Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

L’insatisfaction native

15 Octobre 2016, 09:13am

Publié par pascal doyelle

 

De Descartes à Lacan, via tous les autres

L’arc de conscience se définit comme « ce qui a conscience du réel », qu’un réel existe effectivement là au-dehors, et qui ne tient que par cette tension et qui ne se définit même que par là ; pas d’esprit ou de pensée qui pré-existeraient à l’arc, mais un arc ayant créé esprit et langage et humanisations et personnalisations. Pour que l’arc tienne dans un « esprit » ou une « pensée », il faudrait que cette pensée ou ce moi subsistent en soi, en eux-mêmes ; mais le moi est composé, et la pensée plus encore ; et toutes ces compositions sont des bricolages, y compris le moi, cette entité est si mal foutue, que souvent elle ne survit même pas à son propre tourment, elle s’effondre sous son propre poids. La résolution qu’on croyait attendre de la production d’une pensée, d’une identité (le moi mais aussi la nation, ou le peuple, ou la vérité, etc) ne viendra pas, ne peut pas advenir ; c’est en ceci que Nietzsche prend effectivement le contrepied absolu de l’attente ; ce qui est, est déjà réalisé ; et peut-on ensuite ajouté, est réalisé comme structure, forme et non comme contenu ; il n’y a pas d’objet du désir, et si il n’est pas d’objet, c’est en fait parce qu’il n’y a pas de désir, il n’y a pas de satisfaction, et ainsi il faut admettre la satisfaction étrange et autre de la structure sans alter ego, sans correspondance ; ou donc la structure se « réjouit » d’elle-même, la joie de la volonté, mais cela même est une illusion, un montage ; elle ne se réjouit pas, elle agit. Et elle agit parce que le réel, le présent est activité, ou plus activisme.

Tandis que les mois attendent leur satisfaction (qui ne viendra jamais), les sujets se fient à la nouvelle structure (cartésienne), mais dont ils voient bien qu’elle ne leur apportera pas la satisfaction (Kant qui approfondit la structure, prône la morale pure et désintéressée, Nietzsche qui sait très bien que « ça ne viendra pas », ne confirme pas l’intéressement, ce que n’hésitera pas d’imposer le libéralisme, mais hyperbole une sorte d ‘intéressement supérieur, c’est évident), et les sujets qui comprennent l’insatisfaction (à moins de la renvoyer par l’infini dieu, la conscience indéfiniment réelle ou de la reporter indéfiniment selon le progrès, comme Kant),

les sujets donc sont capables de commencer d’élaborer l’insatisfaction, cad de contenir, de restreindre sans doute mais surtout au sens de resserrer, de rendre plus précise, plus active encore l’arc de conscience, la structure ; de là que la réflexivité cartésienne commence d’accélérer radicalement, à la racine, ce qui déjà par les grecs était formidablement déployé ; en systèmes ; il n’y aura plus à proprement parler de système ; Kant n’est pas un système, mais une description formelle, les idéalistes allemands cherchent à injecter dans la forme du sujet cartésien (qui ne se nomme jamais elle-même telle « sujet », c’est ensuite qu’on lui appliquera ; Descartes est hyper objectif, il décrit tout simplement ce qu’il voit, la structure du doute, du fil exigu de l’acte, le dispositif des dispositifs, la pensée pour Descartes est tout l’ensemble ; perception image, imagination, sensation, émotion, sentiment, passion, corps relié on ne sait comment ; et qui sera seulement approché à nouveau par Lacan seul, du dedans de la structure qui cherche un corps-autre, tout cela dans le pli unique du christique ; il n’y en eu qu’un seul, et un seul René Descartes et un seul Nietzsche.

Hegel n’est pas un système ; puisque le système est lui-même le sujet ; ce qui engendre toutes les perturbations imaginables (la « logique » n’est pas une logique cadrée, mais le devenir même de la notion, ce qui la rend si difficilement compréhensible et les devenirs sont élancés les uns dans les autres, en ceci que la fin précède le début, le gargouillis de la notion qui passe dans la suivante c’est en fait la seconde qui re-vient sur sa précédente ; de là ce mic mac insupportable, qui voudrait faire naitre la seconde « de » la première, mais Hegel se place, est placé déjà à la fin. Or aussi abstrait soi-t-il et si il n’était que cela, il serait incompréhensible qu’il parvienne à ce point à saisir les déplacements de conscience, de la négativité, de la dialectique ; ce que pourtant il réussit et par quoi il nous sèche sur pied. C’est que la logique hégélienne ne joue pas sur les notions elles-mêmes (comme si il existait une processualité de notion à notion), mais sur les mouvements de conscience intégrant tel contenu en et par tel autre et ce en vue d’un résultat (cad d’un plus grande conscience, laquelle grandeur est active non en sa notion même, mais dans le donné là ; l’être ne se confond pas avec le néant, et l’être et le néant n’aboutissent pas au devenir ; de sorte que l’historicité de la phénoménologie se double d’une phénoménologie de la pensée, de la conscience engagée en la pensée) ; au terme il n’est absolument aucune satisfaction dans le pseudo mais monumental système hégélien ;  et tous s’en rendront compte ; il n’est pas refusé parce que faux (il nous abreuve de quantité d’activismes de conscience), mais parce que l’arc de conscience n’est pas (en sa satisfaction possible) dans la pensée ; ce qui revient à dire que la satisfaction n’est pas dans la pensée, du tout, mais pas plus en soi , parce qu’il n’est pas de satisfaction du tout ; c’est avec l’insatisfaction et le sens, la portée, la possibilité de celle-ci.  

