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instants philosophie

L’irréalisme

10 Novembre 2016, 13:01pm

Publié par pascal doyelle

L’engloutissement de la structure de conscience par la cervelle mensongère. La dévoration du sujet par son moi. La violence du sujet envers le moi.

Le moi, et si l’on remonte le naturalisme idéologique (libéral et communiste, l’économisme de manière général comme idéologie du corps), et plus avant encore l’humanisation ayant fondement universel, peuvent être considérés comme des adaptations, dans la réalité, de l’ampleur métaphysique antérieure ; la pensée, dieu, le christique, le sujet, l’universel se produisaient du réel, de l’intuition du réel, mettaient en œuvre une nouvelle anthropologie (en fait ils créent cette notion même d’anthropologie, auparavant n’existaient que des mondes séparés) ; le réalisme de l’humanisme naturaliste et réaliste ne contredit pas l’ampleur antérieure, mais la continue … en en oubliant une part ; de sorte que le réalisme assume totalement et outre mesure le monde, le donné, le corps, le moi et l’humanisation, mais ne peut pas porter ni les mois supporter le réel.

Ce qui mesurait le fantasme, auparavant, à savoir dieu ou le christique ou la pensée ou l’humanisme métaphysique des grecs (l’humain tenant sa place à mi chemin du monde et des dieux, l’humain n’acquérant sa vraie dimension que de s’accorder en la pensée, divine en elle-même, l’humain capable du divin ou pour dieu l’humain admettant la loi ou pour le christ l’humain se rendant individu un par un à condition du corps unique du christ), ce qui mesurait le fantasme était bien suffisamment articulé pour accuser la charge. Il distordait le fantasme en s’y prenant antérieurement ; raison de l’ontologie ou de la rupture d’avec la magie des illusions, ou du refus de l’immédiateté ou du bannissement de votre-corps.

Toutes choses qui reviendront par l’installation du naturalisme ; on bannira l’ontologie, on succombera à l’immédiateté, on adorera notre-corps, on se soumettra à la magie ; mais revus et quelque peu corrigé, mais puissant cependant, jusqu’à tomber au fur et à mesure dans la courbure tombant vers le donné là.

Lorsque la réalisation humaine se définit comme naturelle, donnée là, psychologique ou sociologique ou économique, et que l’humain non seulement se confère sa propre loi, mais que cette humanité est conçue comme une donnée naturelle, tout à fait libre de suivre ses intentions, puisque celles-ci viennent de et aboutissent au donné naturel, que le monde est tel le champ joyeux de la satisfaction, il apparait que la poursuite de la finalité réaliste, naturaliste, mondaine, et globalement le fantasme sans limite de cette réalisation humaine, joue la bride sur le cou. Parce que ce fantasme (cad l’irréalité de la vie prise dans son interprétation naturaliste et réaliste, prétendument) ne manifeste aucune vérité. Seulement telle ou telle partie du monde, prise comme vraie et réelle (alors que la vérité d’une part et le réel d’autre part sont d’une autre articulation, l’articulation du dessus ; ce que quasiment Heidegger nommera oubli de l’oubli, mélangeant la pensée, grecque, et la raison 18émiste, même Descartes relève de l’arc suréminent indéterminé, mais H a besoin de forcer le trait pour établir son schéma ontologique).

