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instants philosophie

La direction du réel, en une fois

25 Août 2016, 07:06am

Publié par pascal doyelle

Faisant suite à tous les mondes particuliers (qui se fondaient sur une tentative de synthèse du donné, tel que ce donné, ce monde apparaissait et tel que tel ou tel groupe humain se présentait à ses propres yeux et selon sa propre expérience partagée entre tous, en un langage et une parole et ses échanges),

il vint que l’activité (de produire des mondes) prît conscience d’elle-même et commençât d’isoler le savoir.

Contrairement à l’interprétation humaniste, rationaliste, objectiviste (et en tout cela rien de péjoratif) ce qui fut découvert n’était pas simplement le report du monde s’expliquant lui-même, mais la dimension à partir de laquelle il nous est donné de reprendre le monde donné ; c’est d’être décalé du donné, du corps, du vécu, qu’il est possible de le représenter.

Le dit décalage ne signifie pas seulement un léger pas de côté qui nous permettrait de comparer le monde et le donné, le donné et le monde, le corps et l’image du corps, mais est l’abîme qui nous emporte et nous lance sur autre chose autrement. La dimension est ce en et par quoi un tel décalage est possible ; autrement dit l’univers est bien plus compliqué qu’on ne le croyait ou que la raison objective s’entend à le croire, et le fait est que cet univers crée un être susceptible d’être autre que lui-même et que ce décalage est la fondation de ce qui peut devenir ; hors ce devenir, les choses, les mondes se répètent et si ils ne se répètent pas c’est que la dimension, structurelle, pousse à s’étendre, s’amplifier. Sinon le monde serait tout plat et nous-mêmes juste un petit débordement, totalement incompréhensible (sinon de constater que justement « on est un petit débordement », ce qui n’explique rien du tout) ; pour expliquer et ne serait-ce qu’exposer (que l’on s’en rende compte enfin, que ça nous parle) ce décalage il faut bien le constater et le désigner. Ou alors comme fait la raison le passer sous silence et faire comme si « c’était naturel » qu’il y eut un tel écart. La philosophie a tenté mille fois de l’expliquer et s’ne est approché, mais au moins, au minimum, elle a signifié ce décalage (dit ontologique, il faut bien créer le discours adéquat à cette dimension) et non ne s’est accommodée et fait semblant de son évidence plate ; dès que l’on pointe l’écart ontologique on tombe dedans.

La dimension qui s’ouvre par l’être humain ne joue pas sur le langage, le corps, la cervelle ou des suppositions encore plus ésotériques, mais par le mécanisme très « simple » en soi de l’arc de conscience (en réalité il n’est pas du tout clair et net, sinon il serait un « objet », sa formulation méthodique serait « objectité ») ; forme vide et sans rien ; l’arc est un mécanisme qui sort de la cervelle, certes, et se tient du réel ; c’est parce qu’il est rapport à soi qu’il peut, en ce rapport vide, l’emplir de choses réelles et de choses possibles, qu’il invente au fur et à mesure (quitte à bouleverser son environnement et anéantir plus ou moins ses congénères). Le dit mécanisme nous emporte dans son possible pur et simple (il est formel et peut se réclamer d’une perfection très étrange, sans composition) ; dans ce sillage il s’invente des représentations, d’une part et d’abord celles des mondes particuliers un par un (tribus, royautés, mayas, Égypte, etc) et puis d’autre part et soudainement (enfin autour de la méditerranée et pas si soudainement que cela) il se fonde sur le mécanisme lui-même et rétrograde les synthèses dans une analyse plus actualisée ; il ne suppose plus un monde complet mais un formalisme ; qu’il nomme la pensée, dieu ou le sujet ; le développement de cette prise de conscience (de l’activisme de conscience, de cette accélération de l’intentionnalisation par les grecs, et de l’intensité de l’intentionnalisation par le monothéisme et le christique, de son re-pli, re-tour, nouveau tour en plus par Descartes et suivants) est relativement rapide, voire hyper dense et invraisemblable ; tout est jeté dans le feu qui dévore.