D’en comprendre le non-sens, le non sens natif, originel ; il n’est pas une satisfaction attendue, mais il est une in-satisfaction qui doit instruire intégralement (et bien plus loin que la satisfaction espérée). Qui doit lancer, en notre arc, l’instruction de sa possibilité, réelle (et non plus irréelle, telle qu’elle fut espérée, imaginée, crue).  

Que l’insatisfaction soit la règle veut dire qu’elle est la Règle, l’éthique ontologique elle-même, la nature de notre être, cad de cette structure autre dont nous sommes (humain, moi, corps) les effets ; les grands sujets qui viennent à lui suite de Descartes, et y compris les allemands, s’épuisent à investir la structure cartésienne (qui se borne, lucidement, à seulement décrire ce qu’il voit), l’investir d’un contenu, qui évidement ne pourra pas être seulement un discours métaphysique mais une sorte de propagation notionnelle, une hyper notion, comme si le moi et non-moi figuraient des entités onto-métaphysiques, et comme ils ne peuvent cependant pas ignorer le renouvellement cartésien, tout se passe très mal ; ça n’accroche pas. La volonté ripe sur la volonté, jusqu’à Nietzsche qui énerguménise la dite, qui renomme l’essence même de ce que par « volonté », déjà au fondement cartésien, veut dire et la dite volonté qui était par les grecs et les systèmes les variations intentionnalisatrices à propos du monde donné là (lorsqu’alors la pensée était synonyme de volonté, il fallait penser pour se décider), et ce qui s’est décrit comme intentionnalisation husserlienne ; les mots sont différents et divergents, mais ils désignent un être réel, une structure effective, qui re-vient sans cesse évidemment identique en sa forme ; c’est le contraire qui serait incompréhensible. Mais ce faisant Nietzsche s’aperçoit d’une chose, si la satisfaction ne vient pas, il faut vouloir cette insatisfaction, et là, révélation.

Sitôt que l’on acquiert que l’insatisfaction règne en maitre, elle devient la Règle même du réel. Les grand sujet s’usent la santé de « se produire eux-mêmes » ; la porte est grande ouverte du déboulement des abominations, de même que les mois, tout nouveaux sur le sol du monde, deviennent malhabiles, fous ou créent les perversions ; les grand sujets tentent de se surmonter, de voir-par-excès, mais rappelons Descartes ne crée pas la structure, il en rend compte, personne n’a besoin de Descartes pour se structurer ; et chacun reçoit de plein fouet la difficulté et la bizarrerie de la structure et d’autant lorsque laissés chacun à soi-même, comme citoyen, comme romantique, comme pauvre moi, comme corps, comme en transformant son désir par un Objet, la structure est immédiatement présente non plus seulement au monde (il y a des tas d’objets dans le monde et tous, quasiment, correspondent au corps donné, aux désirs et envies du corps, le mélange est complet qui nous fait-croire que le corps trouvera son objet), mais présente au réel, à l’horreur insoutenable du « ça existe » ; le réel existe.

Le choc est fondamental, et par les deux français, pas un hasard, se transforme, très objectivement, hyper objectivement ; Sartre et Lacan ne nous laisse aucune chance ; leur arrogance (spontanée, puisqu’ils sont français) expose et décortique intégralement toute l’objectivité ontologique du sujets, de la structure telle que posée « là » dans le monde (dans le réel pur et brut).

La plus extraordinaire description du réel investissant la réalité et la réalité du commun y compris, du réel tel que « là » est celle de Philip K Dick (ou Lovecraft en son temps et lieu, si l’on veut une correspondance d’avec l’altérité fondamentale d’un a-humain et supra-univers réel) ; l’exploration du sans fond, des détournements de la réalité par et dans  le réel, l’étincelant et abyssal réel ; les images sont dans le miroir mais aucune image ne montre le miroir. Quantité d’autres descriptions sont seulement des arrangements ; avec l’humain, avec le moi, avec la satisfaction (Houellebecq), avec le corps, et tous les objets et toutes les images recyclées des temps passés, etc, toute la masse de romans, de récits, de cinéma arrangeant ; le moi, cette cohorte, veut tout reprendre et entreprendre à partir de son seul monde de mois, ce qui est tout à fait aberrant, une mesquinerie qui ahane de chercher sa satisfaction, laquelle est toujours très pauvre, très limitée, et dont le fondement, dans le monde de la réalité dure, est soit le corps, soit le fantasme, cad le corps halluciné (lorsque le fantasme en fait plus qu’un avec le corps de la réalité, soudé, soudé mais dans l’articulation qui est inamovible, incompréhensible pour le moi, qui croit « être » lui-même alors qu’il ex-siste de par sa structure, son sujets forcément impossible), ou autre version la race, la communauté, le groupe qui soudoie le corps, qui a comme fondement le même-corps d’appartenance.

