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instants philosophie

Cartographie du réel

7 Mai 2016, 08:21am

Publié par pascal doyelle

La philosophie ne fut jamais, jamais, sinon secondement (ce qui ne veut pas dire secondairement), une pensée objective ; elle fut, est, sera la mise en face de notre-être dans l’être ; que l’on définisse cet être dans l’être selon la pensée, le christique, le sujet, ou l’altérité, voir selon ce qui viendra.

Il est un être, au moins autant que l’on sache, qui peut exposer hors de « soi » tout ce qui est.

Evidemment en disant « hors de « soi » on ne sait plus de quel soi il s’agit ; puisque si il a un soi, ce soi est dans le donné et ou il ne peut pas objectiver ce qu’il est, ou il peut tout objectiver et lui-même n’est rien d’autre que cette opération, cette fonction de copier-coller, et du dit « soi » il ne reste rien ; version rationaliste objectiviste réaliste naturaliste, en gros, un regard absenté).

L’autre possibilité permet de constituer ce regard hors de tout champ (regard qui, bien qu’exclu, élabore, contradictoirement selon la logique plate, sa propre latitude) ; sans doute pourra-t-il désigner son corps, sa cervelle, son langage, son inconscient, tout ce que l’on voudra, mais la question demeure ; quel est le regard qui expose tout cela ?

On a pu entendre que la pensée pensait, que le christ sur-existerait, que le sujet était doté d’une structure, cartéseinne, kantienne, hégélienne, mais retorse, que l’altérité se voulait elle-même (comme volonté ou comme Etre heideggérien), occupant ainsi une sorte de réserve antérieure ou éternelle ou essentielle ou inaccessible (mais accessible quand même), et ce en prolégomènes à la réalité donnée là ; un réel antérieur à la réalité.

Il est clair que toutes ces configurations et figurations remplissent parfaitement leur rôle ; lancer une interface suffisante entre nous et nous-mêmes de telle sorte que le regard innommé puisse se déplier lui-même et conséquemment, puisque ce regard est ici et maintenant (on ne voit pas l’intérêt ou on ne voit plus l’intérêt qu’il soit un Regard par-dessus la montagne et qui nous visualise d’en-haut , puisque l’on n’accède pas à ce Regard, on n’en saisit pas tous les éléments, les compositions), et conséquemment donc que, se dépliant, il soit aussi la perception décuplée de la réalité, des réalités, des réels, voire du réel même. Le regard et son élaboration, le retour, la réflexivité, que l’on opère sur son être, crée l’interface surpuissante qui déplie ce regard situé en un Point externe qui expose toute réalité.

Il est ainsi un être, étrange, qui peut regarder, observer tout ce qui est à partir d’un point, d’un point de vue mais qui est un Point (ce n’est pas un point subjectif, puisque cet être existe réellement), et de telle sorte que lui-même entre peu en ligne de compte, et soit tellement retiré, en retrait, hors de, que tout le reste soit « là-devant ». D’où l’étonnement ou l’horreur d’exister (d’aimer le monde grec, de souffrir de tout christiquement, de jouir cartésiennement, de ferrailler selon l’altérité).

Ce point externe est dit « externe » parce qu’il n’a pas de lieu dans la réalité (si il se possédait d’un lieu il serait dit extérieur, de même sa constitution est dite interne et non pas intérieure), est le plus bizarre réel qui soit.La traduction de la pensée par la raison, le remplacement de ce qui fut la pensée par la raison, consiste à expliquer le donné par le donné ; ce qui est tout à fait légitime ; mais ce faisant est exclu du champ (de conscience) le regard même qui rend possible qu’il y ait pensée, bien sur, et raison, de plus. La raison fait comme si ce point était non existant ; il serait donc le simple rapport du donné vers lui-même (soit la réflexion et non la réflexivité qui est "que cet être s'en prend à lui-même dans son être même", Heidegger et Sartre ne pointent pas cela par hasard) ; on est doté d’une cervelle qui compute, mesure, définit, ce qui est vrai, et elle s’utilise à copier-coller le donné vers le donné, sauf que en seconde part le collé est su, connu, analysé ; il n’est pas en creux un point Autre mais seulement éventuellement une subjectivité (qui sera décomposable en éléments du donné, une psychologie, une neurologie, une pathologie, une dysfonctionnement peut-être) qui s’utilise seulement comme « support » de la raison et aussi jolie ou angoissée soit-elle, sa joliesse ou son angoisse ne signifient rien de transcendant du tout ; juste un mauvais réglage des compostions.

