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instants philosophie

Le réel comme arc d’exister

26 Décembre 2015, 14:02pm

Publié par pascal doyelle

L’arc s’est donc tendu, et ce non pas par plaisanterie ; de même que les anciennes pensées, qui positionnaient l’absolu au-delà, entraient en une considération magnétique de cet absolu dans la révélation, et argumentaient fondamentalement et bien effectivement, de manière forcenée et rétroactive, dans leur pensée de l’absolu, de même les grecs et plus généralement autour de la méditerranée il y eut une autre voie ouverte ; celle d’admettre l’absolu comme ici et maintenant (pour le christique, cette dimension, peu importe que l’on y croit ou non, là n’est pas la question, c’est une technologie qui s’est inventée, créée ou qui fut, peut-être, révélée) et de l’absolu ici-même pour les grecs qui manifestèrent la perfection de toute réalité (et ce en posant le donné là, le monde, via le « là » du donné, l’être, l’architecturé), et l’absolu ici et maintenant, étant par principe insécable, va chercher à rassembler toutes les réalités, une par une, histoire de comprendre si oui ou non il est une totalisation de la détermination, des réalités ; à supposer par exemple que toute la réalité puisse se résoudre en une équation d’énergie mathématisée, pourquoi pas ?

Lors même que ce serait le cas, qui n’est pas exclu du tout, une telle résolution défilerait devant les yeux du sujet, du sujet impossible ; c’est ici qu’il faut saisir comme cela n’a pas de résolution ; la forme impossible du sujet est elle-même la réponse ; cad la non réponse, car si un comblement était possible, l’arc de conscience disparaitrait, ce qui est absurde et dans cette pseudo logique il n’aurait jamais existé de réel. La mathématisation entière de cet univers ne changerait rien à ceci ; il est un présent et un arc de conscience dans ce présent.

Le réel est forcément Autre que lui-même, et comprendre la logique de cette altérité unilatérale est l’orientation même du philosophique (de même que les anciennes pensées ne tendaient pas tant à tout unifier ou à supposer l’unification au-delà de tout, qu’à user de cet absolu afin de déployer tout l’arc en ciel du monde, de tel ou tel monde humain localisé, serait-ce même le monde d’une tradition primordiale commune, comme dit l’autre). Ancienne pensée ou arc de conscience de l'ici même sont, furent, seront toujours en extrême tension ; dans la dimension de structure même, dans l’effort si l’on veut, parce que de cela qui ex-siste, l’effort est la substance même du réel. L’inverse, imaginer un réel figé, fixé, un ordre prédominant sur le désordre natif, un sens préalable à l’actuellement présent est une absurdité impensable. Le réel est l’enjeu de l’altérité la plus radicale.

C’est pour cela qu’au terme (momentané) de la pensée occidentale, Nietzsche et Heidegger manifestent une telle pensée de l’altérité la plus dure ou la plus obscure et à vrai dire ingérable ; parce qu’au cœur de leur pensée s’anime encore un « sens » quelque peu. Comme si la Volonté ou l’Etre réalisaient quelque chose, ou autre chose que tout ceci que voilà, ce monde, cet univers, ces myriades d’univers sans doute, ce désordre effarant et toute cette perte ; Nietzsche ou Heidegger voudraient que cela fasse sens ; un sens non humain ou inhumain, une gloire ou une profondeur.

La vérité, cad le réel, est plus froide et mécanique que ces grandes envolées. Et le dit mécanisme, soit du réel, soit de l’arc de conscience (que l’on pourrait nommer tout aussi bien arc de réel, puisque toute conscience est arcboutée sur le présent ici même et ici et maintenant) le dit mécansime en arc nous reste profondément inconnu ; on ne sait pas ce que présent ou arc de conscience veulent, désignent, sont en mesure de réaliser.

Selon toute vraisemblance l’exister est ce qui nait de, dans, par, mais en plus de l’être ; tout le dépôt, donné là, avance de par sa soif effrayante de réalisation, et le réel est lui-même ce repli, ce pli qui se veut en plus ; une sorte de dévoration qui veut, va, créera, a déjà créé une naissance interne à tout l’externe qu’est la réalité, que sont les univers ou cet univers.

