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instants philosophie

L’occidentalisation du corps

10 Mai 2016, 13:50pm

Publié par pascal doyelle

Une "conscience" n'est pas un contenu, ni le conscient, ni un sens quelconque, mais est la tension qui sort de la cervelle, de toute, de chaque cervelle, vers le réel donné « là » ; cet arc est une structure (ouverte et vide et formelle, quels que soient les contenus, l’identité, le sens qui s’utilisent comme signes et symptômes et représentations erronées mais fécondes) ; cette structurelle conscience est un rapport-à, soit à toutes les déterminations du monde, du vécu, du donné, soit à un-seul et même-réel ; la positon du réel tel que « là », au dehors. Un arc de conscience est positionné à partir du corps et se déplace selon la ligne qui sépare un corps en deux. Le corps, comme surface, fait office de rapport et, comme corps, se déplace dans le monde ; la finalité est d’obtenir un corps subtil qui sache manœuvrer, naviguer entre l’interne et l’externe, l’arc et le réel, en usant du dedans et du dehors ; c’est ce qu’invente l’occidentalisation.

Comme le dit rapport est rapport à (soi) (et que ce « soi » est le rapport lui-même), il est dit libre-pur-et- brut ; il dépend de lui qu’il réalise ou non sa structure ; évidemment la structure existe telle quelle, mais elle peut devenir (une chose est assignée à sa détermination, le rapport est non assigné à quelque détermination que ce soit, raison pour laquelle il les fait tous défiler au devant de lui et ajoutons-nous ; il les fait défiler en son corps même). Il existera et a existé d’innombrables races sidérales, qui se sont perdues. Peut-être quelques-unes seulement naissent, absolument parlant.

Etant rapport à (soi) et le soi étant innommable, il est libre pur et brut ; sa délicatesse doit se créer d’elle-même, se subtiliser, et donc parfaire son corps (et donc notamment abandonner la violence, la ligne de mort du monde, et admettre l’universel, cad la transformation de la violence physique en « violence intellective », celle qui ne cause pas de morts et qui s’exprime dans les combats de la pensée, de la représentation, de la subtilisation, modification du corps); or il est de l’invention vibratoire de l’occidentalisation de découvrir des possibilités de corps, inconnues et extrêmement douloureuses ; on peut considérer d’une certaine manière que l’on a poursuivi l’invention du corps (lâché hors de tout monde humain particulier, en lequel le corps est assuré par un groupe et son langage et de plus ajoutant une autre voie aux grandes mystiques du corps, hindouistes, bouddhistes). Il apparait alors que notre dernière invention civilisationnelle, le moi, la personnalisation (prenant la suite de l’humanisation) est de plein fouet le bord extrême de ce devenir structurel.

D’un autre point de vue, celui d’une logique de « complexité », on a tendu l’arc de conscience du plus loin qu’il nous était possible ; et tandis qu’auparavant la tension (toujours parfaitement égale à elle-même ; la structure de conscience est en soi parfaite et une) on ramenait disons un dixième du monde, du donné là, du corps et du présent, par l’occidentalisation la tension fut telle qu’elle a commencé d’assembler deux ou trois dixièmes de réalité ; ce qui implique une extensive et grecque concentration, une intensive et christique (et monothéiste) intention, une resserrée et étrange attention cartésienne suspendue par-dessus les pieds, et enfin une abyssale et inhumaine pensée de l’altérité possible (Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan, et d’autres en profusion, ces noms sont des signe sou plus exactement des marques sur le cheminement, sur l’avancée, et non le chemin lui-même ; des trajets donc sur la surface unilatérale du réel). Il s’agit de lancer aussi loin que possible dans le ré-enroulement, la remontée vers la structure, vers l’antériorité, et de ramener dans l’autre sens le monde au plus éloigné possible. Autrement dit on va agrandir la focale du regard structurel en même temps que de l’installer au plus immédiatement présent ici et maintenant ; étendre le réel sous nos pas.

C’est pour cela que l’on souffre. Le trajet est occidentalement la souffrance même ; du reste c’est ce que tentent de restreindre les hindouismes et les bouddhismes (opérant par là une autre sorte de résolution du Même problème effroyable). Et on souffre lors même que l’on n’éprouve aucune douleur véritable et les mois, ces dernières possibilités, souffrent plus encore, encore plus nus mais d’une douleur très-étrange. Et si elle était assignable, ce serait mieux, mais ça ne l’est pas. C’est autre chose qui secoue l’espace, ce qui excède entièrement tout ce qui se rencontre ou s’exprime dans un monde : ça n’appartient à rien, antérieur à tout quelque-chose. C’est une autre sorte de souffrance, non identifiable, qui nous surprend de sa nature même, inconnue, non assignable et qui ne peut pas être répertoriée dans le monde et encore moins sur le corps ; le corps, soit « tout ce que l’on est » est surpris et anéanti par la structure de conscience ; elle voudrait bien qu’il fasse Un, Un en tant que tout, mais il fait Un, évidemment, mais Un dépourvu de Tout. Soit donc livré à une pure forme sans rien ; et sans satisfaction d’aucune sorte sinon l’activité de sa nature structurelle ; ce que Nietzche pré-voit, c’est la Vision de Nietzsche, ce qu’il répertorie et catégorise, et bien sur en utilisant un stratagème ; que cette surimposition sur le corps soit une Altérité, que l’on ne sache pas ce qu’elle veut, qu’elle soit « volonté », autre que la volonté du conscient et que Nietzsche oppose à tous les épisodes conscients précédents ; son activisme, créateurs de mondes, de formes, de possibilités, d’ouvertures dans le monde et hors du monde, étant antérieurement à tous les mondes, toutes les personnalisations, la grande psychologie première. Mais inhumaine et sans satisfaction ; elle jouit de son activisme et rien que. Et jouissance insupportable ; il faut acquérir le corps qui avance sur le fil du réel pur.