Mais le feu qui dévore est aussi la structure qui engendre quantité de représentations, de signifiants à propos du monde, des corps, des autres et de son activisme même ; elle se représente elle-même tout comme elle re-présente le donné en dehors ou en plus des synthèses (une synthèse se produit presque sans effort ; il suffit de parler et le groupe reprend en chœur) ; l’analyse suppose que l’on dresse le plan , la base, le sol sur lequel on analyse (l’être par ex) ; elle ne peut que se-vouloir elle-même, accuser intentionnellement qu’elle se veuille intentionnellement ; la réflexivité des grecs est « la pensée qui se sait », elle n’est pas la pensée qui pense, mais la pensée qui (re-tour) se sait ; le dieu unique est le Un tout-autre qui se dit tel (autre que tout monde, l’ayant créé, ce qui est pratique, et autre qui vient exiger une loi et puis une foi tout à fait hors du champ du donné là, du vécu, du corps, de l’intérêt du monde, de la ligne de mort qui délimite tout ce qui est du monde et pour finir hors de la naissance-mort, et donc en-plus).

L’ampleur est évidemment considérable et ça n’est pas parce que l’on en vit depuis 25 siècles (au minimum) et plus particulièrement depuis que le mécanisme fonctionne à plein, ayant découvert qu’il prenait assise sur le monde donné là, galiléen par ex, et le sujet absolument co-présent à son propre réel (et au réel même, cartésien) que d’aucuns se lassent de leur super-monde humanisé et individualisé, parce que si ils étaient plongés à nouveau dans un des mondes humains particuliers, dans une communauté resserrée et étouffante (outre qu’ils ne dépasseraient pas les 25 ou 30 années de vie, avec beaucoup de chance), les épuisés lassés du monde occidentalisé rebrousseraient bien vite chemin, bien contents de se lover devant internet, au sens propre et figuré.

Bien sûr on peut rêver d’une utopie et il le faut, mais la réalité est effectivement là, telle quelle, et pas autrement ; on pourra faire des pieds et mains, il est impossible de remplacer ce qui est par ce qui n’est pas, aucun rêve, aucune cité construite mentalement n’équivaut en complexité (et réalité) à celles qui existent vraiment ; la question est de comprendre ce qui est, pas de supposer un autre être humain ou une pensée angélique.

Dans le même genre, on ne peut pas comprendre ce qui eut lieu, le surgissement de la pensée, de la conscience de cette activité de-conscience, de cet activisme, de cette accélération, si on définit seulement le mécanisme comme un simple raisonnement ; la raison n’explique pas du tout la pensée et encore moins le sujet et encore moins ce mécanisme absolument étrange (qui rend possible entre bien d’autres qu’il y ait raison et science et droit, etc ) ; une massive compréhension plus fulgurante est requise qui puisse admettre l’irruption dans la réalité d’un décalage abyssal, dont on ignore la nature et qui n’est pas bêtement la rationalité de l’objet ; tenant, ici, que le dit objet est précédé du sujet, et que de cela l’objet n’explique pas le sujet et que la précédance du sujet doit ainsi faire l’objet, hyperbolique, d’une autre sorte de discours dont on admet absolument qu’il soit la philosophie même, telle que depuis le début ; encore une fois qu’il y ait « philosophie » est un fait, et tenir qu’elle soit seulement une sorte de prolégomène à la raison, bien raisonnable et raisonnante, est une explication tellement courte qu’elle laisse plus soif. Dans la même suite ; on pourra multiplier autant de rationalité que l’on voudra, elle ne permettra pas de réguler la dite soif qui nous anime et au contraire même nous poussera aux dernières extrémités, aux dernières folies, puisque la raison ripe, glisse, n’est pas en mesure de prendre conscience de la conscience (qu’elle transforme en divers objets, pour faire court, autant scientistiquement que selon al consommation ordinaire déjantée).Pour méta-penser le méta-sujet il faut une méta-réflexion ; autant dire, c’est plus simple, que pour penser le sujet il faut une réflexivité.

