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instants philosophie

L’extrémité de l’exister

3 Décembre 2016, 10:06am

Publié par pascal doyelle

 

L’idée fondamentale, pour un moi, un être humain ayant admis l’universalisation puis la personnalisation (ce qui est le cas de quasiment tout le monde au 21éme), est que le moi est seulement un moyen ; on reçoit le moi que l’on est, en héritage ou en bricolage (du passé, du corps, et de la famille, du langage, etc, et en bricolage au sens où l’on a essayé d’en réunir, synthétiser plus ou moins les divers éléments, d’en produire un sens, lequel sens est toujours plus ou moins manipulé par l’héritage) ; mais on reçoit aussi l’arc de conscience que l’on existe dans toute sa dureté ; que ce qui se décidera durant le laps de temps, cette vie de la naissance à la mort, sera ce qu’il faut décider. On abolit le moi, on place le sujet, impossible. Etant entendu que le moi attend toujours une satisfaction, et le sujet non. Aucune. Aucune qui soit à la mesure de sa tension, de son arc-boutement.

C’est ce que délimite Kant, partout, dans toutes les Critiques, et c’est ce que poursuivront Husserl, He et Ni, Sartre et Lacan. La structure du dit « sujet » ; lequel n’est pas relatif à la connaissance, mais outrepasse ; on ne le définit pas, jamais comme un objet ; raison pour laquelle la philosophie depuis le début oblige le lecteur à passer par-dessus une limite dont on n’a pas le fin mot ; on n’a pas le fin mot parce que c’est effectivement ce qui a lieu. Ici et maintenant. Pour chacun. D’une part. Mais aussi d’autre part dans le réel, en tant que le réel est le présent et que le présent est en cours, comme chacun sait.

Kant décrit donc toute la structure du sujet ; comprenons de l’arc de conscience, qui est dit « sujet » en ceci que l’on n’a jamais vu de « conscience » sans un sujet, un corps, délimité par la surface de sa peau (comme quoi une-conscience est un-corps, vivant, non livré à l’extériorité, comme le serait un robot ou même un androïde ; qui ne sont que des pièces assemblées ; qu’il faille un vivant veut dire que le vivant est le mystère qui en engendre un autre ; selon la logique du toujours plus).

Kant ne limite pas la conscience que l’on est, mais la connaissance que l’on a ; la connaissance en tant que normée par la raison ; ce qui connu au-delà de la raison (relative au monde, à la finitude, au donné, intuition, etc) est le Criticisme ; soit donc une doctrine, une pensée, une réflexivité ; qui utilise la raison ; mais dont la véridicité est à la base et au plus haut la constatation ; il revient à chacun d’éprouver en quoi tel ou tel énoncé-description est vraie d’une part (cohérent) et réel d’autre part ; perçu.

L’extension de la perception est la construction de la perception, l’élaboration de l’internationalisation, l’archi-architecture du sujet.

On peut définir le sujet comme un objet ou comme telle ou telle représentation, ou signifiant (la Volonté, l’énergie, la matière, etc) ; mais dans tous les cas, tous les cas, ce sera une réduction. En ceci que la définition kantienne ou husserlienne ou sartrienne du sujet est blanche, neutre, vide, formelle  ne remplissent pas notre être, cad cette structure de conscience, par quoi que ce soit ; le sujet est une fonction, sauf qu’il est La fonction même. Toute attitude qui autorise l’inscription de cette fonction comme telle ou telle est une figuration ; toute pensée qui s’attache à élaborer et épaissir cette fonction est une configuration.

Elle configure le mécanisme préalablement à son emploi. Comme on n’a aucune comparaison, point de repère, repérage possible (nous situant sur le Bord) ces élaborations sont extrêmement variables ; mais c’est aussi que l’on s’attache à l’origine, à ce qui origine toutes les autres internationalisations, ce qui veut dire pour l’être humain, toutes ses intentions, images, désirs, volontés, et que l’on ne peut pas user de déterminations mais seulement désigner par des signifiants la structure et ses déplacements ; on dira « sujet » pour nommer la fonction (qui chez Kant comme chez Descartes signe aussi bien la fonction de sujet que l’existence d’un sujet) ; ce qui  sera de la sorte compris par les consciences, puisqu’elles devront établir dans leur tension au réel  ce dont il est question, l’arc ; soit donc enclencher leur propre circuit de conscience dans le réel.

La philosophie, étant la discipline qui se charge de saisir ce qui est arrivé à l’humain lorsque l’on a abandonné la logique des mondes particuliers et procédé à la nouvelle anthropologisation, permet ainsi d’avancer dans la rupture de la réalité qui eut lieu ; soit donc l’instanciation dans la réalité de la dimension du réel, du présent pur et simple et brut ; via cette structure inventée par le donné, par le réel, l’arc de conscience arcbouté au réel. En quoi le présent est l’exister originel, celui qui engendre, constamment, la, les réalités.