Le regard dans la raison, est en somme le regard de dieu, mais un dieu dépouillé, abstrait, absent, non assigné.

A l’inverse la philosophie s’attache, s’acharne et y réussit, contrairement à ce qui se ligue (même à l’intérieur de la philosophie, qui a pris le pli de se couler, lâchement, dans la raison, suffoquée par Kant, sans voir que Kant qui annule la métaphysique c’est pour instaurer l’ontologie, à la suite de Descartes, une ontologie dite transcendantale, superposée aux contenus, aux cadres divers de la raison, en plus de cette raison), la philosophie donc creuse le « lieu » en lequel ce regard non identifiable, existe.

Le « lieu » est à ce point étrange et autre que son investigation entraine, inclut, emporte, embarque la re-Création du donné lui-même ; lorsque les grecs pensent, de l’externe, le monde, ils engendrent une quantité fastueuse de différenciations au-dedans même de la perception, de la sensation, du langage, des notions, et inventent cette suréminence ; les « idées », soit donc les rapports nouveaux à la réalité et au réel ; nouveaux au point de devoir créer le vocabulaire qui permette de distinguer ce qui auparavant ne l’était pas et surtout les distinctions qui auparavant n’existaient pas ;

nous ne sommes pas dans la réflexion et la raison qui copie-colle le donné sur le donné (ce qui s’installe dans la répétition de la même structure, le sujet absenté, et non dans l’avancement de la structure, du regard lui-même, du point externe qui se plierait et replierait sur, pâr, vers lui-même afin d’épaissir le fil de séparation du réel vis-à-vis de la réalité et du réel pour le réel),

mais dans la réflexivité qui crée son trajet dans le monde et ce en empruntant le cheminement, le tour et re-tour du réel ; le regard, le point externe crée son trajet (qu’il doit donc décider, par les grecs, le christique, le Un de Plotin, le sujet cartésien qui sait bien qu’il avance d’un seul pas, volontairement, et que dire des pensées de l’altérité qui se jettent dans l’Autre donné « là »). On ne peut pas remplacer Rimbaud par quiconque, ou Nietzche ou Descartes ou le christique ; le fil de séparation de la réalité et du réel (au-dedans de la réalité et au-dedans du réel, c'est un fil interne au donné et pas seulement, de l’un par rapport à l’autre) est tiré de sa propre délicatesse distinctive ; c’est en ceci que l’occidentalisation de la réalité et du réel a produit une ontologie immédiatement en accès direct par chaque regard, chaque arc de conscience (qui est la division pure et brute et n’est aucune unification ou réunion ou réconciliation).

Et une ontologie accessible à chacun en telle sorte que ces distinctions soient atteintes non d’un savoir relégué, shamanique, spirituel, ou réservé à tel ou tel corpus (fut-il mathématique), mais ontologie accessible d’être constatable par tout un chacun (pour peu qu’il le veuille, ça ne se fait pas sans rien, il faut se convertir au regard-en-plus qui vous déracine, et déracine du groupe et du langage, comme Socrate ou le christ, c’est le même), et constatable et ayant effectivement opération d’actuelle expérimentation ; on voit, on sent, on admet, on longe par le corps les idées qui font-voir le donné et le là du donné ; parce que non seulement c’est le donné qui est vu à neuf mais aussi le « là » du donné (cad le « là » de tout et n’importe quel donné), qui est lui-même, en chef, perçu ; il est une perception, mentale ou intellective comme disent les grecs, ou existentielle ou sauvage ou de réflexivité cartésienne ou de rupture et rassemblement rimbaldien, du « là » qui est le « lieu » à partir duquel on perçoit en pensant ; étant entendu que « penser » signifie tenir à distance à partir d’un Point que l’on ignore, mais externe, tout ce qui est, au-devant ; du « là » comme lieu du regard externe, ayant ainsi déployé, déplié son fil.

La dimension c’est cela. La verticalité (du Bord, du regard externe) qui est insituable puisque celle à partir de laquelle tout le reste est situé ; comprenons que dire « c’est le lieu à partir duquel, etc » ne sert pas du tout à l‘identifier mais à le localiser ; et que pour le localiser il faut donc élaborer une cartographie, et cette cartographie est dite, ici, l’ontologie.

