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instants philosophie

Ressource du Moi

12 Décembre 2015, 10:27am

Publié par pascal doyelle

Chacun reçoit de fait sur la tête la statut de sujet ; évidemment on a vu que le sujet est impossible et que ça n’est pas un défaut ou un manque mais c’est parce qu’il est impossible qu’il y a un sujet, sinon il n’aurait pas lieu d’être ou plutôt d’exister ; il serait une identité, laquelle est toujours possible, de l’ordre du possible d’un monde, et c’est ce que voit parfaitement Badiou sauf qu’il « oublie » que le dit sujet, qui vient en plus, n’est pas fonction d’une Vérité ; il croit encore en une Vérité comme par-devant-tout, de laquelle existerait, contingent, un sujet, n’ayant de telle valeur qu’en fonction d’une Vérité, qui prendrait part au cortège des vérités et l’ensemble teindrait comme alignement des vérités, vers la Vérité totalisante, à venir, hypothétique. Comme c’est très embêtant de postuler la Vérité avant tout, d’une part on ne sait pas assigner à cette vérité une origine (elle serait plus grande que la dite vérité, ce qui est, de ce point de vue, absurde) et d’autre part et pareillement on ne sait pas du tout quoi faire des sujets (que l’on peut bien, de cela, sacrifier comme on veut).

C’est bâtir sur une représentation très schématique de l’universel ; une telle position ne comprend pas que l’universel n’est tel, universel, que parce qu’il s’applique à, mais aussi par et enfin pour des sujets. Hors des sujets l’universel est seulement une connaissance, mais non pas un savoir ; la connaissance se situe par son objet, propre (la vie pour la biologie) ; le savoir se positionne de ce qu’il vous demande de vous positionner vous-même (et vous octroie les armes pour ce faire ; pour la philosophie il faudra que vous pensiez vous-même, on ne peut pas penser à votre place puisque non seulement le but mais le moyen lui-même est que votre conscience se retourne par elle-même, en somme qu’elle réintègre sa puissance, sa possibilité et qu’elle ne se décharge plus de l’extérieur d’elle-même, ce qui ne va pas sans mal, évidemment).

Croire que la philosophie se finalise comme une connaissance et non pas se propage comme un savoir (dans et par chaque conscience touchée) est une erreur qui réinstalle ou croit retrouver la pensée comme grecque, originellement, et/ou le «savoir hégélien » ; mais le savoir hégélien était bel et bien un savoir puisque le positionnement de la pensée (comme sujet) pour elle-même et la pensée grecque était un savoir de la réflexivité qui prenait tout le donné-là (le monde, les choses) et retournait, réorientait ce donné-là vers et par le « là » (le monde par l’être, les contenus par l’idée de l’être, permettant que l’intentionnalisation puisse se maitriser et se renvoyer à elle-même afin d’une part de distinguer, plus encore que ce qui était à disposition dans le langage commun, et d’autre part d’inventer des différenciations, acquises uniquement par l‘actualisation, en une pensée, de la pensée du monde).

Mais puisque nous avons acquis le sujet, tout savoir tend à se transformer en connaissance ; le sujet va définir des objets ou des discours qui pensent des objets (et discours que l’on prend pour les réalités elles-mêmes, puisque nous n’avons accès aux réalités que via un discours qui en rend compte, le reste n’existe pas, comme le dit Badiou) ; le problème étant que « sujet » qui est réellement ce qui existe, ça ne rentre dans aucun discours … et que donc c’est autre chose qu’un discours qui fut appelé, et c’est cette autre chose que poursuivirent les esthétiques, éthiques, politiques et démocraties, et y compris les mois, les mois comme personnalisations accélérées qui se cherchent un sujet et non pas une Vérité. Et puisque c’est à partir des sujets que l’on existe c’est précisément cet être étrange qui est l’objet (non objectivable mais initiable en chacun et par lui-même) de la pensée, de la philosophie et non pas de se calquer sur l’idéal d’objectivisme des sciences qui, ramené dans la philosophie, est proprement catastrophique.

Les philosophies ont toujours pensé comme Sujets ; la pensée grecque comme retournement du monde sur lui-même et de « ce qui pense dans le monde » ayant à se situer ; le christique comme renouvellement intégral de tout, par un Point externe radical ; les deux se coalisant tout naturellement (puisque c’est la même réflexivité de retournement-renouvellement) ; et l’ensemble relancé par Descartes qui formalise ici et maintenant l’origine et la structure que l’on va commencer d’inventorier en passant par Kant, Hegel ( les idéalistes allemands et les anglo saxons), jusqu’à Lacan, via Nietzsche, Husserl, Heidegger et Sartre ; tout cela creuse la même distance (de notre être sur notre être, ou donc de notre exister envers et contre notre être, de l’actualité (de la puissance) sur le dépôt donné là, dans le monde, le vécu, le corps).