La douleur structurelle c’est l’activation de cet arc de conscience qui n’a plus de contenu, plus de conscient, plus de corps, plus d’humanité même, plus rien à sa portée ; elle est proprement démesurée. Pareillement Descartes, mais plus lucidement et plus cruellement en un sens, suspend la jouissance ; puisque la jouissance ne peut être que remise à jamais, puisque nous sommes doués du sujet impossible, qui tire son existence de ce qu’il est précisément impossible ; Descartes révoque en doute toutes les possibilités qu’il soit satisfait de quoi que ce soit ; et n’arque sa volonté que de la dériver sur un autre plan. Sur l’autre plan unique de la surface de réalité ; ce qui veut dire sur et par le réel de la réalité.

En ceci la pensée, depuis les grecs et le christique mais aussi antérieurement et ailleurs, est toujours parfaite ; ce qui n’a rien d’étonnant, c’est juste suréminent ; ce qui pense à court-circuité le conscient mais non pas pour se rêver imaginairement, mais afin d’agir et de réagir selon le Corps rendu tout à fait autre à lui-même. L’autre ou la nouvelle surface du corps est aussi ce que nous dresse à saisir les esthétiques et les poétiques ; que ça s’incruste bien en dedans, en dedans non d’une âme éternelle mais en dedans de la peau, des organes des sens, des organes tout court. Le devenir de l’occidentalisation est matériel, absolument, sans retour, sans recours, sans secours.

On a vu que l’arc de conscience n’est pas le conscient ; pas même et surtout pas en fait pour Descartes il ne s’agit du conscient ; l’arc de conscience, activé, crée des quantités de conscients , de mois, de mondes et de systèmes ; il n’y tient pas ; il expérimente (c’est pour cela que la science, l’objectivisme ou le rationalisme du réalisme, sont secondement des effets d’une volonté plus antérieure et ample qui a déjà décidé que tout se passait ici et maintenant, ici même, dans l’expérimenté pur et dur). Et lorsque le moi parait, suite à la révolution unique qui a délivré les consciences dans leur seul-corps, le moi prend de pleine face l’absurdité et la déréliction de n’être pas ; il ne cessera de se plaindre parce que sa souffrance est incommensurable : elle n’a aucun point de repère dans la réalité ; l’arc de conscience ne se referme jamais sur un conscient, une identité, un corps ferme et acquis ; il est pure dispersion, tout aussi égal à la dispersion d’un univers surnuméraire, livré à l’exposition et l’unilatéral.

Les anciennes configurations ne fixaient pas l’arc de conscience ; la pensée, dieu-le christ, le sujet instaurent l’impossibilité et l’activisme (quoi qu’il en soit des épigones et des églises, des interprétations ou des retranscriptions « idéologiques » au sens non péjoratif, soit essentiellement le réalisme rationaliste, celui du donné limité au donné) et les pensées de l’altérité dans le monde plat et étal du réalisme-humanisme-universalisant, (soit la traduction de la configuration en figuration depuis le 18éme), relancent l’absurde, la sauvagerie ontologique mentale, l’altérité de la structure ; évidemment en succombant parfois à sa démesure, son excès, sa garantie de l’accès au structurel.

Si il y eut révolte interne dans le structurel même, c’est que toujours s’est manifestée une révolution native ; la structure est toujours Autre que la représentation puisque la finalité même de la pensée, de la réflexivité est le bouleversement du représenté par l’activisme, des contenus par la forme de conscience ; grecs, chrétiens et autres (y compris les prophètes), Descartes et Kant n’agissent, ne décident pas autrement que Nietzsche ou Heidegger ; l’occidentalisation ne tient pas aux contenus mais se maintient de la forme même de tout contenu ; non de tel ou tel système mais du système formel qui s’est élaboré un par un seul nom à la fois et d’autre part dans les corps même le long de toutes les acculturations depuis 2500 ans. On ne peut pas faire semblant d’exister ; ce qui s’aperçoit par la structure, le troisième œil, le regard interne (qui n’a pas de représentation mais étire l’attention hors champ du monde, du vécu) courre le long du corps ; de chaque corps.

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