On peut remplacer la structure de chaque arc par quelque identité que l’on voudra ; les sciences nous assignent à cela seul qu’elles admettent ; le donné (le donné expliquant le donné, ce qui est absurde). Ou les sciences humaines écrasant la possibilité par la description entassée de la réalité (une réalité sans aucun avenir, condamné à se répéter, heureusement que les esthétiques bariolées et celles des années soixante, sans parler des grands sujets poètes ou du surréalisme, ou des délirants esthétiques, en quête de surcroit d’une éthique ontologique de la perception (puisque le corps-autre se propulse par la perception qui re-vient du réel, du miroir sans images), les rock et pop imposent un corps réinstallé au cœur du présent, esthétiques qui forcent le réel à réinvestir ontologiquement la réalité étouffante du monde-donné-de-l’objectivité, de l’étatisme (de l’universel figé, gelé sur place, qui se continuera pourtant par les luttes et les libérations, qui peinent cependant à atteindre l’universel même ; de l’arrangement, toujours), de la techno-économie, de l’économisme comme idéologie absolue du corps donné, inerte ontologiquement ; toute cette acculturation verticale et ontologique du 20éme est essentielle, trempée au plus instantanément réel, y compris les transes (pop) et les ex-tases (existentielles, lorsque l’arc est au plus près du réel brut) du corps investi et désinvesti, tous ces objets et ces extériorisations aboutissant au renversement de la peau du corps (dépressions et lucidités), et si l’on y prête attention absolument contrôlée (au sens d’orientation et de désorientations), contrôlée on ne sait de où ; de quelle morceau de structure tellement assurée d’elle-même ? L’arc lancé sur le réel est cela même qui existe, et il le sait.

Orientations et désorientations, puisque l’arc est une structure qui n’est pas atteinte par les contenus, et qui lévitera entre le haut et le bas (puisque tout est réel) ; ce qui est très difficilement imaginable ; on pourrait penser à l’inverse que n’étant « rien », cette structure serait infiniment sensible et blessée par quelque décomposition que ce soit : et c’est vrai. Mais dans le même temps, n’ayant pourtant aucun visage et n’étant pas en mesure de résister aux atteintes, elle est structurellement imperméabilisée en son genre ; les réalités glissent et ne remontent pas dans la structure ; il est clair que croire mordicus que l’on est ceci ou cela, solidement aggloméré à une identité, quelconque, les identités sont toujours quelconques, nous soumet à l’horrible déchéance, au rebut potentiel ; savoir que la forme est au contraire parfaitement claire et nette, absolument précise et que rien ne peut la déjouer, ni l’empêcher de se jouer, c’est aussi admettre que l’on n’est pas ; ce qui est vivant dans un moi, c’est le sujet impossible. La forme à condition d’admettre, de se pénétrer le corps donné qu’il est une surface de perception, en-avant.

Le sujet impossible n’est absolument pas idéaliste au sens péjoratif. Il n’est possédé que d’un seul rapport, celui au réel même, brut et violent, sans rien, hors limite, puisque ce qui existe formellement n’a pas de définition ni de contenu, ni de détermination (et toute l’historicité occidentalisée montre, désigne, démonte ou commence le démontage de cette structure). Et la brutalité de la structure est inimaginable (raison pour laquelle elle nous permet de passer de toute image-idée vers toute idée-image, en direction du corps impossible, des images dans le miroir au miroir non visible ; hormis d’être atteint par la forme du miroir, il n’est aucun moyen au sein des images de se dépêtrer). Et le miroir ne se perçoit que dans l’idéalisme, au sens non péjoratif ; parce que toute autre représentation désignera une partie, quelconque, du monde (du moi, du corps donné) ; l’idéalisme, la pensée, dieu, le christique, le sujet, l’altérité sont des formules, des abstractions, des re-tours, de nouveaux tours à chaque fois ; en ceci que la structure progresse dans le saisissement de son architecture/architexture (du corps). Et donc des invisibilités qui échappent, tandis que toute dénomination du monde sera de toute façon du sable se décomposant entre les doigts. Insatisfaction sans visage et native ou figuration morcelée et tombante, au choix.

Commenter cet article