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instants philosophie

L’absence de fondement et la ligne du corps

4 Juin 2016, 08:54am

Publié par pascal doyelle

Lorsque la réflexion sur ce qui est arrivé à l’humain, soit donc la réflexivité, atteint Descartes, la réflexion devient la réflexivité ; c’est pour cela que soudainement la pensée s’échappe ; elle s’échappe vers l’infini de la volonté ; qu’elle soit ou non infinie, ou qu’elle soit « volonté » est un autre problème ou plutôt un problème en suspend ; il se peut que la volonté soit l’intentionnalité, ce qui sera sa nomination bien plus tard et encore plus par Sartre ; et il se peut que Descartes, qui ne pouvait quand même pas tout inventer ou découvrir, nommait par « volonté » l’intentionnalité, et que Husserl doit attendre Sartre pour que ce dernier débarrasse l’intentionnalité de tout idéalisme ; la complexité est réelle parce que l’être en cause est au fondement, à la racine ; tout le reste de ce que nous sommes en découle.

Pour Sartre une conscience, cette structure quasiment, presque, une conscience ne crée pas un dedans ; il n’y a pas d’intériorité ; pas d’intériorité pour le moi, et pas d’intériorité non plus pour la pensée ; ça ne crée pas un dedans ; ou donc le dedans est un externe ou plus précisément lorsque l’on durcit encore le principe et que la conscience est définitivement une structure, cet externe est un interne (puisqu’elle crée un espace-temps pour ainsi dire ou si l’on préfère un bord) ; cela revient à dire que le l’arc de conscience produit une épaisseur sur, dans ce qui n’en a pas ; et épaisseur qui n’existe que de son vivant, de son actualité.

Comprenons que l’épaisseur du trait structurel, d’un arc de conscience, existe toujours, constamment ; en quiconque ; sauf qu’il s’augmente plus ou moins ; il s’existe plus ou moins et selon son intentionnalité propre ; en un sens tout arc est tout également à tout autre ; il ne peut pas s’épaissir, mais en un autre puisqu’il est pour-lui-même existant, il dépend de sa décision de se structurer plus ou moins ; il peut tout à fait se prendre de passion pour son activisme (et ce non seulement philosophiquement, mais esthétiquement, poétiquement, éthiquement ou politiquement ; on sait l’engouement interne que fut la révolution comme activisme, et de même que l’éthique n’est pas la morale et peut vraiment désorienter autant qu’orienter l’arc de conscience, de même la politique n’est pas attachée en sa structure par le bien réel, mais par le bien voulu, serait-il une tuerie sans nom… (la réalité historique c’est qu’on le veuille ou non une série de massacres et d’exploitations) nous ne nous situons pas selon le bien et le mal, mais selon une typologie structurelle extrêmement difficile qui se tient de l’architecture de l’arc de conscience, que l’on a toujours voulu interpréter non à tors, comme volonté ou désir du bien, du beau, du vrai, alors que l’on sait bien, au fond, que c’est autre chose et autrement qui se joue en éthique, esthétique, politique, idéel, et en quoi se superpose la philosophie qui n’est nullement une sorte d’épistémologie, de connaissance, ni d’une sagesse, mais se tire d’une articulation à chaque fois nouvelle au réel ; soit donc d’une expérience effective, constatable, d’un cheminement qui crée son tracé ; les trajets dans le réel se tirent comme avancées dans la constitution même de ce réel ; dont la philosophie, son historicité impérieuse, parce que l’on ne pense jamais sans ce qui précède, jamais.

L’absence de fondation de la pensée, qui inquiète encore Kant et Hegel, glisse tout à fait extrêmement vers le « là » du donné lui-même ; le tour de force est acquis par Fichte, mais le caractère décisif, et décidé, par Hegel ; ce qu’il nomme esprit et sujet est la paroi, interne (et non plus intérieure ; toute la détermination sera exposée et tout le caché sera révélé) de la pensée qui roule sur elle-même (hégélienement) mais qui absorbe d’une part et relance d’autre part le donné là ; le monde n’a pas de fondation excepté la pensée qui le pense ; or la pensée ne tient pas toute seule ; il se trouve que ne pense que ce qui est conscient mais ce qui est conscient n’est pas un Soi.

C’est en ceci que nous sommes rendus ; Fichte veut à toute force saisir, de ses mains, le soi qui fonde ; aboutissant à cette sorte de tautologie, vide, au sens négatif. Si il n’est pas de soi, cad si au-dedans de la conscience il ne se crée rien, alors la conscience est elle-même la structure ; la structure vide, celle qui est une tension produite par la cervelle, vers le réel ; il s’agit d’une part d’éviter de tomber dans la fondation du réel par une partie du monde (celle-ci ou celle-là, peu importe puisqu’aucune partie ne fonde le réel, qui n’est en rien composé de quoi que ce soit, étant le présent, seul, cad l’exister de l’être, et l’être comme dépôt de l’exister) et donc d’affirmer la préhension absolue qu’offre l’arc de conscience, mais sans que cet arc se conçoive ; il n’est aucun des contenus. Il ne se résout en aucune pensée, parce qu’en aucun « soi ».

