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instants philosophie

Désir et dépression, et au-delà (ou en-dessous)

24 Août 2016, 15:30pm

Publié par pascal doyelle

Le conscient, à quoi on réduit l’arc de conscience le plus souvent, est une découpe dans l’horizon ; c’est l’horizon qui est premier, mais qui ne serait pas sans les objets, les signes, les découpes opérées situés au-devant ou sur l’horizon ; l’horizon en philosophie est l’être (et d’autres représentants, signifiant du Même Bord), et pour cela se dissimule en ce principe ce qui peu à peu remonte de l’horizon. Il faut imaginer le cercle qui s’étend ou éclaire selon ; il a une direction, et doit se diriger dans l’obscurité, et peut s’égarer, errer, et statistiquement il revient dans la direction du seul réel, qu’il dé-couvre peu à peu ; le réel ne manque jamais ; il s’étend, là devant, et non seulement l’arc de conscience le produit, mais le cercle se déplaçant crée la lumière. Il dépend de l’orientation du cercle de lumière d’avancer dans le réel-réalité.

Et quoi que l’on fasse c’est ce qui arrive. Ça n’est pas parce que l’on se conçoit tel un moi que l’arc de conscience, la structure et le réel n’en poursuivent pas moins leur chemin ; or néanmoins la structure du réel est telle qu’elle ne peut pas se poursuivre sans qu’il s’y décide et il s’y décide via chaque Un ; il revient à chaque Un d’avancer et aucun Un ne peut avancer sans tous les autres. Par quoi ce qui existe individuellement existe aussi universellement ; ce qui existe universellement ça n’est pas l’universel mais l’adresse universelle du Un en chacun. Ce qui ne veut pas dire que le Un doit se réaliser en tous, indifféremment, mais que le Un est la forme de chaque Un et existe individuellement, c’est absolument fondamental, radical et il devient impossible d’imaginer le Un autrement que via la multiplicité des uns.

Si l’on se demande ce que peut être la forme en chaque un, qui peut paraitre obscure, c’est la personnalisation ; soit ce que nous pratiquons depuis au moins la révolution unique (l’unique révolution qui puisse exister, sous-entendue « qui n’est pas terminée du tout »). Et qui antérieurement à la révolution se pensait sous et vers l’universalité, argumentant chacun à se distinguer sous l’humaine forme généralisée et déjà puissamment individualisée quoi non encore distincte ; pour qu’il se distingue, pour que chaque individualité soit autre, il faut que chacune assume et affronte la dispersion, l’ontologique dispersion, et la noirceur de l’existence (ou son corolaire, le désir). Ou plus généralement l’exigence que ici et maintenant, durant une vie, il y ait à réussir ou échouer son bonheur, sa réussite, sa satisfaction, sa réalisation (il n’y a plus d’au-delà qui rattraperait l’échec dans le monde vécu ; sachant que pour la majorité des individus, il y aura sinon échec du moins demi-réussite, et que l’insatisfaction, au fond, dans le creusement, règne radicalement, quant au désir tourné vers le monde, les corps, ce qui est la définition même du désir).

Affronter la noirceur de la réalité (qui aboutit à la disparition, décomposition, puisque la réalité est composée), c’est admettre en soi la déflagration, l’abîme et la démotivation quant à l’exister, quant à la vie (connue ensuite sous les formes du moi, angoisse, dépression, etc, de même que le désir et donc la sexuation sera elle aussi problématique pour les mois, puisque désir et dépression permettent justement à chaque individualité d’être individualité, à la source même). Désir et dépression, volonté et noirceur sont afférant à l’arc de conscience ; il n’est désir et dépression que dans l’économie générale d’une stratégie individuée extrêmement ; et l’individualité se signe, s’affirme et se nie par ces voies résolument précises, et précis au premier chef de ce corps, de ce vécu, dans le plus concret même, dans la densité, la matérialité oui, et la matérialisation des intentionnalités, la soudaine précision, voire ensuite la technologisation des gestes, des schémas, des professionnalisations ; s’affirme et se nie, à la fois ; parce que ce qui ex-siste sous dépression et désir c’est non la composition de la réalité (de chacun dans la vision du désir et l’abime de la dépression et sa décomposition) mais l’introduction du réel en plus de la réalité ; chaque moi tend vers un sujet (impossible par structure et existant comme tel). C’est ce qui arrive en chaque moi, chaque personnalisation, qui aimerait bien que la danse cesse, mais le « moi » n’est pas une chose naturelle et il se tient du réel non de la réalité.

Or on a vue que « sujet » est dit impossible, et que si on continue, ici, de l’assigner à un individué (absolu, cad radical, non pas absolu comme Tout, il n’existe jamais de totalisation, mais absolu comme Un, comme forme, laquelle est impossible dans le monde, située sur le Bord du monde) et que le sujet qui se cherche dans le vécu, le relationnel, le désir, l’organisationnel (cad ce qui ordonne, régule toute une société humaine) bien qu’ontologiquement individué, est multiforme ; autrement dit l’acte de conscience, celui qui attire stratégiquement tout le matériel humain, est réparti point par point ; le sujet de chacun est littéralement et dans le fait même de la réalité (et pour nous la plus proche, notre moi, comme le fut l’idéal universel avant la révolution unique), est le sujet historique ; on comprend bien que ça n’est pas du tout un sujet universel (qui est une vue de l’esprit), mais chaque fois un sujet individué ; ça ne se peut pas qu’il ne soit ni désirant ni dépressif.

