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instants philosophie

La fin du monde

30 Août 2016, 10:41am

Publié par pascal doyelle

Il faut donc se débarrasser de tous ces désenchantements supposés tellement évidents, et reprendre directement le fil général de toute cette occidentalisation, à moins de vouloir vivre sous une royauté tout à fait quelconque, un communautarisme étouffant ou dans une tribu super cool (à condition d’accepter de mourir à 25 ans).

Quant au libéralisme et capitalisme, on ne voit absolument pas par quoi remplacer la décentralisation effective qui distribue le pouvoir (de décision, d’invention) à ceux qui le veulent, sinon d’imposer par en haut (qui ? comment ?) une centralisation qui ne satisferait personne ; ceci étant il faut comprendre que toute société humaine est à la fois communiste et libérale, qu’annuler l’un ou l’autre est une absurdité, une division, un schématisme irréaliste (ou donc la redistribution ou vaudrait-il mieux dire la justice à la base serait autrement plus profitable, pour tous, y compris les libéraux et les capitalistes eux-mêmes), surtout qu’en fait le problème n’est plus de créer une société humaine industrieuse capable de produire tout et n’importe quoi (et donc n’importe comment), mais d’imaginer une décroissance, une redistribution non des richesses mais de la production elle-même et qu’en pareil cas (un danger de mort, d’effondrement généralisé, voire de cataclysme qui éradiquerait le vivant actuel de toute la surface) il est clair qu’un appareil d’Etat, et d’Etat mondial est requis (on peut rêver ; mathématiquement, pour ainsi dire, il est peu de chances qu’une telle entente s’impose, et les catastrophes localisées causeront un tel désordre que les meilleures volontés n’y suffiront pas).

Bref ; l’occidentalisation a réussi ; elle a libéré la structure de conscience de ses contenus (elle ne cherche plus, dans un contenu hypertrophié, une synthèse du donné, mais a pris conscience de soi comme conscience et a élaboré le schéma général, formel de notre « être » indépendamment des contenus synthétisants tel ou tel, et bien que pour ce faire elle a utilisé, évidemment, de telles formulations comme contenus mais distordus, pliés en eux-mêmes, requérant, pour être ne serait-ce que lus, et compris, une forme de « soi » ouverte et formelle ; on ne peut pas signifier directement la structure de l’arc de conscience (qui existe antérieurement à toute pensée, représentation, etc) ; le, pli qu’impose la pensée, l’universel, le sujet, l’altérité à l’acte de conscience, extrait celle-ci d’elle-même ; elle se voit de l’externe point de vue, du point de vue réel, qui n’entre pas dans la réalité, qui se tient comme Bord de la réalité ; expression du Bord comme pensée grecque, comme monothéisme et christique ensuite, comme sujet et révolution enfin, mais dans tous les cas de son activisme de conscience, indépendamment de tel ou tel contenu, inaugurant, autour de la méditerranée, au sens large (Moyen-Orient compris), une anthropologisation radicale, ayant dé-couvert la structure réelle de cet-être qui nous cause ; l’arc de conscience, la structure de conscience est un Réel, actif toujours, et accéléré, augmenté, retourné, renouvelé par les grecs, les monos, le christique, le sujet, et du sujet par la raison et l’humanisme et en l’humanisme par la personnalisation transformatrice de chaque corps sur la planète ; c’est comme ça.

Remarquons ceci ; nous sommes parvenus à extraire la forme « arc de conscience » du donné et de notre réalité, mais celle-ci doit elle-même se décider, à chaque fois ; elle ne suit pas un « programme tout fait », mais est une structure qui décide de son trajet réel ; la vérité est que ayant dé-couvert cette structure (sous les formulations de la pensée, du christique et du sujet et enfin de l’altérité, qui couvre aussi bien Nietzsche, Heidegger, Sartre et Lacan que les objectivismes, marxiste, freudien, linguistique, les théories scientifiques et les psychologies diverses, bref l’ex-positon « là » des réalités dans leur complexité, et exposition aux yeux du sujet, cartésien, rendu absent, abstrait, extérieur, vidé de sa verticalité), ayant découvert cette structure nous n’avons, vraisemblablement, pas su quoi en faire … ce qui est consternant.

