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instants philosophie

Volontés et désirs

7 Janvier 2016, 09:07am

Publié par pascal doyelle

Le communisme définit l’homme générique, des besoins, tous identiques, une sorte d’universelle condition qui, ayant passé outre l’Etat, serait satisfaite, pleine. Le libéralisme invente les volontés, les désirs, les questions et plus vous questionnerez le libéralisme ou votre corps, plus il existera du libéralisme (ce qui n’est pas exactement le capitalisme ; le capitalisme nous a fait croire que le libéralisme était le capitalisme, mais il n’en est rien ; en ce sens que le libéralisme réel, gigantesque contient d’un côté un réel communisme et de l’autre une part de capitalisme tout à fait nécessaire, aussi nécessaire que le communisme de base, si bine que le mensonge est total et recouvre toute la réalisation).

Mais on vous demande, sans cesse, constamment ; que voulez-vous ? Angoisse radicale, invraisemblable, critique hypertrophiée de soi-même, de sa nullité qui est juste simplement « là », et qui ne veut, ne désire, ni ne se questionne ; résidu de chaque moi, et quelques-uns qui s’effondrent sous la pression de la question de ce qu’ils veulent.

Les mois sont des corps-langage, des parlêtres, mais l’on n’est ni un corps ni un langage. Et qui plus est corps et langage sont les effets d’une bien plus fine structure qui s’immisce au travers du langage et au dessus du corps. La transcription de notre structure comme question ; qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu désires, oblige à formuler ce qui ne peut pas se retrouver dans le monde. Or pourtant comme tel le mouvement de la question de ta volonté et de ton désir va passer au crible tout ce qui se peut ; erreurs et réalisations tout aussi bien ; la formulation de la volonté et du désir était immanquable, nécessaire, que ce soit sa version communiste ou libérale ; il faut assigner à tout sa raison d’être et comme, ici, l’assignation s’effectue de la structure.

Rechercher dans la réalité, historique, l’universel, soit la version de Badiou de la vérité, ou celle de Hegel (qui condensait l’activité de conscience dans des contenus qui seuls expliquaient et rassemblaient l’intentionnalité), c’est ne pas s’apercevoir que ça n’est pas de l’imposition d’une vérité extérieure que se travaille l’humain, lequel est une humanisation, et suivi d’une personnalisation ; c’est du dedans de chaque arc de conscience. Volonté et désir sont les transcriptions dans le monde et les corps et les langages ; mais signifient tout autrement. C’est du dedans de la structure (son interne puisqu’une structure n’a pas d’intériorité, là est sa transparence qui n’obéit à rien, n’étant pas composé) que s’exposent les volontés et les désirs.

Autrement dit une pensée qui traiterait les réalisations et les erreurs comme des contingences en comparaison d’une vérité universelle (supposée), ne comprendrait pas cela même de l’articulation ; la structure, l’arc de conscience, est forcément toujours un, et individué à l’extrême ; et si cet arc n’est pas du monde, et ne s’y trouvera lui-même en aucune volonté ni désir, c’est qu’il se tient sur le Bord. Lorsque cet arc se remue comme désirs et volontés, il soulève le corps et le vécu ; de même que l’universel, l’universalisation soulèvent le donné du monde ; il faut se coordonner pour que le monde comme donné soit soulevé par la pensée, le droit, la science, la moralité commune (toutes transversalités qui sont repérés par Kant ou Hegel, etc).

Mais il faut une plus grande coordination encore pour que les arcs de conscience pris dans les corps et les langages (toutes sortes de langage) puissent retourner ses corps et ses langages ; si il y eut une telle débauche de représentations mais aussi d’expérimentations (dont les années furent l’apogée et l’expression quasi directe mais aussi frustre et idéelle et évidemment partant en tous sens, toutes significations puisque c’est le but ; l’idéel français, maoïsme et autres, se mélange totalement à la pop culture US dézinguée ; tout se brasse en quelques années), c’est que la mémorisation doit se constituer de l’expérimentation intégrale ; et qui dit mémorisation (et non plus seulement articulation de conscience) s’écrit dans et sur les corps.

