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instants philosophie

Embrayage par-dessus l’humain

17 Mai 2016, 16:54pm

Publié par pascal doyelle

Contrairement aux proclamations d’échec et d’échouage de la pensée occidentale, de la philosophie, de la métaphysique, de tout ce que l’on voudra, il est indubitablement et radicalement une ontologique absolument et originellement réalisée depuis 25 siècles, si on restreint à la confluence grec/christique et monothéismes, et qui s’est développé, qui a investigué, creusé à même l’acte de conscience, exposé l’être-le-là et exhibé le dedans de la structure (cad le dedans sans dedans, qui a ainsi feuilleté le fil sans épaisseur du Bord du monde, qui est aussi le fil séparateur de chaque corps, d’une cervelle dont sort vers le réel, le « là », un arc de conscience, une tension séparatrice).

La pensée a rendu réelle et effective l’ampleur de son ambition et ce à la racine ; il faut quitter l’immédiateté de telle ou telle réaction (qui se fonde surtout par un agglomérat opéré qui colle la raison du 18éme à la pensée native) et prendre un tant soit peu une hauteur suffisante ; il s’avère que ce mouvement de réflexivité, de retour sur notre être, sur sa spécificité, et qui doit donc nous délivrer la vision exacte de notre situation, ce retour dévoile l’articulation vers le réel, vers le donné là, le monde, et le « là » du donné (qu’il y ait un réel, que « cela existe ») et cette articulation, analytiquement observée, d’abord explore toute l’amplitude de l’intentionnalisation qu’il est possible de soutenir vis-à-vis de ce qui est, l’être au devant et notre-être/dans l’être, et ensuite approfondit ce rapport à notre être tel qu’instancié à la surface du monde ; à partir de Descartes.

Descartes nous déplace sur le sol même ; le sol exactement donné là, l’étendue du monde, et commence d’approcher nous ayant suspendu au dessus du sol, mais aussi par-dessus notre propre exister, sa structure et que l’on commence d’interroger ; lorsque le regard se tourne vers l’activité actuelle de notre être, il le transforme en cet-être posé-là ; Kant, Hegel, et tout l’idéalisme allemand, et Husserl, mais puisque c’est cet-être, cette structure, il est clair qu’elle ne concerne pas seulement la compréhension universelle, dite métaphysique, dans un discours, un énoncé discursif, et ne concerne pas exclusivement la philosophie ; la découverte de la structure autour de la méditerranée a engendré quantité de possibilités ; l’esthétique, poétique, politique, éthique, l’acculturation et l’humanisation et la personnalisation déploient cette structure ; la philosophie faisant office d’atteindre au plus près de cette articulation opérante, de non pas être la réflexivité même qui se divertie en quantité d’effets, mais de réfléchir sur cet-être qui est en lui-même réflexivité, créant des logiques de comportements, des politiques des corps, des connaissances du donné, des œuvres et des décentrements constants ; ce par quoi cette structure se représente elle-même autant qu’elle le peut, et elle est la Possibilité même (il n’y en a pas d’autre). La philosophie opère la réflexion sur la réflexivité, cet activisme qui atteint toute l’humanisation.

Et donc le regard, que nous sommes, veut se voir ; et on saisit immédiatement la difficulté ; on va spontanément toujours présupposer quelque chose antérieurement à la vision ; mais toute présupposition est déjà elle-même prise dans la vision ; le regard est premier et le demeure ; c’est donc peu à peu et par reconduction de l’attention que l’on va supposer tout à fait autre chose et autrement ; non pas qu’il y ait une pensée antérieure à la pensée, mais qu’il y ait une structure ; et cette structure antérieure est désignée par Descartes pour la première fois, nette et nue (et déjà ré-institué par la pensée grecque et le christique, selon l’anfractuosité créée ; l’être est ce qui contient les mondes, le « là » qui contient les donnés, l’abstraction créant non plus les contenus mais les conditions des contenus et le christique annonçant que l’on surexiste, en quelque sorte, hors de la naissance et mort d’un vécu) . Et structure antérieure exposée d’une attention plus avancée encore par Kant, Hegel et Husserl, tout comme elle s’acharnera à non seulement se décrire mais aussi à se situer sur la place et le lieu du donné « là », de l’altérité nietzschéenne, heideggérienne, sartrienne et lacanienne. C’est un dépliement de la structure et son arc majoré par-dessus tout donné, étant l’augmentation du Bord du monde (et de l’arc de conscience dans un corps).

Que cela soit douloureux, voir horrible et dans tous les cas extrêmement incompréhensible, puisque nous en jugeons de ce mouvement d’arc en ciel non du miroir de l’image que nous croyons être ; non en nous acceptant comme cause de ces effets mais en tant que nous nous percevons en tant qu’effet sans comprendre comme nous sommes causés par cet-être, cet arc, cette structure ; qui est absolument autre.

Mais comme il s’agit de la structure-même (une articulation réelle et autre que la pensée ; ça n’est pas la pensée qui crée la conscience-structurelle, c’est la conscience-structurelle qui nait de la cervelle et de la cervelle-vers le réel, qui crée la pensée, le langage, etc), ça ne s’arrêtera pas à la progression philosophique de l’attention qui fait retour sur cet-être ; un arc de conscience s’ex-siste et il s’ex-siste par tout le corps, par le point d’un corps posé « là » sur la surface du monde et créant rien de moins que la nouvelle surface de l’Autre-corps ; et c’est pour cette articulation, par ce ressort que l’arc de conscience se réfléchit, en seconde manière, par la philosophie mais se pré-voit par ailleurs et originellement et pluriellement par l’esthétique, la poétique, l’éthique, la politique et l’idéel, et tout comme il s’invente comme humanisation (révolution) et comme personnalisation ; tout moi se crée, s’invente dans son arc de cercle en propre (dont la psychanalyse expose les tours et dé-tours et re-tours ; de cela la complexité de Lacan ; le miroir est in-situable de ce que l’on prend comme images ; ça n’est pas Lacan qui est incompréhensible, c’est le réel qui est incroyablement distordu de fait).