Mais ce qui se révèle au milieu (par Descartes, Kant, Hegel) puis ensuite (par Husserl, Nietzsche, Heidegger) alimentait tout autant l’arc de conscience comme pensée grecque ; que tout l’ensemble du mouvement soit réflexivité ; autrement dit qu’il soit un non-soi ; tandis que les grecs cherchait la fondation en pensée, et utilisaient l’être (ou le bien, ou le moteur ou la pensée de la pensée ou le un) comme extracteur, opérateur absolu qui permettait d’exposer toutes les distinctions (cad toutes les intentionnalisations possibles), à partir de Descartes ce non-fondement commence de se saisir comme réflexivité (à partir non de ceci ou de cela, mais de sa forme même) ; et dans tout l’ensemble c’est le système formel qui se montre face à lui-même ; pareillement la fondation du réel, du réel par lui-même, prend soudainement un appui plus lointain, externe (les pensées de l’altérité nietzschéenne et heideggérienne) ou ensuite interne (par Sartre et Lacan, étant entendu qu’interne n’est en rien « intérieur » et Sartre débute par cette non intériorité) ; c’est que sur le Bord il n’est rien d’antérieur, et c’est à partir de son rien mais formel que tout doit être exposé, au devant, au dehors ; l’expulsion s’impose intégralement de tout ce qui est, puisque c’est de l’exister que l’on se tient.

L’arc de conscience n’a pas de soi, mais de même que les grecs ne trouvent pas une Vérité (et donc permettent quantité de vérités, petit v, découvrant bien plus que la vérité ; le système formel), de même on a découvert la forme-sans-rien de notre réel ; notre réel, l’arc, est concomitant du réel, donné « là », le présent, l’exister. On cherche donc maintenant à comprendre que l’arc de conscience s’enclenche dans le présent ou l’exister ; Heidegger tente de visualiser, pour ainsi dire, le « là » en lequel non seulement nous mais toutes choses existent ; Sartre et Lacan de délimiter l’intérieur et l’extérieur via l’interne et l’externe ; Sartre et Lacan sont les eux faces d’une même pièce ; sauf que l’une et l’autre faces ne se présentent que d’un seul côté, et c’est le même côté ; l’arc de conscience n’a qu’une seule face ; c’est une pièce à une seule face. Il n’y a pas d’antériorité, de même que le conscient n’est pas notre structure (il ne se formule pas une unité entre l’arc et lui-même ; il ne crée pas un sens qui serait le réel, tout sens est dans, déjà-dans le réel ; déjà sur le corps ; ce que poursuit Lacan.

Evidemment il ne s’agit nullement du corps physiologique, ou plus exactement il s’agit du physiologique, mais recouvert d’une surface. Donc Lacan s’attache à suivre les lignes mais surtout la ligne de séparation, de scission, absolument non visible ; qui n’apparait nulle part, qui n’est pas visible avec les yeux, qui est créée à la surface du corps par l’appel structurel de l’arc de conscience, qui crée, cette séparation, la surface elle-même ; le but du jeu est de produire une réflexivité qui ne soit pas saisissable ; si elle était saisissable, elle tomberait dans le donné, or elle sert à utiliser les signes, objets, le corps lui-même, elle s’utilise à ne pas se confondre ; le ressort est extrêmement difficile à penser et ne peut pas se représenter ; il doit être réactivé lors d’une psychanalyse ou d’une advenue à « soi-même », à la forme d’un « soi » qui n’est pas ; ce que l’on désigne ici par la conscience est le rapport à (soi) dont le soi est le rapport lui-même ; forme vide donc, mais absolument existante et même incompréhensiblement (pour quiconque se vit comme un moi, un corps, une identité, etc, et tout le monde se vit comme un moi ; il n’est que des mois, pas des consciences, les consciences se positionnent sur le mode du non-être, de l’ex-sister).