Paramétrer la conscience que l’on prend de la réalité et du réel, ne s’effectue que d’en passer par une autre conscience certes, mais aussi on n’y atteint pas sans être soi-même décentré, voire désaxé. En passer par une autre conscience ne s’effectue que si l’on a soi-même arcbouté sa tension, son attention autrement. En décalage, et puisqu’il n’est qu’une seule sorte de conscience, il n’existe qu’un seul décalage ; identique pour toutes, mais qui passe outre n’importe quelle inscription déterminée (ce qui lui permet de s’inscrire comme dieu, pensée, sujet, altérité, existentielle par ex, mais aussi ce qui lui permît d’investir les absolus des mondes antérieurs ; sa consistance n’est pas de ceci ou de n’importe quel cela, mais dans l’arc réflexe qui se crée, en rappel, en re-tour de lui-même ; le re-tour étant à la fois un retour et un nouveau tour, en plus, la constance du tour en plus).

Ce que l’on a pris habituellement pour le décentrement de l’universel. On ne se préoccupe plus, prétendument, de « soi » mais de l’universel, l’être humain, l’humanisme, la culture, la sublimation. En réalité c’est beaucoup, beaucoup plus profond que cela. On en obtient l’idée en se remémorant l’expérience existentielle, qui bouleverse celui qui en est saisi. Le décentrement en question est ontologique ; c’est ce qui est arrivé aux existentiels, toutes sortes d’existentiels, différentes versions. Et on peut étendre l’existentiel ; une expérience jadis mystique se donne au 20éme comme expérience de l’absurde. On nomme cela extases. Et il en existe diverses variations parce que ce qui s’expérimente n’est pas de ce monde ; comme on ne tient pas particulièrement à supposer un autre monde, ou un autre niveau de réalité, on dira ici que ce qui n’est pas de ce monde c’est le Bord. Le Bord du monde.

La mise en forme qu’opère Kant est réellement une forme, un contour, une délimitation ; la délimitation de l’acte de conscience dans un monde ; il trace les frontières ; et ça n’est en aucune manière afin de montrer nos limites, mais de mettre en lumière notre activité ; si l’on s’en tient à la précompréhension qui imagine notre être comme une chose, un objet ou un contenu, un concept, on ne saisira rien, et la métaphysique est ce qui n’a pas eu lieu ; qui a utilisé ces concepts pour remonter le plus loin possible dans l’intentionnalisation ; soit donc la raison comme pensée et la pensée comme variations intentionnalisatrices qui distinguent les possibilités jusqu’aux différenciations du monde.

User de Kant pour ramener  l’arc dans le monde est une absurdité ; Kant a réellement trouvé le joint, de la réalité et du réel, poursuivant Descartes. Et tous les remplissages qui se peuvent ne font, contre leur gré parfois, qu’approfondir la rupture ontologique qu’existe toute la réalité par et dans l’acte Réel, qu’est le Réel (les idéalistes allemands veulent combler la structure rendue ouverte mais leur élaboration formidable interfère et crée encore plus de tension interne dans l’externe réel ; ce qui donne des hyper contenus mais tellement « hyper » qu’ils sont instantanément retournés en eux-mêmes). C’est la volonté de ne pas déchoir de la position Unique, entièrement externe et sans intériorité (parce qu’il existe mieux, beaucoup mieux que l’intériorité, et qu’en vérité toute création s’effectue de créer le Point qui expulse toute conscience hors de soi, de tout soi, parce qu’il existe mieux que le « soi », mais ça n’a pas de nom, ça n’en aura jamais).

Le champ de l’arc de conscience est tenu par Kant au plus haut, mais le fait est que la tension de conscience est étagée tout du long ; par quoi on voit que Kant s’origine encore à imaginer la conscience comme une élévation supra, tandis que par Sartre et Lacan notre structure s’agite dans les plus petits recoins ; notons bien ou rappelons que la « conscience » n’est pas monolithique ; elle ne désigne pas un « moi », le moi est l’effet (le premier et le massif, puisque l’humanisation est fondée par-dessus et c’est pour cela que nous-mêmes ayant acquis l’universel, nous nous rendons compte que l’on ne peut pas contraindre le moi par l’universel et que dans l’universel imposé historiquement, via la révolution, a vu se déployer le monde des mois, le cadre universel servant à décupler les possibilités de chacun ; de « tout ce qui n’est pas autorisé est interdit » à « tout ce qui n’est pas interdit est autorisé » ; au point que nantis de l’universel, et anéantis tout court, les mois oublient même aisément qu’ils doivent de vivre au cadre universel qui seul les maintient (hors duquel ils sombrent dans le subjectivisme et la barbarie, individuellement et collectivement) ; ce qui ne veut pas dire que le moi n’ait pour tout horizon que celui de l’universel, mais que l’universel est la condition, absolue, cad formelle, de tout progression ; et que la personnalisation est en fait l’horizon de l’universalisation, de l’humanisation),

