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instants philosophie

Fantasme, image et idée, le fil du Corps

23 Avril 2016, 09:10am

Publié par pascal doyelle

Ce qui est arrivé est plutôt étrange ; on a effectivement élaboré une universalité ; l’Etat et le droit, la culture et l’élévation forment le cadre suffisant ; de sorte qu’au-dedans de ce cadre universel, on a pu se livrer à toutes les passions, les intérêts, les facilités, les bassesses, les trahisons. C’est ainsi que c’est avancé ce monde ; ce monde humain. Et la « nature humaine » fut identifiée d’une part comme universelle et pacifiée, et d’autre part comme déchainement de veulerie. C’est tout à fait ce que l’on entend par « nature humaine » en général.

Il est clair que les pensées de l’altérité (Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan) mais aussi les créateurs en révolte et en révolte ontologique complète (Rimbaud, Céline, et chacun choisira ses propres héros-accélérés), que tous ceux-là furent outrés, effarés, anéantis devant ce spectacle et qui effectivement s’est donné en spectacle, plus tard, à partir du 20éme et tout au long ; la débauche de soumission aux passions de la « nature humaine » mais aussi son jugement dernier de se prononcer pour ou contre la capacité d'exister (cela est-il digne d'exister, l'humain ?).

A rebours de cette mascarade totale et de cette profusion exubérante, on peut prendre l’effet général inverse ; car bien que protégé par le cadre universel général et donnant libre court (c’est ce que l’on nomme « liberté » dans le monde humain ; la facilité de faire et vouloir et désirer n’importe quoi n’importe comment, y compris de se soumettre aux finalités et à la bassesse du moi-dans un corps), donc bien que protégé et se sécurisant de ce cade général (l’Etat se chargeant de l’intérêt général, en somme, usant de se subterfuge pour en profiter à plein, lâchement, ou alors on dira que dieu protège la nation américaine, ou que le petit père des peuples nous incarne et alors là ce sera l’enfoncement dans l’humiliation de tous par tous),

malgré tout cela donc, à rebours, à l’inverse, on peut comprendre que ayant acquis le cadre général, ayant créé ce cadre constitutionnel et d’acculturation généralisée, l’ayant créé à partir de l’universel (l’universel est le fondement de l’humanisation), il devait arriver que cette réflexivité, la mise en forme de l’humain, cette bouillie, par la réflexivité (qui tente d’élever la bassesse vers l’intérêt général), il devait arriver que la réflexivité veuille avancer plus profondément ; atteindre chacun dans son corps ; et que donc la débauche des intérêts devait finir par se retourner sur elle-même et s’humaniser. C’est absolument ce que prône non à tort le libéralisme, tandis que à l’opposé le communisme parie pour une extension imposée de l’universel (sous la loi du peuple, du communisme, du matérialisme historique ou du matérialisme dialectique, croyant que toute la réalité admettait l’universel, alors que le libéralisme réservait à la nature humaine et au chacun pour soi une naturalité, une particularité générale).

Y-a-t-il plus ou alors moins d’humanité dans le monde ? Qu’il y ait infiniment plus d’individualité c’est certain ; dans les formes universelles, dans l’acculturation et le droit se sont exposées toutes les individualités ; tous les intéressements possibles, tous les égoïsmes, tous les désirs ; en un sens le mécanisme de réflexivité va utiliser les passions humaines, afin d’envahir le monde, le donné, la nature elle-même, et les corps, jusqu’au-dedans des corps. En un autre sens si l’on investit, s’engage dans la réflexivité, soi, dans son corps, dans l’image et le miroir de ce corps, il se peut que l’on parvienne à récupérer le spectacle et que l’on s’en métamorphose ; que l’on puise interpoler dans le corps lui-même une autre sorte d ‘intéressement à être, une complexité et uen distorsion stratégique interne.

Parce que l’on ne peut pas imposer d’en haut une élévation, ni même l’universel, si ces corps ou plus exactement ces consciences en ces corps n’y admettent aucune finalisation structurelle ; la finalisation naturelle, immédiate, qui n’a pour le fait rien de naturelle, mais construite artificiellement, la finalisation naturelle aboutissant à une sorte de fantasme, une image dégradée, pas même une image mais une image dégradée, cad prise dans le corps, recherchant obscurément la satisfaction selon le corps parce qu’elle n’imagine pas d’autre sorte de satisfaction et encore moins la satisfaction élevée que proposait l’universel, et que la finalisation à élaborer sera, aurait du être supérieure à l'universel abstrait ; de là que les mois, la populace des mois (cad tout le monde, tout moi, constitutivement) haïssent la pensée, ou l’ancien monde universel ou rende impossible quelque révolution nouvelle que ce soit, c’est que le surhomme, nietzschéen ou rimbaldien, ne viendront pas ; emmêlé dans le monde, son corps, l’intéressement de la bassesse, l’égocentrisme ou le fantasme de l’image dégradée, on ne sait plus du tout ce qu’universel ou révolution signifient. Et c’est pour cela, pour ce fantasme, que les mois, le monde des mois, se vautre dans la stupidité, les faibles vies, les reconditionnements stériles du désir ; ça tombe dans le monde, puisque ça n’agrippe que ce monde donné là comme corps-pliant la finalisation intentionnelle vers le bas, vers le monde en lequel une finalité trouve toujours déjà son lot (imaginaire et fantasmé).

