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instants philosophie

La « conscience » est hors du conscient

30 Juillet 2016, 08:56am

Publié par pascal doyelle

On dira que croire réunir en une fois, un seul mouvement l’ensemble de la diversité, serait outre présomptueux, un délayage éclectique, vague et mal dégrossi ; sauf que au terme de la pensée dite occidentale (dénommée telle comme « occidentalisation », comme processus et comme procédé) il apparait que cette pensée tourne autour non pas d’un énoncé quelconque, l’énoncé est toujours quelconque, mais comme expérimentation d’un être, spécifique, une structure, vide et qui reçoit tous les énoncés, toutes les représentations, indifféremment pour ainsi dire (sinon qu’au travers d’une suite, d’une série de représentations, de systèmes philosophiques, d’esthétiques, de politiques, etc, cette structure avance en se précisant et comme elle est la structure à la base de la pyramide, à la source des représentations et des vécus et des corps, avançant elle explore le donné, le monde).

Que la structure qui se découvre passe par la pensée (grecque), le sujet (christique ou cartésien), l’altérité (Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan, qui réintroduisent l’altérité dans le monde en plus de manifester l’altérité qu’est le monde, le vécu ou le corps), et qu’elle parvienne à se dénommer au plus près ; à savoir comme arc de conscience ; via Descartes, Kant, Hegel, mais aussi la volonté ou l’Etre heideggérien, évidemment Sartre et enfin Lacan, comme détourage inversé (dans le moi qui se prend pour le conscient ou le conscient qui se croit un moi) ; ce qui n’a pas de représentation possible passe outre le langage et, par-dessus, signifie ; cette signifiance réclame toute l’attention de celui qui reçoit la description ; autrement dit ce qui est mis en forme ça n’est pas un énoncé mais une structure et c’est cette structure qui passe au travers des énoncés, des vérités (de toute sorte), de descriptions qui montrent ou démontrent ou démontent, de visu, sous les yeux, la structure de conscience dans son activité même ; la difficulté étant que d’une part cette structure se montre, s’expose et de son mouvement prouve qu’elle existe et se communique comme telle à celui qui la reçoit (il faut prendre les habits de Plotin ou de Descartes pour avancer), et que d’autre part elle se décrit et doit ainsi s’énoncer, en une formulation claire et distincte ; même les pensées de l’altérité (Nietzche, Heidegger, etc) mettent en forme et en forme systématique, quelle que soit la largesse de cette systématicité (puisque sinon on ne comprend pas, on en peut pas coordonner sa propre intentionnalisation du réel, ni mesurer sa propre intentionnalité, sa propre intention dans toutes ses facettes).

Si en pensant notre être ils désignent une structure antérieure à toute pensée, c’est qu’ils admettent de fait que cet-être n’est pas le conscient (et qu’ils renomment donc suivant serait-ce des êtres contradictoires au conscient, c’est le jeu, c’est la stratégie afin d’être en mesure de signifier par-dessus ou par-dessous le conscient, mais tous ils énoncent dans et par une systématique); et comme pour tout un chacun la « conscience » est une sorte d’équivalence au « conscient », on n’y comprend plus rien.

Ou donc ; il n’est pas de « conscient » qui précéderait l’arc de conscience et l’arc de conscience est formellement cette tension qui sort de la cervelle (issue d’un corps), et qui produit un rapport unilatéral vers le donné là (cad à la fois le donné, le monde, et le « là », le réel). Hormis cela tout le reste ce sont les effets ; il n’existe rien d’autre, et tout le reste, les effets, sont seulement de l’être ; les effets de l’exister (soit comme arc de conscience soit comme présent).

Il y eut un dénivellement, mental si l’on peut dire, qui sût discerner antérieurement au conscient et à la pensée (entendue comme métaphysique, discours de connaissance sur l’être) une sorte de structure ; et cette distance admise se révélât comme étant justement la pensée effective (la pensée métaphysique ne formulait pas seulement un discours là objectif mais dans ce discours un retournement interne, de sorte que la métaphysique, réelle et non pas fantasmée (de production d’un discours fermé et objectif) était déjà une réflexivité ardue, un re-tour, l’être se renvoyait soudainement à lui-même dans la pensée, sous les formes bizarres du Bien, du Un, de la pensée de la pensée).

