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instants philosophie

Le miroir originel

24 Mai 2016, 11:02am

Publié par pascal doyelle

Jusqu’alors on s’est focalisé sur les images, on a fait défilé quantité de tas de sorte d’images, et puis, il ya 2500 ans (voir un peu plus) on s’est interrogé sur le miroir, et le miroir a commencé de remonter au jour.

Platon pensait qu’il était possible de rendre compte des images non plus comme perceptions et sensations mais en tant qu’énoncés.

Il fallut Descartes pour que l’on puisse changer d’optique ; les images ne se doublaient pas d’idées, mais naissaient en et par un miroir ; évidemment c’est une simplification ; Descartes n’a pas à lui seul dévoilé la structure en miroir, mais il a marqué le repérage, tel quel, et avant les grecs il y a eu une sorte de forme de miroir et en d’autres sens, or cependant il fallait décider du sens d’orientation du miroir.

Il fut tenté alors, après Descartes, de dessiner l’encadrement de ce miroir ; Descartes, Kant, Hegel, Husserl, Sartre, Lacan (pour les repérages essentiels). La question des énoncés en ce cas posait problème ; les idées, les énoncés sont des effets du miroir mais n’atteignent pas le miroir ; il faut changer son fusil d’épaule et adopter une critique, une distanciation, aussi bien cartésienne que kantienne, qui puisse forcer l’attention en-deçà, en-dessous des idées ; en dessous il est un être « là » ; le dispositif des dispositifs cartésien, ou le sujet transcendantal kantien, ou le moi fichtéen ou la négativité dialectique hégélienne ou la conscience phénoménologique ou la volonté nietzschéenne, ou l’être-le-là heideggérien ou le point de conscience sartrien ou la complexité mentale lacanienne (etc); en bref on creuse le miroir ou tout autour du miroir.

Evidemment à chaque fois que l’on change de schéma de miroir on bouleverse les images à l’intérieur ; ou lorsque les images se modifient (les images du monde, de soi, du corps, des relations sociales, etc), cela remonte tôt ou tard sur le schématisme.

D’aucuns ont avancé selon un autre situé ; se demandant sur quel sol était posé le dit miroir ; des sciences, des théories de toute sorte, sociologiques, économiques, physiologiques (l’arc de conscience, le miroir, naitrait du langage, de la cervelle, de la socialité, etc) mais aussi des philosophies ; Heidegger interroge la surface générale sur laquelle le miroir est déposé. L’être-le-là.

L’enquête est très rigoureuse et très serrée ; parce que visiblement le miroir est cette surface au-dedans du corps, de là qu’il y eut un corps christique, par exemple, pour nous en permettre la représentation, ou si l’on veut la re-présentation ; surface au-dedans du corps qui se connaissait par des images et s’est décidée soudainement de dresser la cartographie du miroir lui-même.

Le problème est complexe ; parce que même lorsqu’il se pensait selon l’image, le miroir ne pouvait certes pas ne pas se figurer (les pensées anciennes ou étrangères sont extrêmement intellectives) ; et se pensant selon le dressage du cadre, du schéma de son encadrement de miroir, il apparait que puisqu’il cherche à se voir dans le miroir, que par ailleurs et de fait il est (le miroir n’est pas « rien », il n’existe pas que des images en lévitation, ce serait une sorte d’idéalisme très présent dans l’objectivité et les sciences et les théories philosophiques du pire), ça ne va pas sans disruption bizarre dans le regard, la cervelle, le corps ; et qu’enfin il ne peut pas plus susciter des images sans s’y introduire, qu’il ne peut se représenter, via des images, sans se prendre pour/dans ces images ; et dans tous les cas de toute manière on ne perçoit jamais que des images, le miroir n’apparait pas dans le miroir.

