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instants philosophie

Depuis 2500 ans

26 Mars 2016, 09:50am

Publié par pascal doyelle

Il faut nourrir le moi. Constamment. Puisque le moi est une machinerie. Depuis que l’on a activé séparément de tout contenu l’arc de conscience, la structure vide et formelle, celle-ci s’emploie à créer des artefacts ; qui ne tiennent plus à tel ou tel monde et se suspendent au-dessus du monde donné « là », au-dessus de la réalité et du réel ; on n’habite plus le monde, soit donc tel ou tel monde puisque le monde habité cela ne se ressent que si l’on occupe un monde particulier, y étant né et parlant d’un seul langage-perçu ; on est suspendu en plus et autre que le monde qui dès lors apparait tel quel, sans rien ; par contre s’effectue la conscience prise du « là » de tous les mondes, du « là » qui préexiste à tous les mondes ; le réel en deçà des réalités.

Les grecs, le christique, les monothéismes (qui imposent le Un tout Autre, absolument formel et vide qui attire, convertit à la forme même), le réalisme de la raison, son naturalisme, l’humanisme, sont les dits artefacts ; soit des technologies, des captures mentales, des machineries intentionnalisatrices qui d’une part creusent le « là » du monde et d’autre part, dans le même temps, soulèvent le monde donné (puisque tous les mondes clos particuliers se sont affaissés, on débouche immédiatement sur le seul monde donné) ; l’instantanéité de l’être, du réel, de l’exister et l’immédiateté du monde donné constituent la dimension étendue, soit donc la réflexivité et la réflexion. La réflexivité est bien antérieure à la réflexion et ce ontologiquement ; c’est en ceci qu’il fut, qu’il est nécessaire d’élaborer les philosophies qui dressent l’ontologie, le savoir par lui-même du bord du monde, et c’est ainsi que la raison ou réflexion est l’exploitation du monde donné à partir du Bord ; la puissance du Bord, de la dimension est incalculable ; c’est physiquement (et physiologiquement pour le corps) que l’on se situe depuis l’autour de la méditerranée, sur le Bord strictement du monde, donné là.

Dans la réflexivité généralisée (qui a emprunté donc les réalisations grecs, mono et christique), se suspend soudainement le sujet impossible cartésien ; il creuse à même la structure et c’est s’engouffrant dans cet interstice que l’on va penser toutes les possibilités (de ce qui constitue le Possible, la Possibilité même, l’antériorité de tout monde). Kant, Hegel, Nietzsche, Heidegger, Sartre ou Lacan avancent au fur et à mesure dans la compréhension, le ressaisissement, après le retournement de cette structure par les grecs (qui re-trouvent le monde donné là et le « là » de tout monde), et après le renouvellement (par elle-même) de cette structure par le christique (et le christique signifie que l’arc de conscience peut incessamment se replonger en sa propre racine de structure ; dieu est la conscience indéfiniment réelle qui extrait tout arc de conscience de son donné là, et le christique est la marque qu’ici et maintenant cela s’opère en tout Corps), avancent sur le Bord ; parce que le Bord du monde, découvert par les grecs, étant de nature ontologique (cad se situe dans « ce qui précède tout monde », au sens non seulement de monde humain mais « qui précède toute réalité ») traverse et l’humain et son humanisme, et ce qui s’est constitué ensuite, à l’intérieur de l’humanisme, comme machines spécifiques, machines que sont les mois ; ce que s’impose de penser, au sens propre, Lacan ; qui s’attache absolument à décrypter cette invention qu’est la personnalisation et comment un arc de conscience immergé dans un moi, un corps, un vécu, un relationnel se débrouille pour tenter d’exister.

Il faut bien comprendre qu’il n’y a rien du tout d’évident en cette immersion ; un arc de conscience n’a de rapport, de correspondance avec rien ; il n’y a aucune correspondance avec quelque partie du monde, du corps, du donné que ce soit. Soit il s’effondre en s’identifiant aux finalités disponibles dans le monde (le relationnel tout aussi bien, puisque tout relationnel tombe naturellement dans l’immédiateté si il n’est pas rattrapé par la structure), soit il crée et recrée incessamment la Dimension en se suspendant à ce qui parait le néant, l’informel, le virtuel, mais qui en fait, dans le fait pur et brut du réel, est la stricte structure de l’arc ; il est un arc qui s’instruit sur le réel pur, le « là » de tout monde, le Bord du corps, qui surgit de la cervelle indépendamment de toutes les déterminations et tous les contenus ; un arc de pure forme qui est à lui-même son propre programme, non comme déterminé mais comme forme (une « conscience » est un être spécifique, doté de sa nature propre et n’ayant affaire qu’au réel même, cad au présent absolu, à l’exister ; en vérité un arc de conscience nait de et par le réel autant qu’il surgit de la cervelle, quelle qu’elle soit).

Or cependant noyé dans son immersion (pour ainsi dire), le moi est convaincu par l’idéologie (nécessaire et en partie légitime mais en partie erronée) du réalisme, du naturalisme, de l’humanisme et de sa supposée identité personnaliste, le moi est convaincu de l’adéquation de son exister à son être ; on est « qui l’on est » prétendument et cela devrait se résoudre, se coudre et recoudre de soi-même ; suivant le principe du réalisme d’après lequel le donné explique le donné ; comme si le monde trouvait naturellement sa concordance, dont on sait bien collectivement et individuellement comme c’est faux.