Et c’est en cette bassesse que se mène la stratégie interne du sujet contre le moi, dont on ne connait pas l’issue a priori ; les universalités, le vrai, le bien, le beau ne sont que des préludes et qui furent réalisées il y a deux siècles, les cadres abstraits de la possibilité ; en ce sens de lever le moi du dedans, non pas de relever la matérialité totale du moi vers le haut mais de matérialiser l’intentionnalisation, de creuser la densité. L’arc structurel doit prendre dans la surface organique du corps, renvoyer une ou des images qui nous extirpent du fantasme, manifestant une autre surface du corps et plus loin du monde. Et l’arc structurel est entièrement une forme de l’altérité ; l'opération est d'une dureté infinie, désordres et dépressions du moi, convulsions et destructions du monde.

Or cependant au lieu de continuer l’enthousiasme universel qui présidait à l’installation de l’Etat et de l’humanisme, bien en sécurité dans le cadre universel, et refusant l’absorption dans le particulier, dans la naturalité générale là donnée, aussi bien que dans la quotidienneté de la société civile, et puisque qu’en fin de compte l’universel était effectivement, très hégélienement, réalisé historiquement, toute conscience ontologique bien née s’est engagé au-dedans de l’activisme d’être (soi) ; d'être le sujet impossible, celui qui n'obtient pas, jamais, de satisfaction ; entendant par là que l’on a commencé de rompre et de manger ce qui devait pourtant constituer l’idéal de l’humanisme ; dévorant donc le moi. Quelque chose, une bête brute, surnageait là-dedans et déchiquetait.

Il faut rechercher comme les inventeurs de forme de conscience ancrées au plus près de la réalité épaisse, et arcboutés à même la structure, abimant le moi et usant du fantasme, se sont acharnés, décharnés à creuser le fil. Le fil du corps. Donnant à cette présence insatiable, sans satisfaction, toute la démesure se coltinant au plus près de la réalité. Les explorations ont eu lieu en tous les sens possibles, tous les accès, toutes les atteintes, toutes les exceptions. Il est une telle richesse de toute la Possibilité, accessible à chacun, notifiée en chaque manuscrit, à peine atteint par quelques uns ; celle de ces arcs de conscience, sans rien, vides, formels, attachés à remuer la réalité dans sa présence même, comme Corps en tous sens, et donnant à ce Corps les absolues dividendes, les plus crevards crédits qui se puissent. Les inventeurs de la forme structurelle ont repris l'esthétique, poétique, éthique, politique, idéel, créant autre chose autrement que les universalités, d'obscur et de pesant, et œuvrent non pas le monde mais la préconditionnalité, l'antériorité de tout monde, l'antérieurement corps réel. Travaillent à même le transcendantal brutal et Autre.

Ceci n’est nullement indifférent … puisque la réflexivité est ce qui a pris l’humain et lui a imposé d’abord en prolégomènes, l’universel ; cette réflexivité amenée à niveau de l’Etat et du droit (de la morale et de l’universel, de l’acculturation) mais qui a continué d’investir l’humain jusqu’ à la personnalisation, jusqu’au corps, jusqu’à l’intentionnalité qui s’est retrouvée soumise à la bassesse du corps immédiat et du monde d’altérité, il faut donc saisir que la réflexivité veut provoquer dans chaque corps l’apparition d’un nouveau corps ; capable comme le voit Nietzsche d’admettre la violence ontologique de l’univers non humain. D’un corps tel qu’il ne subisse plus l’immédiateté, la facilité, l’emmêlement, emmêlement qui s’impose comme fantasme sur les yeux de chacun, bouche la vue de chaque arc de conscience. Opérations de distinction donc que produisent Nietzsche, Heidegger, Rimbaud, Céline, etc ; de découper selon une autre ligne. Découper non pas le moi, ce qui resterait collé au moi, à l'humain, mais découper selon l'autre logique non visible ; briser la ligne d'attention, de décision, d'intention du lecteur, du survivant.