La « conscience » donc est non une identité mais une structure (dont cependant on dit ; chacun la « sienne », étant entendu qu’alors il faut comprendre que bien plutôt moi lui appartient, que mon sujet est avant mon moi ; bien que de cette structure on n’en perçoit jamais rien, et qu’il faille élaborer la pensée de cette structure ; ce qui fut fait, ce qui fut poursuivi, ajusté, précisé par la philosophie depuis Descartes, mais on peut tout autant reprendre les grecs ou la théologie ; la trinité est-elle ou non le calibrage de l’acte de conscience, et ce strictement parlant depuis Saint Augustin ?).

La dite structure est non pas un être mais un exister ; elle n’existe qu’ici et maintenant, l’ici et maintenant de chacun (puisque personne n’existe en dehors du présent…, en fait rien n’existe en dehors du présent, non pas le Présent en général mais chaque présent qui témoigne, si l’on peut dire, seul de lui-même, puisqu’il n’existe que lui). L’arc de conscience s’active là-au-devant ; il disparait aussi rapidement qu’il est apparu, mais au sens de se maintenir en continuité comme forme, comme tension qui sort de la cervelle vers le donné ; cet arc structure la cervelle, par son point d’attirance situé, positionné dans le donné là (via le corps, mais peu importe ici).

C’est cet exister que signifie, désigne, montre du doigt Kant, à la suite de Descartes, puisque c’est la structure antérieure à toute pensée qui remonte vers l’attention qu’on lui porte ; Descartes expose son altérité transformant notre être en cet-être posé « là » sur l’étendue du monde, étant manifeste qu’alors fait problème cette « étendue » ; si l’étendue est l’être, la verticalité (de structure, aussi bien du sujet que du présent) est l’exister ; et c’est ce point-là de présent originel qui juge et décrit toute sa structure de conscience ; l’arc de conscience est Autre, il peut donc s’observer de son altérité, parce qu’il est autre constamment, autre que tout, autre que toute détermination ; étant autre que toute détermination il est la dimension Autre Unique constante.

Si l’étendue est l’être, Leibniz et Spinoza prennent problème de cette bizarrerie ; et réintroduisent à nouveau que cela soit pensable, cad soit « de la pensée », mais Kant ne l’entend absolument ainsi ; ça n’est pas de la pensée ; Kant dresse intégralement l’altérité de la structure hors champ, et c’est cet hors champ que de Husserl à Lacan on va exploré (en s’y investissant, cad en chacune des consciences parvenant à se dé-centrer et à se rendre Autre que soi-même) ; mais Hegel bien qu’il nous définisse la pensée comme esprit, c’est en tant que sujet ; il « prend conscience », ce qui veut dire s’éjecte hors de l’esprit (puisqu’il le manifeste en externe) ; l’objectivité structurelle qui établit l’ensemble des actes de conscience active ; rien ne peut demeurer en intériorité pour la conscience, tout est éjecté dans le Dehors.  

Que l’étendue soit l’être et que la structure (de conscience puis de présent) soit l’exister, cela veut dire que jamais le discours ne fut seulement du monde ; même grec il signait la verticalité, cad la transcendance qui origine ce monde ; qu’il n’y ait d’immanence que dans la transcendance c’est parce qu’elle est non seulement première mais unique : tout déploiement du monde, de la détermination s’effectue dans et par le brutal creusement ontologique unique, tout est intégralement en mouvement, y compris le Un qui est formel, présent et conscience arcboutée au présent ; on n’y aborde pas sans être soi-même transporté. 

Et le transport s’effectue quoi que l’on fasse et quelque figuration que l’on prenne ; on est hors champ. C’est ce hors champ, hors de tout champ, qui vient à paraitre en philosophie (ou ce que Lacan détoure via son inverse, dont il possède une vue particulièrement précise, par Heidegger mais surtout, structurellement, par Sartre, « celui qu’il ne nomme pas »).  Ce point hors champ est celui que l’on ne peut atteindre, mais c’est parce que c’est celui par lequel les quelques réalités apparaissent et par lequel parait, invisible, le point réel. Il est clair que le point réel ne surgit pas dans les mots, les signes, n’est pas visible dans le monde, mais est vu exclusivement par l’arc de conscience ; autrement dit celui-ci dispose d’une perception Autre. D’une perception qui perçoit le rien, le rien formel, non déterminé.

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