Si la conscience était le conscient seulement ou l’esprit ou ce que l’on voudra, il faudrait imposer au donné un universel, une caricature autant dire ; si l’arc de conscience est sans rien et pure attirance de dans et par le réel, il emmène tout le monde, toute détermination, entraine dans son cercle ; aussi limité soit-il le cercle est déterminant ; ce qu’il propose dans le monde est en-plus ; n’est pas enregistrable dans le donné, parce qu’il n’est pas déjà-déterminé dans le donné ; et il est clair qu’il dépend de la motivation et que sa motivation il la tire de lui-même ; si il n’engendrait pas son énergie dans et par l’acte même, il n’échapperait pas d’un donné vers une création de donné ; et cette énergie se prend sur le corps. On ne peut pas mouvoir le corps en de certaines orientations ou désorientations, sans se prolonger de tangentes du réel, par-dessus la réalité.

De cela que chaque moi est bien étrange et pour tout dire démoli du dedans ; tout moi est engouffré dans le cercle qui se meut ; comme il ne s’agit pas de grandes planifications de type universel, mais de structurelle acquisitions ou dégradations du corps, du vécu et du moi, de sa psyché (dans le sens de toutes les psychologies ou psychanalyses que l’on voudra), il faut imaginer que le cercle est intime à l’arc (ou comme dit Lacan extime, l’interne de l’arc, qui n’est pas du tout l’intériorité, le subjectivisme, étant aussi l’externe, le corps pour el moi, la surface –autre que lui est le corps) ; et c’est en ce sens que l’arc est la puissance la plus précise immédiatement ancrée dans une perception, une imagerie, un corps, une densité ; par ceci l’individué outrepasse (en l’intégrant, puisque rien de ce qui est réflexif en peut délaisser la réflexivité, ça n’est pas un monde particulier qui disparait et n’est repris en aucun autre, c’est une continuité de forme qui passe d’un stage à un autre), l’individué outrepasse l’universel ; nous sommes entrés, depuis quand même 2 siècles, dans un autre registre ; le moi en est la structuration (ce qui ne signifie pas que l’universalisation se soit pétrifiée ; elle continue de se déployer ; plus de science, plus de droit, plus de constitutionnalité, technologie, communication, etc).

Or donc cela veut dire qu’il n’est pas de désir ou pas seulement et surtout pas dernièrement ; dernièrement il est une structure ; qui se déploie ; elle est, là, en tant qu’elle ex-siste et donc qu’elle tire tout vers l’avant ; elle tracte ou attire. Et la philosophie n’est pas de dire ce qui n’est pas, mais de montrer ce qui existe ; de re-découvrir ce qui est-là, et ce qui est-là est l’ex-sister ; la forme qui engendre vers l’avant. Il est, antérieurement au désir-dépression, une absence de désir et dépression ; ce qui évidemment ne veut pas dire « rien » mais l’être, la structure qui rend possible désir et dépression (comme tout le reste).

Remonter dans la structure c’est la créer ; comme on est débarrassé d’identifier notre être par ceci ou cela (esprit, pensée, raison, moi, conscient, volonté, image, universel, etc), ce que l’on désigne c’est l’arc qu’est chaque conscience et son accès est réservé précisément à chaque Un ; ou donc la vérité est ce que chacun décide dans le cours historique du réel. L’accès au singulier est déjà accompli par chacun, de là que tous, un par un, nous soyons si étrangement égarés, azimutés, dispersés, et que notre vécu, notre corps, notre image et cet autre-corps qui se produit incessamment, nous inquiète, sombrement ou énormément, selon le désir ou la dépression.

Le souci est celui de la portance du corps ; que peut-il porter et comment ? C’est une part de l’engouement de Rimbaud et la finalité de toutes les rives et dérives depuis au moins deux siècles ; rendre l’arc capable de tout ce qu’il peut en un corps ; l’établissement du domaine de relance de la conscience-arc dans la réalité, est aussi son approche subreptice, exploratrice du réel ; dont le seul qui ait osé passer outre est Heidegger ; que se passe-t-il de l’autre côté, plongé dans l’altérité du monde donné « là » ? Leurs acharnemenst à démolir l’occidentalisation est véritablement la volonté d’imposer le sol réel ou la structure réelle vers lesquels l’arc occidentalisé atterrit.Nietzsche, Heidegger, Sartre, Lacan agrandissent le cercle dirigeant le réel dans la réalité donnée là.

L’accès au réel individué on pourrait dire qu’il s’agit de l’acceptation de tout, nietzschéenne, son innocence, son affirmation formelle, mais ce serait trop simple pour nous ; nous sommes devenus bien plus complexes qu’au début du 20éme (ça n’est pas au détriment de Nietzsche bien sûr, puisqu’il sût prévoir, saisir au vol la nature de la Possibilité, historique, du réel) ; et c'est Sartre et Lacan qui nous permettent en fait de bien plus sérieusement préciser, cerner ou discerner notre activisme ; ils en élaborent toute la profondeur de leur réflexivité ; la précision du cercle descendu dans le monde en somme.

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