Il ne manifeste aucune vérité alors même qu’il attaque réellement le concret du monde, du donné, du corps, du vécu (l’attention que l’on va commencer de porter à tout cela depuis le 18éme) ; aucune vérité parce qu’il focalise l’attention, l’arc de conscience sur l’immédiateté, sur la particularité (qu’il doit élever comme on disait à l’universel, Kant, Hegel, c’est parfaitement explicité et clairement décrit) ; or si le réel existe, (et il existe), le plan seul réel ne tient pas à la réalité, mais perçoit plus haut et plus loin cette réalité ; il est ainsi un horizon absolu, indéfiniment lointain, et lointain non seulement au sens kantien de progrès indéfini, mais lointain, éloigné dans le présent même ; il existe, et il n’est pas, et il existe comme un pli dans, au travers de tous les déplis de la ,réalité que l’on pourra. Le pouvoir être, à quoi se consacre l’humanisation, la concrétion de la structure réelle, qui s’engage dans la réalité, n’est pas équivalent à son devoir-être, (externe de l’interne kantien, l’aperception du sujet est Autre), équivalent à sa puissance, à sa potentialité ; rien n’est équivalent à la potentialité structurelle ; le fantasme qui se produit dans son monde est non réel ; il est par contre tout à fait dans la réalité et ce parce que l’arc a pu accrocher le réel, dieu, l’être grec, le christique, le sujet, et produisant le donné là, à partir du « là » du donné (dans le « là », la pointe existe), réalité engagée par le réel amène à l’irréalité lorsqu’elle se vit et suppose une satisfaction, imagine que la satisfaction soit au rendez-vous, qu’elle s’écoule naturellement dans le monde et de ses activités.  

Si il ne manifeste aucune vérité (entendue selon le réel), c’est que la vérité (du réel) est non tel ou tel donné mais l’architecture, que le moi essaie tant bien que mal de traduire en réalisation (il y parvient aisément), en irréalité (fantasmatique) et en architexture (du corps-autre, celui de la surface-autre tentant d’instancier qu’il y ait une structure-dans-un-corps, ce qui est une difficulté sans nom).

Le fantasme de l’humanisation et de la personnalisation est plus, beaucoup plus que la seule adaptation de la réflexivité du réel dans, vers le donné, il est plus mais en un sens re-tordu ; le fantasme est l’être mélangé de la structure et du donné ; en pariant sur la nature naturelle de l’humain, sur la « nature humaine » comme on dit, il est un désordre fondamental qui s’est instillé dans la représentation de nous-mêmes. Que seules jugulaient les configurations de la pensée, de dieu, du christique, du sujet mais que le moi, la raison, l’humanisation et le naturalisme sont incapables de saisir. La raison ne maitrise pas son développement (il n’est aucune rationalité qui soit capable de se réguler, puisque la raison est soit de sciences naturelles soit de sciences humaines mais relatifs à leurs propres objets et non de mener une pensée « globale » ; en vérité ça n’est pas du tout de pensée « globale » dont on devrait attendre la régulation, mais de l’intégration structurelle de l’insatisfaction comme principe).

L’humanisation ne maitrise pas du tout son déploiement ; puisque toutes ses finalités sont censées se ramener au donné là comme « libre » jeu des envies (l’humanisme universel ne sait pas trop ce qu’il nomme « libre », Kant éprouve une difficulté folle à approcher plus ou moins de ce que Sartre impose de but en blanc, et que Sartre ne comprend qu’imparfaitement ; pour dire que le marxisme est l’horizon indépassable, il faut ne pas comprendre que le libre n’est pas le choix de l’universel  mais l’invention et la singularité pure ; l’universel réel est la singularité même) et qu’il n’est aucune raison de se régler sinon de suivre sa « nature » et comme on ne dispose pas du tout d’une réelle représentation, on remplace cette absence par un fantasme qui reçoit l’irréalisme de notre représentation (poursuit par la cervelle qui, elle, est totalement irréelle).

Le moi ne correspond pas du tout à sa capacité de sujet d’une part et d’autre part il est exigé de lui qu’il se réalise intégralement, puisqu’il est naturellement lui-même, et ne peut supporter qu’il ne soit que « cela » ; sa réalité ne correspond pas du tout à la projection de soi qu’il espère vivre dans le monde, parmi les autres ; et c’est le fantasme qui prend de force la projection régulée ; c’est une violence exacerbée lorsque le fantasmatique empiète, puis dévore et finalement remplace intégralement le peu de règle universelle qui subsistait ; or sans la régulation universelle de l’humanisation, dans le déchainement des egos, des mois fantasmés et de l’irréalisme (lui qui se voulait naturaliste et réalisable), l’organisation humaniste de base du monde n’est plus soutenu  du tout.  

