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instants philosophie

La capacité de créer du réel

12 Octobre 2016, 15:01pm

Publié par pascal doyelle

L’arc du présent consiste donc à se-voir. Par quoi on peut dire, par figuration, qu’il se juge, le présent se juge. Il ne sait pas où il va, il est le chemin, la vérité et le corps. Il est au-devant de lui-même.

La structure de conscience est de ‘se supposer’ ; on ne prend pas seulement conscience de ceci ou cela donné, mais on ouvre la possibilité de percevoir autrement le donné ; ce que l’acte de conscience suppose au-devant, pour être performant, cad effectif, effecteur, réellement déterminant, entrainant des effets dans le donné, ce qu’il suppose doit ainsi être investi totalement ou le plus totalement possible de toute la mémorisation actualisable à tel ou tel moment du temps, de l’historicité ; Rimbaud était un latiniste ; on ne peut pas réintroduire le réel sans accumuler la réalité, relancer la forme sans être investi des contenus.

On a dit que lorsque les grecs imposent l’être, c’est la forme de l’exigence pure ; l’être fonctionne comme réinstallation, par le réel, de la réalité. De même dieu ou le christique ; ils in-forment le donné d’une exigence, d’une éthique ontologique, cad du maniement, de l’orientation (mais aussi tout autant de la désorientation) du faisceau de conscience ; comment doit-on supporter l’acte de conscience, comment former les horizons, et à partir de quel investissement ici même, dans le donné ; non pas comme idéalité ou théorie fumeuses ou répétition des formalités, des dogmatismes, mais comme attention à ce qui est là-devant ; l’être, dieu ou le christique ou le sujet ou l’altérité ou l’incrustation du moi (Sartre et Lacan) fonctionnent comme bords du monde. On soulève le monde donné là par le « là » du donné, cad de tous les donnés, de tous les mondes, et du monde donné unique universel (celui qui est en-deçà de toutes les représentations humaines ou individuelles).

Une version ou plutôt une avalanche d’interprétations du monde donné là, nous est tombé dessus avec Marx, feud, Nietzsche, Heidegger, et toutes les mises en doute possibles (et donc aussi les découvertes effectives des sciences, le monde est de fait autre et étrange et a-humain) ; c’est que l’on est, à partir de la position évidée du sujet (cartésien, penché sur le donné là comme étendue, autre), on est face à l’altérité du donné ; de même que Nietzsche ou Heidegger tenteront une reprise par une ontologie d’énergumènes, la saisie adéquate de l’horreur du donné là. Ce que Sartre et Lacan n’ignoreront pas ; la nausée et le néant, mais qui seront vite réglés, pas question de tomber dans le piège d’une élucubration ; qui en elle-même nous ouvre instantanément un univers, une présence du réel extraordinairement Autre, une plongée fabuleuse dans l’incarcération qu’est le monde, qu’ils tentent de soulever par une plus grande évidence, ce qui est franchement le statut que voulurent atteindre les grand sujets ; les sujets sont Descartes ou Kant ou Hegel ; les grand sujets débutent avec les idéalistes allemands et Rimbaud et Nietzsche, etc ; ils pensaient créer l’unité du monde déchiré par leur volonté, leur intention, se créer comme divin ou comme dieux.

La supposition que formule l’acte de conscience est de se prévoir, se positionner en-avant du donné, ce qui est impossible, mais cet arc bel et bien effectivement réel ; une conscience (qui s’utilise par ailleurs de mille manières) en sa pointe pré-voit ce qui survient, elle cause la survenue, l’en-plus ; et c’est en se situant non pas bien assurée sur sa raison ou son conscient ou son moi ou identité quelconque, mais via la surface-autre du corps ; soit donc dans l’individué le plus effarant ; celui qui ne se prévoit pas mais pré-voit, use de la perception en retour, ce qui veut dire en re-tour, un nouveau tour, qui est joué.

Il faut bien suivre ; ç n’est pas seulement que tel arc de conscience fait le tour de tout le donné là, et s’investit, investit, infecte son corps de toute l’accumulation, c’est aussi que cet arc peut potentiellement récupérer tout le virtuel, toute la possibilité structurelle de son arc ; qu’il est branché en direct (ou le plus instantanément possible, puisque cela est impossible en soi, on se tient ici sur et dans l’impossibilité même, le tour de force, la puissance, la potentialité), et enfin que cet arc soit apte ou se rende capable de recevoir tout le donné et tout le « là » qui se présente et c’est littéralement toujours, partout, pour quiconque tout le donné et tout le « là » qui se présente.

C’est toujours le même monde, le même réel, la même structure de conscience et tout l’ensemble de ce qui est et de l’exister se présente à même l’acte de conscience, de chaque conscience, de chaque faisceau de conscience.

C’est ainsi l’ensemble de toute la présentation est soudainement pris dans l’articulation, articulation de l’arc au présent ; le présent est la dé-concentration instantanée de tout le donné et du « là ». et c’est ce mouvement (qu’est le réel, qui n’est rien d ‘autre que le présent qui précipite sur sa paroir toute la réalité) que doit supporter le corps, le corps sous son mode de corps-autre ; en ceci Rimbaud doit recevoir et admettre en sur par son corps tout l’accumulation de tout ; et non pas retranscrire cet ensemble mais le relancer, et c’est uniquement parce qu’il est intégralement pénétré de tout le donné et du « là », qu’il peut avancer, obtenir l’en-avant de tout ce qui est.