(Même lorsque deux miroirs se font face ; il faut imaginer que les images s’enfilent les unes dans les autres à l’infini sans que les miroirs ne s’y reflètent ; le face à face de deux consciences est incompréhensible, fondamentalement, et donc introduit un troisième terme qui rend encore plus complexe le dialogue, pour ainsi dire, qui est une image, ce troisième terme, mais qui contiendrait le miroir, supposé)

Le miroir n’apparait pas dedans le miroir, mais pourtant il se sait ; voilà donc ouverte la dimension, que l’on puisse percevoir un réel (le miroir) sans le voir ; la « troisième » perception est celle que l’on ajoute ; que la philosophie ajoute quasi explicitement (elle le nomme « la pensée » ou dieu ou le sujet ou l’esprit ou la volonté qui sait qu’elle veut sans que nous sachions quoi, ou le sujet inconscient) ; ça ne se perçoit pas mais cela se « conçoit » et il faut entendre concevoir selon les diverses possibilités que l’idée, la pensée, le système, la volonté, l’intentionnalisation, l’Etre ou l’être reçurent ; et si l’on s’étonne qu’il y ait eu tant de représentants, de signifiants du miroir impossible, il faut se rappeler que le miroir est originel ; il est à la base, à la source, à la racine et que tout ce qui est se produit à partir de cette structure de base et que donc il se peut que le miroir soit « en lui-même » inépuisable, au sens aussi bien d’inépuisablement possible. Mais quand même tout a une fin, et il est de plus en plus temps, pour ainsi dire, de comprendre que c’est le miroir, invisible, qui perçoit.

Et l’on voit alors qu’il dépend de lui-même. Il dépend de lui-même de continuer à se rechercher en détournant les images afin que par les images, qui seules apparaissent, il puisse recomposer ou reconduire ou dessiner ou schématiser le contour du miroir-même qu’il est.

Il est très clair que si l’on se prend pour l’image, on ne voit pas que l’on est le miroir ou plutôt que le miroir est cet-être ; parce que ce serait encore le prendre pour ce qu’il n’est pas que de croire que ce miroir est « nous-mêmes » ; la vérité est que nous sommes les images dans le miroir, d’une part, et que d’autre part nous ne sommes que cela, et que pourtant et par ailleurs il existe un miroir et que donc on ne peut pas se prendre pour le miroir … (ce qui est très cru) mais qu’il faut utiliser les images de telle sorte que l’on puisse approcher de la structure du miroir et ceci sans oublier que néanmoins nous possédons de manière insigne, pour ainsi dire, l’intuition (selon une perception ou vision bizarre ou Autre) de l’existence du miroir, d’une surface ;

rien d’ésotérique en cela, du moins a priori (après on croit ce que l’on veut), parce qu’il est quand même logique d’admettre que le miroir se sait … si lui, qui s’utilise afin de refléter, ne saisissait pas instantanément qu’il est lui-même un miroir, il n’aurait aucune utilité et même aucune existence ; dès qu’il reflète quelque chose, il voit bien qu’il est un miroir ; on n’a pas précisé mais on suppose évidemment, que ça n’est pas vraiment un miroir … et que par refléter il faut entendre un mécanisme d’une autre nature que mécanique … c’est un se-savoir ; un se-savoir plus qu’inquiétant ; si l’on est l’image qui se pense ou se perçoit par contrecoup du miroir, celui-ci mène la danse. Pourquoi ?

Ce qu’il faut comprendre c’est que la réflexion, est réflexivité par le biais de l’horizon ; à savoir qu’en plus de refléter, le miroir reporte lui-même ses images vers l’horizon et que l’un en l’autre il se situe ; les images lui servent à se figurer sur l’horizon, cad là où il nous délimite ; et d’autre part il se situe sur le sol, le sol même qui existe ; qu’il est ce report et ce rapport. Que l’horizon sur, vers lequel il rapporte ses images et lui-même, est l’horizon du monde, soit donc le bord du monde ; de là que pensant ou imaginant ou décidant ou désirant c’est en ce monde, et non plus un monde humain particulier digne de sa propre synthèse, mais le monde-même, le donné, cad « ce dont on attend un résultat sonnant et trébuchant » et non plus une révélation absolue venue d’en haut ; et résultat qui se voit sur, par, pour le corps ; la psychanalyse à mille fois raison (même si en tant que théorie et aussi vraie soit-elle, elle croit occuper toute l’explication, ce qui est faux de toute théorie, excepté celle philosophique, qui justement de ferme pas le dimensionnel, ne conclut pas), ou plus précisément la psychanalyse n’est pas raison parce qu’elle est la psychanalyse, mais parce que la psychanalyse est survenue de par la proximité de l’arc de conscience, du miroir, de la surface interne d’avec le corps, et ceci puisque l’on inventé le moi, la personnalisation (comme poursuite réflexive de l’humanisation du 18éme et de la révolution).

