur cela même qui s’arcboute au réel, sur l’acte, l’activisme de conscience qui se retourne comme fonction formelle dans le présent, lui-même pure forme ; modifier son attention à exister entraine tout le reste. et ce trajet n’apparait que dans la transcription du retournement ; ce que l’on nomme un texte mais qui renvoie aux mouvements structurels, ontologiques et de l’exister sur lui-même ; ça ne se dit pas ailleurs que par Plotin, par Descartes, par Nietzsche, par la philosophie.

(La philosophie opérant distinctivement sur les trajets tandis que les éthiques, les politiques, les idéels et les esthétiques mais aussi les humanisations du donné et les personnalisations du corps agissent par la structure, dont la philosophie se charge de rendre compte)

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