Remarquons bien ; l’arc de conscience ne sait pas ce qu’il découvre ; rien ni personne ne possède cet en-avant ; l’en-avant lui-même l’ignore totalement ; le présent est ce qui crée le possible, la possibilité et ce à partir d’un encadrement structurel ; l’arc de conscience dans l’arc du présent. on a dit que l’arc du présent est un programme, mais c’est la forme même (la structure de conscience-de) qui est le programme et non un contenu qui serait logé dans la structure ; l’ensemble, arc et exister ou pour nous « présent », est une forme invraisemblable ; invraisemblable en ceci qu’elle est rigoureusement l’arche de la possibilité (on ne sait pas les mondes, les univers, les réalités qu’engendre l’exister et on ne sait pas a priori ce que l’arc de conscience pré-voit, et il ne le sait pas sinon de présupposer par son corps ce qui est potentiellement survenant dans la Perception Structurelle).

On ajoutera ceci ; l’arc qui veut tenir la perception advenante pour qu’il recherche le possible, il lui faut parier ; mais il parie de ce qu’il sent, de ce qu’il sent ayant admis comme surface autre de son corps la fine architecture du réel, du présent absolu, de l’arc un et individué ; a contrario de tout ce que lui impose le monde, le donné, les autres, son vécu, son moi, tout ce que l’on voudra, et qu’il ressent la Structure même, sous quelque variation que ce soit ; étant formelle la structure n’a pas telle ou telle représentation ou signe ou contenu ou détermination assignée ; les visions les plus approchantes de la Structure sont d’abord la volonté nietzschéenne, ensuite la « là » (de être-le-là) heideggérien et enfin l’acte de conscience sartrien.

Antérieurement la vision, qui était réelle et active, s’interprétait comme universelle (la pensée, le un, dieu, l’infini, le sujet, le concept, etc) ; il fallait pour que l’on quitte l’universelle interprétation que l’altérité s’introduise et même s’impose ; le monde, la vie, l’existence sont absolument, cad radicalement, à la racine, Autres. Par l’altérité on passe outre y compris le singulier ; le singulier paraissait une possibilité de s’opposer à l’universel, bien que, demeurant dans le cercle interprétatif de l’universel, le singulier désigne on ne sait quoi ? Lorsque l’altérité devient le principe pur et brut du réel, l’individué emplit toute l’attention ; l’individué ne peut pas être remisé dans l’universel ; c’est l’individué qui comme arc de conscience, un par un, s’avère, au sens propre ; devient la vérité. C'est-à-dire le réel.

De là que l’on ne comprend pas du tout Sartre et Lacan ; ils ne théorisent pas la réalité ou le réel, ils le montrent ; Descartes commence par devers tout le monde (à exhiber un être étrange), mais il doit se référer encore à l’infini, dieu (et ensuite les allemands s’épuiseront au Moi, non-moi, etc, ou à l’esprit sujet hégélien, qui est super pratique pour retrouver tous les devenirs mais ne signifie littéralement rien, sinon le retour de l’arc vers lui-même), mais si Descartes commence d’inaugurer qu’il existe une structure antérieure à la pensée et originelle (passant outre toute la métaphysique, celle qui tenait le discours comme réflecteur du un dans le monde, que ce soit le Un ou le dieu théologique), Sartre et Lacan la tienne telle quelle, sans rien ; sans tomber dans quelque interprétation que ce soit (serait-elle universelle ou ésotérique, nietzschéenne ou heideggérienne). C’est claquer à même notre face, une forme, un arc, se balade à la surface du monde et du réel, point.

Tant que l’on n’a pas institué l’individué, cad le sujet impossible mais nettement instauré ici même (les grands sujets croient que l’on peut créer le « sujet » et s’y meurtrissent, ils se veulent « grands » comme Rimbaud, Sartre non ; il exige, quoi, on ne sait pas, mais nous soumet activistement à l’exigence brutale), sans l’individué on ne comprend pas ; on continue de relier l’individué, l’exister, à l’universel ; on n’a pas encore compris que depuis Descartes on est passé outre l’universel , au sens de « on est passé vers la structure antérieure à la pensée » ; soit donc que ce qui réfléchit ce n’est pas la pensée, mais l’arc de conscience dans le présent, lequel est lui-même la réflexivité unique, celle qui engendre les réalités, les mondes, les univers.

En somme ce qui parait généralement et habituellement dans l’historicité comme un défaut de pensée, un échec, ou une déconstruction, l’aveu kantien de l’impossibilité, doit être relu ; ça n’est pas que la pensée (métaphysique) ait échoué, c’est qu’elle est passé à un autre régime, hyper actif ; par quoi la pensée, véritable, se nomme réflexivité ; réinscription de son attention antérieurement à la pensée énoncée, et attaquant à même la structure de conscience ; ce que montrent à l’envie Kant, Hegel, Husserl, Nietzche et H, et évidemment Sartre et Lacan. Ils ne cherchent pas à fonder la pensée à nouveau (bien que parfois le proclamant à qui mieux mieux, Husserl annonçant la science phénoménologique), ils analysent, décortiquent notre acte d’exister en sa structure et architecture ou architexture (du corps-autre, de par le moi, et l’objet même de Lacan) ; et il ne faut certes pas moins de trois siècles pour remonter le long de cette structure spécifique (antérieure à tous les mondes, toutes les représentations ou langages, tous les mois).

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