Et réalisme qui a servi à justifier la menée d’un outre-désir, d’une machinerie intentionnalisatrice qui se prêtait comme « naturelle » ; il n’est rien de naturel dans l’outre-désir, c’est une mascarade, des séries de fantasmes et de symptômes d’une non résolution générale ; puisque la structure de conscience n’est pas le conscient (le conscient se tient d’un moi qui croit être) et que ça ne s’équivaut pas ; rien n’est adapté à la structure, elle doit être sa propre régulation, ce qui veut dire sa propre non régulation. Et inversement bien que symptômes et mascarades, le moi est aussi, au travers, traversant, l’adaptation à un corps de ce surgissement mécanistique et purement Autre qu’est un arc.

C’est en ceci que la pensée grecque, le monothéisme ou le christique ou le sujet se dressaient immanquablement comme (non) résolutions, suspensives et réalisatrices, de la structure, et parvenant à stabiliser l’articulation ; sans ces configurations il n’est plus que des figurations, et des corps qui pâtissent. Mais c’est dans l’interstice des corps que cela doit se trouver (on ne peut pas remettre à jour les configurations passées).

Le monde de l’outre-désir est donc fondé sur le désespoir de « ce qui n’a pas de nom et ne se figure pas ».

Or c’est précisément ce à quoi s’est employée la philosophie : désigner ce qui est arrivé à l’humain n’ayant plus aucun monde clos pour se couvrir et subissant alors la structure de conscience, ce mécanisme surpuissant, purement vide, purement brutal, se prenant lui-même antérieurement et qui se situe à la source même de toutes les possibilités. Ou donc il faut lire, littéralement et dans tous les sens, les explorations grecques, christiques, et puis dans l’extraction cartésienne hors de notre être vers et par son ex-sister, sa suspension ; étant entendu que partout, politiques, éthiques, esthétiques, idéels, humanisme et personnalismes s’en prendront pour leur part au monde, au donné, au vécu et au corps ; le coefficient de pénétration de la structure, du mécanisme puisqu’il part de rien, de sa forme seule, non pas copie-colle le donné (comme le voudrait la réflexion, cette attitude interne à la position de la réflexivité, attitude signifiant seconde dans la priorité de la Source-même qu’est l’articulation arc/réel, conscience/exister), mais invente et crée en-plus ; ni l’humanisme ni le personnalisme n’étaient attendus ou ne peuvent se déduire du donné ; autrement dit chaque moi est inventé, dans l’effectivité du corps, du vécu, du donné ; chaque moi cherche la résolution de l’équation ; ce sont de mini-machineries dans la machinerie ouverte depuis 2500 ans (et plus loin si on remonte au dieu Un tout Autre). Le mécanisme de l’arc de conscience, sorti de tout monde clos, s’est incrusté de plus en plus extensivement (grec), intensément (christique), intensivement (cartésien et suivant), jusqu’à la plus proche concrétisation, dans la densité même de la matière d’une part et d’autre part selon la matérialisation (de l’intentionnalisation qui provoque un monde, la survenue d’un monde débordant de nouvelles déterminations).

C’est vraiment une réflexion illogique qui croit (parce qu’il s’engage sur la voie du donné expliquant le donné) analyser le moi ou l’humanisation selon la platitude ; sans voir que la réalité, dite humaine, est acquise et créée ; c’est que la raison ne voit pas comme ce qui est, en réalité existe ; autrement dit tout moi, toute humanisation se promeut en fonction non seulement de l’avenir mais du possible et qui dit possible dit également « selon le virtuel » ; selon la possibilité toujours instantanée (de la dimension qui ne nous quitte jamais, sinon lorsque l’on croit qu’elle est absente, annulée, ignorée, niée ; ce qu’un monde plat, celui de la réflexion, imagine qu’il soit).

L’absence d’avenir (cad de possibilité) dans laquelle nous maintiennent la réflexion, l’humanisme, le moi comme identité, la naturalité est précisément le gel de l’histoire et du monde. Même si par ailleurs c’est précisément de son pouvoir que la réflexion nous a permis de déterminer le monde, le donné, le corps. Les deux mouvements.

De même si l’on suit (et pourquoi pas, mais ça n’est pas ce qui est retenu ici) le principe du donné expliquant le donné, l’ensemble des devenirs structurels (qui forment en quelque manière le Virtuel qu’est la Dimension) seraient aplanis en séries de compositions (compositions de déterminations ; les mythèmes, les cultures, les mondes humains, dispersés ; et non structurels d’arc de conscience ) mais cela abolit qu’il y eut non pas tant approfondissement de l’ontologie (de l’au-delà à l’ici et maintenant) que bifurcations, scissions des Voies possibles. Et dans tous les cas (au-delà ou ici-même) l’absolu est ou existe ; qu’il soit l’éternité ou le présent. Et depuis la méditerranée, bifurquant sur une voie radicale, on s’est engagé à préciser ici et maintenant le lieu, point, instant de l’absolument réel.

Dans tous les cas et comme on ne peut imaginer que le Même ne soit pas (puisqu’un réel il y a), et bien que cela soit si lointain, il faut admettre que l’éternel et le présent soit un seul et même non-temps (et bine que l’on ne puisse projeter sur ce non temps les imageries que l’on obtient de l’expérience de ce donné particulier que seul on connait, exception de la structure virtuelle de l’arc instancié sur le présent).

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