On a continué à faire-comme-si nous étions un être naturel et que comme tel quoi que nous décidions cela rentrerait tout immédiatement dans la nature, le donné, le monde ; alors que cette structure est hors champ (hors du conscient) et hors nature (positionnée sur le Bord du monde) et que donc elle fort bien détruire totalement tout ce qui est au monde. Ou si l’on préfère ; ça n’est pas parce que l’on a saisi la structure de conscience que l’on a su décider comme il se devait de l’orientation du réel et de la réalité. On s’est laissé aller, tout simplement, pente de la facilité, du moindre effort ; non que l’on n’ait pas souffert et travaillé, mais on n’a pas su mettre en place la réflexion ou plus largement la réflexivité nécessaire qui aurait requis une conception réelle et aboutie de notre possibilité ; on a cru qu’il suffisait de désirer et décider et fantasmer le réel pour que celui- se plie à notre volonté, ce qui est infantile et absurde.

Dans l’idéal il suffisait de produire au devant des yeux la représentation à peu près totale de l’humain, par les mass médias, pour que cette humanité se réfléchisse et prenne les bonnes décisions ; ce qui eut lieu dans les années soixante du siècle précédent, en même temps que les projections sur l’avenir probable si aucune orientation sensée n’était envisagée ; c’était à n’en pas douter le moment, la fenêtre de tir appelée. Au lieu de cela, la facilité s’est amplifiée et probablement tout était joué durant les 20 à 30 ans qui suivirent.

Le plan était que faisant suite à l’humanisation universelle, s’ensuivait une personnalisation, qui permettait de monter d’un formidable degré de civilisation ; chacun resserrant sa possibilité dans le développement de son individualité, il devenait moins essentiel à quiconque de gaspiller honteusement les ressources à produire et consommer n’importe quoi ; on aurait pu, du se contenter d’une automobile raisonnable, mais on a préféré mille sortes d’automobiles de plus en plus perfectionnées et gaspilleuses, et sans qu’il soit jamais question de substituer aux industries polluantes de toute espèce, une refonte pro-industrielle, pour ainsi dire ; le laisser-faire et l’absence complète de vision ; en bref la stupidité ; parce que réellement dans les années 70 tout cela était effectivement prévisible… nous n’avons pas été pris en traitre ou surpris ; c’est juste et rien que de la stupidité. Et non pas causée seulement par le capitalisme ou les productivistes ; mais par tous et tout le monde ; une absence fondamentale de conscience, des masses, des individus un par un, et bien sur des « élites » qui auraient dû, auraient pu s’orienter et pousser en d’autres directions de la réalité.

Nous nous sommes laissés agir par un comportement dont nous étions parfaitement conscients, un comportement nourri d’un fantasme de réalité et de nous-mêmes dans cette réalité, au lieu de considérer réellement l’état de choses et du monde ; embarqués dans ce fantasme, pourrissant par le dedans. Déployant une civilisation alimentée par l’intentionnalisation et la matérialisation de cette intentionnalité, plutôt que de ré-fléchir la dite intentionnalité de telle sorte qu’elle signifie à moindre coût, et en une plus exacte lucidité et probablement une plus légère et justifiée satisfaction ; que l’on n’ait pas « vu » cette satisfaction autre, que l’on ait désiré profiter du monde, du corps, du vécu, de ce fantasme idéaliste d’une coïncidence de notre être et du monde donné, signifie que la réflexivité, qui est autre que ces satisfaction faciles, ne se réalise pas comme étant « vu », perçue dans le monde et selon le profit illusoire que l’on en prêtant retirer, mais que la réflexivité qui aurait pu détourner la structure de conscience vers des finalités plus réelles nous est probablement hors de portée … faute de prendre les décisions, d’orienter plus effectivement l’acte de conscience, on l’a engouffré dans le fantasme d’une sorte de « vie rêvée » et de la catastrophe de laquelle nous sommes responsables collectivement et individuellement.

Parce qu’il est clair qu’il nous était impossible de continuer à cultiver les champs et à écouter les petits oiseaux ; mais la complexité civilisationnelle requise impliquait une responsabilité et non une vision fantasmée, hallucinatoire.

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