Restructurant la définition de l‘ontologie de l’être en tant qu’être, lorsque « être » s’entendait comme une idée ou comme l’Idée de idées, faisant l’objet, suréminent, d’une définition métaphysique ; le métaphysique c’est la tenue du « lieu » comme et dans une pensée, dont la pensée est censée rendre compte, la différence, la distanciaiton est localisée dans le penser, un système ; dans la perspective qui voudrait que le discours lui-même et seul nous offre l’être, discours tourne-variateur des intentionnalisations possibles comme point-externe qui ouvre le monde ; métaphysique s’emploie jusqu’à Descartes ; Descartes est déjà critique au sens kantien, y compris Spinoza et Leibniz malgré qu’ils en aient,(ça n’est plus la métaphysique mais une méta-métaphysique pour ainsi dire, ayant à intégrer-annuler le sujet ou l'étendue, cad l'altérité du monde), ce que solderont et creuseront Kant et les idéalistes et Hegel.

Inversement, et ici, la métaphysique est une partie de l’ontologie et l’ontologie est la description de tout ce qui est « là-devant » mais y compris la tenue de cet être spécifique lui-même qui veut décrire le « là-devant » … le regard se déporte hors du regard qu’il est, autrement dit par l’ontologie, cet-être, ce point externe qui est hors champ, se décrit lui-même, sous entendu ; compte tenu qu’il ne sait pas ce qu’il est, et qu’il ne peut pas user du monde, de telle partie du monde, du langage (et encore moins de signes imaginaires ou spirituels ou éthérés) pour se désigner ; il doit travailler sur un autre plan (celui de l’ontologie qui se crée au fur et à mesure) et imposer dans les signes et dans le langage et dans le monde et via son corps une Autre, une Nouvelle transcription de ce Point Autre, de ce qu’il perçoit. De ce qu’il perçoit à partir de ce Point Autre et de ce que de ce Point Autre il comprend.

Ce repli, dépli et pliage du Bord, du fil du réel, étrange, qui augmente le trajet de division, le Bord de la réalité en tant que réel hors-champ du monde, il en est absolument question philosophiquement et c’est ce que les grecs et le christique et le sujet cartésien kantien, hégélien, puis ce que les pensées de l’altérité (Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan) explicitent. C’est totalement net et clair (même si on ne sait pas « où » l’on est en pensant, dans et par la réflexivité, soit le retour ou re-tour sur « soi » et que l’on traduit ici, comme le tentèrent Heidegger ou Sartre, en dénommant que l’on ex-siste ; on sort-de mais ignorant de « où »). Pareillement les grand sujets du 19éme, ces arcs de conscience extrêmement brutaux, affrontant en pleine face que chacun est livré au donné là d’une part et que chacun se tient au plus près de l’arc du regard effroyable dénudé, s’en prenant au corps, au moi, à l’humanisation même, à l’universel étal et plat, glissent le long de la division, dans et par le regard insituable, tout comme chaque moi, dans sa structuration personnaliste, se tient en équilibriste sur la ligne du corps, de la pression et de la dépression.

C’est ce que l’on nomme d’une part le retournement, grec, et d’autre part le renouvellement, christique ; à chaque fois un Point Autre, absolument non compréhensible, qui se relance on ne sait de « où », et incompressible ; ce qui veut dire que si on l’ignore, il reviendra mais dangereux et défiguré ; ignoré (comme le moi qui croit qu’il est « moi »), absenté (comme la science et l’objectivisme et la raison remplaçant la pensée), ou annulé (comme les théories philosophiques qui font comme si l’architecture de 2500 ans s’annulait sous leur shamanique regard, réintroduisant du reste, par le côté, une « magie » que la philosophie a banni il y a 25 siècles), si on ignore cette dimension structurelle du regard externe, toujours et radicalement en plus, on déchoit, on succombe, on oublie ; plus de creusement interne ni externe, plus de Bord du monde ou de la réalité, plus de Possibilité pour chaque conscience ; de Possibilité structurelle, juste seulement et rien que des aménagements divers pour supporter l’angoisse et le désir. Plus aucune remontée dans la Cause et une attention exclusive aux effets ; impossibilité d’ontologie intellective, réflexive qui expose, clairement, le lieu du regard et l’étrangeté de tous ses/ces effets.

or cependant au sein de l'aplatissement de tout, il y eut tant de super sujets impossibles, qui s'animent à réintroduire dans la platitude, une ontologie encore plus réelle, précise, exacte (dûe à la proximité de l'arc du regard et du corps, nus, sans rien) et ayant à élaborer de furieux systèmes d'exactutude, dont la précision ne le cède en rien aux systèmes métaphysiques ou aux distances critiques ; l'arc de regard, externe, continue de s'élaborer en interne ; il ne peut pas ne pas être Autre. Et sa précision en est accrue de justement l'actualisation suréminente de son attention, arcboutée au corps, au donné, au temps, au regard des autres, et remodelant incessamment le langage, autant de signes explorant le donné "là".

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