Le moi, la raison, la naturalité viennent se substituer au sujet, à la pensée et à dieu. Ce faisant ils adaptent la réflexivité du réel en une réflexivité de et dans la réalité ; mais cette réflexivité dans la réalité se heurte singulièrement à sa propre origine ; le réel revient et il revient sur le plan de l’humanisation, en remplaçant la projection, régulée de l’humanisme universel, par le fantasme qui dévore et détourne tout le réalisme (qui en soi était absolument cohérent, kantien, 18émiste, progressiste, rationaliste, démocratique, universaliste), en engageant notre représentation de nous-mêmes dans l’irréalité. L’irréalité dévorante (qui, parce que non réelle, ne peut pas se cadrer et se limiter, elle est constitutivement hors régulation et ne peut que s’exacerber).

Et la force de cet irréalisme tient précisément qu’il se tire du monde, du donné, de l’immédiateté, des désirs, des envies, de tout objet qui tombe sous la main, sous les yeux ; le fantasme et sa force, toute naturaliste, vient de ce qu’il peut emplir la structure de conscience de toutes espèces de finalités qui se présentent indubitablement comme parties du monde, du vécu, du corps, tandis que lorsque la structure s’activait selon la projection humaniste, n’étant pas encore emplie du fantasme, elle s’organisait selon l’universel qui décentrait profondément, mais cela était pu encore en comparaison de l’hyper décentrement christique et du méga décentrement grec de la pensée.

Ni le christique, ni la pensée, ni le sujet ne peuvent passer dans la réalité, le monde, le corps ; on a donc adapté en positionnant la naturalité, la raison, le moi ; soit donc la représentation de la réalité ; or toute détermination dans la réalité, la réalisation humanisante, s’engage immédiatement dans l’irréalité ; au lieu d’être lancée constamment par la structure de conscience, elle est happée par la cervelle, par la masse volumineuse qui mémorise, puisqu’il est clair que l’on ne peut pas vivre, désirer, décider, produire dans le monde, sans inscrire la satisfaction imaginaire, imaginée (on croit que l’on est ou que l’on sera « soi », que l’on rendra réel le rêve de soi, de l’humanité, de la vérité, de la satisfaction ininterrompue). A l’inverse la structure sait qu’elle doit passer outre toute inscription ; elle doit tenir et admettre toutes les inscriptions, les réalisations, mais obtenir de son principe (le réel est plus grand que lui-même, et d’autant plus grand que toute réalité) qu’il augmente sa capacité ; mais cet arc dans sa tension est plongé dans l’obscur ; il est un arrachement au donné, au vécu, au moi, à l’humanisation (alors qu’avant la révolution l’humanisation et l’universel étaient l’horizon lui-même qui s’extirpait des acculturations précédentes).

Ainsi les mois rencontrent dans leur vécu, dans leur corps, dans leur chair, le Hiatus, le déchirement, le décalage incompréhensible ; si elle était du monde la scission trouverait plus ou moins son explication (psychique, psychologique, médicamenteuse, politique, idéologique, imaginaire) dans le donné ; mais la scission est originaire ; l’originel est la division, le splittage, le creusement même ; il n’est pas dans la réalité un creusement, le creusement est le réel ; tout seul et rien que (et rien de sert de « dire » que le creusement est le réel ; de le « dire » ça ne comble rien du tout, sauf à lui substituer un autre imaginaire-symbolique ou ce que l’on voudra).

Le sujet (impossible) ne voit pas d’un bon œil cette absorption de sa structure dans une détermination ; on adore être amoureux, mais en vérité on déteste cela… sauf à se tenir cadré par une institution, qui fait-office de vérité-réalité (fait-office seulement ; on a beau dire qu’il s’agit du symbolique, le symbolique vient en plus d’un imaginaire ; lorsque ce dernier s’effondre le symbolique pèse peu, cad rien, à moins de mentir, ce qui est le cas de tout le monde).

