Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
instants philosophie

De la liberté brute, décentrée, élevée

21 Décembre 2016, 15:51pm

Publié par pascal doyelle

L’horizon derrière le monde, par-dessus le corps.

On cherchera en vain une telle réunion qui serait l’Etre ; parce que la finalité du réel est d’utiliser la détermination, les choses, les êtres, la matière, et l’énergie auparavant, afin de créer une forme absolument autre. Que don l’être, le donné là n’est absolument pas du tout complet et donc ne peut pas être pensé « objectivement » ; entendant par là non seulement la métaphysique (il n’existe pas de tout qui serait Un, pour la raison que le Un existe et que donc il exclut quelque tout que ce soit), mais aussi la science ; non pas qu’elle ne puisse pas, un jour, comprendre toute la réalité donnée là (pourquoi pas), mais en ceci que de toute manière cette conscience que l’on en aura s’exclura de fait du jeu de l’ensemble du donné ; et la question se posera ; que fait-on maintenant ?

Par ces deux exemples, pour ainsi dire, on comprend, presque, que la structure du réel n’est pas un donné qui serait un tout, mais un Un qui exploite la réalité, les réalités, lesquelles ne sont que des moyens d’un fin qui échappe ; ou, ce qui revient au même, que le réel est ouvert. C’est pour cela qu’il existe un présent et que si il existe le présent seul est réel, ou donc que le réel est le présent. Et rien d’autre.

Tout se passe dans le présent, et pour chacun dans son ici et maintenant (ce disant on n’imagine pas du tout qu’il existerait un point externe qui percevrait tous les ici et maintenant, on n’en sait rien du tout ; on constate que chacun est dans l’ici et maintenant ; ce que vous lisez dans l’ici et maintenant (qui est seul réel), est écrit depuis longtemps, dans son ici et maintenant propre ; parfaitement, cad absolument distinct ; un jour on sera mort et sorti de l’ici et maintenant unique, les dinosaures ont disparus depuis longtemps, il ne reste des ossements ou du pétrole pour les fougères et plancton, ce sont des choses, des choses qui restent, des informations qui transitent, des dépôts du présent, qui a créé, engendré les mondes, les réalités, les dinosaures).

Pareillement il n’est pas de futur ; on se demande bien de où il viendrait. Ça n’est pas parce que l’on pense, imagine le futur qu’il existe ; en général on imagine le futur (ou rassemble le passé) en vérité en fonction des intérêts du présent. Cela veut dire que l’on est libre et absolument libre ; ce que l’on pense mais aussi désire, imagine, croit, décide, intentionnalise de manière plus générale dispose le futur et interprète le passé. Si vous avez une âme (ce que l’on n’affirme pas ici, on n’en sait rien, ni ce qu’il faudrait entendre par là), c’est ici et maintenant qu’elle se décide, se dessine, se juge, se compose et se recompose ; la liberté n’est pas de choisir entre le bien et le mal, mais d’inventer, de créer, d’ajouter au donné des possibilités que seule une liberté peut créer (des possibilités donc qui ne sont pas dans le donné, qui ne sont pas dans votre passé par ex, du reste tout moi est déjà lui-même un surplus par lequel il entend se débarrasser ou se dérouler ou s’enrouler et ré enrouler son passé ; un moi, ça n’est pas une composition de langage-corps, mais une décision et une imagination qui seules se perçoivent ; on pourra en passer par la psychiatrie, psychanalyse, psychologie, par telle ou telle expérience ou attente heureuse ou déçue, etc, mais si ce sont des perspectives qui éclairent l’intentionnalité que l’on est, aucune n’est la perspective unique et exclusive que l’on existe ; même durement influencé ou contraint on joue sur la dimension unique qui s’ouvre seule par et pour une liberté).

Notre âme, cad ce que l’on fait de soi (et on influe toujours sur ce que l’on est déjà, on se débrouille toujours avec ce bricolage qu’est un moi, on bricole le bricolage), est donc en instance, en instanciation du présent ; ici et maintenant décidez de ce que vous serez. Ce qui parait absurde.

Mais c’est ce que l’on fait, constamment.

Evidement on ne décide pas de ceci ou de cela ; on remodèle. Une conscience est un arc ; elle ne tient pas dans les signes, mais dans la mise en forme des signes ; une conscience est élevée au plus haut point ; il n’y a pas plus élevé. Chaque moi est le plus haut point qui se puisse atteindre ; aucune autre conscience d’une part et aucun discours d’autre part n’a de point aussi élevé que cette conscience se tenant loin, très loin hors d’elle-même ; elle se perçoit. Toujours la même histoire ; je suis Pierre Dupond ; on voit qui est Pierre, mais qui est « je » ? Et bien le « je » sait mieux Pierre Dupond que Pierre Dupond.

Le « je » est l‘horizon, Pierre Dupond est un objet, si l’on veut, posé au-devant de l’horizon ; lorsque Pierre se parle, il est infra la ligne d’horizon. Chaque fois qu’il parle il est infra ; rien ni personne ne peut remplacer la ligne d’horizon ; la ligne d’horizon ne peut pas se remplacer elle-même. Si Pierre pouvait atteindre la ligne, celle-ci serait composée et donc ne serait plus la ligne d’horizon (pour énoncer ceci ou cela il faut se placer du point de vue la ligne). Le plaisant en somme c’est que la ligne est absolument libre en ceci que rien ne la remplace ; aucune chose, aucun énoncé, aucune parole, aucune conscience que l’on en prend puisque toute conscience prise est infra la ligne. Elle n’appartient à rien ni à personne, et donc existe hors et indépendamment.