Et évidemment cela ne va pas sans mal ; sans douleur intérieure mais aussi interne, psy et structurelle douleur ; laquelle est durement réelle ; il est incompréhensible d’être une conscience de (soi) ; que l’on colmate en se prenant pour un « soi », une identité, alors que l’arc de conscience hyper individué, bien plus individué, sans raison, nu et sans rien, creuse bien plus profondément et cet sorte là d’individué, l’arc de conscience est tout autrement architecturé que le monde, le donné, l’intériorité ou l’extériorité.

Plus on décrit, catégorise, démonte, exhibe l’intériorité ou l’extériorité (au travers des sciences sou des expérimentations, des vécus ou des représentations), plus se précise l’externe et l’interne structurel. De même que les grecs sous couvert d’énoncer la vérité, proclamée mille fois, remontent les conditions de vérité ou que Descartes expose les conditions du libre. Nous sommes passés au travers de la tenue de notre être comme contenu, vers la structure antérieure à tous les contenus. La raison, l’universel, l’humanisme lui-même sont seulement des corpus, des effets, des résultats momentanés et imperturbablement réclamés et au travers de ces manifestations la structure nue remonte peu à peu.

C’était une erreur ou une déviation nécessaire (alors, en ce temps) qu’accomplit Hegel en supposant que le contenu (de conscience) fait valoir la dite conscience ; que celle-ci puisse parvenir à une égalité (la raison, le savoir, la science absolue est cette égalité après la conscience de soi et la conscience tout court, après la fascination pour l’objet et la certitude du sujet).

Mais il n’y a pas d’égalité ; un arc de conscience reste un arc de conscience et c’est cela qui re-viendra après Hegel ; que l’arc se tend en et par lui-même (ce qui la position recherchée par Stirner, Schopenhauer et finalement incommensurablement par Nietzsche). Et qu’il se tend vers un réel extrêmement étrange, Heideggérien, ou encore multiplicité ou prolifération ou ce spectacle fou des sciences physiques (puisque l’on n’en est plus à la vision ordonnée newtonienne, mais à une sorte de délire, débauche d’énergie).

En tout cela et y compris lors des expérimentations historicistes (des années soixante pour prendre un repère mais qui courre tout le long du 20éme, et évidemment dans l’idéal même de la révolution totale), il ne s’agit nullement d’une sorte de déballage de contingences dépourvu de sens, de devenir, de perte de sens ou de mort de dieu ou de nécessités sans direction ; le monde, par la politique, le donné par les sciences, le vécu et le corps par les expérimentations sont intégralement exposés là au-devant de l’arc de conscience ; et tout ceci est notre mémorisation, intégrée difficilement, péniblement, durement, aux corps (ce qui réclame une définition du corps, comme surface en plus du corps-cervelle, non pas en dehors mais en plus de sa matérialité : comme matérialisation donc, non comme état mais comme processus), une mémorisation mais aussi un jugement, et c’est pour cela que sous ce spectacle c’est du jugement dernier dont il est question. Cela ne se réalisera pas comme universel mais comme devenir interne et externe de l’arc de conscience, dont on comprend bine que pour le saisir il faut un autre maniement que celui de l’intériorité et l’extériorité, du sujet et de l’objet ; si Hegel pense effectivement le déploiement entier de l’arc de conscience investi et transmué en contenu, ce qui est arrivé ensuite c’est l’externe de cet être posé là dans le donné monde, et c’est la structure interne (non intérieure) des expériences directement ontologiques explosées dans l’altérité (plus aucun contenu ne soude l’arc à un « lui-même ».

C’est non seulement le jugement de l’humain sur lui-même (entrera-t-il suffisamment en considération de lui-même pour se survivre et ce objectivement ?), mais le jugement de la structure de conscience de chacun sur sa propre incompréhensibilité ; qu’est-ce que cela fait d’être strictement une forme sans rien, unilatérale (tournée d’un seul côté, le réel ne possède qu’une seule face, mais on ne sait pas « où » elle avance) d’être un exister, étant entendu que cette forme sans rien est précisément l’hyper activité arcboutée au réel et soumise à son propre mouvement, impitoyable (la soumission ayant à être comprise comme « sa nature elle-même » ; c’est le moi ou l’humain dans son repli qui subissent cet activisme, mais qui ne seraient pas sans lui).

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