L’arc de conscience se produit ; il est une tension qui sort de la cervelle, qui prend appui du réel et il sait ce réel comme surface de son corps ; la surface apparait en retour, lorsque l’arc revient vers ; vers le « soi » ; jamais l’arc n’apparait, où que ce soit, il n’apparait qu’en retour ; comme effets ; on ne voit pas la cause, mais tout (ce qui apparait pour nous) est effets de cette cause ; innommable et structurante ; nous sommes, pour nous-mêmes, un tel effet ; le moi est l’effet (le retour) de l’arc ; et jamais un effet ne prend la place du regard ; « je suis un-tel » on voit qui est un-tel mais qui est « je » ? Le je n’apparait jamais ; il ne le peut pas ; et sa plus grande proximité est la ligne de séparation qu’il cause sur le corps (ce qui s’avance fort loin sur le corps, dans le détail même, dans le, les repérages du corps, physiologiques, un arc de conscience est extrêmement pointu). La ligne qui scinde le corps, en créant une surface Autre qui tient sur cette ligne, est celle qui est attirée ; attirée par l’amour si l’on est un moi (et tout le monde est un moi, l’amour cad le point-autre de l’autre conscience et donc tout aussi bien la ligne de l’autre corps), attirée par le point-autre si l’on intentionnalise autrement ; l’autre-point, qui est expérimenté très communément par tout moi, est aussi l’ensemble de toutes les positions qui décentrent l’arc de conscience, son sujet impossible, son christique crucifié, son dieu Un tout-autre, son absolu bien ailleurs existant.

Mais aussi on a produit un corps ou une tentative de corps nouveau, depuis la pensée grecque et le monothéisme et surtout dans ce cas depuis le christique ; et toute l’esthétique, poétique, éthique, politique, idéel visent à conformer, à inventer un tel corps nouveau ; et toute la réflexivité depuis Descartes et depuis les romantiques et les dérives du moi (Sade par ex, les perversions) et les grands sujets, qui expérimentent ontologiquement le réel, mais aussi les névroses et psychoses et borderline du moi travaillent la ligne.

N’importe quel moi, qui est personnalisation, se travaille comme ligne du corps et c’est une immense technologie inscrite comme conscience de chacun, qui œuvre et cherche ; l’immense technologie qui peut, doit être dite mystique puisque pour l’occidentalisation l’absolu est ici même, et nulle part ailleurs. Le corps renouvelé est la répercussion du retour de conscience vers ce-corps-çi ; c’est un corps qui n’est pas ; qui ex-siste, que l’on suscite de son effort. Ce qui nécessite une motivation, un embrayage d’intentionnalité, on va aimer, adorer se soumettre au poétique, à la politique, au philosophique ; parce que l’on va se produire un corps-autre. Même si ces extases ne tiennent pas dans la durée mais dans la foudre, l’instantané, l’aperçu, la possibilité ; autant dire qu’il faut se tenir au bord du corps ; ce qui veut dire dans la connaissance de ce qui fut fait, de la progressivité historique de la réflexivité.

Cela veut dire que l’on va percevoir, mais aussi ressentir, et imaginer, et penser autrement par-dessus le donné ; on ne peut pas penser ou imager sinon via ce corps-autre ; tout entier ; tout entier en un sens bizarre, parce que quand même ça consiste à être saisi de la ligne séparatrice du corps. De par un morceau du corps entier. De par un morceau qui n’est pas une unification ; depuis Kant on est entré dans l’absence d’unification, mais plus avant par Descartes qui suspend notre être par les pieds puisqu’il se tient sur son exister, son moment instantané de suspension intégral ; nous ne sommes rien qui soit du monde mais ce rien est tout, au sens de départ ; le réel est un départ constant, et non un résultat.

C’est à l’exploration et à l’éducation de ce départ constant qu’impose la mystique ontologique occidentalisée ; vouloir découvrir le mécanisme fondamental ici même, et non plus au-delà, se paie ; le pari qu’ici et maintenant le réel s’articule, est en lui-même parfaitement cohérent ; mais alors c’est toute la logique du réel qui se lance au ras-bord du réel ; le monde philosophique (qui se permet alors de rendre compte de toute la modification apportée à tout monde humain, et recherche en philosophie en propre mais aussi selon l’esthétique, éthique, politique, idéel, et qui n’empiète pas sur ces domaines de la réalisation mais relève, remarque, insiste sur les distinctions qui effectivement s’opèrent parallèlement à la philosophie) le monde philosophique est la mise en tension de l’arc d’attention vers le réel en tant que l’absolu s’y structure, et qu’il faut le montrer et le démonter, sinon le démontrer.

La mystique ontologique occidentalisée est hyper cohérence, de même que les autres mystiques des grandes civilisations expriment et clarifient la présence dans le monde de l’absolu au-delà ; il n’y a aucune raison, objective, de nier que partout constamment la même articulation au réel est en jeu ; ce serait ne pas saisir que notre-être est cet-être ; un ressort, un mécanisme qui se lance dans et vers le réel, quelles que soient les mondes, les manifestations d’une structure (qui de toute manière ne se connait que selon ses effets, tandis que son se-savoir de structure s’instancie instantanément). Que ce ressort eut à se délimiter, et à poursuivre cette délimitation en découpant son fil à même le réel ; les contenus, idées et systèmes, humanisations et personnalisations, sont effets de la forme interne et externe située sur le corps.

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