On voudrait bien que la distance soit résolue, éteinte, amorphe dans un énoncé donné-là, mais le fait est que l’on ne peut pas y être (comme une chose, figée, gelée, objectivée) sans y exister (dresser selon la verticalité même, selon une dimension en plus).

On dira ; mais comment initier en chacun, par chacun, la pensée, la réflexivité, la philosophie ? Or c’est justement ce qui a déjà eu lieu, de fait et pour chacun ; chacun est installé comme moi, comme personnalisation et est déjà certes l’image-idée de soi (signifiant par là que l’image conditionne l’idée) mais qu’elle est tout autant, bien que de manière plus insaisissable, est tout aussi bien idée-image de soi ; sous l’image, l’idée. Et idée parce que chacun étant instauré comme sujet est déjà pointé comme libre et que c’est cela qui cause la difficulté même ; et si l’image prévaut d’abord c’est qu’elle est plus facile, plus immédiate, plus contrôlable, plus jouable que l’idée et bien sur plus manipulable et plus égarée, littéralement, on se perd de se croire comme image, alors que l’on est depuis le tout début une idée (ce qui veut dire un rapport au réel, ce que signifie littéralement le dernier philosophe, Lacan).

Rappelons que la philosophie prend en charge d’expliciter une structure qui existe bel et bien en et par elle-même, qu’en aucun cas le savoir (de « soi ») n’est remplaçable par la connaissance, d’objectivités ou de vérités, et que ces objectivités ou vérités sont de toute manière elles-mêmes prises dans un flux intentionnel et reviennent vers, par, pour un sujet (n’importe quelle objectivité est prise dans le flux de conscience d’un moi, la science et la technologie sont enrôlées par des choix, des fantasmes psy) serait-il un sujet qui prétend assujettir les autres par sa « connaissance », comme le communisme qui n’est fondé que sur une universalisation (un processus, l’humain générique) qui se fait passer pour une essence ; ou comme le libéralisme, de façon plus complexe, qui nous fait croire en une « nature humaine » où l’essentiel n’est pas « humaine » mais « nature » ; donné là (et pensé par des autres, objectivés, par les sciences assujetties, les technologies, les mass médiatisations, les étatismes, etc) ; du principe selon lequel le donné explique le donné ; annulant qu’il y ait un « là » du donné (ce qui reviendra par l’existentialisme ou par le corps ou les angoisses et les interruptions ou éruptions de conscience du moi, qui devient fou).

Evidemment tout cela est vrai, cad réel ; il est effectivement une humanité générique, ou une individualité du moi ; mais ces deux logiques sont prises elles-mêmes dans un plan plus large ; il fallait que toutes ces réalisations s’éprouvent. Que l’on sache où cela mène ; à chaque fois ; aussi bien à chaque fois révolutionnaire (de 1789 à 68 en passant par les communismes et les droits libéraux, la libération culturelle ou le déploiement de la médiatisation ou médiation, etc). Ce ne sont pas la vérité universelle, la raison, l’Etat ou le droit, l’image de soi ou le relationnel qui s’expérimentent (ce sont des effets) mais c’est la structure réflexive qui se cherche dans, au travers des réalités, des réalisations ; elle ne sait pas ce qu’elle est. Et c’est elle qui constitue l’unité, formelle, de toute l’expérimentation.

Qu’il n’existe qu’une unité formelle (et non pas substantielle ou solide ou naturaliste ou déterminée ou libérale ou communiste) est ce qui cause problème et qui entraine l’ensemble de toutes les expérimentations, des représentations, des variations de conscience, des devenirs et des possibilités. Tant que l’on ne pense pas cet être étrange qui est et n’est que réflexivité (d’une forme et d’une distance incompréhensible, et non pas réflexion d’un donné vers lui-même, d’un déterminé vers sa détermination), on ne saisira pas ce qui est en jeu.

Mais à l’inverse une réflexivité qui ne prendrait pas toutes les réflexions (qui sont secondes et effets mais immanquables et explorations du donné là) s’évaserait dans une sorte d’abstraction ; le « sujet », dieu ou le monde, des idées « idées » et non pas des idées-rapports au réel ; ce que cherchent Nietzche, Heidegger, Sartre, Lacan ; agripper le réel des réalités afin de montrer, de remonter ces réalités et non comme valant idéellemnt ou idéalement ; et c’est du reste ce qui tourmente le moi sous ses compositions propres de corps, d’identité, de personnalisation, de représentation médiatisée (selon la médiatisation ou la médiation, l’image ou l’idée).

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