La psychanalyse peut éventuellement intercaler entre Pierre et la ligne un simili « je » (d’où la difficulté que ce soit dans le transfert une sorte de « je » que serait le regard du psychanalyste), mais le « je », la ligne hors champ, détient le regard en réalité ; c’est sur cette ligne de fond si absolument reculée et passablement effrayante que l’on se « regarde », sans que rien n’en préjuge.

A partir de la considération d’une telle ligne qui n’appartient à rien ni à personne, mais qui est elle-même le « je », un « je » effrayant et autre (et qui est à la source de l’intuition structurelle de Nietzsche, que la Volonté agit en moi, que l’on est Autre, que le réel est l’altérité invinciblement autre), on remodèle. On remodèle ne signifie pas que l’on va intervenir sur l’horizon ; c’est impossible, mais que l’on va l’orienter ou désorienter (peu importe ; des désorientations apparemment difficiles et insupportables, seront peut-être des orientations nouvelles et déployées).

L’orientation et la désorientation de l’horizon consiste à ne pas décider ; ce qui est encore plus bizarre. Il faut admettre par principe que le conscient, la décision consciente, est immanquable on ne peut pas ne pas décider, à peu près et si on manque de décider la plupart du temps les autres, la société, etc, nous poussent à nous convaincre, et comme les autres ou la société sont extérieurs on a intérêt à obéir, en gros à faire comme si, voire à y croire, que l’on a décidé ;  ce qui vaut aussi pour soi-même, on croit que l’on a décidé de la ligne ; ce qui n’est jamais, jamais vrai ; la ligne est indécidable, d’une sauvagerie inouïe, qui n’est pas forcément la violence. La ligne est indécidable de ce point de vue là, cad de tous les points de vue du monde, du vécu, du moi, etc ; parce qu’elle est le point de vue unique qui place et déplace tous les autres.

Le regard autre, le « je », l’horizon place et déplace tous les points de vue, parce qu’il est neutre, sans rien, vide, formel, et que qui que vous soyez, quoi que vous ayez décidé, ici et là, le point autre unique formel reviendra. Reviendra parfaitement identique et sans rien et vous regardera. Sans qu’il appartienne à qui ou quoi que ce soit et c’est pour cela que l’on est absolument cad formellement libre.

Cela peut être dit autrement ; l’arc de conscience qui surgit de la cervelle, revient du réel (qu’il positionne) et ce retour est un re-tour ; un nouveau tour, toujours constamment un tour nouveau et autre. C’est en ceci que l’on ne s’échappe pas, n’échappe pas à soi (et qu’il est, accessoirement, de la psychanalyse). Et si il est impossible de contraindre consciemment l’horizon (puisque toute motion consciente sera infra l’horizon, mais de même toute perception, tout corps, tout désir revient de cette ligne là), il est possible d’influer sur le faisceau ; de légèrement décaler le regard. Ce qui est on ne peut mieux illustré par l’esthétique ; une œuvre va commencé on ne sait où, ni comment influencer la base même de l’existence, de l’exister ; et on peut décider que, oui, les œuvres influenceront mon existence ; l’arc de conscience comme libre se situe très haut et au plus haut possible ; une décision structurelle, ayant d’éthique ontologique, doit être prise très haut, dans l’élévation afin de manipuler, autant que possible, la ligne horizontale, qui se déclinera en ligne spatiale et représentative et désirante, décidante, etc ; puisque notre structure, de tout « je », est le Bord du monde et qu’elle ne peut pas être prise par devers ; seulement vers l’avant, ayant à choisir quelle avant, avancée on lancera dans son existence (que les œuvres influeront par ex) afin que de cette, ces ultimes positions se dérivent les possibilités (on peut choisir la révolution par ex, mais aussi se nouer aux immédiatetés, qui se résolvent en général dans le corps donné là, par ex faire des enfants ou famille ou le sexe ou le regard des autres, ce sont des généralités remarquons-le bien, et qui se situent au bord de l’extrême, à la ,limite de la conscience que l’on en a, cad de la conscience que l’on n’en a pas ; comme évidences, naturelles, spontanées, ce qui n’est pas ; il n’est rien du tout de spontané, juste de la construction).

La philosophie depuis le début sans doute « prétend » que l’on peut vouloir directement, pour ainsi dire, et qu’il faut s’inscrire dans le Bien, le Vrai, le Beau, mais c’est plus, beaucoup plus retors que cela ; la philosophie montre ce qui sera inoubliable, à savoir que l’on peut lancer des instructions dans l’arc de conscience, de telle sorte que ces instructions (puisque notre arc est une forme, est, existe formellement) mènent très loin, très lointainement et que ces instructions tôt ou tard vous reviennent.

Un peu comme de se décider pour le Bien ; le Bien n’offre que beaucoup de désavantages, sur le moment, dans l’immédiateté (qui est prise par des tas de finalités, de désirs, de satisfactions, au regard desquelles le Bien est une abstraction), mais le Bien est un pari ; une influence bien plus étendue, un jeu de mécanisme(s) bien plus extensif et qui si il ne donne pas immédiatement, est ce qui rendra possible encore plus de retours, à l’avenir, en et par les autres, par et pour soi-même ; le Bien garantit le plus grand possible. Pareillement le Vrai est de cibler la réalité, parce que n’importe quelle imagination s’épuisera (de totaliser ses possibles particuliers), mais le Vrai fondé sur la réalité ne s’épuisera que lorsque la réalité sera épuisée.

Commenter cet article