C’est dans le présent, cela seul qui est réellement (autrement dit l’être est annulé constamment par et dans le pur et brutal présent) qu’il ex-siste une dimension en plus ; elle n’est pas ouverte par l’humain, pour l’humain, comme dit nommément Heidegger, et Nietzsche différemment, (et même Sartre nous montre au plus près ce mécanisme de conscience … et que dire de Lacan qui démontre quasiment le gouffre qui nous étouffe si l’on n’y prend pas garde et on ignore comment s’en sortir de ce vide interne qui n’est pas du tout « intérieur », que l‘intériorité soit elle-même prise dans une structure interne-externe est le propre de la psychanalyse).

Si elle n’est pas selon le sens de ou pour l‘humain, de l’humanisme universaliste ou de la personnalisation naturaliste ou destinale (on serait ce moi-langage-corps libéral ou ce langage-corps communiste), c’est que nous en sommes les effets ; la pensée elle-même est effet ; sauf qu’elle a tenté depuis le début grec, mais aussi depuis toujours, de remonter dans l’originel (absolu au-delà ou Un ici même), cette dimension donc non spécialement « humaine », est pourtant bel et bien l’articulation au niveau le plus instantané (non pas immédiat mais instantané ; le réel, le présent est en lui-même un court-circuit de lui-même… raison d’un présent constant, et « conscience » se dit de ce qui se produit comme court-circuit dans ce court-circuit, cet ajout en plus).

Le mécanisme d’arc de conscience, que l’on peut nommer aussi bien arc du réel lui-même (étant une structure constituée d’un rapport à (soi), en lequel le soi est non pas cette identité çi ou celle-là, hindoue, grecque, Descartes ayant pour nom ou Lacan, ou pierre Dupond, mais est le rapport lui-même), le mécanisme d’arc de conscience est précisément ce qui surgit d’une cervelle et engendre tout le reste ; c’est l’arc qui va créé ou abolir tous les mondes, toutes les identités, et de plis en replis sur la surface du donné, va s’inverser soudainement et commencer de se creuser lui-même comme pliure et non plus comme contenus ; usant de nouveaux contenus afin de se montrer, de plier et replier plus encore le Bord du monde et non plus tel ou tel contenu de synthèse de telle ou telle partie du monde.

Toutes les structures décrites philosophiquement sont les plis et replis arcboutés sur le Bord de la réalité, et avancent sur le fil du réel ; relançant la pointe de conscience telle qu’elle passe outre tout le reste et fait appel à chaque conscience comme forme et chaque conscience ne s’en aperçoit pas si elle ne s’y investit pas, si elle continue de tenir plus aux contenus qu’à la pointe structurelle. C’est cela le renversement qui a donné lieu au retournement des grecs et au renouvellement christique et à la réflexivité dite méta cartésienne, kantienne, de l’idéalisme allemand, hégélien et husserlien ; se tenir sur la pointe.

En fait on ne peut pas ne pas se tenir sur la pointe, et d’autant plus lorsque l’on est un moi, que l’on a été institué, de fait, par la reconnaissance commune, partagée, le statut de citoyen, de personne humaine, l’imagerie du héros de récit, et en équilibre sur elle-même (sans autre repère au final, mais, au final seulement, que son corps, par ex sa sexuation, on le sait) mais cette pointe opère le retour sur elle-même lorsqu’elle admet l’impossibilité même ; c’est de se savoir (du seul savoir non visible qui soit) qu’elle passe outre la connaissance qu’elle croit avoir d’elle-même. Si elle n’admet pas son impossibilité, elle reste collée dans le monde, le donné, le vécu, le corps. Elle s’y cherche vainement. Lorsqu’elle se retourne vers le monde, ses objets, le vécu ou se prend pour le corps, le dit retour est écourté.Il s'en trouve effroyablement mal à l'aise, il étouffe.

Or le retour réel est indéfini, il n'a nulle place, lieu, temps. admettre son exister comme retour impossible (vers lui-même comme rapport sans rien, nu) est évidemment non achevé parce que non achevable, structurellement impossible et c'est pour cela qu'il existe ; c'est comme cela que "ça existe" ; sans doute constamment désire-t-il ceci ou cela, mais ça n'a aucune importance, parce que ça ne passera jamais. C’est de comprendre que l’on est comme renversement, retournement grec ou renouvellement christique ou sujet impossible (qu’il soit Descartes ou Rimbaud ou Céline ou Nietzsche) ; ce sont ces grands ensembles de pensée (réflexive) qui nous comprennent, nous montrent l’impossibilité, celle qui existe.

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