Si l’on se demande quelle est la discipline qui permet de relativiser notre être (ce qui parait impossible, de où un être peut-il se situer pour se-vor lui-même ???), c’est toute la problématique philosophique ; situer cet être et le point à partir duquel il se-voit ; on affirme donc ici et réaffirmera qu’il s’agit du mode opératoire de la philosophie, que cela a déjà eu lieu, mille fois, et que ça se poursuivra par la suite (si nous survivons, ce qui est peu probable ; et oui, la réflexivité, une espèce « intelligente », ça ne réussit pas forcément) ; laquelle philosophie doit cependant être lue tout autrement qu’elle ne fut dans les doxas ou les orthodoxies ou les caricatures très habituelles (pour la plupart noyautées par la raison raisonnante, sorte de transmission molle du vrai, du bien et du beau, de l’universel abstrait et sans gout, très kantiennement…) ; elle doit être lue en tant qu’elle ne prétend pas d’abord démontrer la suréminence de la dimension mais que d’une part elle la démontre (plus ou moins) et que d’autre part et surtout elle la montre, là, telle quelle, en action ; de ce que Platon dialogue et de ce que Descartes monologue, si l’on veut, en acte. Ils nous y font assister. Et accessoirement que l’on n’y peut rien comprendre si l’on n’intègre pas en soi, cad hors de soi, le décentrement qu’elle cause dans un arc de conscience…

On remarquera que ce faisant on ne dit rien d’autre ni de moins que les dernières positions acquises ; soit donc par Sartre (et en son mode opératoire à lui, Lacan) ; la conscience n’est pas ce qu’elle est, et est ce qu’elle n’est pas ; la formule est hasardeuse et au fond en partie difficilement compréhensible, elle parait une facilité (comme quoi pour comprendre il faut lire … peut-être pas les 600 pages de l’être et le néant, mais presque) ; et on eut tôt fait d’oublier la description systématique de notre sorte d’être, par Sartre, pour la raison que l’on préfère remplacer la torsion du cou extrêmement douloureuse qu’il impose, par l’élaboration d’un gros objet, définissant l’Etre sous une variante ou une autre, parce que l’Etre comme Gros Objet n’implique pas que l’on cesse d’être le moi que l’on est (il perçoit simplement le Gros Objet là au-devant, sans se bouger d’un pouce, iota ou milligramme) ; tandis que Sartre c’est une autre paire. Comme on dit.

Cad que pour penser ce que Sartre veut dire, il faut le prendre sur soi mais à l’envers, puisqu’il écrit à l’envers, tel qu’il sied. De même si l’on traite Descartes par-dessus la jambe ce sera d’une cabriole le tramant en telle ou telle caricature, qui se pavane si assurée de sa forfaiture « Descartes oh quelle comédie ! ».

Faites-en autant, que l’on s’amuse un peu.

Non, il faut le prendre par le dedans du faisceau qui perçoit le réel, comme il s’est apprécié lui-même, situé par devers lui-même et autre que lui-même. Se retourner comme un gant ; lorsque l’on se regarde dans le miroir, on se déplace mode star trek dans le miroir et on se voit de là-bas, enfin on en sait plus si, l’on est ici ou là-bas et quel est le là-bas ou l’ici. C’est comme ça que le miroir apparait dans le monde donné (sinon il n’apparait pas).

La gyroscopie, pour ainsi dire, la torsion du cou, que cela nécessite est le décentrement du réel en une fois ; qui se rend compte que le réel existe en une fois et qu’il est intégralement une réflexivité dont on croyait qu’elle n’appartenait qu’à l’humain, mais dont il se révèle qu’elle constitue l’intégralité de tout ce qui est. Le présent est la réflexivité intégrale de tout ce qui est, forcément, puisque tout l’être est produit à partir de l’exister, et en propre, elle est une certaine formulation de la réflexivité très exacte du réel même ; de sorte que la philosophie est « ce qui a pénétré » dans le lieu-temps, hors temps et hors lieu, de la dimension antécédente à toute réalité, lequel est au plus proche, pas besoin de parcourir les éons ou la totalité totale, et la philosophie se glisse en ce qui précède, continuellement, toute réalité et toute conscience ; l’exister.

Dont elle dresse le paysage au fur et à mesure de ses avancées par la dimension cerise sur l gâteau, pour s’étendre dans la dimension, il faut l’inventer (lorsque l’on invente quelque chose, c’est un exister réel, pas un artefact, sinon qu’ici on invente l’épaisseur ou une tangente de l’épaisseur, sans épaisseur, de l’exister, du présent ; chacun comprendra que le présent n’a pas de « dimensions », puisqu’il est celle antérieure).

De sorte et au sens où l’arc de conscience qui prend exclusivement appui sur le réel donné « là », est lui-même une torsion par ce qui, de fait, en est déjà une autre. Torsion dans la torsion, au fond c’est très logique.

Remarquons qu’il faut bien que l’arc de conscience prenne appui sur le réel ; sur quoi aurions-nous voulu qu’il le puisse sinon ?

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