Il est clair que pour passer du conscient à la « conscience » il est nécessaire d’opérer une suspension assez diabolique ; mais finalement tous les systèmes s’inaugurent d’une telle distance ; par laquelle apparait tous les yeux une articulation nouvelle et on se doit réenregistrer en sa propre attention ces émergences assez discordantes ; on veut bien que Descartes soit un tel soubresaut mais on traite à la légère qu’il ait changé quoi que ce soit, sinon d’une vague définition de « la pensée »… c’est que limité au conscient on enregistre le cartésianisme comme une série d’énoncés, tandis que se replacer dans l’attention cartésienne c’est soulever le monde, le corps et le réel. Si on n’y prétend pas, pour soi-même, en redimensionnant le centrement et décentrement de la structure de l’attention, inutile de continuer.

Inutile parce que l’on va traiter comme données étalées au devant de soi, ce qui en réalité devait renouveler non pas tel ou tel contenu de conscience mais l’acte même de prendre conscience ou plus communément de « faire attention à ». Si l’on touche à ce « faire attention à » on comprend bien que l’on modifie instantanément toute prochaine conscience de ceci ou cela ; autrement dit en ré-élaborant l’acte de prendre conscience on engage tout ce qui viendra, ou tout ce qui peut arriver dans et par le faisceau.

La supposition d’un tel être antérieur au conscient ne supprime pas le conscient mais est d’évidence un surcroit inversé du conscient qui s’aperçoit que dans sa parution à lui-même il n’y est pas. Son être n’y est pas. Et si il se dit « mais je vais dire mon être, de telle manière qu’il y sera » ; que nenni, c’est à partir de son être qu’il dit « je vais dire mon être pour qu’il y soit ». Donc décentrement il y a et il est constitutif et constitutif à partir de ce décentrement (qui est tout aussi bien étonnement grec au monde, conversion christique ou suspension cartésienne ou enroulé hégélien ou auto affirmation innocente nietzschéenne ou approfondissement de l’Etre/non-étant heideggérien, ou impossibilité du conscient lacanien).

Le décentrement même si il est dit, ne passe pas dans le dit du décentrement ; aussi la philosophie ne crée pas des textes (métaphysiques de connaissance prioritairement) mais des textes qui créent des consciences ; tout l’effort est de dérouler dans la conscience de l’autre que de « conscience antérieure » il existe.

Les systèmes sont les paramètres possibles, potentiels, prometteurs ou non, investiguant cette antériorité ; soit en remontant dans les plus hauts contenus possibles jusqu’au retournement du système (le bien, le un, la pensée de la pensée), soit en démodulant la structure qui crée ces contenus (et tous les contenus, puisque la phénoménologie et Sartre et ensuite Lacan avancent intimement dans l’activité de conscience la plus précise, cad investigation des plus petits et subtils et instantanés ou immédiats rapports que crée l’activité de conscience-de, dans l’existence ou le moi psy).

Comme la dite structure se prend antérieurement au monde elle ne peut pas user des signifiants ou signifiés du monde, et doit créer des signifiants qui la représentent, de sorte que toute autre conscience, en partant du même Bord unique inapparent dans le monde, puisse suivre le trajet ; elle doit être dite re-tour ; à la fois retour vers son être et un tour en-plus, qui la crée, qui la re-Crée ; elle doit se reprendre dans et par le Créé de la structure ; la forme est « ce qui s’ajoute à soi » ; ce qui garde la potentialité de se re-prendre (ce qui est impossible pour un être composé de déterminations ; la détermination doit attendre la détermination, qu’elle se compose ; la forme peut se produire formellement selon des plis et déplis et re-plis) ; elle s’ajoute structurellement à la dimension ; bien sur on existe de fait, étant conscience, en et par cette dimension, mais comme cet être est constitué d’avoir conscience-de, il n’apparait de fait que si, dans son rapport à lui-même (qu’il est déjà), il entre en considération de ce rapport ; cela modifie extensivement (grec), intensivement (sujet) et par la densité (pensée de l’altérité et monde objectivisé et du moi) le dit rapport .

