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instants philosophie

Le présent précède

17 Janvier 2016, 13:10pm

Publié par pascal doyelle

Le re-pli sur le Bord

On existe ainsi sur le Bord du monde, à la limite, et depuis toujours à l’extrême de la réalité, soit donc sur le fil du réel et le fil du réel n’est rien d’autre que le présent ; le présent constant.

Les grecs, les chrétiens et plus avant et plus après les monothéismes ont pour finalité structurelle de nous y positionner. De même qu’auparavant les pensées de l’absolu (lorsque l’absolu est disposé au-delà, en une éternité qui condense le pur présent), l’entour de la méditerranée avance autrement et dispose l’absolu ici même pour les grecs, et ici et maintenant pour le christique (et les monothéismes imposent le Un totalement Autre, la formulation abstraite du Un, tout comme l’être grec est la formule vide et formelle qui concentre le possible, le possible est toujours ici même) ; ici même et ici et maintenant signifient une dimension qui au lieu de se révéler au-delà, permet de travailler à même ce qui est activé et suractivé dans le présent seul.

On demeure toujours en-deçà de ce présent ; il nous précède et il faut pourtant s’y rendre, s’y acheminer ; remonter dans le présent, ça n’est pas apprécier le temps qui passe, le présent n’est pas le moment, résultat de la réalité, mais inversement ce qui précède toutes les réalités et d’autant plus que l’on peut avancer que le présent est l’instant unique ; il faut être saisi de ce qui engendre toutes les réalités ; la remontée dans la cohérence qui est exigée par la pensée, remonter le long de notre arc de conscience tourné intégralement vers le réel.

Lorsque les grecs pensent, ils engagent uniment toute la pensée en une fois afin d’apprécier comme l’intentionnalisation peut être développée hors de tout monde humain particulier, et créent les machines intentionnalisatrices fondées sur le principe non de l’absolu au-delà, mais de l’absolu comme Un ici même ; la pensée n’est pas seulement le déploiement de toute l’intentionnalisation, mais est aussi toute l’intentionnalisation brisée, rompue, cassée mille fois par la présence ici même de ce qui apparait, l’essence ; la pensée montre, expose les réalités et par ses distinctions, ses différenciations nouvelles augmente tout notre être, ce qui veut dire pour nous, après l’acquisition de la structure individuée, splitte toutes nos intentionnalisations ; les idées ne sont pas séparées du monde, sauf dans la perspective et l’interprétation qui viendra beaucoup plus tard qui prend appui sur l’immanence objectiviste du monde ; ce dont Nietzsche et avant lui Spinoza ne manquent pas, ils s‘appuient sur une divergence envers la pensée antique et idéaliste mais qui posant l’immanence à l’image de la raison (supposant un Etre logiciste, cad pensable, ou une Volonté métaphysique, interprétable, etc) et s’obligent de ceci à y introduire une transcendance cachée ou inavouée ou travestie (ce qui est le but ; installer l’altérité, cad le Un renouvelé, par une désarticulation interne de l’intentionnalisation, mais c’est un jeu en interne du Même, que par ailleurs Heidegger tentera lui-même de désarticuler à nouveau, en réintroduisant une ontologie dans leurs métaphysiques ou plus exactement dans ce qui par excès d’ontologie risque de retomber dans la métaphysique).

Revenir au présent absolu (il peut et doit être dit absolu puisqu’il est la version selon le Un de l’absolu, réellement et effectivement) est une remontée à marche forcée vers le présent que l’on ne rattrape jamais, puisque sinon ça ne serait pas le présent (de même que le sujet est impossible, sinon ne serait pas sujet). La pensée, la philosophie, la réflexivité est la remontée dans le présent en tant qu’ici même et maintenant est appelé tout ce qui est, et tout autant le « est » de ce qui est ; le donné là et le « là » du donné. l’insupportable tension d’une part et la nécessité d’adapter cet énorme effort (assuré par les grecs et le christique, la reprise chrétienne de la pensée méditerranéenne, la suspension de notre être cartésienne et suivants, les pensées de l’altérité nietzschéenne et heideggérienne, etc) nous a laissé dans l’incompréhensible idéologie au sens plein et entier et réel d’idéologie (dont du reste libéralisme et communisme furent deux versions, dont l’opposition a en partie empêcher que l’on perçoive le libéralisme dans le communisme et le communisme dans le libéralisme), de la raison naturaliste et plus généralement « réaliste » ; laquelle pensée exige que tout le réalisable soit, alors que visiblement notre être est précisément non réalisé et non réalisable et c’est pour cela qu’il pense (sinon on n’en verrait pas l’intérêt).

Il est clair que de supposer par principe que le donné est la totale immanence, rabat constamment la pensée vers le seul donné (et pour cela les pensées de l’altérité détesteront la démocratie, l’humanisme, la liberté et le sujet, la vérité, etc, c’est qu’elles en jugent selon la version adaptative de la pensée au monde, que l’on nomme la raison raisonnante et de ceci leur retour à la « vraie pensée » qu’ils cherchent désespérément dans l’antériorité grecque, rêvée).

Mais dans le même temps il y eut les acquis fondamentaux de l’articulation de conscience, et y compris les extases existentielles et ontologiques (puisqu’éprouvant l’exister ici et maintenant, ici même, étant donné que notre-être, devenu cet-être posé objectivement par Descartes sur la surface du donné, cet-être éprouve instantanément le « là » du donné), et ceux qui en attendaient on ne sait quelle révélation n’ont pas compris que l’on s’achemine dans la voie de la structure, vide et formelle, explorée, décortiquée (qui du reste revient dans tous les mois, dans leurs « psychologies » mêmes) et que l’on n’en tirera pas, jamais, un contenu, que jamais le réel ne passera dans la réalité et que précisément la pensée, la philosophie est la pensée, la philosophie de la structure fine, élaboratrice, du bord du monde et non pas un donné mangeable, absorbable ou dont on pourrait gaver les autres consciences.

Si l’on veut être saisi de la structure qui existe, il faut réfléchir, non selon la réflexion qui plaque le donné vers le donné, mais selon la réflexivité qui re-plie le Bord vers lui-même.

C’est ainsi l’entièrereté de l’expérience lancée par les grecs, ou l’entour de la méditerranée (ayant à charge de repositionner l’absolu de l’au-delà à l’ici même), qui se livre dans toutes les opérations et les technologies inventées afin de décrire, exprimer, montrer, démontrer parfois et toujours démonter, pièce à pièce, le Bord de la réalité et comme ce Bord est, étrangement, un Un, formel, vide et structurel, c’est le même rapport qui se déplie et re-plie à nouveaux frais, constamment. Et puisque le Un est le fondement de l’altérité totale, depuis les grecs ce sont mille renouvellements qui viseront le Même ; il est fait pour cela.

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