Autrement dit il est un être, spécifique ; qui se sort de tout monde particulier et ne fait plus confiance aux contenus ni aux groupes ni aux représentations et doit inventer constamment le vocabulaire, les signes, les images de sa propre expérimentation de l’existence débarrassée de tout recouvrement par un monde particulier ; ça n’est pas seulement la science ou la raison qui valent universellement, mais l’expérience de l’indépendance de chaque arc de conscience, en ses œuvres esthétiques ou politiques ou en sa réflexion, philosophique, sur cet arc ; la compréhension hyper objective de cet-être posé là introduisant dans le rapport qu’il est, ce rapport lui-même.

La reconduction (l’introduction du rapport de conscience dans son être spécifique, au lieu de son imposition dans le monde dans des contenus) est spécifiquement l’opération continuée par Kant ; on se moque du nouménal, mais on ne peut que recalculer postérieurement ce dont on est l’effet ; on ne remonte à la cause, cette structure de conscience, que de la renommer reconduite ; de même il revient à Hegel de penser l’étrange précédance ; la précédance tient en ceci ; ce qui est, est tiré du futur, de l’à-venir ; autrement dit l’être est attiré par ce qui n’est pas ; cela revient à dire que dans la réalité réalisée, il est une dimension virtuelle qui attire à elle ce qui n’est pas encore ; ou plus raisonnablement que la forme actuelle de ce qui est, est plus importante que la réalité donné, déjà réalisée ; la réalité se modifie par ce qu’elle attend.

L’ensemble des descriptions aboutissant à définir ou délimiter l’activité de cette structure en tant qu’elle s’auto-réalise, en tant qu’elle se rend réelle ; en tant que cessant d’être perçue extérieurement (via l’absolu au-delà, qui fait office de révélation, de regard pointé en externe sur nous, sur le monde) elle remonte, au prix de son effort ardu, de la reprise de son corps, de sa perception, du groupe humain, du langage, etc, elle remonte dans la structure et la forme qu’est son attention, soit donc l’attention étant la pointe qui oriente ou désoriente, introduit ou conclut indéfiniment sa Possibilité même ; et cette pointe est non remplaçable ; aucun discours, image, signe, langage, aucune causalité ou détermination, ne la représentent ; elle se re-signifie, par et dans la réflexivité, mais n’est signifiée par rien.

On saisit par là la difficulté de décrire (en réflexion et philosophiquement donc mais aussi via les possibilités réelles, de l’esthétique, politique, etc) ce retour qu’opère l’arc de conscience. Et comment prennent place les retournements grecs de la réalité à partir du réel, la suspension cartésienne et les avancées dans l’altérité ; il faut non seulement penser ces déplacements sur la surface du réel, mais les ressentir comme autre Corps ; ceci mesurant les extraordinaires cruautés du théâtre de ces sujets qui passent outre leur humanité et leur moi ; états que l’on interprétaient comme divins autrefois, y compris de la pensée grecque comme divine, super essentiels, la pensée seule nous permettant d’augmenter notre être, de le sortir de son état donné, et y compris de la conversion d’un corps dans l’autre, du christ. Et y compris de la difficulté incompréhensible d’être un moi, de se tenir au plus près du réel de la réalité d’un côté et contigu à l’arc de conscience de l’autre.

En somme Descartes a aperçu et toute la philosophie avec lui, que la perception de la structure ne relève ni du donné, du corps, ni de la pensée, ou de la raison, mais de ce que Kant nommera, par ex, l’aperception transcendantale ; isoler cette intuition c’est être saisi (et non pas se saisir comme l’entend la raison, la pensée ramenée à la raison, traitant le réel sous la formulation d’un objet) être saisi de l’intuition si spécifique de l’articulation, l’intuition structurelle (que Descartes perçoit, comme Kant, comme Hegel, que les grecs orchestraient dans et par la pensée, que les pensées de l’altérité nommeront la Volonté ou l’Etre, etc ; comment penser autrement ces étrangetés, sinon de l’Altérité même de ce qui existe ?) ; et ce qui se donne ou se laisse entendre par le poétique (etc) lorsqu’il entame l’ontologie pure de l’arc de conscience, ou lorsqu’il donne à voir le monde, le donné ou le vécu dans le faisceau, celui, entre autre, du renouvellement du corps, du retournement du monde, de la distance ontologique inscrite dans l’œuvre.

Il s’agit dans tous les cas, dans l’occidentalisation du monde (qui prend pied autour de la méditerranée, Moyen-Orient y compris), d’éprouver une autre sorte de réel, et d’y accrocher le corps entier, l’Autre Corps, de distinguer dans tout son feuilletage le fil qui découpe le monde, de percevoir à partir du Bord et du corps ; l’introduction d’un Corps spécifique par la pensée occidentalisée est fondamentale. Et le feuilletage du Bord de la réalité n’est pas déjà réalisé ; il ne peut dépendre de rien sinon de sa propre avancée ; puisque ce qu’il réalise n’existe que se détenant de l’arc de son exister, du présent qui n’est pas. C’est pour cela qu’il existe.

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