De la considération qu’a ce rapport à lui-même il n’y parvient donc qu’en se décentrant ; ce n’est pas le conscient qui use de la conscience pour se connaitre, c’est la conscience qui use du conscient pour se savoir et se montrant elle glisse hors du champ conscient pour admettre qu’elle pré-existe au conscient ; les grecs posent la vérité, en général, et donc ils ne sont plus dans la vérité mais dans la possibilité (de vérités). Dans le premier cas on croit que le conscient ou la pensée existent en eux-mêmes, par eux-mêmes, et la conscience relative à une vérité s’énonçant (quel que soit sa figuration, l’esprit, la pensée n soi ou dieu ou la raison et ses lois éternelles, etc). Dans le second cas on comprend que la conscience use de pensées pour se représenter soit dans le rapport sous l’apparescence d’un contenu, d’un signe, d’une image (ou d’un geste, d’un comportement, et alors notre réalité s’étend évidemment à tout mouvement du corps), soit comme le rapport lui-même en tant qu’il n’y est pas ; que c’est une figuration non une réalité (le bien ou le un ou le sujet ou la Volonté sont ces figurations d’un arc hors champ, toujours hors champ).

Soit donc on admet un contenu d’une sorte de « pensée » ou « identité » (le moi, l’esprit, la raison) qui tiendrait toute seule (et y compris si l’on nomme cette identité « énergie » ou « volonté » ou « Etre « au sens heideggérien). Et alors on est obligé de multiplier ou reconnaitre à l’infini des tas d’identités.

Soit on admet qu’il existe un seul être spécifique, une seule manière d’être conscience (on ne voit pas que la conscience, qui est un rapport, puisse différer de l’un à l’autre individu, dans l’une ou l’autre culture ; il n’est pas de « nature commune », de « nature humaine » mais une structure unilatérale identique sinon par le Un et que chaque conscience existe une par une, ce qui est une aberration radicale et en quoi le réel est radicalement aberrant, sauf de relever d’une plus formidable logique ; non seulement il y eut une structure de conscience mais il n’existe que des arcs de conscience, un par un ; le un se démultiplie inconsidérément), une seule structure effective, évidemment née dans et par une cervelle (ce qui ne préjuge pas de ce qu’elle signifie, puisque l’on n’en sait rien).

Et cet être hors champ est dénommé, au final, selon une formule toute abstraite puisqu’il n’est plus un être, déterminé, mais une forme, non déterminée (équivalente à la formule « l’être est » ou « je suis celui qui est » ou « je pense, je suis » ou volonté de la volonté), et cette formule abstraite est « conscience » telle que dénommée par Hegel, Husserl ou Sartre, en somme, débarrassée de toute détermination, se dit « arc de conscience » (et se définit comme conscience de (soi), où le soi est le rapport lui-même qui prend conscience de soi comme rapport, sans identité, mais numériquement un par un ; on n’est pas la conscience de quelqu’un d’autre mais chacune est parfaitement identique à toute autre, puisque d’exister formel et que le formel est l’exister ). Et semblablement la coupure de cette forme, qui s’isole de plus en plus, exporte là au-devant toutes les déterminations (l’étendue de Descartes, l’historicité et la logique du concept de Hegel, le monde donné là de Kant, la socio-économie de Marx ou l’inconscient de Freud, le langage et Wittgenstein, ou toutes les objectivités des sciences, et pour le moi sa vie même est posée là au-devant, le jetant dans le trouble). Tout défile au-devant du regard du sujet cartésien, le pur et simple regard sans rien, tandis que se poursuit l’élaboration finement ciselée de la forme de notre être spécifique (Kant et le sujet transcendantal, les idéalités allemands et Hegel, la volonté de la volonté, l’être-le-là, l’acte de conscience sartrien, le vide dans le moi lacanien, bouché par un re-tour).

Mais alors toute représentation ou signifiant est l’effet ou la figuration d’un être qui n’y est pas ; puisqu’il existe et n’est pas et qu’il existe dans non pas l’être mais le présent qui est formel tout autant que l’arc et qui seul existe ; tout le reste étant les résultats, les dépôts du présent).

