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instants philosophie

Sur un pied sur le Bord du monde

25 Juin 2016, 12:45pm

Publié par pascal doyelle

Il est donc une verticalité, une dimension absolument formelle et sans repli, cette dimension ne se situe pas ailleurs et au-delà, mais ici et maintenant ; la dimension verticale n’est pas séparable du donné, du monde, dressée comme Bord du monde. Il est donc une transcendance interne au monde, immanente si l’on veut ou plus exactement toute l’immanence est elle-même prise intégralement dans la transcendance ; autrement dit l’être est une « chose » qui réfléchit et donc n’est pas une sorte de « chose » ; ce qui d’un certain côté revient à dire que si la transcendance est effectivement le bord de l’immanence, de toute l’immanence, de toutes les immanences, alors ce qui existe c’est la transcendance (sinon de transcendance ça ne serait pas).

On existe ainsi dans la transcendance. Et tout le reste aussi. Et c’est pour cela que l’on est libre et que le réel est le présent. Il peut se supposer que si la transcendance est ce qui existe, ça n’est pas simple. Ce qui assume la réalité c’est non pas telle ou telle partie (de l’immanence) mais la transcendance qui de fait dépasse tout et nous dépasse instantanément. De même que le présent est toujours immédiatement là. On n’existe pas hors du présent, jamais.

Autrement dit lorsque l’on décide, on décide en et au-dedans de la transcendance. Bien que pour tout le monde ça ne se passe que dans le monde, ce qui est normal vu que l’on existe à partir ou sur le Bord (du dit monde) ; le Bord n’apparait pas dans le monde, parce qu’il est le Bord. On existe sur un pied sur le Bord.

Ensuite on peut comprendre ou interpréter la dite transcendance comme çi ou comme ça, mais cela sort du champ. Et n’importe pas ici (en gros on constate depuis les grecs et antérieurs (bien que d’une autre manière que philosophique) un décalage, qui est donc ontologique, et on cherche à le comprendre, à partir de lui-même puisqu’il est un décalage .., sinon il ne se poserait pas même la question). Parce que la compréhension de la transcendance, c’est-à-dire, du décalage à partir duquel nous devenons ceci ou cela, est déjà entamée par toutes les descriptions philosophiques ; la philosophie existe, et elle explore depuis (au minimum) 2500 ans ; si ce qui vient d’être proposé est faux, alors tout ce qui est, est faux.

Parce que la philosophie est, de fait, et que si ça n’est pas inscrit sur une ligne, alors c’est un embobinage non sensé (ce qui est possible mais alors on ne peut rien en penser, du tout, et si on veut en penser malgré tout un peu quelque chose, d’objectif par ex, c’est tout à fait possible, c’est évident, mais ça ne sera pas au niveau du positionnement manifesté et explicite que prône la philosophie ; ce sera un infra niveau ; celui du langage par ex, alors que la grammaire est déduite de la philosophie on voudrait déduire la philo de la grammaire, pour schématiser, voir Aubenque ; et la philosophie pense à ce niveau là, le plus haut ou le plus limite, vaut-il mieux dire (soit donc le dernier discours possible sur le réel, parce qu’au-delà on aboutit à la religion etc, ce qui est très bien mais spécial, et en-deçà on revient dans le monde, ce qui est tout aussi bien mais intérieur au monde ou plus exactement on prend une partie du monde pour le tout du monde, étant entendu que puisque le un est, et qu’il est une forme, il n’y a pas de Tout du monde ; de toute façon le présent est, qui annule toute totalisation. Ceci en simplifié) la philosophie pense à partir du plus haut, de la la limite parce que sa possibilité est justement le décalage lui-même, à partir de quoi précisément tout le reste est pensé, imaginé, perçu, décidé, etc.

On a tenté mille fois de raccommoder le tout et le un, mais le un si il existe est bien plus instantané que le tout ; et cette instantanéité casse radicalement toute totalisation ; on ignorait comment définir et situer ce Un, mais analysant la spécificité de cet être que nous sommes (ou qui existe antérieurement à tout « nous-mêmes ») on a commencé de se douter que l’arc de conscience était originel (c’est ce que délivre Descartes, que Kant et Hegel tenteront de ressouder aux contenus, mais d’une part avec le criticisme et d’autre part avec la dialectique de la négativité ; Descartes est à ce point instantanément dans la puissance-même, cad la potentialité, qu’il est unique et irremplaçable).