Le sujet abhorre la satisfaction supposée ; c’est le moi qui se maintient (le moi n’est pas un être, il le croit seulement, et se continue de continuer, pour ainsi dire) dans la satisfaction imaginée ; cad partagée ; elle est imaginée cette satisfaction par toute l’humanisation du moment ; on croit non seulement qu’on possède le dernier gadget mais aussi que l’on va instaurer la révolution. Encore une fois il ne s’agit pas de nier tout cela ; on va peut-être révolutionner ou se libérer de ceci ou cela ; ça ne fait aucun doute, et en gros c’est effectivement ce qui est arrivé ; mais il ne faut pas croire que l’on va combler le vide. Le sujet est, quoi que l’on dise, se représente, s’imagine, toujours à l’extérieur ; le sujet, le dedans sans dedans, se tient, structurellement, dans le grand dehors (l’explosion formelle qu’est le réel). 

Le vide se confronte par le vide et aussi curieux que cela paraisse la philosophie depuis le début élabore le vide lui-même (sous quelque appellation qu’il se doit ; dieu, la pensée, le sujet, l’altérité, le un, le noumène, l’esprit sujet, la Volonté ou l’Etre de H, etc) ; mais c’est le vide, et il est maintenu comme tel, et pas effacé ou absorbé par la cervelle, il est tenu dans l’acte de conscience qui sort de la cervelle et résiste à l’irréelle cervelle, et l’arc doit passer de l’un à l’autre, qui tirent sur la corde pour la flèche. Laquelle ?

Que l’on puisse élaborer le vide est sidérant (Heidegger ne s’en revient pas et accuse de mensongeries les autres élaborations). Que ce soit si incroyablement difficile veut dire que l’on a atteint la limite, le Bord réel du monde, et que ça ne doit pas, ça ne peut pas être facile ; du Bord dépend tout le reste, cad tout.

On est alors considérablement loin du petit arrangement de la raison, du moi, ou de la naturalité, du réalisme en général. C’est pourtant ce à que, très quotidiennement, chacun des mois de par la proximité radicale à sa structure (après tout c’est en lui l’arc de conscience au plus près) subit.IL ne s’agit pas de bidouiller les éléments, dits objectifs par ex, et de réguler plus ou moins comme çi, comme ça, les parties du monde, les déterminations, mais d’accéder à l’arc réel du réel même, et ça se paie, individuellement et universellement.  

Pour le moi on peut en prendre la mesure en comparant l’accès que fournissait le christique ; qui décentrait tout arc de son (corps) vivant, et le situait sur un autre Point (et le défaut, si l’on veut, du christique est qu’il n’était admis qu’un seul Point Autre ; le corps du christ) ; qu’est-ce qui peut décentrer l’arc de son « moi » ? On en est relativement pourvu et dépourvu à la fois ; que la satisfaction ne vienne jamais et qu’il faille réguler cette insatisfaction elle-même est un effarement sans borne (Nietzsche voulut élaborer l’insatisfaction même, Lacan essaie de la délimiter, de cartographier sa jointure dans et hors de la cervelle ; la suspension de Descartes est déjà la mise en attente de notre attention et son objectité ; Descartes transforme notre être en cet-être, qui sera l’objet suréminent de l’attention par elle-même ; l’arc, cad le hiatus dans la réalité, ne pouvant être approché que par lui-même ; ce qui lui est évidemment possible puisqu’il est rapport autre que (soi), où le (soi) est le rapport lui-même ; si cet arc n’explore pas lui-même son « objet » rien ne le peut.

La raison en est que cet arc est donc un rapport, qu’il est unique, n’offre aucune correspondance avec quelque partie du monde (ou du vécu ou du corps), et qu’il est ainsi la difficulté ontologique même. En croyant substituer à cette exploration de la structure par elle-même, une quelconque détermination du monde on considère les effectifs creusements comme subjectivismes, ce qu’ils ne sont pas. Il s’est dressé un savoir interne à la structure, dès qu’elle est apparue elle fut saisie de sa propre distance. L’arc comme rapport est de fait et structurellement la distance d’avec lui-même. C’est en cette distance que s’instancièrent les autres distanciations (dont l’humanisme naturaliste, dont le moi lui-même, qui tente vaille que vaille de sinon mesurer moduler le vide qui le produit). 

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