Evidemment lorsque l’on dit que l’intentionnalisation se plie à la bassesse du corps, ça n’est pas nécessairement ou exclusivement le corps physiologique, qui n’y peut mais ; c’est ce corps immédiat en tant que le moi, le pauvre moi, ne peut pas imaginer d’autre satisfaction, d’autre bonheur que celui du « corps », que le bonheur du "ressenti" ; de là qu’il se cantonne à imaginer ou vaguement attendre une plénitude irréelle. Le bonheur kantien du beau et non pas comme horreur sublimissime, l’écrasant sublime, que Kant approche à pas de loup, pas fou (d’autres se chargeront de cette folie) ; ce en quoi Kant se doute bien que le poétique et l’esthétique, très loin, échappent fondamentalement à l’universel ; le sublime est l’écrasante ontologie si le beau est la joliesse rassurante … Soupçonnant que l’universel soit juste une station, nécessaire mais réduite, de l’ampleur de la structure effarante ; Kant essaie de stabiliser la démesure ontologique du formel arc de conscience, de le circonscrire comme conscient, peine perdue mais il se réserve l’incompressible ontos, nouménal, rusé autant que Descartes est lucide.

Un arc de conscience est issu directement de la cervelle, mais s’instancie vers le réel, aussi est-ce la ligne de séparation du corps qui se joue et qui se joue indéfiniment ; le fantasme est cette ligne là, mâchouille, il est à charge de poursuivre la ligne du fantasme selon cette articulation au réel de plus en plus distordue en une orientation qui peut passer comme désorientation, que le corps ne comprend pas, ni même la cervelle, qui vagit ; jamais le fantasme, soit donc la surface du corps, n’est abolie, et si l’on ne se tient que du conscient, on reste pris dans la ligne du fantasme (qui est non une chosification mais un bord et ainsi totalement hors champ) ; or cependant l’arc de conscience n’est pas le conscient ; le problème étant que dans l’arc de conscience on ne tient pas ; il est d’une dureté impitoyable, inhumaine, antérieure à l’humain, l’humain n’est qu’un effet pour l’articulation au réel, de même le moi ; et c’est selon l’arc que les sujets impossibles se sont galvanisés.

Jusqu’à la révolution on pouvait imaginer la ligne d’horizon de l’humanisme (tentant de remplacer la ligne de mort du monde comme il va, de la violence entre tous) ou de l’universel, jusqu’à Descartes, mais ensuite c’est autre chose qui commence ; Kant rationnalise, esprit lucide presqu'aussi bien que Descartes, et clair et net, interfaçant et détourant, mais les idéalistes qui suivront s’engageront dans le piège mental du sujet ; son impossibilité ne permet pas de le penser (de même que Leibniz et Spinoza tenteront de résoudre l’autre problème ; l’étendue et la possibilité du monde, l’objectivité de la pensée posée là, au-devant, par Descartes qui, mine de rien, a tout expulsé hors de notre structure, elle-même transformée objectivement en « cet-être », Descartes offre le regard nu et autre, y compris regardant dieu). Pourtant s’exposant intégralement les idéalistes allemands appuient via la source même ; épuisant ce tourment, d’une conscience qui se réfère à elle-même de laquelle ils espèrent LE contenu de révélation, le secret intérieur ; mais d’intériorité de cette conscience qui n’est pas le conscient, il n’en existe pas ; l’arc de conscience est tel que Husserl et Sartre le présenteront en le démontant ; un vide sidéral, sidérant … et hyper actif.

C’est sur la piste de cette hyper activité que s’agitaient les idéalistes allemands, qu’approche Hegel ; que l’arc se prédispose à être, prédis-position absurde, inquiétante, horrible, sacrée sans doute, le risque maximum ; mais Hegel croit que cette prédisposition cible justement l’être, alors que cette prédisposition est indéfiniment remise (comme le christique) ; le résultat est invinciblement relancé ; ça n’est pas l’être qui existe, mais l’exister. L’arc structurel de conscience qui coïncide (si l’on peut dire et en ceci d’une manière très étrange) avec l’arc du réel, en tant que le réel est le présent.

L’arc réel n’occupe qu’une infime part de la réalité mais cette part c’est le réel de la réalité, le Bord du donné ; et là où il s’ex-siste c’est par la surface, tout aussi impossible, du corps, la ligne de séparation, et c’est cette ligne qui traverse chaque moi, en plein, ligne insituable, étant ce par quoi tout le reste est délimité et, en tant que ligne, non visible ; l’arc de conscience est cette ligne comme surface du corps.

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