L’interprétation que l’on peut donner du décalage (et si c’est un décalage il est ontologique, cad qu’il montre de fait une distance qui touche à même que l’altérité existe) n’est pas de la méthode philosophique ; la philosophie montre et décrit cette monstration ; contrairement à ce que l’on peut par préjugé croire, la philosophie expose le décalage tel qu’en acte, en activité il peut le plus, le plus approcher le Bord de la réalité.

C’est une épreuve, une expérimentation éprouvée, qui perçoit, littéralement, avec le troisième œil ontologique, le dit décalage ; comment il se joue et se situe et peut être dénommé, renvoyant non pas seulement à une connaissance (et à toutes les sortes e connaissances que la philosophie à initier), mais à un savoir de l’expérimentation du décalage par lui-même (puisque décalé le décalage se perçoit, tout comme se tenant du décalage il perçoit autrement le donné là et le « là » du donné, la réalité et le réel, le monde et l’être formel, l’exister), et donc renvoie chacun à cette expérimentation même ; on n’imagine absolument pas que l’on puisse se-savoir sans s’y investir, cad en fait sans s’y désinvestir dans l’interne de la structure, sans décentrer la conscience de qui l’on est , vers la conscience de l’acte de conscience lui-même (ce à qui résulte du doute cartésien, le criticisme kantien, le renversement de la pensée en sujet hégélien, mais aussi ce qu’était la pensée grecque ou le décrochage christique ; on devient non ceci ou cela mais l’altérité interne, le même décentrement que la volonté nietzschéenne ou l’être-le-là heideggérien, et décentrement si radical de Lacan), on se refocalise hors de tout contenu par la pointe de conscience en elle-même. La suspension de tout contenu élève au jour, au-devant que l’on se délimite comme attention formelle et que la pointe même que l’on imaginait vaguement comme fonction de contenus, moyen de vérités diverses ou de notre identité (« j’ai conscience de moi »), que qui était tenu comme moyen et fonction se révèle comme sujet dont le reste est relatif.

Dès lors si ce que je suis, cette identité, de moi, de contenu de pensée, de quelque réalité répertoriée, est relatif et que cette structure, cette attention à exister est absolue, alors n’a d’importance non pas tout le donné là, le passé, le vécu, le corps donné, mais ce que, depuis que j’existe, je décide, veux, intentionnalise ; ce qui crée mon trajet structurel c’est ce que j’ai fait, ce que je décide, ce que je mènerai. Sachant bien que cela ne se réalisera jamais, parce que cette décision, cet activisme, cette verticalité et horizontalité en propre sont tenus de la limite du corps, du bord du monde ; ce sont non pas les résultats (qui tombent ou tomberont dans le monde, en-deçà) mais la trajectoire et le tracé de contour qui s’instancient de l’intentionnalisation (ce que recherchait Sartre et le détourage selon l’inconscient que nous fait subir Lacan, cad l’exact autre versant opposé à Sartre ; la précédance du sujet sartrien est circonscrit dans la cartographie ontologique lacanienne).

Par ailleurs ceci réglemente parfaitement les glissements et on cesse de croire que Descartes ou Kant ou Nietzsche (ou toute la philosophie) tombe dans le subjectivisme alors que précisément ils décrivent le seul être réel qui soit, celui qui existe, sur le bord du monde, comme présent, et que la rigueur de la description est égale à la rigueur de l’existence (qui ne pardonne rien, soit dit en passant, chacun le sait) ; les accès, excès de « ‘subjectivisme » ne sont pas du subjectivisme (mais la description, la monstration et ici et là la démonstration de cet-être) mais sont des excès parce que le réel est lui-même excessif (la platitude et la banalité de la raison raisonnable, raisonnante est seulement une attitude seconde au dedans d’une position unique, et une par une, de chaque arc de conscience ; encore une fois la raison raisonnante renie l’arc structurel, se privant de tout l’exister au profit d’une abstraction rendue par cette raison impensable, impensée, mais l’arc structurel non seulement admet mais est la cause qu’il y ait de la raison, de la pensée, de l’humain, du moi, etc).

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