La reconduction de l’image vers le miroir, d’il y a 2500 ans, c’est cela qu’elle a mis en marche ; que le résultat, constatable, soit l’horizon du monde, auquel renvoie le miroir ; et reconduction qui travaille et travaille, mille, cent mille fois, jusqu’à aboutir à la dite reconduction psychanalytique, ou le sujet sartrien ou la volonté nietzschéenne ; de mettre le doigt, la main sur le miroir, mais évidemment toujours le miroir existe-avant.

Le miroir se structure de l’horizon vers et dans le retour selon telles ou telles images, et donc parfois des images œuvrées afin de l’on puisse approcher de l’encadrement du miroir ; images entortillées et renouvellantes comme le christique ou retournantes comme les grecs, et fondamentalement de plus en plus intellectives (ce qui n’est pas intellectuelles seulement) ; par le troisième œil que le miroir puisse s’entre-apercevoir. Peu importe que le miroir naisse après tout le reste (le corps, la cervelle, le monde humain, le groupe, le langage, etc), puisqu’il occupe une position ontologique, autre, qui nait de par elle-même ; sitôt installé (dans une cervelle) le miroir voit l’horizon et se perçoit sur le sol-même. Il est entrainé par sa nature même, structurelle, et produit au-dedans de ce retour, l’humain et commence de restructurer la cervelle, le corps, la sociétalité, jusqu’à ce que prenant acte de sa spécificité il tente de ramener au devant ce qui jusqu’alors était constituant du constitué, des images (signes, langages, corps, etc) ; de toucher, d’approcher du constituant l’accélère … Le miroir qui se miroite lui-même, qui veut passer outre les images, les groupes, s’augmente structurellement et s’accélère comme constitutif.

C’est donc l’ensemble complet de la stratégie qui commence alors de se montrer ; qui traverse les images et les distord ; permettre qu’émerge la vision, du troisième œil, du miroir tel quel ; sauf qu’il ne parait pas, il existe ; et tout l’ensemble de la représentation depuis l’inversion du regard (qui autour de la méditerranée situe l’absolu, pour de vrai et de réel, ici même, ici et maintenant et non plus au-delà, et non plus dans l’entre soi du groupe mais par-dessus et en plus du groupe, hors de l’uni-regard communautaire), tout l’ensemble de la représentation fonctionne comme retours ayant pour finalité, structurelle, ontologique, de susciter dans les corps le soulèvement du miroir.

Le miroir et l’horizon n’ayant aucune représentation donnée dans quelque groupe que ce soit, doivent susciter leurs propres signifiants. De deux choses, l’une ; soit on admet la structure en miroir, soit on tente de la remplacer par un contenu, une image et l’on se prend pour telle ou telle représentation. Si on ne se prend pas pour une représentation, on se déplace ; on se déplace à la surface ; c’est ce qui arrive toujours pour tout arc de conscience, tout miroir, mais le savoir ajoute quelque dimension et c’est seulement ici que commence l’éducation structurelle.

Et la nécessité de revenir à toutes les trajectoires de sujets, qui furent jusqu’à ce moment. Raison pour laquelle il est une historicité.

Par ailleurs si le moi semble un piège abyssal (ayant lieu du corps), pour le miroir, il se révèle tout autant l’occasion, l’occurrence magistrale ; en somme, et pour figurer, si l’image était jadis gérée par la communauté et l’absolu au-delà comme point critique, chaque personnalisation est devenue (dans le cadre de l’Etat et dans l’acculturation qui sépare tout et tous) une micro élaboration de plus en plus précise d’image de ‘soi’ dont justement le soi est le miroir mais inversé, retourné, renouvelé. La question correspondante est ; comment imaginer un développement civilisationnel sans que chaque individué (ou une majorité suffisante) soit engagé en cette complexité ?

De toute évidence à la qualification des consciences on a préféré la quantité.

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