Cela ne réduit pas du tout l’importance de la représentation ; mais que la représentation ça n’est pas du tout là où nous existons. Et que donc cette existence non pas ne pourra jamais se représenter (ce qui est la version négativiste) mais qu’elle pourra ainsi se représenter en mille, cent mille occurrences. Ça n’est un manque, cette absence, que si l’on désire encore se saisir de soi (ou de quelque contenu qui prend place dans le rapport de conscience), mais si l’on ne désire pas ou plus se saisir extérieurement de soi, cad de (soi), on représente en animant les images dans le miroir ; on perfectionne les images ; on engendre constamment de nouvelles compositions à partir de la position antérieure à tout monde, tout vécu, tout corps ; on s’adresse non à l’identité de l’autre ou de soi mais au soi lui-même directement ; et comme il n’est pas de « méta-communication dimensionnelle », pour ainsi dire, qui serait instantanée (seul le rapport du rapport est instantané, son auto rapport mais qui est vide et formel et donc de ceci insatisfaisant par nature), on est dans l’obligation de médier ; pas d’immédiateté surnaturelle mais des médiations de plus en plus réelles , et en de plus grande quantité, puisque le rapport tel quel n’est plus dans aucune identité donnée ou réalisée, mais dans le spectacle qu’il se donne et par lequel il se recherche.

Et de plus en plus d’images, de représentations, et de plus en plus précises et effectives dans le monde, la pensée, la raison, le droit, le corps, le vécu, mais orientées vers et par la remontée structurelle ; la structure est vide et immédiatement reportée selon le monde (les grecs définissent l’être mais du monde, le réel de la réalité, et les christiques l’acte de soi par ce corps) ; lorsque l’image du monde emplissait le miroir, on naviguait en cette image commune et les unes et les autres consciences formulaient rituellement la même image ; il s’agissait de relancer à chaque fois la même image (le même monde, la même parole). Lorsque le miroir est devenu le centre (forcément décentré) la multiplicité d’images renvoie à chaque miroir individué ; forcément décentré puisque le centre ne devient que si on se déplace par rapport à lui et ce déplacement est le tour le plus étrange que l’on puisse prendre, parce que l’on ne peut éviter de se poser la question ; où me suis-je déplacé ?

De même les grecs conçoivent la « vérité » mais de ce fait la Vérité ne s’impose plus ,et en conséquence ils créèrent quantité de systèmes, et on engendra nombre d’esthétiques ou de politiques ; ça n’est pas la vérité que l’on cherche c’est la structure qui crée les vérités et qui, structure, fait elle-même l’objet d’une cartographie, d’un schématisme, qui aventureusement avance dans son dessin, son détourage. Descartes originera la pensée (des grecs, repris par les chrétiens et les scolastiques), de même que l’on entendra dénicher cette origine que Descartes aura marqué d’une pierre certaine ; les pensées de l’altérité (il faut voir le rapport Lacan-Descartes ou l’objection de Heidegger envers Descartes) le fond sur lequel se détoure le sujet cartésien ; tout ceci montre l’avancement sur le plan du réel donné « là ».

Ou encore ; le réel ne se découpe pas tel qu’il existe ; « conscience » ne vient pas remplacer conscient ou corps ; dans le réel il existe le corps, le conscient (le langage, les mondes humains, la cervelle, etc) et « conscience » vient en plus ; elle est le point en plus qui n’annule rien de ce qui la précède (chronologiquement ou dans l’objectivité) mais re-situe potentiellement, et re-lance à nouveau, et re-prend en son articulé au réel, les déterminations (qui, pour elle, sont) données là. A partir de la perception, elle re-perçoit et relance tout procédé ou processus ; et lorsqu’elle prend conscience d’elle-même comme processus (que ce soit en tant que grec et pensée ou en tant que vécu/corps et conscience christique qui exporte tout hors de sa tangente, de la tangente qu’elle trace comme bord du monde et du vécu) elle accélère absolument que tout, et de telle sorte que tout et n’importe quoi puisse être et sera re-pris, re-lancé.

L’arc de réflexivité passe outre le chronologique et l’accumulation du temps et passe outre l’objectivité (les choses et les mondes, les langages et les groupes), en imposant que dans l’actuel il est une a-temporalité, autrement dit une ontologie, qui sur/prend, antérieurement au chronologique et aux objectivités. La verticalité non temporelle, qui se saisit et est saisie de l’antériorité, de l’actualité pure et brute, commence donc alors de restructurer la réalité et le corps à partir du point hors champ ; qui n’est pas l’éternité mais le présent. Comme unique DimensioN.

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